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INTRODUCTION

1. CHOIX ET INTERET DU SUJET

  Parmi les aspirations fondamentales qui régissent la vie de l’homme, la communication par les signes fait partie des plus dominantes. L’homme fait toujours recours à un grand nombre de moyens verbaux ou non verbaux pour communiquer. En effet, le signe est toujours la marque de communiquer un message. Cette marque présente deux aspects : le signifiant qui est l’image acoustique ou l’image visuelle et le signifié qui est le contenu conceptuel.  Cela montre bien le caractère complexe d’une communication qui implique un double processus : le visible (l’image elle-même) et  l’invisible (l’intention, sous-entendue, que le visible permet d’appréhender par la perception). Tout  cela  complexifie  davantage  le  problème  de  la  signification , car, elle peut  se  cacher  sous  toutes  les  apparences  sensibles,  elle  est derrière les sons, mais aussi derrière les images, les odeurs et les saveurs, sans pour autant être dans les sons ou dans les images (comme perception).

Dans l’étude d’une image, d’un signe iconique, l’aspect le plus important n’est pas la figure mais la signification qui y est attachée. L’étude du sens est dès lors d’un intérêt certain. Ainsi, le mémorial étant un langage non verbal ou un élément constitué  d’une signification qui se cache derrière tout ce qui y apparait, suscite une représentation, une recherche de signification au destinataire. Nous avons donc tout intérêt de nous interroger  sur cette signification à partir de son apparence visuelle.C’est dans ce sens que nous nous sommes senti poussée à mener cette recherche intitulée « Etude sémiotique de quelques mémoriaux de la ville de Bukavu »

En effet, quand on parle de sens, c’est qu’on se réfère à des sciences de langages dont l’objectif  est  d’étudier  le  sens  des  phénomènes.  La  Sociologie,  l’Histoire,  la Sémantique, la Linguistique, la Sémiotique, etc. ont certainement, chacune avec ses méthodes, pour objectif la recherche de la signification des phénomènes. La dernière citée s’intéresse plus à la recherche du sens et son champ de manœuvre est très vaste. Elle se considère comme la théorie de tous les langages et  de  tous  les  systèmes  de  significations.  Cela  est  soutenu  par  le  chercheur Joseph Courtés cité par Arouna, dans l’ « Analyse sémiotique du Mémorial aux Héros Nationaux »( p.5) en ces termes :

« Sémiologie ou  Sémiotique : on sait que cette « science humaine »  traite dans bien de domaines (littérature, presse, publicité, image, photographie, gestualité, cinéma,  théâtre,  architecture,  musique,  etc.)  des  « signes »,  de  la « signification », de la « communication » intersubjective et sociale, etc.  Bref, de tous les langages possibles, de leurs structures internes et de leur fonctionnement social. » . Notre intérêt pour ce travail est de déceler les mémoriaux pour en sortir la signification cachée derrière leurs éléments constitutifs.

2.  PROBLEMATIQUE

Le présent travail, dont le titre est l’« Etude sémiotique de quelques mémoriaux de la ville de Bukavu », vise à étudier les mémoriaux de la ville de Bukavu. Ainsi, le mémorial étant une œuvre de la sculpture ou de l’architecture destinée à transmettre à la postériorité la mémoire des personnes illustres ou d’événements importants et qu’il est de même pour ceux de la ville de Bukavu, ce travail se propose de répondre à la question principale suivante : Quel est le message  que véhicule chacun de ces mémoriaux et quelle lecture, quelle conception, lui confère le public bukavien ? En d’autres termes, ces  monuments sont des signes intentionnels, auxquels le  public  apporte un jugement ou une signification.

De cette question principale découlent d’autres préoccupations secondaires suivantes : 

  • Pourquoi les mémoriaux de la ville de Bukavu qui constituent notre corpus étaient-ils érigés ?
  • Ces monuments véhiculent-ils, chacun, un message à partir de leurs images ? Si oui, quel serait leur effet  sur le peuple observateur?
  • Comparativement au sens pur du nom mémorial, ce sens reste-t-il le même pour tout le peuple bukavien?
  • Qu’est-ce qui serait la cause d’une telle considération ?

