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PREMIER CHAPITRE : CADRE THEORIQUE ET METHODOLOGIQUE

Ce chapitre est consacré essentiellement aux notions théoriques et méthodologiques du travail, à savoir la circonscription des concepts clés de notre sujet d’étude tels que «sémiotique », «mémorial » et les aspects méthodologiques de notre étude. Pourune bonne compréhension du sujet de ce travail, nous essayerons de déceler les concepts clés contenus dans notre sujet de recherche et fixer le sens contextuel. 

Comme ce chapitre est consacré non seulement aux notions théoriques, mais aussi aux aspects méthodologiques, nous abordons d’abord le premier cadre.

1.1. CADRE THEORIQUE

   Celui-ci vise à définir les concepts clés de notre sujet de recherche avec tous les contours des termes qui nous permettront de bien comprendre notre sujet, c’est donc envisager les définitions des concepts sur lesquels s’appuie notre étude afin de faciliter la compréhension  à tout lecteur de ce mémoire .Ces concepts sont : l’œuvre d’art, le monument, la mémoire et le signe.

Ainsi, avant d’expliquer le mémorial, nous nous proposons d’abord d’élucider  l’œuvre d’art.

1.1.1. L’œuvre d’art

L’œuvre

Le dictionnaire Larousse illustré définit l’œuvre comme toute production, une activité, un travail ou encore le résultat d’une activité ou d’un travail. Ce terme est au masculin lorsqu’il signifie l’ensemble de la production d’un artiste ou d’un écrivain (2010 :2910). L’œuvre est donc toute production de l’artiste ou de l’écrivain présentée devant les spectateurs ou les lecteurs qui, celui-ci à son tour y apporte son jugement.L’artiste conçoit donc une idée et trouve les moyens pour le produire, cette idée produite c’est l’art de l’artiste. Ainsi, qu’est-ceque l’art ?

L’art 

Il y a une grande difficulté de définir ou de donner une définition à priori de l’ « art ». Ainsi, nous définissons l’art sous différents aspects ou sens.

« Au sens technique l’art est l’ensemble de moyens ou pratiques intellectuelles mis en œuvre pour parvenir à une certaine fin. Au sens anthropologique, l’art est toute activité menée par certains hommes ou certains groupes ou collectivités, tendant à la production d’objets spécifiques, porteurs de valeurs esthétiques (Grande encyclopédie»1971 : 1048)

Pierre Bourdieu ne passe pas sous silence d’éclairage sur le mot « art ». En effet, l’art chez Bourdieu dans son livre intitulé « L’art »est définie en ces mots : « L’art, en effet,est une pratique à double entrée : celle du créateur et celle du spectateur. Il ne peut se passer ni de l’un ni de l’autre ; sans créateur pas d’œuvre, sans spectateur pas d’art. Mais l’art est également une activité en train de se faire, avec ses acteurs, ses institutions, ses lieux, ses règles, son marché. (…) l’art est enfin une pratique à double entrée : celle du créateur et celle du spectateur. Il ne peut se passer ni de l’un, ni de l’autre. Sans créateur pas d’œuvre, sans spectateur, pas d’art » (2002 :4).

L’art est donc le goût du spectateur, son jugement vers une œuvre d’un artiste ou écrivain.

Emmanuel Kant, cité par Bourdieu définit l’ « art » comme le pur produit de notre jugement de goût. (Parce que le gout est le sens le plus immédiat). Nous retenons donc ici que l’art est tout jugement que le spectateur ou le lecteur apporte à une œuvre. Sans le spectateur ou lecteur pas d’art. L’on comprend donc que c’est dans ce sens qu’on juge que tel texte est littéraire, tel autre ne l’est pas. En clair, l’artiste produit son œuvre, puis le spectateur le juge, ce jugement apporté à l’œuvre ou cette supplémentarité  produit l’œuvre d’art.

