Table de matières
Dans sa structure, la sémiotique connaît différentes orientations comme un domaine pluridisciplinaire ou ayant des champs vastes pour son émergence. Elle est axée sur les signes ou des symboles qui se concatènent.
De ce fait, le Professeur Sim KILOSHO dans son module sur l’approche sémiotique montre que dans les années 70, Umberto ECO circonscrit le champ sémiotique de la manière suivante :
> Communication tactile (Par exemple le baiser, la tape sur les épaules), Codes du goût (par exemple l’usage d’épices);
>Para-linguistique (par exemple les types de voix, l’utilisation non-linguistique de la voix);
> Kinésique et proxémique (l’étude des langages gestuels, des gestes liturgiques, des étiquettes, etc.), comme dit Anne UBERSFELD:
« Le dialogue est le développement, la mise en forme de deux propositionsdiscursives confrontées ou affrontées » (1978 :290).
>Codes musicaux : ici, l’étude sémiotique intervient s’il y a des signes musicaux;
Langages formalisés (par exemple les structures mathématiques, les langages-machines, ainsi que la formalisation des descriptions scientifiques);
> Langues naturelles (la linguistique, notamment la linguistique structurale);
> Langues écrites, alphabet inconnus, codes secrets (par exemple les écritures et les énigmes) ;
>Communications visuelles (par exemple les signalisations routières, les systèmesgraphiques, les bandes dessinées);
>Systèmes d’objets (par exemple l’architecture, les objets vus comme faits decommunication);
>Structure du récit (par exemple les contes, le folklore, le texte littéraire);
> Codes culturels (par exemple les hiérarchies, les légendes et les théologies primitives qui représentent d’une manière organisée la vision du monde d’unesociété donnée, les systèmes de parenté);
>Codes et messages esthétiques (par exemple la création artistique);
>Communication de masse (par exemple le cinéma, la presse orale et écrite, la bande dessinée);
Rhétorique : par exemple, à des fins de persuasion, du langage (KILOSHO,
2007 :10-12).
Par rapport à ces deux pôles d’intérêt philosophique linguistique et/ou littéraire, Jean-Claude Domenjoz nuance ses termes en parlant des types de sémiotique renvoyant à sonhistoire selon les trois grands niveaux que voici :
. La sémiotique générale, a pour fin de construire et de structurer son objet théoriqueainsi que de développer des modèles purement formels de portée générale. Relèventde ce niveau, les recherches visant à proposer une théorie générale de la penséesymbolique et à définir la structure du signe, ses relations et ses effets. Ce niveauconcerne la théorie de la connaissance (septembre 1998 : 7).
Les sémiotiques spécifiques, portent sur l’étude de systèmes symboliquesd’expression et de communication particuliers. A ce niveau, les systèmes langagierssont envisagés de manière théorique à partir des points de vue: de la syntaxe (relations formelles des signes entre eux), de la sémantique (relations des signes à laréférence) et de la pragmatique (relations des signes aux utilisateurs). Ce niveauconcerne l’étude du langage (Ibidem, 7-8,).
La sémiotique appliquée est l’application d’une méthode d’analyse utilisant des concepts sémiotiques. Son champ d’action concerne l’interprétation de productions de toutes natures; par exemple, la sémiologie de l’image fixe comme analyse de l’image au moyen d’outils sémiotiques. Ce niveau porte sur le discours (Op.cit.,9).
D’après KLINKENBERG, la sémiotique se classe en 7 sous-branches. Il cite d’abord la sémiotique de médias et des spectacles. Ensuite, il mentionne les sémiotiques : visuelle, de l’espace et du geste. Et enfin, il fait allusion à celle du récit.
+ La sémiotique de médias : elle s’intéresse aux messages visuels, écrits ou sonores. La publicité, l’affiche politique, les jeux télévisés et les reportages sont des objets de prédilection.
