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Chapitre deuxième REVUE DE LA LITTERATURE, METHODOLOGIE ET PRESENTATION DES VARIABLES DU MODELE

Ce chapitre est essentiellement consacré à la revue de la littérature, la méthodologie et la présentation des variables du modèle retenu. Avant de spécifier le modèle qui fera l’objet de notre estimation, il est important dans cette partie du travail de préciser la théorie économique qui aborde les notions du taux de change.

II.1.   REVUE DE LA LITTERATURE[1]

II.1.1. LA THÉORIE TRADITIONNELLE DU CHANGE

Le cadre canonique de cette réflexion est basé sur les théories du taux de change, le modèle de MUNDELL-FLEMING en économie ouverte et les dilemmes de politique économique.

  1. Le cœur de la théorie

La théorie du taux de change a été au cœur des débats dans les échanges internationaux et trouve son point de mire dans la théorie de la parité du pouvoir d'achat.

En effet, le change est l'opération par laquelle on se procure contre de la monnaie nationale des moyens de paiement valables à l'étranger et inversement. Ainsi définies les opérations de change donnent lieu à des offres et à des demandes de devises qui se rencontrent sur un marché et permettent de déterminer le taux de change encore appelé cours de change. Ce marché fonctionne à travers plusieurs modalités notamment les différents types de cotation. A travers les cotations, les agents économiques se comportent différemment afin que chaque partie puisse tirer profit de son opération en utilisant les diverses mesures de couvertures et les diverses innovations financières du marché de change.

On peut retenir que le taux de change est la valeur de la monnaie nationale exprimée en monnaie étrangère et est influencé par plusieurs facteurs. En effet, les opérations de la balance des paiements engendrent une offre et une demande de monnaie permettant ainsi la détermination du prix qu'est le taux de change. Divers facteurs économiques influencent cette offre et cette demande de devise. La théorie monétaire internationale nous permet de distinguer notamment les facteurs fondamentaux et les facteurs psychologiques.

  1. Les facteurs fondamentaux du taux de change

Les facteurs fondamentaux du taux de change s'énumèrent de façon générale comme le volume des échanges de biens et de services, les niveaux et l'évolution des prix à l'intérieur et à l'extérieur, les niveaux des taux d'intérêt à l'intérieur et à l'extérieur, les niveaux des activités économiques internes et externes.

Par ailleurs, lorsque le solde de la balance courante dégage un excédent, il y a une offre nette de devise ce qui entraîne une appréciation de la monnaie nationale au détriment de la monnaie étrangère. En cas de déficit de la balance courante, il y a une demande nette de devise et la monnaie nationale tend à se déprécier au profit de la devise étrangère qui s'améliore. Il s'en suit que la valeur internationale d'une monnaie est le reflet des niveaux des prix à l'intérieur et à l'étranger ou le reflet des évolutions des prix à l'intérieur et à l'étranger.

Ces reflets impliquent la notion de parité des pouvoirs d'achat (absolue et relative) développée par G. CASSEL (1916). En fait on peut retenir avec cet auteur qu'il y a parité du pouvoir d'achat entre deux pays lorsque le prix est identique dans les deux pays après conversion par le taux de change. Au cas contraire on assiste au phénomène de sous-évaluation ou de surévaluation de la monnaie nationale ou de la monnaie étrangère. Les variations du taux de change peuvent être contournées par le fait qu'il y a une relation entre le taux de change et les taux d'intérêt. Ainsi on invoque le taux de change d'équilibre. Ce dernier peut être obtenu à travers un libre fonctionnement du marché de change à terme ou à travers les mouvements internationaux des capitaux ou soit par la psychologie des agents économiques. Ainsi on peut noter qu'en dehors des facteurs fondamentaux il y a des facteurs psychologiques qui influencent le taux de change.

  1. Les facteurs psychologiques.

Depuis les années 1970 les fluctuations des taux de change ne sont plus expliquées par les seuls déterminants fondamentaux. Les anticipations et la spéculation des agents économiques jouent un rôle essentiel dans l'instabilité des taux de change. En effet, en vue de maximiser leur profit, ces agents économiques anticipent ou spéculent. Cette pratique provoque la variation du taux de change. Les théories de la surévaluation ou des bulles spéculatives expliquent mieux les comportements des agents économiques.

  1. Les théories du taux de change réel

Nous retenons essentiellement la théorie de la surévaluation du taux de change et la théorie des bulles spéculatives.