L’œuvre d’art

EmileLittré écrit que : « l’œuvre d’art paraîtsubstituer à cet état originel une élaboration qui est définie  de l’homme, de la culture, de l’histoire, de la société ambiante ». (1971 :1049). L’œuvre d’art ne se confond pas à la beauté. Celle-ci, tout d’abord, est éminemment changeante, relative et indécise. Il n’existe pas de beauté en soit, mais seulement, à une certaine époque (plus ou moins brève) dans un certain lieu (plus ou moins exigu) et au sein d’un certain groupe privilégier certaines formes, couleurs, structures et pour jauger la réussite esthétique de l’ensemble. (Idem)

« L’œuvre d’art est tout objet fabriqué ou transformé par la main de l’homme. Comme son nom l’indique, l’œuvre d’art est un « artifice » chose travaillée ». (Bourdieu 2002 :6)

Mais, les objets que nous manions tous les jours dans notre cuisine le sont aussi, mais n’appartiennent pas à l’art ; ils nous sont simplement utiles. Il y a plus de 2300 ans que le philosophe Aristote était d’accord avec cette idée : « L’œuvre d’art, affirmait-il, n’a pas d’autre nature que d’être une source de plaisir esthétique gratuit » (Bourdieu : op.cit.7). L’œuvre d’art ne porte pas de message en elle-même, on peut l’y mettre et l’enlever. La raison même qui fait que nous reconnaissons l’œuvre d’art n’est pas dans l’œuvre d’art : Elle se promène avec nous. C’est nous qui apportons le message, qui donnons le sens aux œuvres d’art.        L’œuvre d’art est universelle car la production artistique s’étend à tous les continents où une civilisation existe. Pas d’ensemble communautaire qui n’admet pas une œuvre artistique un minimum d’ordre décoratif. (…) Dans la sculpture, l’œuvre d’art est comme une représentation matérielle et une acquisition spirituelle de la connaissance (Littré, op.cit. 1053). L’on comprend donc que l’œuvre d’art est une production artistique mais qui fait appel au « goût » du spectateur avant qu’il ne soit œuvre d’art. C’est le public de l’œuvre d’art qui porte sonsens,  le sens d’une œuvre d’art est en nous, pas en elle-même, d’où les monuments sont des lieux ouverts des œuvres d’art, souligne Bourdieu (op.cit. 6).

Signalons que l’art est subdivise en sept catégories selon les philosophesAlain et Schelling cités par le site web http:/œuvres d’art. fr./les sept arts/ consulté ce dimanche 5 mai 2016 qui sont les suivants :

  • l’architecture ;
  • la sculpture ;
  • les arts visuels (peinture ou dessin) ;
  • la musique ;
  • la littérature (poésie, dramaturge) ;
  • les arts de la scène (théâtre, danse, mime, cirque) ;
  • le cinéma

Considérant ces types d’art, les trois premiers  (l’architecture, la sculpture et les arts visuels) que les mémoriaux sur lesquels nous portons notre étude en sont les produits.

1.1.2.LE MEMORIAL

Les peuples jeunes vigoureusement créateurs n’ont pas le respect du passé, il leur faut atteindre une certaine maturité et l’expérience du malheur pour que jetant un regard en arrière, ils découvrent au travers des périls de l’histoire la fragilité et le caractère irremplaçable de cet héritage collectif menacé que sont les monuments et les œuvres d’art. C’est dans ce sens que s’inscrit le « mémorial ».

1.1.2.1. Mémorial, quid ?

«Le mémorialc’est tout ce qui sert à conserver la mémoire de quelque chose. L’eucharistie, nom composé de biens et de grâce qui nous montre dans cet adorable sacrement une source de miséricorde, un miracle d’amour est un mémorial. Aussi,un mémorial est tout ouvrage où sont consignés les souvenirs de celui qui écrit. Par exemple,le mémorial de Saint Hélène qui est le titre donné à ses journaux politiques de diverses couleurs ». (Littré op.cit. :3815). Ainsi, disons donc que le mémorial nous sert de la mémoire.