+ La sémiotique visuelle : s’applique à l’image en général. Elle s’intéresse, par exemple, à l’image plastique, au dessin, à la bande dessinée, à la photographie et à tous les signes iconiques. Pour ce qui est de notre travail, c’est cette sémiotique qui nous intéresse.
+ La sémiotique de l’espace : elle concerne l’architecture, l’urbanisme et le paysage, tel qu’il est créé par l’homme, mais aussi fait l’objet de représentations.
+ La sémiotique des spectacles : elle analyse les messages véhiculés par le cinéma, le théâtre, l’opéra, etc. (2013 :54-57).
Partant de ces différents types et sous-branches de la sémiotique précités, la notion qui nous concerne est celle de la sémiotique estimons intersystémique c’est-à-dire envisageable comme des systèmes signifiants ou l’exploration du sens qui, selon notrecorpus, décrypte le mémorial.
Profondément touché du modèle d’analyse greimassienne, François Rastier confirme que:
« (...)la phrase est traditionnellement conçue à partir du signe et non du texte. Le recours de plus en plus fréquent au contexte reste ambigu, car c ‘est une zone d’extension, relativement au signe et à la phrase, mais une zone de restriction, relativement au texte. La sémiosis, relation fondamentale qui unit les deux faces du signe. En d’autres termes, les relations qui établissent le sen vont de signifié en signifié, aussi bien que du signifié vers le signifiant. Aussi, nous définissons la sémiosis à partir du réseau des relations entre signifiés au sein du texte. Enfin, la sémiosis ne peut être fixée que comme résultat de l’interprétation, non comme son départ. » (2001 :103-106).
On constate que la notion de sémiosis paraît complémentaire à notre orientation, car elle traite de relation entre le signe et l’objet auquel il renvoie son interprétant. Ainsi, dans notre analyse, nous visons asseoir la dimension image dans la dynamique du sujet- objet- Interprétant.
En guise de conclusion, le fonctionnement du signe est triadique, il nécessite la coopération de trois instances : le signe (ce qui représente), l’objet (ce qui est représenté) et l’interprétant qui produit leur relation.
Comme la sémiotique s’intéresse plus à la recherche du sens, son champ de manœuvre est très vaste. Elle se considère comme la théorie de tous les langages et de tous les systèmes de significations. Cela est soutenu par le chercheur Joseph Courtés en ces termes :
« Sémiologie ou Sémiotique : on sait que cette « science humaine » traite dans bien de domaines (littérature, presse, publicité, image, photographie, gestualité, cinéma, théâtre, architecture, musique, etc.) des « signes », de la « signification », de la « communication » intersubjective et sociale, etc. Bref de tous les langages possibles, de leurs structures internes et de leur fonctionnement social »,(2000 : 64). Notre devoir incontournable reste celui de circonscrire concrètement la sémiotique comme science et comme outil d’analyse à partir duquel le mémorial devient un ensemble de signes manifestés.
Comme nous l’avons bien défini, le mémorial est un ouvrage produit pour la conservation de souvenirs ou à la mémoire de quelque personnage illustre ou de quelque événements considérable. Cet ouvrage est l’œuvre de l’artiste, c’est-à-dire de la sculpture, de l’architecture et de la photographie, pour le cas de ce travail. Ce qui signifie que les images qui sont sur chacun des mémoriaux relève de ces domaines d’art cités.
Ainsi, pourquoi donc communiquer par l’image ?
On communique par l’image parce que l’on s’adresse à un public qui n’est pas unifié par une même langue ;parce qu’on s’adresse à un public qui ne sait pas ou pas encore lire ; parce qu’on cherche à parler directement à la perception visuelle pour intéresser, choquer, émouvoir,…
Dans l’ordre du sens de ce travail, nous sommes sur la voie d’analyse pour comprendre comment le sens (le message) d’une image qu’il ya sur le mémorial (ou monument) se trouve dans la population ou le peuple qui l’aperçoit. C’estle sens que le public accorde à ces images qui sont des icônes ou des symboles qui nous intéressent.