3. HYPOTHESES

 A ces questionnements précités, les réponses provisoires ci-dessous, à vérifier, ont été envisagées :

  • Les mémoriaux de la ville de Bukavu qui constituent notre corpus seraient tous érigés pour garder les souvenirs des personnes illustres (pour leur rendre hommage) et d’événements importants de la ville ou du pays ;
  • Ces mémoriaux véhiculeraient chacun un message à partir des signes, mais que certains du public bukavien représenteraient avec des fausses interprétations par rapport au concepteur, ce qui les conduirait à ne pas trouver même un rapport entre le nom du mémorial et ses images ;
  • Le monument serait conçu comme un signe expliquant non seulement les faits passés, mais aussi les faits actuels et futurs ;
  • La situation politique et sociale du pays serait à la base de toutes ces fausses ou bonnes interprétations des signes du mémorial.

4. OBJECTIF DU TRAVAIL

Nous nous sommes assigné, pour ce travail, l’objectif de découvrir le message que véhiculent les œuvres d’art qui apparaissent sur le mémorial de la ville et voir leur effet sur le peuple qui en est le destinataire. Car, elles ne sont pas des simples motifs décoratifs sur le mémorial. En plus, ce  travail  consistera  en  une jonction,    entre  le  Mémorial  et  une  science : la Sémiotique. En  même  temps  que  nous  contribuons  à  la   connaissance  des  fonctions sociales des signes du Mémorial, nous estimons aussi montrer  l’adaptabilité  et  l’efficience  d’un  instrument  scientifique  dans  l’étude des pratiques non- verbales.

5. ETAT DE LA QUESTION

Le choix de ce sujet est intervenu après que nous avons parcouru la bibliothèque centrale de l’I.S.P./BUKAVU et celle du département de Français-Langues africaines,  consulté les sites internet concernant les travaux déjà réalisés sur le monument et sur l’approche sémiotique. Nous nous sommes alors rendu compte que notre travail n’est pas le premier à être réalisésur cette thématique. De ces travaux déjà réalisés à l’I.S.P./BUKAVU, et ailleurs, voici quelques-uns :

Des travaux déjà réalisés en sociolinguistique :

  1. Damase BARHALIKUBAGIRWA BUHENDWA,2013,« Analyse sociolinguistique des noms des restaurants et des salons de coiffure à Bukavu », in La ville de Bukavu face à sa situation sociolinguistique, Presses Universitaires de Lubumbashi, Pp. 216-288 ;
  2. Gisèle MAOMBI BAHIZIRE, 2012, « Le contenu sémantique des noms des débits de boissons dans la commune d’Ibanda/ville de Bukavu : Approche sociolinguistique », ISP/BKV, TFC.
  3. Fidèle KABY MUHUBAO, 2014, « Problématique de l’enseignement des sociolectes à l’école secondaire : cas des romans de Charles DJUNGU SIMBA », mémoire de D.E.A. L’objectif de ce travail est de dégager dans les romans de Djungu SIMBA les sociolectes en conflit dans la société du texte, mais aussi de réveiller, autant que faire se peut, la conscience collective de tout un peuple clochardisé.
  4. TIMBA MUGOZI, « Quelques enseignes sur les maisons commerciales y compris les pharmacies du quartier Mulongwe/Uvira : Analyse sociolinguistique ». Ce chercheur essaie de sonder ce qui motive les propriétaires des maisons de commerce à inscrire ces genres d’enseignes sur leurs maisons et analyser l’impact de ces enseignes sur les langues en présence, et vice-versa.

D’autres, ce sont les travaux réalisés en sémiotique, nous pouvons en citer entre autres :