Selon la théorie de la surévaluation du taux de change, le taux de change d'équilibre à long terme dépend des déterminants fondamentaux mais à court terme les variations du taux de change sont influencées par les facteurs psychologiques d'où la possibilité d'une surévaluation. On peut admettre selon la thèse de la parité du pouvoir d'achat que le taux de change d'équilibre dépend du taux d'inflation. En effet si le taux d'inflation nationale s'élève alors il en résulterait une dépréciation de la monnaie nationale. Dire qu'il y a surévaluation du taux de change revient à dire qu'à court terme la dépréciation de la monnaie nationale sera plus forte que ce qui est nécessaire pour établir le taux de change d'équilibre à long terme. Cette théorie de la surévaluation ne permet pas d'expliquer la surévaluation durable d'une monnaie telle qu'elle a été observée entre 1980 et 1985 pour le dollar américain. La théorie des bulles spéculatives a été développée pour approfondir l'analyse du rôle des anticipations sur l'évolution du taux de change.

Rappelons qu'une bulle spéculative est un écart durable et cumulatif entre la valeur d'équilibre d'une variable et sa valeur observée.

La spéculation crée un écart entre le taux de change du marché et la valeur de ce taux correspondant aux fondamentaux. Il faut souligner que la spéculation est observée sur un marché lorsque les intervenants de ce marché espèrent un retournement de tendance et adoptent simultanément la même attitude. Ainsi les comportements psychologiques des spéculateurs ont une importance capitale sur le fonctionnement du marché de change et sur les évolutions effectives de ce dernier.

Etant donné que ces déséquilibres ne peuvent pas durer indéfiniment, il est nécessaire à présent de recourir aux théories de rééquilibrage du taux de change. Il faut noter qu'un tel rééquilibrage résulte d'une manipulation des composantes de la balance des paiements à travers ses sous soldes. Trois approches sont évoquées en vue d'atteindre cet objectif. Parmi ces modalités on retrouve l'approche de l'effet-prix, l'approche de l'absorption qui combine l'effet-prix et l'effet revenu et l'approche monétaire qui met en exergue les encaisses réelles de la dévaluation.

Selon les auteurs MARSHALL-LERNER et ROBINSON ces trois modalités sont manipulables «si les élasticités d'offres à l'importation et à l'exportation sont infinies et si la balance courante est initialement en équilibre la condition nécessaire et suffisante pour qu'une dévaluation de la monnaie nationale améliore la balance courante est que la somme des élasticités prix en valeur absolue de la demande nationale d'importation et de la demande extérieure d'exportation soit supérieure à l'unité». Quels sont alors les différents facteurs qui influencent le taux de change d'équilibre des pays en voie de développement en général et celui de la R.D. Congo en particulier ?

  1. Analyse de la revue empirique de littérature

En nous appuyant sur les travaux de MIREILLE LINJOUOM (2004)[2] sur les déterminants du taux de change réel au Cameroun, nous relèverons les différents facteurs du taux de change réel de quelques pays selon certains auteurs.

Selon EDWARD (1989), les termes de l'échange, les flux de capitaux, les taxes à l'importation, les dépenses du gouvernement, le différentiel de productivité, l'excès de crédit domestique, la dévaluation nominale sont les déterminants fondamentaux de taux de change réel en Afrique du Sud.

Notons que d'après Mc DONALD et RICCI (2003) pour ce même pays, ces facteurs sont le différentiel des taux d'intérêt réel, le produit intérieur brut par tête, les cours des matières premières, le degré d'ouverture, le solde budgétaire et les avoirs extérieurs nets.

En synthétisant l'analyse selon ces deux approches, on note une mineure différence dans les facteurs explicatifs du taux de change réel au sein du pays considéré. Ce fait, loin d'être une différence méthodologique, peut être dû à l'environnement économique qui prévalait dans chaque période d'étude. En effet, l'année 1989 est marquée par une morosité de l'activité économique dans presque tous les pays en développement (PED). Au lendemain des reformes structurelles via les PAS, les économies deviennent de plus en plus émergentes.

C'est dans ce contexte que DONALD et RICCI ont réévalué les déterminants du taux de change réel de ce pays.

Par ailleurs, ELBADAWI (1994), a eu à mener cette étude pour le Ghana. Selon cette étude, les fondamentaux du taux de change d'équilibre ont pour noms les termes de l'échange, les flux d'entrée de capitaux, l'ouverture, les taxes à l'importation, les dépenses du gouvernement, le différentiel de productivité, le crédit domestique et la dévaluation nominale.

BAFFES et ELBADAWI (1999) abordant cette réflexion pour la Côte d'Ivoire et le Burkina Faso ont retenu comme fondamentaux du taux de change réel, les termes de l'échange, l'ouverture, le solde commercial, le Produit Intérieur Brut par tête, l'investissement par tête et le niveau des prix à l'étranger.