La mémoire

La notion de mémoire est une notion carrefour. Bien que le présent essai soit exclusivement consacré à la mémoire telle qu’elle apparaît dans les sciences humaines essentiellement en histoire et en anthropologie et s’occupe donc surtout des mémoires collectives  plutôt que des mémoires individuelles, il importe de dessiner sommairement la nébuleuse mémoire dans le champ scientifique global. André Leroi-Gourhan, dans la mémoire et les rythmes, cité par Jacques Le Goff dans Histoires et Mémoire définit la mémoire comme « non pas une propriété de l’intelligence mais, quel qu’il soit, le support sur lequel s’inscrivent les chaînes d’actes. » (2008 : 45) La mémoire est donc conçue chez André comme une vase remplie des actes, des événements ou d’histoires passés.

C’est ainsi que Maurice H. souligne qu’on peut conserver la mémoire individuelle, collective ou historique, c’est-à-dire que les souvenirs peuvent être individuels, collectifs ou historiques (1997 :51-52).

Qu’en est-il pour ces types de mémoire cités ci-haut ?

Maurice Halbwachs répond à cette question en ces termes :

La mémoire individuelle :le premier témoin auquel nous pouvons toujours faire appel c’est nous-même,nous nous souvenons de tout ce qui s’est passé différemment des autres, c’est-à-dire qu’ici les souvenirs sont à l’individu lui-même pour sa propre vie, la mémoire individuelle est aussi un point de vue sur la mémoire collective, l’homme pour évoquer son propre passé a souvent besoin de faire appel aux souvenirs des autres.

La mémoire collective, quant à elle, c’est lorsque les souvenirs de notre propre vie demeurent collectifs, et ils nous sont rappelés par les autres, alors même qu’il s’agit d’événements  auxquels nous seuls avons été mêlé, et d’objets que nous seul avons vus. C’est une masse de souvenirs communs, et qui s’appuient l’un sur  l’autre.

La mémoire historique c’est lorsque nos souvenirs portent sur le groupe national dont nous faisons partie qui a été le théâtre d’un certain nombre d’événements dont nous disons que nous nous souvenons, mais que nous n’avons connus que par des journaux, des signes, des symboles ou par des témoignages de ceux qui y furent directement mêlés. Ils occupent une place dans la mémoire de la nation. Mais, nous n’y avons pas assisté nous-mêmes. Nous ne les connaissons souvent pas mieux ni autrement que les événements anciens qui se sont produits avant notre naissance. Nous portons avec nous un bagage de souvenirs historiques que nous pouvons augmenter par la conversation ou par la lecture. Dans la pensée nationale, ces événements ont laissé une trace profonde, non seulement parce que les institutions en ont été modifiées, mais parce que la tradition en subsiste très vivante dans telle ou telle région du groupe, parti politique, province, classe professionnelle ou même dans telle ou telle famille chez certains  hommes qui ont connu personnellement les témoins.(Maurice H. 1997 :98-99)

Selon cette classification de Maurice, c’est sur ce type de mémoire que notre étude se consacre dans le souci de voir si ces mémoires historiques qui sont représentées souvent par des œuvres de la sculpture, de la photographie ou de l’architecture sont-elles représentées en nous en fonction des souvenirs de ces événements passés et si elles gardent le même sens chez la population qui les perçoit. Ces œuvres sont encore appelées les monuments.

Monument

Un monument (du latin monumentum, dérivé du verbe moneo (« se remémorer ») désigne à l’origine  une sculpture ou ouvrage architecturale permettant de rappeler un événement ou une personne, d’où sa signification première de « tombeau ». Mais par analogie, et beaucoup plus largement, ce terme qualifie depuis tout objet qui atteste l’existence, la réalité de quelque chose et qui peut servir de témoignage, comme une peinture ou une montagne.

Dans un sens commun, le terme « monument » désigne plutôt un édifice ou une structure ayant une valeur historique et culturelle.

