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II.3.1.2. La notation interne ou le rating

La notation ou Rating correspond à une note que la Rawbank attribue à ses contreparties ou une opération de crédit selon une méthodologie interne de la banque. Son objectif est de mesurer la qualité du risque de défaut sur une créance en monnaie locale au-delà des douze (12) prochains mois. Cette notation est effectuée en combinant des données quantitatives (bilan, compte de résultat, compte d'exploitation prévisionnel, etc.) et qualitatives (type de management, certification des comptes, positionnement sur le marché, etc.). L'évaluation du risque de crédit par le rating est dynamique, car elle peut évoluer en fonction de la disponibilité de nouvelles informations. Par ailleurs, le logiciel utilisé pour le rating à la Rawbank permet de comparer le niveau de risques de différentes contreparties et de déterminer le niveau de pertes potentielles.

A.    Estimation du risque de défaut de l'emprunteur

L'estimation du risque de défaut de l'emprunteur passe par l'analyse de facteurs quantitatifs et qualitatifs, et conduit à une classification des clients en neuf classes de rating.

  1. Les facteurs quantitatifs

Le processus de notation commence par l'évaluation de la solidité financière globale de l'entreprise. Cette appréciation passe par l'analyse de quelques ratios significatifs à savoir :

  • Activité et trésorerie : l'appréciation de la situation de l'activité de l'entreprise et de sa trésorerie passe par l'appréciation des délais de rotation des stocks, créances clients, dettes fournisseurs et des liquidités. Les délais de rotation permettent de connaître la vitesse avec laquelle l'entreprise réalise les éléments de ses actifs. A ce niveau, l'analyste apprécie également le poids des frais financiers dans le chiffre d'affaires et dans l'excédent de trésorerie d'exploitation de l'entreprise, représentant la dépendance de cette dernière vis-à-vis des capitaux extérieurs.
  • Rentabilité : l'analyse de la rentabilité se fait par l'appréciation du pourcentage de la marge brute, du résultat net et de l'excédent brut d'exploitation dans le chiffre d'affaires. L'analyste apprécie également la part du résultat net affecté aux dividendes et la rentabilité des actifs économiques (résultat net/Actif économiques).
  • Structure financière : il s'agit à ce niveau de déterminer si l'entreprise pourra faire face à ses engagements le moment venu. On appréciera à cet effet la part des fonds propres dans le total bilan, le rapport de l'endettement aux fonds propres et le cash-flow. À ce niveau, on appréciera également le taux de vétusté des immobilisations (Amortissements/ Immobilisations amortissables).
  1. Analyse qualitative

En deuxième lieu, cinq principaux paramètres non financiers sont analysés. Cette analyse se fait sur la base d'un questionnaire qui résume la façon dont le gestionnaire perçoit l'entreprise. Les questions sont regroupées en fonction des paramètres sus mentionnés et par ordre décroissant de risque ; de 1 à 7 avec la note zéro pour non applicable.

  • Management

La qualité de l'équipe dirigeante et le mode de gouvernance de l'entreprise sont des éléments très importants à prendre en considération dans la détermination du niveau de risque de l'emprunteur. En effet, il est primordial pour l'analyste de s'assurer que les procédures et l'organisation au sein de l'entreprise sont fiables, qu'il n'y a pas de tension sociale en son sein, que la séparation des fonctions est une réalité, etc.

L'analyste s'intéresse ici au degré de qualification des dirigeants, à l'existence effective d'un plan de succession et de gouvernance au sein de l'entreprise. La sincérité et la fiabilité des états financiers seront appréciées par l'opinion formulée par le commissaire aux comptes sur les états financiers de la société.

Un accent sera également mis dans cette rubrique sur la qualité du système de gestion, sur l'existence d'un état de rapprochement entre les prévisions et les réalisations et le cas échéant sur la périodicité du système de suivi.

La moyenne des notes obtenues dans cette rubrique fait l'objet d'une pondération de 10% pour la détermination du rating final.

