Arrow Table de matières
5128964

III.3. Les déterminants du déclassement à l’embauche : estimation du modèle

Cette section présente les résultats de l‟estimation économétrique. Pour ce faire on modélise la probabilité d‟être déclassé, surclassé ou non déclassé grâce à un modèle multinomial indépendant. La variable mise en référence est le fait d‟être non déclassé c'est-à-dire d‟être en situation normale. 

Bien que le pseudo R2 soit faible 0.1696 pour 2005 et 0.1711 pour 2012, le Chi deux et la probabilité critique lui associée montre que le modèle, tel que spécifié, est globalement significatif. Beaucoup de variables sont significatives, mais certaines ont une plus grande influence que d‟autres. C‟est le cas par exemple pour les diplômes De même, les variables représentant le parcours professionnel  comme l‟ancienneté, l‟âge, et la durée du chômage sont toutes significatives. D‟autres variables ne sont qu‟en partie caractéristiques du déclassement.

Tableau 10 : Estimation du modèle logit 

 Variables                   2005                                        2012     

surclassement

Déclassement

surclassement

déclassement 

Risk ratio

P>z

Risk ratio

P>z

Risk ratio

P>z

Risk ratio

P>z

_Cons

.06147331

(1.33)

0.182

6.92319

(-8.07)

0.000

.06147331

(1.33)

0.182

-6.923199

(-8.07)

0.000

Sexe

Homme

Femme (ref)

.7958995

2.0*

.888996

-0.81*

1.156826

-1.48**

1.025494

-0.32**

Age

.9986077

-0.734

.9434004

-7.53*

1.007561

2.32***

.9781458

-7.06*

Situation Matr.

Marié monogame

Marié Polygame

Union libre

Divorcé

Veuf(ve)

Célibataire (réf)

1.237924 1.445106 .9776482

.6281922

.8179808

1.60

 1.64

-0.11

-1.65

-0.71

.9711235

.6033463

.7112457

.2187661

.8624309

-0.18

-1.16

-0.99

-2.46

-0.28

.8262697

1.061035 .4727138

.4171273

.7937001

-1.51**

 0.33

-3.58*

-3.43*

-1.02

.578091

.685255

.5046985

.6969638

.9112831

-6.12*

-2.33**

-4.75*

-2.19**

-0.47

Diplôme

Certificat

Brevet CO

D4, A3

PP5

D6,A4

Graduat

Licence

Doctorat

Aucun (réf)

1.355482 1.281671 .3287134

.4602545

.3713811

.2070288

3.73e-09

4.69e-09

2.48**

1.24

-4.84*

2.84**

-7.87*

-8.29*

-0.02

-0.01

9.63è-08

1.19è-07

1.720477 2.334482 2.737215 6.756765 2.733052

9.885948

-0.04

-0.02*

1.42

2.17**

5.17* 7.96* 3.30*

3.64*

.5243058

.2925442

3.60e-09

.2841575

2.18e-09

.3740459

4.35*

-10.25*

-0.01

-9.18*

-0.01**

-3.37*

4.25e-09

1.775111 .8882347

2.557587 1.603472

.1690791

-0.12***

5.56*

-0.29

8.12*

1.40*

-3.69*

38

Type d’Ese

Ese Parapublique

Ese privée

ONG

Ese Associative

Ménage

Ese pub (réf)

Ancienneté

Taille Ese

Gde ese

.4972354

.4315167

.94211103

.1156786

1.034149

1.0983

-5.90*

-7.79*

-0.707

-5.56*

6.74*

0.77

.6370089

1.247627

1.248946

1.482791

.984501

.9200418

-2.50***

1.54

0.95

0.90

-1.48*

-0.50***

.5298582

.3731951

.7232632

1.453003

.088138

 

1.048499

.5446638

-6.15*

-9.43*

-1.00

2.38***

-6.47*

3.45*

-2.45***

.9199633

1.704341

1.9881173

1.407769

2.046644

.9840159

1.448037

-0.90

6.79*

2.93**

2.13***

4.28*

-3.50*

-3.02*

Pme (réf)

Contrat

CDD

Accord verbal

Sans contrat

CDI (réf)

1.130129 .5542073

.8442645

0.71

-4.78*

-1.48

1.038068 .9742711

1.087162

0.16

-0.15

0.52

1.048499

.605522

1.10111

0.33

-3.87*

1.08

1.129585 1.453579

1.313678

1.09

4.21*

3.49*

Durée chômage

2.733052

2.24*

1.784575

3.30*

1.01244

2.24**

2.314524

4.46*

             

                                                 

Source : conception de l‟auteur à partir des données 1-2-3

Significativité au seuil d’1%, **Significativité au seuil de 5%, ***Significativité au seuil de 10% 

LR chi2=1090.00  Prob > chi2 = 0.0000  Pseudo R2 = 0.1696 (pour 2005) LR chi2=988.39  Prob > chi2 = 0.0000  Pseudo R2 = 0.17 (pour 2012)

Interprétation économique et discussion

Le signe négatif et significatif de la modalité homme en 2005 tout comme en 2012 laisse entrevoir que les hommes souffrent moins du déclassement que les femmes. La littérature (Guironnet, 2005) également enregistre un effet lié au genre ; les femmes étant plus pénalisées. Ce résultat est d‟autant plus cohérent que les femmes en règle générale, prennent moins de risques et s‟aventureraient moins dans la recherche d‟un autre emploi et accepteraient plus volontiers une situation de déclassement garantie. Les hommes, par rapport aux femmes, ont un risque plus faible de se retrouver déclassés, du moins, c‟est ce qu‟il ressort des résultats. Dans le contexte congolais, ceci trouverait son explication dans le fait que la femme est moins à même de rechercher un emploi dans des endroits éloignés de son milieu familial, acceptant ainsi des emplois moins qualifiés près de chez elle. Frank (1978) va dans ce sens et soutient que les femmes mariées sont particulièrement vulnérables au déclassement. 

