Table de matières
L’analyse du portefeuille à risque est une préoccupation qui intéresse beaucoup plus les dirigeants de la Rawbank. Ceux-ci, au travers la direction de risque, évalue chaque année tout le portefeuille de crédit globalement, le crédit par secteur et par type d’entreprise particulièrement en vue de se fixer des stratégies nouvelles de la gestion de crédit et de l’orientation de financement.
Cette partie du chapitre a comme objectif de ressortir la part risquée des crédits à décaissement que la Rawbank avait octroyé aux PME pendant une période de 10 ans. Cette partie va nous aider d’apporter un jugement sur la manière dont la banque gère le risque de contrepartie suivant l’évolution, dans le temps, des pertes qu’elle avait enregistrées.
II.4.1. Présentation du portefeuille de crédits de PME de la Rawbank
La Rawbank est une banque qui intervient dans tous les secteurs de la vie économique de la RDC et touche tous les types d’entreprises en présence.
Ainsi, le tableau ci-dessous nous donne une régression simple des montants de crédit annuels octroyés par la Rawbank et la part revenant aux PME au niveau national. Soit X, le montant de crédit annuel octroyé aux PME exprimé en CDF.
Tableau n° 8: Portefeuille de crédits à décaissement de la Rawbank (fin exercice comptable) de 2005 à 2014 exprimé en milliers de CDF
|
Période |
Portefeuille de crédit |
Part des PME |
En % |
|
2005 |
9 974 555 |
897 709,95 |
9 |
|
2006 |
15 831 651 |
1 266 532,08 |
8 |
|
2007 |
29 486 807 |
3 243 548,77 |
11 |
|
2008 |
49 952 975 |
6 493 886,75 |
13 |
|
2009 |
88 376 247 |
12 372 674,58 |
14 |
|
2010 |
88 450 665 |
14 152 106,40 |
16 |
|
2011 |
141 143 791 |
23 994 444,47 |
17 |
|
2012 |
207 909 408 |
39 502 787,52 |
19 |
|
2013 |
266 141 935 |
58 551 225,70 |
22 |
|
2014 |
310 233 944 |
10 547 9541,00 |
34 |
Source : Nos calculs suivant les états financiers des rapports annuels de 2005 à 2014 de la Rawbank
La Rawbank avait enregistré en 2014 un nombre de 8 873 comptes des entreprises privées et publiques dont 5 181 comptes, soit 58,39% reviennent à la catégorie PME repartie dans tous les secteurs de la vie économique de la RDC (3025 PME au total)[1]. Les crédits susmentionnés dans ce tableau englobent tous les portefeuilles à décaissement alloués dans cette catégorie d’entreprises.
II.4.2 La détermination du portefeuille à risque (PaR)
La source de risque la plus importante pour une institution financière réside dans son portefeuille de crédits. Non seulement le portefeuille de crédits est l’actif le plus important pour une IF mais en outre, la qualité de cet actif et donc le risque qu’il pose pour l’institution est assez difficile à mesurer.
Plusieurs facteurs interviennent pour qualifier un portefeuille de risque notamment la détérioration de la qualité de la signature qui peut être constatée par une perte importante de la part de la contrepartie, le retard de paiement de plus de 90 jours ou lors que le débiteur introduit une procédure de faillite ou une procédure similaire pour le protéger de ses créanciers.
La mesure la plus fréquemment utilisée pour la qualité du portefeuille à la Rawbank est le portefeuille à risque (PaR), qui mesure en fait la partie du portefeuille qui est « contaminée » par les impayés en pourcentage du portefeuille total. Bien que d’autres mesures soient régulièrement utilisées, le PaR s’est imposé comme l’indicateur de choix. Il est facilement compréhensible, ne sous-estime pas le risque, et est comparable entre institutions. Un crédit est généralement considéré comme étant en situation de risque, s’il présente un retard de paiement de plus de 30 jours. Pour le cas de la Rawbank, un crédit est considéré comme étant en situation de risque lorsque son retard de paiement excède 90 jours.
PaR (90) = (Encours de crédits ayant des impayés excédents 90 jours + Encours des crédits rééchelonnés (restructurés) / Encours Total du portefeuille Brut de crédit.
Ce ratio représente la mesure de qualité du portefeuille la plus largement acceptée. Il montre la partie du portefeuille de crédit « contaminée » par les impayés et présentant donc un risque de ne pas être remboursé. Plus la durée du retard de paiement est grande, moins le prêt a de la chance d’être remboursé.
Le portefeuille à risque se calcule en divisant l’encours de tous les crédits présentant des arriérés de paiement excédent 30 jours, plus l’encours des crédits rééchelonnés, par l’encours total du portefeuille de crédit arrêté à une date. Vu que ce ratio est souvent utilisé pour mesurer les crédits affectés par des arriérés de paiement de plus de 60, 90, 120 voire 180 jours, le nombre de jours doit alors être clairement mentionné (par exemple PaR30).