  • Le marché/ Secteur d'activité

Pour déterminer le risque de contrepartie, il est important de connaître le secteur dans lequel l'emprunteur exerce son activité et la concurrence à laquelle il doit faire face. Il s'agit ici de savoir comment le client apprécie l'évolution du marché/ secteur dans lequel il exerce son activité, d'apprécier la dépendance de ce secteur vis-à-vis des variations de la conjoncture économique, de mesurer l'impact de la perte de clients pour l'entreprise, d'apprécier le degré de dépendance vis-à-vis des fournisseurs.

Le pourcentage d'activité réalisé à l'étranger, qu'il s'agisse du chiffres d'affaires réalisé ou des matières premières importées est aussi un élément important dans l'appréciation du risque de contrepartie. En effet, il est souvent difficile de maitriser les tendances et la conjoncture des pays étrangers et la dépendance du client vis-à-vis de l'extérieur peut constituer un élément d'incertitude quant au remboursement du crédit. Il peut arriver que les fluctuations des cours des devises entrainent une rentrée de fonds moindre et conduisent de ce fait à un risque de défaut plus élevé.

Enfin, à ce niveau l'analyste tente d'avoir une idée sur la performance du système de production et de distribution et sur la qualité et la diversité des produits.

Cette partie fait l'objet d'une pondération de 15% dans le rating final.

  • Relations bancaires

Représentant un pourcentage de 20% dans la note finale du client. L'appréciation des relations bancaires fait référence au mode de fonctionnement du compte du client. Il s'agit dans cette rubrique de vérifier si le compte courant du client fonctionne dans les limites autorisées. La réponse à cette question permet d'avoir une idée du volume d'affaires confié par le client à la banque : le compte est-il structurellement créditeur ou débiteur ? L'appréciation des mouvements des comptes du client permet également de connaître sa capacité à honorer ses engagements. Il s'agit ici de voir si les comptes de l'entreprise ont fait l'objet d'une saisie ces deux dernières années, de voir si l'entreprise entretient de bonnes relations avec les autres banques du secteur.

  • La situation financière

C'est cet élément qui compte le plus dans le rating final du client (30%). On y reprend le score obtenu lors du rating financier de l'entreprise. En rappel, ce score était fonction du chiffre d'affaires de l'emprunteur, de la part du résultat d'exploitation dans ce chiffre d'affaires, du niveau des fonds propres nets, du niveau d'endettement, de la liquidité générale et du niveau de couverture des intérêts par le cash-flow.

A ce niveau, il est également fait état de la situation de fortune du promoteur. Les garanties étant un moyen de réduire le risque couru par le banquier, l'importance de la fortune du promoteur est une assurance pour la banque quant au sort éventuel du crédit.

  • Évolution de l'entreprise

Dans ce point, l'analyste apprécie l'évolution de l'entreprise depuis le dernier exercice et émet un jugement sur ses perspectives d'activité. La lecture des états financiers de l'entreprise donne une idée de sa capacité à faire face à ses engagements, qu'il s'agisse d'engagements existants ou d'engagements prévisionnels. Elle représente un pourcentage de 25% dans la note finale.

L'étude de cette partie s'achève par le jugement fait par l'analyste sur les risques présentés par l'entreprise et leur niveau de couverture.

L'analyse des facteurs qualitatifs et quantitatifs conduit à un rating du client en fonction des notes qui lui ont été attribuées.

B.     Le rating et la détermination de la probabilité de défaut du client

  1. Le rating final du client

La note finale obtenue par le client correspond au niveau de risque qu'il fait courir à la banque. Ces risques, notés de 1 à 9 ont été regroupés en six catégories.

  • La classe « risque excellent» : elle concerne les entreprises notées 1 ou 2. Ces notes, 1 correspondant à un niveau de risque jugé « extrêmement solide » par la banque et 2 à un niveau de risque jugé « très solide », correspondent aux risques les plus faibles, qui procurent une sécurité maximale à la banque.
  • La classe « risque bon» : elle concerne les entreprises notées 3 par la banque, correspondant à un niveau de risque jugé « solide ».

Les clients notés 1, 2 ou 3 sont donc à conquérir et/ou à garder absolument en portefeuille.