Les résultats renseignent que l‟âge  influence négativement la probabilité d‟être déclassé. En prenant l‟âge parallèlement avec l‟ancienneté dans l‟entreprise, on remarque également que le déclassement diminue avec l‟ancienneté, cette variable reflétant à la fois l‟effet de l‟âge et l‟effet de la génération. Pour ce qui relèverait de l‟effet de l‟âge, le résultat suggère soit un reclassement progressif sur des emplois davantage en adéquation avec le diplôme acquis, grâce à l‟expérience acquise dans le travail. Ces résultats sont similaires à ceux trouvé par Kerjosse et Remila (2013), Nauze-Fichet et Tomasini (2002), Forgeot et Gauttie (1997), Aleksynskaa et Tritahb (2013), Sicherman (1991) insistant sur le fait que le déclassement touchait plus particulièrement les générations récentes. Une autre explication à fournir ici est liée à la mobilité du travailleur déclassé. Selon les théories de l'appariement, les individus sur-éduqués devraient être en moyenne plus mobiles. Ainsi, Forgeot et Gauttie (1997) précisent que l‟ancienneté dans l'entreprise allonge de façon significative l'horizon de la relation de travail et permet de bien se positionner dans l‟entreprise.

Quant à la variable diplôme, elle est  significatif, à la fois sur la probabilité d‟être surclassé et sur la probabilité d‟être déclassé comparativement à la probabilité d‟être effectivement non déclassé. Pour ce qui est du déclassement, les résultats indiquent que le diplôme agit positivement sur le déclassement. En 2005 tout comme en 1012, comparativement aux individus sans diplôme, les résultats renseignent que le fait de détenir un certificat ou un brevet C.O influence négativement sur la probabilité de se retrouver déclassé. Par ailleurs toutes choses restantes égales par ailleurs, les autres niveaux du diplôme influence

40

positivement le déclassement. Il est évident que les individus possédant un diplôme élevé ont donc plus de risque de se retrouver déclassé. La relation entre le déclassement statistique et diplôme étant  positive, on remarque donc que le fait de détenir un diplôme élevé ne semble pas protéger son détenteur contre le déclassement (Guironnet 2006 ; Chun-hung et  Chunhsuan wang 2005 ; Groot, et  Maassen van den Brink 1999 ;  Lindley et Mclntosh,  2010 ; et  Sicherman 1991). 

Par ailleurs, le diplôme influence significativement et négativement la probabilité d‟être surclassé. En effet, posséder un diplôme élevé réduit le risque de se retrouver surclassé et de la même manière posséder un bas niveau du diplôme augmente la probabilité d‟être surclassé. Les résultats obtenus montrent que comparativement aux individus sans aucune qualification, le fait de posséder un certificat d‟études primaires et un brevet CO influence positivement la probabilité d‟être surclassé en 2005 par contre en 2012 tous les niveaux de diplôme influence négativement la probabilité d‟être surclassé.

La nature de l‟entreprise a une influence sur la probabilité de déclassement mais aussi du surclassement. Les résultats renseignent qu‟à toutes choses égales par ailleurs, en 2005 tout comme en 2012 l‟emploi dans le secteur privé influence négativement la probabilité d‟être surclassé. Par ailleurs, comparativement au secteur public, tous les autres secteurs d‟activité influencent positivement la probabilité d‟être déclassé en 2012. En effet les salariés des administrations publiques sont particulièrement protégés puisque seulement 8.50% en 2005 et 18.50% en 2012 d'entre eux sont déclassés (voir tableau 9). Ces résultats semblent donner une situation contraire à celle trouvé par Forgeot  et Gauttie (1997) en France selon lesquels, la fonction publique constitue un cas d‟école tant elle représente une véritable sphère de surdiplômés où 64 % des jeunes recrutés dans la fonction publique seraient en effet titulaires d‟un diplôme supérieur (voire très supérieur) à celui normalement requis pour l‟emploi occupé. 

Pour la variable durée de chômage, elle apparaît, dans l‟estimation avec un signe positif ; son impact sur le déclassement est solide et significatif. En effet, il y a tout lieu de croire que, selon la théorie de la file d‟attente que évoquée supra, plus l‟attente d‟un premier emploi est longue, plus la propension à accepter un emploi déclassé est élevée. Toutefois,  Giret (2003), après deux enquêtes comparatives sur la mesure du déclassement, soutient que cinq ans après leur sortie du système éducatif, les jeunes diplômés au chômage sont contraints d‟accepter postes moins qualifiées lors de leur premier emploi. 

Cependant,  pour la taille de l‟entreprise, il est important de noter que cette variable a une influence négative et significative sur la probabilité d‟être déclassé. Ce résultat laisse croire que plus une entreprise est de grande taille, moins le capital humain est sous-utilisé. Des auteurs, Verhaest et  Schatteman (2010),  Green, Francis, Mcintosh, Steve, Vignoles, Anna (1999) et Leuven, E et Ooterebeek (2011), avaient déjà trouvés des résultats similaires dans d‟autres pays où on remarque que dans les grandes firmes la probabilité est faible de se retrouver  déclassé. 

Partager ce travail sur :