Paul Emile Littré apporte sa contribution en ces termes : « monument est toute construction faite pour transmettre à la postérité la mémoire de quelque personnage illustre ou de quelque événement considérable ». Il continue en disant qu’en général, c’est un édifice imposant par sa grandeur, sa beauté, son ancienneté, ».Eu égard à cette définition, les Eglises, les grands établissements publiques, scolaires ou universitaires, etc. sont des monuments.

Les monuments peuvent être aussi :

« Certains grands objets de la nature comme par exemple les montagnes sont des monuments des révolutions du globe,les ouvrages durables de la littérature, des sciences et des arts, ou tout ce qui pourrait assez exprimer ou qui garde les souvenirs. »(Littré, M 1970 :3815). Cette dernière définition nous pousse à dire que même une maison personnelle, est un monument.

Paul Robert dans Dictionnaire alphabétique de la langue française souligne que le « monument est un ouvrage d’architecture, de sculpture destiné à perpétuer le souvenir de quelqu’un ou de quelque chose. » (1979 :1226)

Le monument c’est donc une œuvre créée de la main de l’homme et édifice dans le but précis de conserver toujours présent et vivant dans la conscience des générations futures les souvenirs de telle action ou telle destinée(Alois Riegl cité par le site web http ://fr.wikipedia.org/wiki/Monument. Consulté ce 16juin 2016 à 9hoo).

Eu égard à toutes ces définitions, le monument est donc construit pour différentes causes en différentes manières.

  1. a) Le pourquoi du monument

Pour François Choay, dans l’Allégorie du patrimoine, le monument travaille et mobilise la mémoire par « la médiation de l’effectivité », de façon à rappeler le passé en le faisant vibrer à la manière du présent. Ce passé contribue à maintenir et à préciser l’identité d’une communauté ethnique, culturelle ou politique. Le monument assure, rassure, tranquillise en conjurant l’être du présent. François C., dans son raisonnement, nous fait voir les causes ou le pourquoi même du monument dans une société.

Le monument est donc érigé pour transmettre à la postérité, aux générations futures le souvenir de quelque chose ou événement passé de la société.

  1. b) Types de monuments

Selon sa construction ou sa cause, le monument connaît différents types, il est érigé pour transmettre aux générations sur ce qui s’est passé dans le temps passé. Ainsi, nous avons les types suivants :

Monument aux morts :c’est un monument érigé pour commémorer et honorer les soldats, et plus généralement les personnes tuées ou disparues par les faits de guerre. C’est ici où nous plaçons  les monumentsde feu ou De la flamme, Major Vangu,  et Mulamba .

Il en existe plusieurs types :

  • Les cénotaphes (monuments mortuaires n’abritant aucun corps), érigés généralement dans le centre d’une ville ou d’un village, mais qui ont aussi été, après la Première Guerre mondiale, dans les entreprises, les écoles, les foyers fréquentés par les disparus de leur vivant ;
  • Les mémoriaux, monumentscommémoratifs ou nationaux élevés sur les champs de bataille.

Monument cinéraire :c’est un monument installé dans le cimetière au cœur d’un espace prévu à cet effet.Le monument cinéraire est une sépulture exclusivement conçue pour la conservation des cendres funéraires des défunts ayant été crématisés. Ceci pour permettre de conserver les restes de manière digne, pour offrir un lieu de recueillement pour les proches et pour rendre hommage au défunt.

Monuments funéraires : ce sont ceux qui marquent le lieu de sépulture d’un défunt : ils favorisent le recueillement de la famille des défunts et leur évocation. Ils peuvent prendre différentes formes selon le choix de la famille ou de la personne défunte : caveau individuel ou familial, tombe, chapelle, etc.Au décès d’un proche, il est fréquent d’acquérir et de faire poser un monument funéraire afin de perpétuer le souvenir du défunt. Cela n’est pas obligatoire, mais cette option est choisie dans la majorité des cas. Le monument funéraire peut aussi marquer une sépulture individuelle ou familiale. Il en existe différents types de ces monuments suivant les types de sépulture. Quel que soit le monument choisi, la famille peut choisir d’y ajouter un article funéraire, comme une plaque, unvase, une gravure ou des symboles religieux (http ://fr.wikipedia.org/wiki/Monument. Consulté ce 16juin 2016 à 9hoo.