  • La classe « risque modéré» : elle est relative aux clients notés 4 « risque adéquat » ou 5 « risque moyen » par la banque. Elle correspond au niveau de risque acceptable par la banque. Cependant, dans ces cas de figure, il convient de prévoir des garanties pour couvrir le risque résiduel de la banque en cas d'accident de parcours.
  • La classe « risque élevé» : elle concerne les entreprises notées 6 « fragile » par la banque. A ce niveau, il est recommandé de s'abstenir de tout concours supplémentaire et le cas échéant, d'envisager un désengagement.
  • La classe « risque très élevé» : elle fait référence aux entreprises notées 7 « très fragile » ou 8 « extrêmement fragile » par la banque. En règle générale, la note 7 indique que le dossier est en mauvaise condition, connaît des difficultés de remboursement et que des mesures correctives doivent être prises sans tarder. Pour ces dossiers qui méritent une attention particulière, il est recommandé de s'abstenir de prendre des engagements pour les nouveaux clients et de se désengager pour les anciens.

La note 8 signifie que le client est confronté à de graves problèmes de fonctionnement et peut être en défaut par conséquent ; ici les actifs de la banque sont menacés. La restructuration du projet ou toute autre forme de réorganisation est requise pratiquement avec certitude pour préserver les intérêts de la banque. Les crédits classés dans cette catégorie sont à surveiller de très près.

  • La classe « risque de perte probable» : elle est relative aux entreprises notées 9 « douteux » par la banque. La note 9 signifie que le client est en défaut et que le transfert du dossier au contentieux pour recouvrement forcé est la seule solution possible à envisager.
  1. La détermination de la probabilité de défaut

A chaque classe de rating est associée une probabilité de défaut (PD) calquée sur celle de la Standard & Poor's, telle que reprise dans le tableau ci-dessous :

Tableau n° 4 : Probabilités de défaut par classes de rating

Créances saines

Crédit à surveiller

Créances douteuses

Classe de rating

1

2

3

4

5

6

7

8

9

S&P

AAA

AA

A

BBB

BB

B

CCC

CC-C

-

PD 1 an

0,06%

0,17%

0,40%

2,11%

7,95%

19,81%

33,02%

47,75%

-

PD 5 ans

0,38%

0,76%

1,48%

5,92%

20,59%

40,66%

48%

66,41%

-

 
 

Source : Politique générale de notation Commercial Banking de la Rawbank

Le défaut est un événement aléatoire. La note de la contrepartie peut changer et migrer vers une autre. Dans ce cas, les pertes attendues ne resteront pas statiques et la banque pourrait perdre beaucoup s’il y a dégradation de la valeur de la signature.

Pour la détermination de la volatilité des pertes qui est définie comme l’écart-type de la distribution des rendements et des pertes, la banque utilise une matrice de migration (matrice de transition) dont l’information concernant sa composition s’avère être très sensible.

C.     La détermination de la perte probable

La deuxième dimension du système de notation représente, quant à elle, une estimation du risque propre liée à la facilité de crédit, en combinant la probabilité de défaut de l'emprunteur aux variables d'ajustement du crédit (encours, garanties et durées).

Les garanties sont représentées par classes de couverture (rating de garantie), obtenue en fonction des taux de recouvrement de la facilité de crédit en cas de défaillance du client, comme on peut le voir dans le tableau ci-après :

Tableau n° 5 : Tableau de correspondance garanties-taux de couverture

Classe de couverture

A

B

C

D

E

F

G

H

Taux de couverture

>100%

80-100%

60-80%

40-60%

20-40%

5-20%

0-5%

Néant

Source : Politique générale de notation Commercial Banking de la Rawbank

La combinaison de ces deux dimensions permet de déterminer la perte probable (PP) selon la formule ci-dessous :

PP = Probabilité de défaut × Encours × (1-Taux de couverture)

Ainsi, pour une entreprise noté 5, BB chez Standard & Poor's avec un encours de crédit de 1000 USD et un immeuble grevé d’hypothèque de 800$, la perte probable pour une année que la Rawbank estime sera égale à :

PP = 0.0795 x 1000(1-0,8)

PP = 15,9 USD

Ce procédé est utilisé pour l’évaluation de la perte éventuelle liée au risque de défaut d’un emprunteur. Pour chaque crédit accordé aux entreprises, la Rawbank évalue la perte que cette opération pourra entrainer si l’entreprise affiche un défaut à un moment donné pendant la vie du crédit.