Quant à KALINDA MKENDA (2001) dans le cas de la Zambie, il retient les termes de l'échange, les dépenses publiques, l'investissement, les réserves de change, les taxes indirectes, le taux de croissance réel de long terme comme fondamentaux du taux de change réel.

ZINZOGAN (2000) retient pour le BÉNIN les fondamentaux ci-après : les termes de l'échange, les dépenses publiques, la masse monétaire, les taxes indirectes.

De tout ce qui précède, il est montré que les problèmes que soulève la détermination du taux de change d'équilibre sont au cœur des débats de politique économique.

Soulignons avec WILLIAMSON (1998) que la préoccupation majeure des économistes est une définition appropriée du concept de taux de change d'équilibre et d'estimer sa valeur. Avec cet auteur, on peut dire que lorsqu'un taux de change nominal est défini, le taux de change d'équilibre peut être atteint à partir des ajustements nécessaires. Alors le taux de change nominal approprié coïncide avec le taux de change d'équilibre de long terme. Le taux de change d'équilibre est celui qui peut réaliser les équilibres interne et externe d'une économie. Il y a mésalignement dès lors que le taux de change s'écarte de son sentier d'équilibre.

Les études sur les déterminants du taux de change d'équilibre et leurs importances sur le mésalignement du taux de change ont constitué une part importante dans les recherches tant empiriques que théoriques au cours de ces dernières années. Les études de EDWARDS (1989) sur les pays en développement montrent que l'évolution du taux de change effectif réel est liée aux politiques macro-économiques mises en place par les gouvernants et aussi à l'environnement économique internationale. L'auteur insiste sur la nécessité de bien choisir les variables économiques qui sont en interaction avec cet indicateur. Selon lui le taux de change d'équilibre de long terme est uniquement affecté par des variables réelles classées en deux catégories à savoir les variables structurelles (ou fondamentales) externes et celles internes. Au nombre des fondamentaux externes il retient les prix mondiaux (les termes de l'échange), les flux de capitaux (ou la dette extérieure), et le taux d'intérêt mondial. Les fondamentaux internes ou domestiques recouvrent des variables dépendant de la politique gouvernementale, telles que le déficit budgétaire, les taxes à l'importation, les quotas à l'importation et les contrôles de change. Cet auteur a testé empiriquement un modèle qui révèle que les facteurs réels ou nominaux affectent le taux de change à court terme alors qu'à long terme, seuls les facteurs réels affectent le taux de change d'équilibre soutenable. Il examine également le lien qui existe entre le mésalignements du taux de change d'équilibre et les performances macroéconomiques. Il parvient à la conclusion selon laquelle les pays qui maintiennent leurs taux de change plus proche de leur taux de change d'équilibre sont plus performants que ceux qui entrent dans des mésalignements de leurs taux de change. Dans le même ordre d'idée les travaux de BAFFES et AL (1990) ont montré que dans certaines régions de l'Amérique Latine, l'instabilité des taux de change a freiné la croissance des exportations tandis qu'en Asie, le développement des exportations a été favorisé par des taux de change stables.

Le taux de change réel ne suffit pas aux décideurs de politique économique d'assurer les équilibres internes et externes. Pour approfondir ces réflexions Mundell et Fleming proposent une nouvelle approche : la théorie ISLM-BP. Nous présenterons ce modèle et soulignerons sa pertinence dans l'analyse de la détermination du taux de change d'équilibre.

II.2.2. Le modèle ISLM-BP et les dilemmes de politique économique

  1. Le modèle IS-LM en économie ouverte

Le modèle IS-LM de HICKS et HANSEN décrit l'équilibre de sous-emploi afin de rendre compte de la théorie keynésienne. La courbe IS présente les conditions d'équilibre sur le marché des produits et LM présente les conditions d'équilibre sur le marché de la monnaie.

Le modèle ISLM-BP élaboré par Mundell et Fleming a étendu ce raisonnement au cas d'une économie ouverte avec les hypothèses sur la nature du change et le degré de mobilité des capitaux. La droite représentative de l'équilibre externe est BP. Elle est fonction du revenu et du taux d'intérêt (i). La balance globale est composée de la balance des transactions courantes qui est fonction du revenu (Y) et de la balance des capitaux qui est fonction du taux d'intérêt.