Monuments historiques :

Les monuments historiques sont des objets ou des ensembles qui, isolés ou groupés, doivent être partagés ou conservés en raison de leur valeur  particulière, qu’elle soit culturelle, historique ou esthétique. La loi sur la construction s’étant donc non seulement à la construction,à la taille d’architecture intérieur, à l’agencement des pièces et équipement fixe, mais aussi au site construit, ensembles bâtis, jardins et installation.

De tous ces types de monument cités, nous portons notre analyse sur les monuments historiques et lesmonuments aux morts.

L’autre concept-clé de notre sujet c’est l’épithète « sémiotique » dans l’analyse sémiotique.

1.3. LA SEMIOTIQUE

 

La sémiotique est une théorie des signes. Ferdinand de SAUSSURE et sa suite parlent de la sémiotique comme « étude de vie de signe, l’étude de l’information signifiante : indices, icônes et symboles » (1916 : 33).

Considérantl’affirmation de Charles Sanders PEIRCE,selon laquelle « Par signe j’entends tout ce qui communique une notion définie d’un objet de quelque façon que ce soit […..] » (1978 : 116). L’On constate que la sémiotique paraît double d’une part de langage et d’autre part l’objet interprétable.

Le Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française (1979 : 1995)le définit comme une théorie générale des signes et de leur articulation dans la pensée.Dans le même cadre,  le petit Larousse illustré nous parle de la sémiotique comme une science de mode de production, de fonctionnementet de réceptionde différents systèmes de signes de communication entre individus et collectivité.

Ainsi, J. Dubois définit en premier lieu la sémiotique comme « un ensemble signifiant que l’on soupçonne, à titre d’hypothèse, de posséder une organisation,une articulation interne autonome » (1973 : 339). La sémiotique s’assigne comme objet d’étude, la lecture des signes au sein de la société (idem).G. Mouning, souligne que la sémiotique est utilisée parfois avec plus de précision pour dénoter un système des signes non linguistiques, tel que celui de la signalisation routière. (Dictionnaire de la linguistique1974, p. 296)

Dans le cadre de notre travail, il  nous convient de prendre la sémiotique des monuments comme un outil d’interprétation du contenu sémiotique de ces cinq monuments de la ville de Bukavuqui constituent notre corpus comme signe non linguistique. La sémiotique comme science est un outil méthodologique d’analyse des monuments qui sont des signes à partir de laquelle le monument devient un signe présenté devant la population.

La sémiotique est l’étude des signes et leur signification, c’est l’étude de sens ou la représentation des signes à la vie sociale du peuple.

Le signe dont il est question pour ce travailn’est pas une réalité mentale, c’est une réalité matérielle ou historique du peuple en présence de ces monuments et qui fixe son attention sur leur signification et du gouvernement provincial ou national qui en est l’auteur, se rappelle de l’histoire du pays ou de la Province et qui la représente ou la place devant la population à la mémoire des événements passés ou des personnes illustres. Cette approche a une histoire.

I. 3.1.Brève historique de lasémiotique

De la définition que nous propose le dictionnaire, nous retenons que notre étude qui fait du texte littéraire un objet d’investigation  ne va pas ici ex nihilo, mais connaît sa genèse. Toute réflexion contextuelle qui relie le texte à un sujet-producteur, un objet-signe et éventuellement un interprétant-récepteur nous ramène à parcourir le voyage qu’a déjà effectué l’approche sémiotique, c’est-à-dire son historique.