En effet, nous ne prenons pas en compte le véritable paramètre linguistique, mais plutôt nous prenons cet aspect langagier. C’est-à-dire le langage choisi par les autorités pour transmettre le message, exprimer le sentiment même de ce qui est passé, des personnages importants ou événements importants du pays, à travers les monuments qui connotent tout cela.
En d’autres termes, il ne faut pas chercher dans l’image une double articulation comme celle de la langue. C’est-à-dire, dans le texte, les sens résident dans les lexèmes et les gammèmes( unicités linguistiques, lexicales ou constructionnelles, au sens de stabilité) tandis que dans l’image ou la statue les sens résident aux configurations visuelles élémentaires aux types iconiques appris ; puis à un processus d’interprétation globale qui met en jeux un principe de spatio-sensitivité ; bref, un grand nombre d’interprétants culturels.( htt://www.mémorial.fr/sémiotique/signe et sens/)
Du regard de ces sens accordés à la sémiotique du mémorial, il importe de signaler que le signe dont il est question ici est une réalité matérielle, une construction matérielle, une représentation qui résulte de l’activité psychique de la part de l’artiste qui conçoit l’idée et l’applique non pas par des mots, mais par des matériels ; et de la part du spectateur qui, lorsqu’il aperçoit l’image ou la statue, fixe son attention sur le sens ou la signification de ladite statue ou image.
Qu’est-ce que le signe ?
Comme la sémiotique est un processus de signifiance-symbole d’un rapport triadique entre un signe, un objet et l’interprétant ou le récepteur, nous devons connaître la croisée de chemin du vocable signe. Le professeur KILOSHO K. définit le signe comme généralement « une chose qui renvoie à une autre, et qui n’est pas elle. Il a pour base la médiation. Il définit toute manifestation de quelque nature que ce soit, comprise naturellement susceptible d’être interprétée » (2012 : 17-21).
En plus, PEIRCE dit que le signe réalise à « Tout énoncé assumant une relation triadique entre un représentatamen, un objet et un interprétant ; un sens du signe ….qui aura aussi son interprétant jusqu’à l’infinie ». Toujours, poursuit Pierce, toute pensée l’est pour signe, « lire un texte comme littérature, et s’attendre à ce que tout élément y fasse signe » (1978 : 116)
Néanmoins, vu que le mot « signe » semble rebelle à toute définition, maints linguistes ont tenté de le définir de leur façon. Depuis 1865 jusqu’en 1911, Charles Sanders Peirce lui-même en est arrivé à formuler soixante-seize définitions que Robert Monty et M Role répertorient sur le site internet, (URL : http://www uniprep.fr(seel/rch/its/monty/76fr.htm : pp. 127, le 6 mai 2016 à 11h35’).
Ainsi, une de ces définitions est la suivante :« un signe, ou représentamen, est quelque chose qui tient lien pour quelqu’un de quelque chose sous quelque rapport à quelque titre. Il s’adresse à quelqu’un, c’est-à-dire, crée dans l’esprit de cette personne un signe équivalent ou peut-être un signe plus développé. Ce signe qu’il crée, je l’appelle l’interprétant du premier signe. Ce signe tient lieu de quelque chose, de son objet. Il tient lieu de cet objet non sous tous rapports, mais pour référence à une sorte d’idée que j’aiappelée quelque fois le fondement(ground) du représentemen » (Ecris sur le signe, Charles Sanders Peirce, 121, cité par ABRA, 2011-2012).