La droite BP dont la pente dépend de la propension marginale à importer et du degré de mobilité des capitaux est croissante dans le système d'axe (i ; y). Une augmentation de Y (revenu) entraîne une augmentation des importations, ce qui suscite un solde négatif de la balance commerciale obligeant à relever le taux afin que l'entrée des capitaux compense les sorties dues aux importations de marchandises. L'équilibre externe (BP) peut-être au-dessous (excédent externe), ou au-dessus (déficit externe) de l'équilibre interne (ISLM). En retenant comme objectif de politique économique le plein emploi et l'équilibre externe, nous pouvons graphiquement représenter quatre situations de déséquilibre : inflation et déficit externe ; inflation et excédent externe ; chômage et déficit externe ; et enfin chômage et excédent externe.

La maîtrise des mécanismes de politique économique et la connaissance de la portée réelle des instruments utilisés sont nécessaires. Cela implique une adéquation entre le choix des types d'instruments et celui des types d'objectifs à atteindre. Pour avoir un équilibre interne et externe il est nécessaire de faire recours aux instruments comme la politique monétaire et celle budgétaire d'où naît le dilemme de politique économique car en tenant compte du régime de change la résolution d'un déséquilibre peut entraîner un autre.

  1. Dilemmes de politique économique

Les dilemmes de politique économique résultent de la possible contradiction entre l'équilibre interne et l'équilibre externe. Les différentes combinaisons des déséquilibres (interne et externe) conduisent à l'une des quatre situations ci-dessus évoquées. Ainsi donc, il y a dilemme de politique économique lorsque la politique pour corriger un déséquilibre conduit à l'aggravation de l'autre. Ceci pose le problème lié au choix, à l'affectation et à la combinaison des politiques conjoncturelles en économie ouverte. Les travaux du professeur ALBERT ONDO OSSA (2001) sur les dilemmes de politique économique en pays sous développé nous aideront à étayer nos réflexions sur la pertinence du modèle de Mundell et de Fleming dans la présente étude.

En effet, à en croire l'auteur, les politiques initiées dans le cadre des Programmes d'Ajustement Structurel (PAS) sont source de dilemmes. Ceci est dû au fait que les objectifs de politique économique sont mal ordonnés et l'affectation des instruments aux objectifs est non rationnelle. Selon le principe de cohérence de Tinbergen que la politique économique consiste en la manipulation délibérée d'un certain nombre d'instruments à des fins précises. Cette théorie préconise autant d'instruments que d'objectifs. En ce qui concerne le choix des instruments à en croire ALBERT ONDO OSSA (2001) trois types de politiques sont envisageables en vue d'obtenir des équilibres interne et externe. Il s'agit de : politique budgétaire restrictive, politique monétaire restrictive et politique de change axée sur la dévaluation. Etant donné que les mêmes instruments peuvent autant servir à la stabilisation interne (lutte contre l'inflation et le chômage) qu'à l'ajustement externe (l'équilibre de la balance extérieure), il se pose inévitablement un problème de choix que pouvait élucider le modèle théorique de Mundell Fleming. Ce modèle encore appelé principe d'efficience montre qu'en cas de change fixe et en tenant compte des avantages comparatifs, les instruments de politique économique à savoir politique budgétaire et politique monétaire sont envisageables. Ainsi il revient à affecter la politique budgétaire à la stabilité (équilibre interne) et la politique monétaire à la maîtrise de la balance des paiements (équilibre externe). La politique monétaire permet d'attendre le plein emploi si les capitaux sont internationalement mobiles et sensibles aux taux d'intérêt. Ce qui n'est toujours pas vérifié dans les pays en développement. Ainsi à partir du modèle de Mundell Fleming on comprend la manipulation que l'on peut faire du taux de change surtout en change fixe.

De tout ce qui précède, s'il est vrai que la détermination du taux de change réel d'équilibre n'est chose facile en raison des nouveaux facteurs non quantifiables tels que les psychologiques ; un consensus est retrouvé au sein des économistes et qui atteste que les déterminants fondamentaux tels que les termes de l'échange, le degré d'ouverture de l'économie, l'afflux des capitaux, le taux international d'intérêt, les dépenses publiques en biens non échangeables, le prix international de biens importables, le taux des droits de douane, l'absorption totale peuvent mieux expliquer le niveau de taux de change d'équilibre au sein d'une économie toutes chose égale par ailleurs.

II.2.  Méthodologie

Pour être traité scientifiquement, tout travail doit adopter une certaine méthodologie qui lui confère son authenticité et sa valeur. Ceci justifie la finalité objective d’un travail scientifique, aide aux chercheurs à trouver les données fiables qui lui mèneront à bon port.[3]

Nous avons de cette façon réunis la théorie du taux de change et les données économiques de la RDC. Cela se justifie pour autant qu’il a été question de traiter les notions relatives aux déterminants du taux de change en RDC.