Ainsi, pour bien appréhender la question de l’évaluation du risque de contrepartie et de la pertinence des outils de gestion à la Rawbank, nous avons effectué une enquête auprès de certaines PME de la ville de Bukavu. Enquête qui a débouché à la prise en considération des établissements AMUR MUGOTE comme élément faisant référence dans notre analyse du risque de crédit. Cette enquête nous a permis à nous saisir de la situation managériale et financière de MUGOTE, données qui ont facilité l’appréhension du risque et les décisions à prendre dans le cas échéant étant donné que MUGOTE fait partie des PME ayant une relation étroite avec la Rawbank.

II.3.2. Analyse pratique de la politique de gestion du risque de contrepartie à la Rawbank

II.3.2.1. Présentation du cas d’étude

Les établissements AMUR MUGOTE sont une entreprise à vocation industrielle et de service implantée au Sud Kivu dont les activités principales étant la production de l’eau minérale Mugote, de jus et du yaourt. A part l’usine Mugote, la société travaille aussi dans le transport (lacustre, Goma-Bukavu), dans l’hôtellerie et dans le commerce général et de minerais.

L’entreprise entretient une relation étroite avec la Rawbank depuis 2009. Actuellement, elle présente un besoin de 350 000 $ pour financer son cycle d’exploitation dont :

  • Crédit à court terme : 250 000 $ pour le besoin de la trésorerie, période de 24 mois, taux 12% ; (taux annuel)
  • Avance sur dettes fournisseurs : 100 000 $, période de 12 mois, taux 11%. (taux annuel)

En garantie, l’entreprise présente :

  • Une caution personnelle et solidaire de Mr Antoine RUTERA (propriétaire) ;
  • Un gage d’espèce de 50 000 $.
  • Une hypothèque (Hôtel Himbi Goma) dont la valeur nette est de 210 000 $.

Le dossier de crédit de l’entreprise est constitué d’une lettre de demande de financement et des états financiers audités des années 2012 à 2014.

II.3.2.2. Capture des données de l’entreprise et le rating final

Le renseignement des éléments du bilan et du compte de résultat des trois dernières années des établissements AMUR MUGOTE relevant des déclarations statistiques et fiscales est présenté en annexes.

Le dépouillement de ces données nous a permis d’effectuer les calculs suivants en vue de la détermination de la note finale de l’entreprise :

Tableau n° 6 : Le résumé managérial et financier des établissements AMUR MUGOTE

Ratios

2012

2013

2014

Note /20

Fonds propres / Total bilan   (%)

Dettes financières brutes/Fonds propres (%)

Dettes financières brutes/EBE  (%)

EBE/ch. Financières nettes  (%)

Endettement/Fonds propres  (%)

Endettement/Cash-flows  (%)

EBE en % du CA  (%)

La liquidité générale  (%)

Liquidité immédiate  (%)

MB/CA  (%)

Résultat net/CA (%)

La rentabilité financière (%)

La rentabilité des actifs économiques (%)

Le taux de vétusté  (%)

-          Ferme kalehe

-          Bâtiment station résidence

-          Bâtiment port Muhanzi

-          Bâtiment place Mulamba

-          Bâtiment Hôtel Himbi Goma

-          Bâtiment comptoir Goma

-          Bâtiment Usine MUGOTE

-          Bateau SAFINA

-          Vedette MUGOTE

-          Bateau MUGOTE

-          Charroi automobile

-          Machines et outils industriels

-          Matériels et mobiliers

Fonds de roulement (en USD)

Besoin en fonds de roulement (en USD)

Trésorerie (USD)