  1. Marc Bonhomme et Pia Stalder, 2006, « Analyse sémiolinguistique des pages d’accueil des sites politiques suisses sur Internet  ».  Cet article se propose de mettre en évidence les principales caractéristiques des pages d’accueil qui alimentent la communication informatique des partis politiques suisses. Ces auteurs, tout en se demandant si ces pages d’accueil contribuent à la « démocratie électronique » que l’Internet est censé favoriser, ils veulent voir comment les partis politiques concernés exploitent le support informatique de ces pages d’accueil selon une stratégie communicative fondée sur l’efficacité à court terme, que ce soit au niveau interactif ou informatif.(http://mots.revues.org/484 ; DOI : 10.4000/mots.484)
  2. Arouna SANOU, « Analyse sémiotique  du  Mémorial  aux  Héros  Nationaux », mémoire de maîtrise de l’Université de Ouagadougou. Par la sémiotique, l’auteur de ce travail  cherche à décortiquer les noyaux de pensée du monument afin d’aboutir aux significations réelles des faits de société en général et du Mémorial en particulier. Autrement  dit, cette analyse visait  à révéler qu’en plusde  l’aspect  esthétique  qu’offre  le  Mémorial,  il  semble  être  le  siège  de  la connaissance  profonde  de  certains  aspects  importants  de  la  société, car certains objets traditionnels sont inscrits sur ce mémorial.
  3. Yves Hélias, 1979,Pour une sémiologie politique des monuments aux morts, Revue française de science politique Volume 29,n° 4, 739-759. L’auteur de cet article a cherché à  montrer, grâce à la sémiotique, en quoi les monuments aux morts font écho aux enjeux politiques de l’époque et d’identifier la thématique idéologique qu’ils diffusent. Il s’est intéressé seulement aux dédicaces qu’il y a sur ces monuments.
  1. Célestin UPARTHO Jakwong’a, 2015, la sémiotique de l’horreur dans L’Intérieur de la nuit et Les Aubes écarlates « Sankofa cry » de Léonora Miano, mémoire inédit, ISP/BUKAVU. Par la sémiotique, l’auteur de ce travail a appréhendé le comment du sens de l’œuvre que l’auteur affiche au vocable « horreur » par le biais de sa fiction romanesque.
  2. CISHUGI MULIGANO Jospin, 2010, Histoire des monuments dans le groupement de Karhongo/Nyangezi en territoire de Walungu, TFCinédit, Histoire, ISP/ BUKAVU. Ce travail était consacré à la présentation de l’histoire de chaque monument se trouvant dans ce groupement.

Pour nous, l’originalité de notre recherche est liée au fait que la question de la sémiotique du mémorial n’est nullement traitée dans le cursus de formation des étudiants du cycle de licence et de graduat de notre institution, ni être consacrée au mémorial de la ville de Bukavu, notre cadre d’étude. C’est pourquoi, nous voulons mener « l’étude sémiotique de quelques mémoriaux de ladite ville, de Bukavu, afin de découvrir le message que véhiculent ces signes qui y apparaissent et voir leur effet sur le peuple qui est le destinataire. Car, ces images ne sont pas des simples motifs décoratifs sur le mémorial.

6. METHODOLOGIE DE TRAVAIL

  Pour mener à bon port ce travail, nous nous servirons des approches méthodologiques suivantes :

  • la sémiotique nous aidera à l’analyse du mémorial considéré comme signe dont dispose un langage non-verbal afin de trouver sa signification ;
  • la sociolinguistique, à son tour, nous permettra de faire une analyse  de l’effet du mémorial sur la population de Bukavu ;
  • La méthode d’enquête, quant à elle, nous permettra, à partir d’un questionnaire d’enquête de récolter les données auprès de la population enquêtée. Un développement de notre approche méthodologique est consacré en détail à la partie du travail réservée au cadre méthodologique.

7. DIFFICULTES RENCONTREES

  Toute recherche scientifique a un coût et se heurte à des obstacles. Ainsi, pour celle-ci, la première difficulté émanait du manque d’archives sur le mémorial dans les bureaux des communes de Bukavu, à la mairie et à la division de la culture et des arts. Ensuite, certains de nos enquêtés demandaient de l’argent ou de la bière avant de répondre aux questions alors que nous n’avions pas le moyen financier suffisant pour les satisfaire. Toutefois, toutes ces difficultés ont été décantées, elles ne nous ont pas empêché de mener à bon port notre aventure scientifique.

8. SUBDIVISION DU TRAVAIL

  Ce travail est subdivisé en trois parties, hormis l’introduction et la conclusion. Le premier chapitre porte sur le cadre théorique et méthodologique et la présentation du corpus, le deuxième porte sur l’analyse sémiotique des mémoriaux et le troisième, enfin, concerne l’interprétation sociolinguistique des mémoriaux de la ville de Bukavu.

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