Parlant de la définition du signe, le contexte intellectuel et théorique peircien diffère de celui de la sémiologie saussurienne. Chez ce dernier, (Payot 1964:98-104), le signe linguistique est conçu comme « une union d’un signifiant et d’un signifié », il unit non une chose et un nom, mais un concept et une image acoustique. Cette dernière n’est pas le son matériel, chose purement physique mais l’empreinte de ce son, la représentation que nous en donne le témoignage de nos sens. Elle est sensorielle et généralement plus abstraite. Comme on le sait bien, l’influence du psychologisme et du sociologisme est constaté chez Saussure alors que chez Peirce, c’est plutôt la logique qui est en œuvre (ibidem Pp 50-51).
En effet, le signe a une longue histoire dans la philosophie occidentale. C’est néanmoins au début du XXe siècle que celui-ci s’est développé, sans lenom de « sémiotique », selon le philosophe américain Charles PEIRCE ou de « Sémiologie », selon le linguistesuisse Ferdinand de Saussure.
Grosso modo, retenons que le signe est en d’autres termes un representamen, c’est-à-dire quelque chose manifeste, qui crée dans l’esprit de la personne, un sens développé ou non, soit un geste, un indice ou encore une expression créant les rouages d’indication ou de signification que Peirce considérait comme un médium de communication, essentiellement dans une relation triadique avec l’interprétation qu’il détermine.
Le signe est la mise en place d’une dialectique de la présence/ absence ou du manifeste/ talent : quelque chose est là que je perçois qui me renseigne sur quelque chose d’absent ou d’imperceptible. Autrement dit, le signe est considéré comme un « tenant lieu de ». Dans cette même perspective, Pierre Guiraud pousse la réflexion en disant que :
« Un signe est un stimulus, c’est-à-dire une substance sensible dont l’image mentale est associée dans notre esprit à celle d’un autrestimulus qu’il a pour fonction d’évoquer en vue d’une communication » (la sémiologie 1998 : 29).
Au clair, le signe est toujours la marque de communiquer un sens. Il nous permet aussi de communiquer avec ce qui nous entoure et vise à transmettre des messages. Ainsi, toute communication présente deux aspects: le signifiant, qui est l’image acoustique, l’image visuelle et le signifié qui, est le contenu sémantique, le contenu conceptuel. Cela montre bien le caractère complexe d’une communication qui implique un double processus : le visible et l’invisible (l’intention sous – entendue que le visible permet d’appréhender par laperception).
Tout cela complexifie davantage le problème de la signification à telle enseigne que des voix s’élèvent pour dire que :
« La signification peut se cacher sous toutes les apparences sensibles, elle est derrière les sons, mais aussi derrière les images, les odeurs et les saveurs, sans pour autant être dans les sons ou dans les images (comme perception) » (KILOSHO 2012 : 20)
Dans l’étude d’une image, d’un signe iconique, l’aspect le plus important n’est pas la figure mais la signification qui y est attachée. L’étude du sens est dès lors d’un intérêt certain. Quand on parle de sens, c’est qu’on se réfère à des sciences de langages dont l’objectif est d’étudier le sens des phénomènes. La Sociologie, l’Histoire, la Sémantique, la Linguistique, la Sémiotique, etc. ont certainement chacune avec ses méthodes pour objectif la recherche de la signification des phénomènes.Puisque nous ne cessons pas de penser à l’esprit ou à l’état d’âme, l’homme a toujours présent à la conscience un sentiment, une image, une conception, une vision ou une autre représentation qui sert de signe. Il nous convient donc de retenir l’aspect tel que toute pensée s’exprime par l’intermédiaire de signes qui sont, à leur tour, susceptibles de renvoyer à d’autres pensées, et voilà encore l’aspect à dégager dans la sémiotique.
Tel que nous venons de déterminer les tâches de la sémiotique en tant que discipline selon ces différents théoriciens, disons donc que pour le cadre de ce travail, cette méthode cherche à établir les relations d’un ensemble, et privilégie les éléments interprétatifs qui président dans l’étude de la signification le sens des monuments analysable dans la société où ils sont érigés.