Cependant le recours à d’autres techniques telles que l’outil économétrique a été également adopté. C’est ainsi que les données relatives à l’économie de la RDC ont été tirées des rapports annuels de la Banque Centrale du Congo, de la Banque mondiale ainsi que du Fonds Monétaire International. Notons par ailleurs que  pour réunir les données nécessaires à la partie théorique nous avons recouru à la documentation qui consiste à utiliser des articles et d’autres  ouvrages abordant notre domaine de recherche telle l’économie monétaire internationale.

Pour ce qui est du modèle retenu dans ce travail, nous allons utiliser le modèle développé par Clark et Macdonald (1997) appelé « Modèle de taux de change comportemental d’équilibre » (Behavioural Equilibrium Exachange Rate) et appliqué pour le cas du Maroc par Abdelhamid El BOUHADI, Abd-el-Kader ELKHIDER et Mustapha KCHIRID (2008), dans leur article intitulé « les déterminants du taux de change au Maroc : Une étude empirique ».

Pour la variable endogène retenue, c’est-à-dire le taux de change, nous allons essayer de pouvoir l’expliquer à travers certaines variables exogènes ou explicatives dont   le  taux de couverture des importations  par les exportations, l’indice du prix à la consommation,   les réserves de change, la masse monétaire au sens large (M2) et la dette extérieure.

Pour ce qui est du mode de traitement des données, nous avons procédé  dans un premier temps au réaménagement statistique des données, par la suite les logiciels Ms Office Word et Excel 2010 nous ont servis pour l’encodage et le logiciel de traitement des données économétriques Eviews 3.1 nous a été utile pour le traitement de ces données.

Pour estimer les déterminants du taux de change en RDC  à partir de ces données, le logiciel Eviews 3.1 a été utilisé pour le traitement de ces données. Plusieurs tests d’hypothèses ont été faits dans le cadre de l’estimation par la méthode des Moindres Carrés Ordinaires (MCO).

Il a été procédé à la vérification des hypothèses de la présence ou non de l’auto corrélation des erreurs et de l’hétéroscédasticité.

Pour tester s’il y a autocorrélation des erreurs, nous avons  utilisé le test de de Durbin-Watson (DW). C’est ainsi qu’après test nous avons trouvé qu’il n’y a pas autocorrélation des erreurs.

Notons que ces hypothèses de MCO sont  utilement vérifiées pour trouver les estimateurs meilleurs et sans biais. Il a été donc nécessaire de passer par tous ces tests pour nous rassurer de la fiabilité de notre estimation du taux de change pendant la période sous revue.

Pour ce qui concerne le test de vérification de la présence de l’hétéroscédasticité, celui de White (White heteroscedasticity) a été appliqué  dans notre cas.

Il est également intéressant de signaler qu’avant  l’estimation du taux de change en RDC, l’étude de la stationnarité des variables a été faite. Il s’agissait de savoir s’il y a une constance des données dans le temps. Y a-t-il une corrélation avec le temps ?  Le test de Dickey Fuller Augmenté nous a été utile pour cette fin. Ce test d’ADF a permis de détecter la présence ou non de la racine unitaire et de conclure du niveau d’intégration des variables. Cette étude était nécessaire pour ne pas aboutir à des résultats fallacieux.  

Après avoir parlé de la méthodologie qui est même la clé de voute de tout travail scientifique, il est important de placer un mot sur la présentation des variables d’étude.

II.3.  Présentation des variables d’étude

L’étude dont il est question dans ce travail se propose d’analyser les facteurs déterminants le taux de change en  République Démocratique du Congo. Dans cette section, il s’agit de parler respectivement de la notion du modèle, de la classification des modèles et la présentation des variables du modèle retenu.

II.2.1.  Notion du modèle

Le modèle économétrique est une formalisation ou une présentation formalisée d’un phénomène sous forme d’équations dont les variables sont des grandeurs économiques[4].

Tout modèle est inévitablement une simplification de la réalité par lequel on cherche à saisir des traits fondamentaux  du système qu’on cherche à styliser[5].

L’objectif du modèle est de représenter les traits les plus marquants d’une réalité qu’il cherche à  styliser. Il est un outil utilisé pour comprendre et expliquer des phénomènes.[6] Le modèle est donc une représentation schématique et particulière d’une réalité naturellement plus complexe.

Le modèle est donc l’outil que le modélisateur utilise lorsqu’il cherche à comprendre et à utiliser  ou expliquer les phénomènes. Pour cela il émet des hypothèses et explique les relations.