La Rawbank pour sa part organise trimestriellement dans chaque agence un comité de contentieux qui statue sur tous les crédits en souffrance. Cela fait donc que pour la Rawbank, un crédit en souffrance est un crédit dont les remboursements accusent un retard de plus de 90 jours.
Les données récoltées au terrain nous ont permis de calculer les rations PaR (90) que nous pouvons donc évaluer comme suit :
Tableau n° 9 : Crédits excédents 90 jours de non-paiement à la Rawbank exprimés en milliers de CDF
|
Période |
Portefeuille des Crédits à décaissement |
Portefeuille de crédits (PME) |
Crédits impayés à 90 jours nets des provisions |
PaR(90) Brut en % |
PaR/PME en % |
|
2005 |
9 974 555 |
897 709,95 |
151 084,59 |
1,51 |
16,83 |
|
2006 |
15 831 651 |
1 266 532,08 |
192 006,26 |
1,21 |
15,16 |
|
2007 |
29 486 807 |
3 243 548,77 |
473 558,12 |
1,61 |
14,60 |
|
2008 |
49 952 975 |
6 493 886,75 |
992 915,28 |
1,99 |
15,29 |
|
2009 |
88 376 247 |
12 372 674,58 |
1 523 076,24 |
1,72 |
12,31 |
|
2010 |
88 450 665 |
14 152 106,40 |
1 362 847,85 |
1,54 |
9,63 |
|
2011 |
141 143 791 |
23 994 444,47 |
2 293 868,89 |
1,63 |
9,56 |
|
2012 |
207 909 408 |
39 502 787,52 |
4 124 091,02 |
1,98 |
10,44 |
|
2013 |
266 141 935 |
58 551 225,70 |
5 375 002,52 |
2,02 |
9,18 |
|
2014 |
310 233 944 |
105 479 541,00 |
9 145 076,20 |
2,95 |
8,67 |
Source : nos confections à partir des données des rapports annuels de 2005 à 2014
Alors que la norme retient qu’un ratio PaR(90) ne doit pas dépasser ou excéder 5%, les données récoltées nous indiquent que pour la Rawbank, durant la période sous étude, le ratio PaR(90) n’excède pas 5% si on compare les impayés de 90 jours des PME au total des crédits à décaissement de la banque. Néanmoins, en prenant en considération seulement les crédits dédiés aux PME, ce ratio excède le maximum exigé. Cela signifie que, de tous les crédits octroyés par la Rawbank aux PME pendant cette période, leurs taux de non remboursement à 90 jours sont de 16,83 ; 15,16 ; 14,60 ; 15,29 ; 12,31 ; 9,63 ; 9,56 ; 10,44 ; 9,18 et 8,67 respectivement pour 2005 ; 2006 ; 2007 ; 2008 ; 2009 ; 2010 ; 2011 ; 2012 ; 2013 et 2014. Ces montants ne constituent pas jusque-là des pertes mais plutôt des créances litigieuses dont il faut provisionner pour anticiper les pertes si ces derniers ne sont pas recouvrés.
Graphiquement nous avons la situation suivant :
Graphique n° 1 : Evolution du ratio portefeuille à risque à la RAWBANK de 2005 à 2014
Source : Nous-même à partir des informations du tableau n°9
Les ratios du portefeuille à risque trouvés semblent être au-dessus du minimum exigé et selon les règles internationales. Néanmoins, sa courbe est en décroissance suite aux objectifs de la banque depuis 2009 de le maintenir en dessous de 15%. Avec la stratégie que la banque avait adopté en 2013 pour le suivi du crédit et le recouvrement, le ratio PaR diminue et atteint en 2014 8,67% des crédits à décaissement dédiés aux PME. Cette situation est le fruit d’une sélection parfaite des entreprises (PME) et d’une analyse et mesure aussi adéquate du risque de crédit avant tout octroi de crédit. La qualité du rating sur les contreparties reste un élément sans concurrents pour toute décision d’octroi de crédit à la Rawbank.
Néanmoins, il arrive que le délai de 90 jours soit dépassé et que la banque jusque-là n’ait pas encore recouvré la totalité de sa créance. Dans ce cas, elle fait recours aux garanties si elles existent ou à un recouvrement forcé et dans d’autres cas à des poursuites judiciaires.
Dans cette démarche, il arrive que le remboursement devient lourd pour les emprunteurs et que la banque trouve des difficultés de recouvrement, dans ce cas, elle décide, en interne, de calculer la part dans ces créances douteuses à laquelle le retour de fonds serait difficile.
II.4.3 Détermination du ratio de perte sur créances
Ce ratio se calcule de la manière suivante :
Le ratio Perte sur Créance = Créances Passées en Pertes / Encours Moyen du Portefeuille Brut de crédits.