La sémiotique est aux signes ce que le style est à l’homme, estimons-nous. Ainsi, il s’avère indispensable de situer ce domaine selon son évolution depuis des tempsimmémoriaux. Selon croir Eugen Baer (1983 :41), cité par KILOSHOK., dans son cours de techniques d’interprétation des textes  littéraires :

« Cela fait déjà 2500 ans que la sémiotique existe. En Grèce, en Asie mineure et au sud de l’Italie, cette discipline était connue sous le nom de « techne semeiotike » et se préoccupait de l’interprétation des signes ou symptômes des malades. D’où son synonyme direct la symptomatologie. Il se peut que le médecin Hippocrate (5èmesiècleav,J. C) ait pratiqué la « semeiotike »dans les entretiens avec ses malades. L ‘histoire des signes rappelle que selon les stoïciens,la première sémiotique est étroitement liée à l’interprétation des signes du ciel et à des signes corporels, elle est astrologique et médicale. Ces stoïciens s ‘interrogeaient à leur époque déjà sur les rapports qui pouvaient s’établir entre la configuration des termes des syllogismes et ceux des choses du monde que les termes désignent, ainsi que sur le transfert de l’une à l’autre des valeurs de vérités ».(2012 :7)

Avec le temps, Novalis, Nietzche, Freud, Jung et Heidegger sont arrivés à approfondir les notions de cette discipline jusqu’à en formuler les modes de signification apparentés à la médicine et à la philosophie. Il a fallu attendre le début du siècle dernier pour quel’existence de la sémiotique soit postulée par le philosophe américain Charles Sanders Peirce d’une part, et d’autre part par le linguiste genevois Ferdinand de Saussure.

Il serait net que Peirce n’a pas laissé une œuvre cohérente qui résumerait les grandes lignes de sa doctrine. Toutefois, on sait bien qu’il prenait la sémiotique sous un angle philosophique et la rapprochait de la logique. Selon son entendement, la logique dans son sens général(...) n’est qu’un autre nom de la sémiotique(...), doctrine quasi nécessaire ou formelle des signes.

Le signe et la sémiotique qu’il engendre inaugurent la procédure scientifique qui sera désormais une traduction systématisée.Les stoïciens sont les premiers, donc, à employer lemot sémiotique au sens de système du mode physique, mais aussi humain.

On a dû admettre, en effet, pour l’amener à ces deux extrêmes conséquences, que la question du sens ne se distinguait pas de celle du signifié des signes. Or cette identification du sens au signifié peut elle-même être interrogée. N’y a-t-il rien d’autre dans le langage à quoi la question du sens puisse être rattachée? Ce serait le cas si l’on pouvait affirmer sans réserve que le langage repose sur une seule sorte d’entités ou d’unités, les signes. Il ne semble pas que Saussure, de qui dérive l’analyse antérieure, en ait douté. (Encyclopedia Universalis [en ligne], consulté le 2 décembre 2015. http://www. universalis.fr/encyclopedie/signe-et-sens/

> La sémiotique est-ce une discipline ou une science des signes ?

Selon la précision d’Umberto ECO à ce sujet (cité par François Rastier),

La sémiotique contemporaine a peut-être défini trop restrictivement son objet. Elle se présente, en effet, comme une science des signes. Dans la tradition anglo-saxonne, la définition peircienne de la sémiotique comme « doctrine des signes)) (1956: J-98) a une grande autorité, et Thomas Sebeok, qui préside depuis trente ans aux destinées académiques mondiales de la sémiotique, souligne que le concept clé de la sémiotiquedemeure toujours le signe: d’une part, son identification est le résultat d’une interprétation, non son point de départ d’autre part, en règle générale, les pratiques sémiotiques ne mettent pas en œuvre des signes isolés. La définition de la sémiotique comme science des signes s’inscrit alors dans la tradition logique et grammaticale, d’ascendance aristotélicienne, ordinaire dans cette discipline » (2001 :102).