95,65

1,40

6,89

32 047,87

4,54

23,08

36,02

843,99

107,69

48,91

14,44

8,13

7,78

25

10

10

20

20

50

50

20

40

20

100

75

75

1 934 399

1 734 399

200 000

96,38

0,69

6,97

-----

3,75

38,13

20,62

825,34

10,11

41,20

6,67

3,19

3,08

30

15

15

25

25

55

55

40

60

40

100

90

90

2 070 860

2 006 100

64 760

94,89

1,14

10,42

-----

5,38

48,91

15,46

680,22

22,46

29,85

7,40

5,24

4,97

35

20

20

30

30

60

60

60

80

60

100

52

60

2 365 131

2 447 898

-82 767

18

18

17

20

17

15

11

20

12

13

12

10

9


         12


         10

Note financière

BBB+

BB+

BBB

14,27/20

1.      Management

-          La qualité (connu pour son expérience et sa qualité)  /4

-          Stratégie et résultats (stratégie claire et réalité, résultats cohérents)   /3

-          Fiabilité des prévisions (prévisions vérifiées dans le passé)   /3

        7/10

3

2

2

2.      Secteur d’activité

-          Perspectives sectorielles (marché dans lequel évolue l’entreprise)  /3

-          Positionnement (parts de marché non significatives)  /3

-          Sensibilité (sensibilité, mais couverture satisfaisante)  /2

-          Part des importations (degré de dépendance vis-à-vis des fournisseurs) /2

-          La qualité et la diversité des produits /3

-          La performance du système la production et de distribution /2

       10/15

2

1

2

1

3

1

3.      Relations bancaires

-          La situation du compte de l’entreprise  /10

-          La qualité des autres banques avec lesquelles l’entreprise traite   /10

      17/20

8

9

4.      La situation financière

-          Le rating financier

-          La fortune du promoteur

22,27/30

14,27

8

5.      Evolution de l’entreprise

-          Chiffre d’affaires

-          Valeurs ajoutées

-          ROE

-          Frais financiers

-          Achats (importations)

-          Résultat net

-

-

-

-

-

-

+12,78

-36,44

-60,76

-17,21

+28,79

-47,88

+47,35

+10,45

+64,26

+45,51

+77,49

+63,47

      14/25

3/4

2/4

3/4

1/4

2/4

3/5

Note qualitative

14,05/20

Note de contrepartie :

Appartenance à un groupe

Note proposée :

BBB+

     -----       

      BBB

Source : Nos confections à partir des données qualitatives et des informations des bilans et comptes de résultat des années 2012, 2013 et 2014

De ce tableau, il ressort les éléments significatifs suivants :

  • Hausse du chiffre d’affaires de 47,35% expliquée par la hausse des achats de 77,49% qui s’est avérée moins proportionnelle, l’entreprise se retrouvant avec un stock final supérieur au stock initial.
  • Une augmentation des frais financiers de 45,51% qui combinée à la hausse du chiffre d’affaires n’a pas eu d’impact négatif sur le résultat des activités ordinaires, et par conséquent le résultat net a augmenté de 63,47%, ce qui explique même l’augmentation de la rentabilité financière de 64,26%.

Ainsi, le rating qualificatif est fonction des réponses aux interrogations soumises au gérant de l’entreprise et des informations récoltées au cours de notre descente sur terrain. Ces informations sont présentées en annexes. La note trouvée est calculée en ramenant sur 20 points la somme des cotes obtenues suivant l’importance de chaque rubrique.

Le rating quantitatif, quant à lui,  est obtenu en analysant les données des bilans et des comptes de résultat des années 2012, 2013 et 2014.

La note finale de l’entreprise est obtenue en combinant les points obtenus au travers de la note quantitative et celle qualitative. Cette dernière vient modifier la note de la contrepartie.

Ainsi, la note finale obtenue par le rating est BBB+. Le comité de crédit peut, de son tour, modifier la note lui proposer par l’analyste crédit. Pour des raisons informationnelles, la note retenue est de BBB qui correspond à la classe de rating 4 c’est-à-dire la classe dite « risque modéré » ou risque acceptable par la banque.

Dans notre tableau de probabilités de défaut de rating, la classe 4 a une probabilité de défaut de 2,11% qui correspond à la probabilité de défaut des établissements AMUR MUGOTE. En d’autres termes, la banque a 97,89% de chance de récupérer sa créance (le principal et les intérêts) au cas où l’entreprise MUGOTE fait défaut.