Ainsi, à un moment donné pour un état de la technologie et de stock des capitaux, des travaux et des autres ressources productives données, les performances d’une économie ou de l’un de ses secteurs dépendent des décisions prises par les agents économiques divers.

Le modèle construit comportera[7] :

  • Les relations des comportements décrivant l’action des forces supposées déterminées les comportements des différents agents économiques.
  • Les relations technologiques qui décrivent les contraintes imposées par la technologie existante et par la quantité limitée des certaines ressources. Tel est le cas de la fonction de production qui donne le maximum de productions que l’on obtiendra avec les différents inputs de capital, travail, …
  • Des relations d’identité (ou des identités) C'est-à-dire des relations comptables découlant de certaines définitions.

La construction d’un modèle comporte un certain nombre d’étapes somme toute importantes car en cas de faille d’un des maillots, le modèle peut-être invalidé pour cause d’hypothèses manquantes.

A ROBINSON considère le modèle comme une abstraction simplifiée et idéalisée dont l’objectif est de présenter d’une manière approximative le comportement d’un système[8].

Le modèle économique est l’expression mathématique d’une certaine théorie économique. Notons que la démarche économétrique repose sur les modèles économiques et sur les méthodes statistiques.

Expression mathématique, les éléments qui composent un modèle sont les équations, les variables et les paramètres.

  • Les équations : les équations entrant dans un modèle économétrique sont de trois ordres à savoir : les équations de comportement expliquant le mode d’agir des agents économiques, les équations technologiques expliquant le mode de production incorporés dans l’activité économique et les identités ou équations comptables qui sont des relations se vérifiant toujours par leur construction logique.
  • Les variables : pour l’efficacité, le modélisateur doit s’efforcer de mieux identifier les variables. Elles sont de trois types[9]:
  • Les variables endogènes également appelées variables expliquées puisqu’elles sont expliquées par le modèle en fait. Ce sont des variables dépendantes.
  • Les variables explicatives ou variables prédéterminées comprenant les variables exogènes ayant un contenu économique précis et les variables endogènes décalées.
  • Les variables stochastiques ou aléatoires ou terme d’erreur. Elles regroupent donc trois erreurs : une erreur de spécification c’est-à-dire le fait que les seules variables explicatives ne sont pas suffisantes pour rendre compte de la totalité du phénomène expliqué ; une erreur de mesure car les données ne représentent pas exactement le phénomène ; une erreur de fluctuation d’échantillonnage car, d’un échantillon à l’autre les observations et donc les estimations sont différentes.

Précisons que les variables du second membre de l’équation sont un mélange des variables exogènes courantes et des variables retardées, soit endogènes soit exogènes. Ces trois types de variables constituent des variables prédéterminées puisque du point de vue du modèle au moment t leurs valeurs ont déjà été déterminées par l’histoire passée du système ou sont données de manière exogène.

  • Les paramètres : les variables dépendantes et les variables indépendantes sont liées dans une équation par des facteurs de pondération appelés paramètres structurels. Ces derniers ont une signification économique concrète car exprimant les types de relation entre variables. Leur estimation peut s’effectuer grâce à plusieurs méthodes notamment la Méthode des Moindres Carrés Ordinaires (MCO), la méthode maximum de vraisemblance (MV), la méthode des Moindres carrés généralisés (MCG) et la méthode des doubles moindres carrés (DMC).

Notons que l’une ou l’autre de ces méthodes est valide lorsque certaines hypothèses statistiques sur le  comportement des variables sont satisfaites.[10]

II.2.2.  Présentation des variables

Pour l’estimation des déterminants du taux de change en RD Congo, nous avons deux groupes de variables : les variables financières et les variables réelles.

Le choix de  ces dernières est justifié par deux considérations importantes : d’une part, les variables retenues doivent être logiquement en correspondance avec le type de régime en vigueur en RD Congo. Le choix de taux de couverture est dicté par le souci de compétitive. Les réserves de change sont considérées comme une variable majeure de la stabilité du taux de change et du niveau des prix nationaux. Les monnaies fortes sont généralement très demandées et couvertes par des réserves substantielles ainsi que par une vigueur économique d’ensemble, alors que les monnaies faibles ne présentent pas les mêmes avantages. La dette extérieure nous renseigne sur le stock réel des réserves de change. L’indice du prix à la consommation et M2 sont des indicateurs qui montrent l’adéquation et la crédibilité d’une politique de change.