La théorie sémiotique, en adoptant un type de segmentation, et pour mieux saisir son objet, doit être classée comme science telle que pour la tâche qui est ici la nôtre, sans toutefois le dénaturer elle met en place un ensemble de niveaux de signification; pour l’essentiel, et du plus abstrait au plus concret, ces niveaux sont ceux des structures sémantiques élémentaires, des structures actantielles et modales, des structures narratives et thématiques.

> La sémiotique

Pour John LOCKE cité par Jean Claude Dornenjoz dans sa Contribution présentée dans le cadre de la session I du dispositif de formation 1998-1999 «catégories fondamentales du langage visuel», lors de l’élaboration d’un support sur l’approche sémiologique, il maintient l’affirmation selon laquelle, nous citons :

Le terme «sémiologie» peut être défini, en première approche, comme la théorie ou la science des signes (du grec séméion »signe» et de -logie du grec –logia »théorie», de logos<discours»). On peut faire remonter le terme de sémiologie jusqu’à l’Antiquité grecque où l’on trouve une discipline médicale qui vise à interpréter les symptômes par lesquels se manifestent maladies (la séméiologie ou symptomatologie). Il semble que, dans le domaine de la philosophie, la problématique du signe apparaisse formellement en Occident chez les Stoïciens (IIIème siècleav. J-C.) dans la théorie du syllogisme comme reliant le mot à la chose (entité physique, événement, action), Le philosophe John Locke (1 632-] 704) est le premier à utiliser le terme de sémiotique (sémiotikè) au sens de «connaissance des signes» et à envisagerl‘importance pour la compréhension du rapport de l’homme au monde de ce domaine d’étude, Il écrit: f..] je crois qu’on peut diviser la science en trois espèces. f..] la trotyième peut être appelée sémiotique ou la connaissance des signes [J. (septembre 1998 :2).

En fait, pour concrétiser notre rêve, et conformément à cette définition de John LOCKE qui retrace l’étymologie même de la sémiotique, nous puisons de cette démarche proposée la dynamiquesouhaitéepar l’identification en contexte des signes non linguistiques dans notre étude. On comprend que l’étude sémiotique sefocalise sur les pratiques des signes. C’est justement ce à quoi nous devons nous interroger. C’est dire donc que nous nous alignons du côté du niveau où l’ouvrage d’architecture ou de sculpture serait produit ou généré en tant que originel et original susceptible de donner un sens et le niveau où ce même ouvrage est accompli.

Reconnaissant que l’approche sémiotique est une porte standard, c’est-à-dire le point le plus important ou culminant du système designes de toute étude littéraire, et débordant les frontières linguistiques jusqu’aux fins fonds des significations internes du langage, le Professeur MUYAYA Wetu, (dans son cours de Lexicologie du français), ne passe pas non plus sous silence cette approche sémiotique et la saisit comme :

« La science qui étudie les différents systèmes de signes — la linguistique étant une branche de la sémiotique générale qui étudie les systèmes de signes linguistiques que sont les langues. On emploie aussi le terme de sémiologie pour désigner cette science. Pour certaines personnes, le terme sémiotique est un anglicisme qu‘il faut absolument remplacer par sémiologie. » (2015 :17).

Il en va de même chez Émile Benveniste quand il affirme que :

« La nature de la langue, sa fonction représentative, son pouvoir dynamique, son rôle dans la vie de relation font d’elle la grande matrice sémiotique, la structure modulante dont les autres structures reproduisent les traits et le mode d’action [par opposition au sémantique] Mode de signifiance propre au signe dans le code, indépendamment de son (ou ses) sens en discours. La sémiotique désigne le mode de signifiance qui est propre au SIGNE linguistique ou le singe non linguistique et qui le constitue comme unité. (..) Avec la sémantique, nous entrons dans le mode spécifique de signifiance qui est engendré par le DISCOURS (..). Le sémiotique 0e signe) doit être RECONNU; le sémantique (le discours) doit être compris (É. Benveniste, 1974 :pp. 63-65).