Avec cette situation, la banque peut exiger des garanties auprès de MUGOTE pour couvrir tout éventuel risque de perte qui pourrait surgir durant la vie du crédit.

D’habitude, les entreprises très risquées ne donnent pas beaucoup de garanties pour couvrir les risques. La Rawbank leur impose un taux d’intérêt élevé qui couvre la perte attendue et éventuellement une partie de la perte inattendue.

Les entreprises moins risquées n’acceptent pas un taux d’intérêt élevé, par conséquent, la Rawbank leur oblige de déposer des garanties qui couvrent une partie ou la totalité de leur perte.

II.3.2.3 Détermination du risque de crédit attendu du client

Le risque de crédit attendu du client est la perte éventuelle que la banque évalue ex-ante avant tout octroi de crédit. Elle est le montant que la banque espère perdre au moment du défaut du client si ce dernier intervient. Le risque de crédit est fonction ici de :

  • La probabilité de défaut anticipé, EDF ;
  • La fraction de la créance non recouvrée en cas de défaut appelée LGD. Celui-ci dépend directement du taux de recouvrement :

LGD = 1 - Taux de recouvrement

  • L’endettement E de l’emprunteur auprès de la banque. Il faut ajouter aux emprunts en cours, les ouvertures de crédits consenties à l’emprunteur non encore utilisées. Le raisonnement se fait en termes d’exposition totale c’est-à-dire d’engagement potentiel de la banque envers l’emprunteur.

Le risque de crédit anticipé est égal à la perte moyenne estimée, EL (Expected Loss), qui résulte de la multiplication des trois éléments précédents :

  • La perte en cas de défaut (LGD)

La perte encourue en cas de défaut ou LGD (Loss Given Default) est égale au montant de la créance moins les recouvrements estimés après la défaillance. L'évaluation de la perte en cas de défaut tient compte à la fois des :

  • Caractéristiques de l'emprunteur : situation financière et défaut sur d'autres prêts (principe de contagion),
  • Caractéristiques du prêt : présence ou non des garanties et valeur des garanties.

Mathématiquement elle représente le complément du taux de recouvrement à l'unité.

D'où LGD = 1- Taux de recouvrement

Selon l'Accord Bale II de juin 2004, la définition des composantes du risque de crédit d'un portefeuille peut se baser sur des données internes à l'établissement pour certains paramètres (PD notamment) et sur des estimations prudentielles pour d'autres (LGD et EAD selon l'approche IRB Foundation). Compte tenu de ce qui précède et que les données mises à notre disposition ne fournissent guère un historique complet, précis et cohérent des taux de recouvrement, nous allons nous appuyer sur cette possibilité qu'offre la règlementation. Dans le cadre de cette démarche prudentielle, les réducteurs de risque doivent aussi être pris en ligne de compte, il s'agit dans les faits de corriger le niveau de perte en cas de défaut par des pondérations après la prise en compte de la valeur des garanties en couverture du prêt.

En se référant au règlement bancaire et aux exigences de la Banque Centrale du Congo concernant la couverture du risque de crédit des établissements de crédit, la pondération de 75% sera retenue respectivement pour la société MUGOTE. Le tableau n° 4, nous donne le niveau de perte en cas de défaut.

Tableau n° 7 : Calcul de la perte en cas de défaut (LGD)

La société MUGOTE/ Eléments de calcul

Montant

Valeur nette de la garantie

210 000

Gage d’espèce

50 000

Montant crédit

350 000

Taux de récupération

0,74

Taux de perte en cas de défaut

0,26

Pondération règlementaire

75%

LGD

0,195

        Source : Nous même

  • L'encours lors du début (EAD)

Le troisième facteur de la perte attendue est l'encours au moment du défaut. Ce qui est exprimé par l'encours ou l'exposition lors du défaut (Exposure At Default). Les encours au moment du défaut seront donc estimés par l'agrégation des encours et des échéances non honorées à la date de constatation de la défaillance de la contrepartie. Notons que la démarche prudentielle demande à la banque, pour le calcul de l'encours lors du défaut (EAD) sur une contrepartie défaillante sur un de ces engagements de prendre l’ensemble de ses engagements non échus.