II.2.2.1. La masse monétaire

Une augmentation de la masse monétaire se manifeste par une appréciation du taux de change réel. Une baisse de la masse monétaire se manifeste par la dépréciation du taux de change réel. En effet, toute augmentation de la masse monétaire conduit à la hausse des prix des biens échangeables et à la diminution des réserves de change. Il s'ensuit une appréciation du taux de change. On peut donc s'attendre à ce que le coefficient de la variable masse monétaire soit négatif.

Représentation graphique  de la masse monétaire

 

Graphique 1.  Evolution de la masse monétaire au sens large (M2)

De ce graphique, il y a lieu de dire que masse monétaire de la RD Congo est caractérisée par des fluctuations de tout ordre. Cette situation peut se justifier par la  mise en œuvre de la politique  monétaire qui exige souvent à la Banque Centrale d’injecter une certaine quantité de masse monétaire et de la retirer selon le cas, ce qui fait qu’il y ait toujours  des variations.

II.2.2.2. Terme de l’échange

En économie internationale, les termes de l'échange désignent le pouvoir d'achat de biens et services importés qu'un pays détient grâce à ses exportations. L'indice des termes de l'échange le plus courant mesure le rapport entre les prix des exportations et les prix des importations. Une augmentation de cet indice correspond à une amélioration des termes de l'échange : par exemple, un pays vend plus cher ses exportations pour un prix à l'importation constant. Inversement, une diminution de l'indice correspond à une dégradation des termes de l'échange.

L'évolution des termes de l'échange ne détermine pas seule l'évolution de la balance commerciale, qui reflète à la fois des prix et des volumes.

La théorie des termes de l'échange est esquissée par Thomas Malthus, puis développée par Robert Torrens, James Pennington, Samuel Longfield, Nassau Senior et John Stuart Mill. Elle est un élément essentiel pour déterminer l'intérêt de la réciprocité en politique commerciale internationale.

Représentation graphique

Graphique 2.  Evolution de terme de  l’échange en RDC de 1975 à 2010.

Les termes de l’échange évoluent d’une manière croissante au cours de la période sous étude. Il y a lieu de dire qu’il s’observe des fluctuations dans le  temps qui peuvent être expliquées par  d’autres facteurs.

II.2.2.3.  Le taux d’intérêt

Le taux d’intérêt se présente comme un déterminant à  court terme de taux de change.  En considérant i comme taux d’intérêt d’un niveau du  pays, if comme taux d’intérêt à  l’étranger et e le taux de change au comptant anticipé, il y a lieu de montrer combien les capitaux sont  sensibles aux variations de ces variables à tel enseigne que leur mouvement instantané affecte le taux de change. Si le taux d’intérêt nominal I augmente alors que le  taux d’intérêt étranger if et le taux de change au comptant anticipé restent constant il y aura entrée massive des capitaux étrangers ; sur le marché de change la demande de la monnaie nationale augmente et il y aura appréciation du taux de change. 

II.2.2.4. Réserves de change

En vue de soutenir le taux de change sur le marché, la Banque peut intervenir de plusieurs manières :

  • puiser dans ses réserves de change afin de soulager le marché en butte à une pénurie temporaire des devises étrangères ;
  • acheter ou vendre sa propre monnaie contre des devises étrangères en vue d’équilibrer le marché.

Tant que l’intervention vise à modifier un déséquilibre conjoncturel, l’opération peut paraître efficace. Ce n’est certainement pas le cas, s’il s’agit d’un déséquilibre de type structurel. La parité ne peut être imposée de manière unilatérale par la Banque centrale. Elle doit être crédible afin de donner entière satisfaction aux milieux financiers internationaux.

Graphique 1. Evolution de réserve de change  de la RDC 1975 à 2010.

Ce graphique  renseigne que les réserves de change en RDC ont évolué à la hausse de 1975 à 1979 puis il s’est observée une chute en 1981,  la situation s’est un peu améliorée jusqu’à 1987 et à partir de cette période  il y a eu une baisse des réserves de change qui sera encore une fois relevée aux années 2008 2009.

II.2.2.5. Indice des prix à la consommation (IPC)

  1. Analyse théorique

L'indice des prix à la consommation, est un indicateur général du coût de la vie. Il mesure l'évolution de l'ensemble des prix des biens et des services consommés par les ménages. Il sert au calcul des variations des paiements effectués par le gouvernement. L'IPC est le plus important et le plus largement utilisé.