Notre positionnement de ce point de vue sera marqué rien que par le symbole lisible sur le monument, dans la mesure où nous le considérons comme une pratique signifiante, c’est-à- dire un discours sur le sens traduisant le monument. Donc, nous utilisons l’approche sémiotique comme unité d’analyse de ces images qui sont les signes. A ce même niveau, nous analyserons le Mémorial en tenant compte de deux niveaux : les éléments de la dénotation et ceux de la connotation.
Ce choix méthodologique se justifie à notre sens par le fait que le Mémorial est fait de signes iconiques qui dénotent et connotent à la fois.Puis, l’analyse sémiotique proprement dite, c’est-à-dire l’application de la méthode greimassiènne et de Courtés aux œuvres architecturales et sculpturales permettra de dégager ses segments de significations.
Il se remarque que le Mémorial répond aux critères du texte. Autrement dit, le Mémorial fonctionne et peut être lu comme un texte du fait qu’il inclut des signes qui sont porteurs d’un message.
Mais qu’est-ce qu’un texte ?
Le texte est différent du récit et du discours. Les sciences du langage le définissent comme une occurrence communicationnelle qui inclut les langages verbaux et non - verbaux. Il répond à des critères de cohésion, de cohérence. Le texte au-delà de ces critères peut être considéré comme un faisceau de modélisations. Autrement, le texte fait recours à des objets étrangers au texte mais qui sont analogues de par leurs relations. Il le modélise. D’ailleurs, c’est l’objectif d’une sémiotique à base herméneutique qui va radicaliser le rapportau texte. A cet effet, nous comprenons Joseph PARE, lorsqu’il dit : « Ainsi l’interprétation va cheminer de la configuration interne du texte vers la refiguration que le texte exerce en dehors de lui-même ; elle permettra dès lors de passer d’un monde à un autre, du monde fictif à un monde réel à travers un monde potentiellement réel ».J-PARE, Pour une sémiotique à base herméneutique, in Annales de l’U.O cité par le site http://www. sémiotique/texte/consulté le 06 février 2016 à 11h33’.
En clair, tout lecteur appréhende un texte avec un bagage de connaissances à propos des faits socio - culturels, qui fonctionnent comme une piste d’interprétation. C’est encore dire qu’aucun texte n’est reçu isolement de la société ; cela est même perceptible avant toute analyse d’un texte. Ce phénomène du recours au réel pour construire un texte est appelé modélisation et a pour auteur Louri Lotman cite Arouna S. Pour lui, la production du réel à travers les signes s’effectue sur le plan : axiologique, esthétique, idéologique, intertextuel, pulsionnel et référentiel.
Dès lors, le Mémorial, vu sous ses composantes, peut être considéré comme un texte et peut faire l’objet d’une analyse sémio-narrative. Ainsi, la conception du Mémorial est un processus, c’est-à-dire qu’il a un point de départ et un point d’arrivée ou point final. En effet, il constitue un récit qui rend compte des états et des transformations. Ce couple joue un rôle fondamental dans l’analyse sémio-narrative. Vu cette importance, sa nécessité s’avère importante, d’où, « Faire l’analyse narrative d’un texte, c’est d’abord établir un classement des énoncés d’états et des énoncés de faire »
La narrativité est l’agencement du récit. Elle est, selon le Groupe d’Entrevernes cité par Arouna SANOU: « Le phénomène de succession d’états et de transformations, inscrit dans le discours et responsable de la production du sens. L’analyse narrative est le repérage des états et des transformations et la représentation rigoureuse des écarts, des différences qu’ils font apparaître sous le mode de la succession. Tout texte présente une composante narrative et peut faire l’objet d’une analyse narrative » (1985 : 58)
De ce point de vue, la narrativité est le principe de l’organisation de tout discours. Toute histoire ou tout récit a un début et une fin. C’est pourquoi Greimas a proposé de considérer qu’il y a narrativité lorsqu’un texte décrit le passage d’un état de possession ou de manque, d’un état valorisé à un état inverse. Ainsi, le Mémorial constitue un texte véhiculant un message. Ce message étant une description d’actions enchaînées, nous pouvons déduire que le Mémorial est un récit.