A cet effet, Il va de même d’exploiter la sémiotique en tant qu’une orientation appropriée, partant de quelques auteurs théoriciens qui confirment qu’elle est une structure formelle d’analyse basée sur les sens et significations. Ainsi, pour pouvoir définir l’objet et le postulat de la sémiotique, nous allons analyser les œuvres d’art : de la sculpture et de l’architecture.

Eu égard à tout ce qui précède, il s’agit d’analyse de signes qui découlent du sens. Raison pour laquelle, dans leur co-production, Algirdas-Julien GREIMAS et Joseph COURTES définissent la sémiotique comme:

   «  Le sens produit par l’homme (…) (1986 :118). Une étude de la production et de la saisie du sens. Elle cherche à cerner les procédures, voire les systèmes, mises en œuvre pour représenter le réel, ensuite construire des modèles capables de rendre compte du Fonctionnement habituel des différentes formes de la communication de sens » (Op.cit., 332-349).

En renchérissant cette définition de la sémiotique, Jacques DUBOIS et alii, disent que :

La sémiotique est une étude des pratiques signifiantes prenant pour domaine le texte. Elle veut être une théorie générale des modes de signes. La sémiotique dans son emploi moderne est d’abord utilisée par Peirce. La sémiotique  qu‘il envisage est une doctrine des signes. Quels doivent être alors les caractères des signes utilisés parl’intelligence humaine dans sa démarche scientifique.

Pour les Sémioticiensmodernes Algirdas-Julien GREIMAS, Julia KRISTEVA, la sémiologie de Peirce a pour défaut de se préoccuper, avec le signe d’un produit, revêt, la forme d ‘une valeur(le ticket, le chèque, la mode) ou d’une rhétorique « l’expression » d’un sentiment, la « littérature. (1973 : 434- 435).

Mais, selon Julia KRISTEVA cité par DUBOIS,

« La sémiotique devra refondre les systématisations linguistiques ou mathématiques,elle devra s ‘appuyer sur une science du sujet et de 1‘histoirecette pratique antérieure indispensable à la sémiotique sera la sémanalyse. (...) La sémiotique vise les modes de la signification. Mais les questions posées aux textes seront bien différentes selon l’orientation du chercheur... » (idem, 2007 .426-427).

Ceci étant, dans sa thèse de doctorat Marzieh ATHARI NIKAZM cite Jacques Fontanille en rappelant la notion de signe d’un point de vue sémiotique:

« La perception est déjà un langage, car elle est signifiante. C ‘est à partir de nos perceptions qu’émergent des significations. En d’autres termes, la signification prend forme à partir de la perception. Toute signification résulte de la relation de perceptionqui met en rapport un sujet sensible et un objet sensible. Parce que « nos perceptionsdu monde « extérieur », de ses formes physiques et biologiques, procurent les signifiants; à partir de nos perceptions du monde « intérieur », concepts, impressions et sentiments se forment de signifiés », (2006 :29-30).

De toutes ces illustrations auxquelles nous avons fait allusion, retenons que la sémiotique est une discipline englobante, une « méta-science ». Elle constitue une théorie générale des modes de signifier ou une théorie de la signification ».Quant à la réflexion de KLINKENBERG sur la sémiotique, il avoue que:

« (...) la sémiotique étudie la communication des messages quels qu‘ils soient, verbaux ou non verbaux. » (1996 : 27).

Dans cette même perspective, nous résumons ce problème de définition de la sémiotique en confirmant que cette dernière ne saurait se réduire à la seule description de la communication (définie comme transmission d’un message d’un émetteur à unrécepteur): en l’englobant, elle doit pouvoir rendre compte d’un procès beaucoup plus général, celui de la signification. Il nous revient donc  de retrouver la trace de la sémiotique à travers les œuvres d’art placées devant le public de la ville de Bukavu. Cette étape s’en sera suivie d’analyse à laquelle nous ressortirons le sens de ces images comme un ensemble de signes.

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