S’agissant des expositions pour notre cas d’étude, nous allons considérer les montants de crédit accordés. Ceci revient à faire l’hypothèse que la défaillance de la contrepartie surviendra à la première échéance. Par ailleurs, la contrepartie retenue dans notre étude n'a pas d'autres engagements. Ainsi, les encours lors du défaut sont à hauteur du crédit accordé, soit 350 000 USD qui représentent le crédit sollicité par les établissements AMUR MUGOTE. La Rawbank décide d’octroyer le crédit début septembre. L’amortissement est constat aux versements trimestriels. Le tableau des amortissements est présenté en annexes.

Le risque de crédit anticipé (EL) sera alors de :

EL = 0,0211 x 350 000 x 0,195 = 1 440,075 USD

Ce montant représente la somme en USD que la Rawbank espère perdre si elle accorde le crédit à l’entreprise MUGOTE et que cette dernière fasse défaut avant le premier versement. Ainsi, la Rawbank devait incorporer cette perte dans la tarification du crédit pour que le revenu obtenu de ce crédit puisse être soustrait des provisions en vue de la couverture de cette perte. Ce revenu doit être suffisant pour couvrir la perte et rémunéré le capital utilisé.

Et si nous considérons que le défaut de l’entreprise MUGOTE intervient au sixième trimestre après que la banque ait perçu un recouvrement non nul de sa créance auprès de MUGOTE, c’est-à-dire après avoir reçu 5 versements (principal + intérêt) de la part de la contrepartie, EAD étant égal à 105 000 USD (voir annexes n° 5), alors la perte estimée sera de :

EL = 0,0211 x 105 000 x 0,193 = 435,023 USD

Ce montant représente la perte en valeur que la Rawbank pourrait enregistré si elle accorde aujourd’hui le crédit équivalent à 350 000 USD à l’entreprise MUGOTE et que cette dernière fait défaut au sixième trimestre avant l’expiration du contrat. Dans cette situation, la banque sera dans l’obligation de faire recours à la caution personnelle et solidaire que Mr Antoine RUTERA avait donnée et de lui exiger à répondre à ses engagements.

II.3.2.4 Détermination de la perte inattendue (Unexpected Loss-UL)

Le capital d'une banque est la seule protection contre les pertes susceptibles de survenir. Ce principe est retenu par les autorités de tutelle qui imposent de respecter un niveau minimal de capital. Celui-ci est défini selon des normes simples et universelles. Il s'agit de forfaits appliqués aux encours de crédit pour obtenir le capital règlementaire. Cette approche n'intègre pas les différents profils de risque des contreparties, d'où la nécessité de passer des forfaits règlementaires à des mesures plus objectives des risques.

A cette mesure objective, correspond une estimation économique du capital. Le « capital économique » est donc celui qui permet d'absorber des pertes potentielles d'un crédit sur une base objective. Par définition, il est égal à ces pertes potentielles. Ce capital économique est destiné à couvrir la perte inattendue (UL), étant donné que la perte attendue est couverte par les revenus de l'opération de crédit. La perte inattendue est évaluée à partir d'une distribution réelle (historique) des défauts constatés, elle est considérée comme la volatilité déviant de la moyenne des pertes et cette volatilité est appréhendée à travers un quantile de la distribution des défauts. Ainsi, la perte inattendue est formulée par :

   [1]

Avec : écart-type de la distribution du taux de non remboursement de la créance.

La détermination de la perte inattendue pose problème lorsqu’on n’a pas des informations concernant la distribution des pertes et de la matrice de transition ou de migration de rating de la contrepartie. Pour contourner ce problème, nous avons fait recours à une autre formule de la volatilité de la distribution traitée au troisième chapitre.

[1] Hubert de La Bruslerie, Analyse financière, Information financière, diagnostic et évaluation, 4ième édition, Ed. Dunod, Paris, 2010, p. 497

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