L’autre approche qui nous a paru nécessaire c’est la sociolinguistique.
Christian Baylon (1991 :9)définit la sociolinguistique en ces termes : « la sociolinguistique est l’étude de la communication dans la société ». Elle est« l’étude des caractéristiques des variétés linguistiques, des caractéristiques de leurs fonctions considérant que ces trois facteurs agissent sans cesse l’un sur l’autre, changent et se modifient mutuellement au sein d’une communauté linguistique (FISHMAN 1971 : 2).LeDictionnaire Petit Larousseen couleur, note que « la sociolinguistique est une discipline qui étudie les relations entre la langue et les facteurs sociaux(2007 : 991).
En outre, le dictionnaire le Petit Robert illustrérenchérit que « la sociolinguistique est 1a partie de la linguistique qui traite des relations entre langage, culture et société » (Robert 1997 :11936). Elle est « une discipline linguistique qui se préoccupe de mettre en relation les comportements linguistiques et les facteurs sociaux » (Microsoft®Encarta Junior®2009@1993-2008).
Ainsi, la sociolinguistique est une science de l’homme et de la société. Le locuteur peut modifier de manière consciente ou inconsciente sa façon de parler, ou de communiquer. Elle s’intéresse donc aux différentes variétés de langues et aux questions que doit se poser un sociolinguiste. Ces questions doivent être à la base de son étude.
En effet, FISHMAN, dans sa définition, nous fait voir la présence d’un interlocuteur auquel des questions posées sont adressées. Ce qui montre que cette approche s’intéresse aux multiples questions que posent les contacts de langues au sein des sociétés plurilingues. Ces questions concernent par exemple la nature conflictuelle de tels contacts, les attitudes susceptibles de peser sur le fonctionnement social et l’émergence de systèmes linguistiques hybrides emprunts, pidgins, etc.
C’est pourquoi, la sociolinguistique est définie comme une science qui étudie la langue dans sa variation sociale. C’est-à-dire que parler de la sociolinguistique suppose le fait linguistique éclairé par le fait social. Raison pour laquelle Ferdinand de Saussure considère que la sociolinguistique est une science de l’homme et de la société qui a émergé voilà près d’un demi-siècle.A ce point, la sociolinguistique est une nouvelle discipline qui engage l’homme et la société.
Considérant la sémiotique structurale, qui est l’étude de la vie des signes dans la société, nous y assimilons la sociolinguistique telle qu’elle est définie par Christian cité ci-haut, afin qu’elle nous aide à trouver l’effet du Mémorial à travers une enquête dans la ville de Bukavu. Car, les monuments transmettent le message à la société.Mais, comment celle-ci les conçoit-elle ? Cette approche nous aidera donc à dégager le sens que le peuple de la ville de Bukavu accorde à leurs monuments.
Pour compléter la sémiotique et la sociolinguistique, nous avons recouru à la méthode d’enquête.
Outre la sémiotique et la sociolinguistique, la méthode d’enquête nous a été utile pour récolter les données auprès de la population enquêtée. Cette récolte est passée par quelques étapes.
Le questionnaire est un outil méthodologique qui donne des informations mesurables, chiffrées et faciles à classifier et à comparer. Pour garantir l’objectivité de notre recherche, il nous a paru nécessaire d’administrer à l’échantillon construit un questionnaire standard, c’est-à-dire qui comprend les mêmes questions pour tous les groupes, un questionnaire administré dans les mêmes conditions, sans adaptation ni application.
Cet échantillon comprend un nombre des sujets nécessaires et suffisants aux besoins de la recherche. La taille est fonction du nombre de questions de la recherche, des variables à examiner, du volume de la population ciblée, etc (Calvet L. J. et Dumont P. 1999 :15-16).