En effet, l’objectif ultime de toute politique de croissance économique, c’est  le bien-être de la collectivité. La puissance économique est perçue par le niveau du revenu réel que gagne en moyenne un individu. Atteindre un niveau élevé du revenu par habitant est une chose, et le préserver en est une autreEn réalité, le revenu réel peut être affecté par le prix. Par exemple, lorsqu’une variation du niveau général des prix est plus que proportionnelle à celle du revenu dont disposent les individus d’une collectivité. Le  pouvoir d’achat du revenu de la population tend à baisser.

Ainsi, mesurer l’évolution du niveau général des prix, permet d’évaluer ses effets sur le revenu disponible. Ce faisant, les économistes recourent à la théorie de nombre indice. Le nombre indice mesure les valeurs des dépenses de consommation des ménages consacrées aux biens et services au cours de deux périodes. Son objectif est de décomposer l’évolution de la valeur de ces dépenses entre une évolution de « prix » et une évolution de la « quantité ». Ainsi, les économistes et les statisticiens calculent l’indice de prix à la consommation lorsque l’objectif est de mesurer le composant « prix » de la variation des dépenses de consommation des ménages, tout en maintenant constantes les quantités. Parallèlement, lorsque l’on mesure la composante « quantité ou volume » de la variation des dépenses de consommation des ménages, tout en maintenant constantes les prix, on calcule l’indice de volume. En s’intéressant à la composante prix, l’indice de prix à la consommation mesure l’inflation des prix telle qu’elle est vécue et perçue par les agents économiques dans leur rôle de consommateurs. Il saisit les variations des prix des biens et services qu’un agent économique consomme. Ces variations affectent le pouvoir d’achat du revenu des individus et donc, leur bien-être. En tant qu’indicateur des changements de bien-être, l’indice de prix à la consommation précise si le niveau de vie de consommateurs entre deux périodes (t-1 et t) a augmenté ou diminué. L’hypothèse qui sous-tend cette comparaison est la constance de la structure de préférences de ménages au cours de la période de temps considérée. En considérant 2 périodes où, la date t-1 correspond à la période de base ou période de référence, avec Xib, la quantité de bien Xi consommée en cette date et Pib, son prix d’achat à cette même date ; et la date correspond à la période courante. Avec Xit, la quantité de bien Xi consommée en cette date et Pit, son prix d’achat[11].

  1. Représentation graphique de l’IPC

Graphique 5. Evolution de l’indice de prix à la consommation de 1975 à 2010.

Ce graphique  montre que  l’indice de prix à la consommation a est resté stationnaire pendant plus de 20 ans et ce de  1975 à 1997 puis ceci a évolué d’une manière croissante pour les autres années. C’est-à-dire de 1999 à 2008 puis en 2010.

II.2.2.5.  Dette extérieure

En économie, la dette extérieure désigne l'ensemble des dettes qui sont dues par un pays, État, entreprises et particuliers compris, à des prêteurs étrangers.

Il est important de faire la distinction entre la dette extérieure brute (ce qu'un pays emprunte à l'extérieur) et la dette extérieure nette (différence entre ce qu'un pays emprunte à l'extérieur et ce qu'il prête à l'extérieur). Ce qui est le plus significatif, c'est la dette extérieure nette.

Un niveau trop élevé de dette extérieure nette témoigne d’un risque-pays élevé : en cas de fluctuations de la devise nationale, les montants des intérêts et du principal de la dette extérieure, si elle est libellée en monnaie étrangère, peut rapidement par effet de levier inverse, conduire à la crise économique voire au défaut de remboursement

[1]Cette partie a été tirée essentiellement de LINJOUOM M., Les déterminants du taux de change réel au Cameroun, 2004

[2] LINJOUOM M., Les déterminants du taux de change réel au Cameroun, 2004

[3]GRAWITZ M., Méthode sociale¸ 10e Ed. Dalloz, Paris 1996, p.36

[4]J.P. KISONIA, Cours d’économétrie, Cours inédit L1 FSEG, ULPGL-Goma, Décembre 2012, p.6.

[5]Idem

[6]F.D BOKARY, Econométrie, le modèle généra, SL et SN, 2000, p.1. Cité par MUSAFIRI KERAKABO

[7]J.P. KISONIA, Op.cit., p.6

[8] KINTAMBU MAFUKO E.G, Principes d’économétrie (2e éd.) Presses de l’Université Kongo,  MBANZA NGUNGU, 2004, p.2.

[9] R. BOURBONNAIS, Econométrie (3e éd.), Dunod, Paris, 2000, p.17

[10]M.E KINTAMBO, op.cit., P.7

[11]Assistant J. Paul TSASA,Rappel et recueil d’exercices de macroéconomie de long terme , Université Protestante au Congo Centre Congolais-Allemand de Microfinance, 2009-2010,p.18

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