Cet indicateur représente simplement les prêts que l’institution a décidé de rayer de sa comptabilité en raison d’un doute important concernant leur remboursement. Le passage de crédits en pertes est une écriture comptable qui évite que les actifs soient gonflés de manière non représentative par des prêts qui ne pourront pas être récupérés.
Ainsi, le tableau ci-après nous présente les pertes sur créances que la Rawbank avait enregistrées durant ces années d’étude.
Tableau n° 10, Calcul du Ratio Perte sur créances à la Rawbank en milliers de CDF
|
Période |
Portefeuille des Crédits à décaissement |
Portefeuille de crédits (PME) |
Crédits impayés à 90 jours nets des provisions |
Perte sur créances |
En % Sur le total |
Sur le crédit PME |
|
2005 |
9 974 555 |
897 709,95 |
151 084,59 |
20 647,33 |
0,21 |
2,3 |
|
2006 |
15 831 651 |
1 266 532,08 |
192 006,26 |
22 797,58 |
0,14 |
1,8 |
|
2007 |
29 486 807 |
3 243 548,77 |
473 558,12 |
35 679,04 |
0,12 |
1,1 |
|
2008 |
49 952 975 |
6 493 886,75 |
992 915,28 |
90 914,41 |
0,18 |
1.4 |
|
2009 |
88 376 247 |
12 372 674,58 |
1 523 076,24 |
148 472,10 |
0,17 |
1,2 |
|
2010 |
88 450 665 |
14 152 106,40 |
1 362 847,85 |
254 737,92 |
0,29 |
1,8 |
|
2011 |
141 143 791 |
23 994 444,47 |
2 293 868,89 |
503 883,33 |
0,38 |
2,1 |
|
2012 |
207 909 408 |
39 502 787,52 |
4 124 091,02 |
553 039,03 |
0,27 |
1,4 |
|
2013 |
266 141 935 |
58 551 225,70 |
5 375 002,52 |
878 268,39 |
0,33 |
1,5 |
|
2014 |
310 233 944 |
105 479 541,00 |
9 145 076,20 |
200 4111,28 |
0,65 |
1,9 |
Source : Nos calculs à partir des données des rapports annuels de 2005 à 2014
Suivant nos calculs, même si la Rawbank avait encaissé une perte équivalente à 1,8% des créances des PME en 2006 contre 2,3% en 2005, son évolution jusqu’à 2014 montre qu’en dépit des contraintes d’ordre économiques et la montée des crédits dédiés aux PME résultant de deux campagnes « Banquier des PME performantes » et « Ladies First » et aussi le boom minier du Katanga, les pertes sur créances de ce marché durant ces années ont une moyenne équivalente à 1,65% des crédits octroyés aux PME.
Comparée cette perte au portefeuille crédits à décaissement de la banque, le ratio pertes sur créances reste en dessous de 0,5% sauf pour l’année 2014. Sa moyenne est de 0,27%. Cela signifie que, de tout 1 Fc que la banque octroyait aux PME durant ces 10 années, elle perdait en moyenne 0,27% de ce 1 Fc.
Graphiquement nous avons :
Graphique n° 2 : Evolution du ratio de pertes sur créances de 2005 à 2014
Source : Nous-même à partir des informations du tableau n°10
L’évolution du ratio des pertes sur créances est dynamique. La Rawbank maintient les pertes à un niveau inférieur à 2,5%.
La passation en perte affecte de manière identique le portefeuille brut des crédits et les réserves pour créances douteuses. Ainsi, l’écriture n’affectera pas la valeur totale des actifs, ni le portefeuille net des crédits, ni les charges ou le revenu net. Les réserves constituées par la banque couvrent à 100% les pertes sur créances[2]. Le passage en perte d’un crédit ne signifie en aucune manière l’abandon des efforts de l’institution pour récupérer sa créance ou l’obligation de remboursement du client.
Il s’est avéré de par nos analyses que le rating interne est un outil de choix qui aide la Rawbank à la prise de décision d’octroi de crédit notamment par l’appréciation du risque. Ce dernier s’est révélé très efficace en ce qui concerne l’appréhension de la situation économique et financière de la contrepartie, la détermination de la probabilité de défaut et le calcul de la perte probable en cas de défaut en vue de constituer des provisions.
A cet effet, nous avons remarqué que la relation de crédit qui existe entre la banque et la PME doit être bien entretenue vue l’asymétrie d’information qui existe à tout moment de leur relation de prêt. La banque doit, en dépit de la note de la contrepartie, suivre l’affectation du crédit, suivre l’entreprise en lui octroyant des nouvelles notes suivant le changement de comportement qu’elle pourrait afficher. Avec le rating interne, la banque surveille la qualité de ses signatures et est avertie dès qu’il ait modification de comportement de la contrepartie.
[1] Rapport annuel Rawbank 2014, p.03
[2] Rapports annuels Rawbank 2005 à 2014.