Ce qui signifie qu’avant de mener notre enquête, nous avons élaboré un questionnaire d’enquête constitué de neuf questions auxquelles nos enquêtés ont répondu.
Le milieu d’enquête n’est autre que le lieu où résident les enquêtés et où l’enquête s’est déroulée. Il convient donc de signaler, qu’en ce qui nous concerne, l’enquête s’est déroulée à Bukavu, partout où se trouve les monuments en question nous distribuions des questionnaires à ceux qui y étaient. Aussi, pour ce qui est des autorités, nous les rencontrions dans leur bureaux et donnions également des photos de ces monumentset le questionnaire afin qu’ils y répondent.
En effet, les sujets enquêtés sont relatifs, proportionnels au nombre des monuments d’étude. Ces sujets sont d’un âge allant de 14 à 73 ans, cet âge est nécessaire pour une telle enquête, parce qu’il regorge les personnes bien informées et qui perçoivent fidèlement l’esprit d’interprétation.
Dans la recherche des données, l’entretien et le questionnaire d’enquête ont été les instruments adaptés à nos objectifs. Quant à l’entretien, il consistait en un dialogue entre l’enquêteur et l’enquêté afin que celui-ci réponde convenablement aux questions lui posées. Le questionnaire à son tour était remis aux enquêtés. C’est pourquoi, nous avons obtenu d’eux des réponses répondant à la visée de nos objectifs.
L’enquête s’est déroulée dans le premier semestre de 2016. Toutes les fois que nous nous retrouvions au monument d’étude, nous cherchions des données auprès de nos enquêtés.
Le support de l’enquête renvoie aux données recueillies auprès des informateurs. Elles ont été données grâce à l’entretien et au questionnaire d’enquête.
Après avoir récolté les données, un dépouillement s’est révélé nécessaire. En dépouillant, nous avons d’abord classé les données selon les types de monuments, c’est-à-dire tous les éléments appartenant aux monuments relevant des noms des personnes illustres se sont retrouvés dans une même catégorie, les données relevant des monuments des noms de quelques événements importants de la ville et/ou du pays dans une autre catégorie. Enfin, tous ces éléments ont été rangés par monument pour constituer notre corpus.
Bukavu est le chef-lieu de la Province du Sud-Kivu. Cette ville était, pendant plusieurs années, le chef-lieu de l’ancien Kivu. Ce chef-lieu se trouvait à Rutshuru (au Nord-Kivu) et c’est seulement le 01 octobre 1925 qu’il est déplacé à Bukavu sous l’appellation de ConstermanSVille (partant du nom du premier Blanc qui avait dirigé la ville:Monsieur CONSTERMANS).
Après le découpage de l’ancien Kivu en trois nouvelles provinces (le Nord-Kivu, le Maniema et le Sud-Kivu), en 1989, Bukavu a continué à être le chef-lieu du Sud-Kivu.
Bukavu se trouve entièrement dans le Territoire de Kabare, région principalement appelée le Bushi (la terre des Bashi). Limitée au Nord par le Lac Kivu et 4 Collectivité-chefferie de Kabare; à l’Est par le Rwanda (séparée par le Lac Kivu et la rivière Ruzizi); au Sud et à l’Ouest par la Collectivité -chefferie de Kabare. C’est une ville montagneuse dominée géologiquement par le basalte.
Administrativement, selon Denis Barhishi (2013 : 27), Bukavu se compose actuellement de trois Communes qui sont les anciennes entités administratives coloniales : Ibanda, Kadutu et Bagira. Chacune de ces trois Communes est divisée en quartiers et ceux-ci en Cellules.
Linguistiquement, les langues actualisées à Bukavu sont de français, l’anglais, le kiswahili, e lingala, le mashi, le kilega, e kitembe, le kitembo, le kihavu, le kinyindu, le kifuliiru, le kivira, le kinyarwanda et le kirundi. C’est une entité qui vit dans pluralisme linguistique hors de l’espace (Denis BARHISHI, op.cit, 33). Ces services langues qui y sont principalement parlées constituent, par leurs influences mutuelles, le plurilinguistique de la ville. Ce qui signifie qu’à part ces langues précitées principalement parlées dans la ville, l’on peut suivre dans des rues quelques personnes s’entretenir en d’autres parlers tant congolais qu’étrangers,
La ville de Bukavu, comme tout notre pays, la République Démocratique du Congo, a une population dont les chiffres sont mal connus. C’est depuis une vingtaine d’années que nous ne connaissons plus de recensement, plus de données statistiques officiellement établies. Alors que la ville est fortement envahie par de nouveaux habitants (qui fuient la pauvreté et l’insécurité dans les campagnes), les données statistiques sur sa démographie actuelle manquent.
Seules deux sources peuvent nous procurer des informations (mais ces dernières ne relèvent pas d’un recensement officiel du Gouvernement congolais): le programme Encarta8 2009 et les travaux réalisés par les Organisations Non-Gouvernementales comme OCHA et PNUD. Encarta ne précise pas le nombre d’habitants actuels de Bukavu, mais il soutient que la population de cette ville aurait triplé de 1990 à 2002. Pour les ONG OCHA et PNUD. (Réalisations de 2009), la population de la ville de Bukavu serait de 1 million d’habitants.
A l’allure où vont les effets de l’exode rural et de l’implantation de beaucoup de nouvelles institutions et entreprises, l’on ne peut pas s’empêcher de croire que cette population sera de 1.200.000 habitants avant 2015.(Denis BARISHI, Visage écolinguistique de la ville de Bukavu In « La ville de Bukavu face à sa situation sociolinguistique », Presses Universitaires de Lubumbashi, Pp. 21, 31).
Avant de présenter le corpus, il s’avère indispensable de parler de la manière dont nous l’avons obtenu.En effet, pour recueillir les données, nous nous sommes fixé certains critères relatifs au choix des monuments.
De ce fait, nous sommes descendue sur terrain, auprès des autorités de la mairie de Bukavu, des communes et celles de l’administration publique, surtout de la culture et des arts afin de récolter des renseignements sur divers aspects en rapport avec le sujet de notre recherche. Sur base de données récoltées, nous avons présenté les monuments constituant le corpus dans un tableau synthétique contenant plusieurs rubriques nécessaires pour la présentation d’un tel corpus, en tenant compte de :numéro d’ordre du nom du monument, sa localisation et sa catégorisation thématique.
|
N° |
Non du monument |
Commune |
Quartier |
|
1 |
Monument Mulamba |
Ibanda |
Nyalukemba |
|
2 |
Monument major vangu |
Ibanda |
Panzi |
|
N° |
Non du monument |
Commune |
Quartier |
|
1 |
Monument de l’indépendance |
Ibanda |
Ndendere |
|
2 |
Monument de la paix |
Ibanda |
Ndendere |
|
3 |
Monument Feu Rouge |
Ibanda |
Ndendere |
CONCLUSION PARTIELLE
Ce premier chapitre a été consacré au cadre théorique et méthodologique du travail.Ici, nous avons,en premier lieu,élucidé les éléments clés du sujet à savoir « sémiotique » et « mémorial » en vue de sa bonne compréhension, et présenté les notions théoriques relatives à cette étude. Ensuite, nous avons présenté notre cadre méthodologique où nous avons circonscrit la sémiotique et la sociolinguistique comme nos outils d’analyse, nous avons considéré la sémiotique du mémorial en tant qu’une représentation générale des signes interprétables. Aussi, nous avons présenté la méthode d’enquêtepar laquelle nous avons récolté les données auprès de nos enquêtés ; enfin, nous avons présenté le corpus du travail dont l’analyse est ci-dessous présentée.