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O. INTRODUCTION GENERALE

0 .1. Présentation du sujet.

«  Les conflits du pouvoir coutumier dans le groupement Mudusa en Collectivité Chefferie de Kabare (1936-2005) », tel est  l’intitulé de notre travail. Il a pour but de fournir au monde scientifique des renseignements sur les origines, le déroulement et les conséquences de ces conflits dans cette entité administrative du Sud-Kivu en Territoire de Kabare.

0.1.1. Définition des concepts-clés

  1. a) Le Conflit

Le conflit est une relation entre deux ou plusieurs individus ou groupes qui ont, ou pensent avoir, des objectifs incompatibles. Un conflit est une situation sociale dans laquelle au moins deux acteurs ou plus poursuivent des buts (objectifs) incompatibles[1].

Selon USUNGO, U., un conflit est « une relation antagonique (opposition) entre deux ou plusieurs unités dont au moins l’une  tend à dominer le champ social de leurs rapports ».

C’est aussi un affrontement plus ou moins explicite et violent entre les acteurs socio-individuels ou collectifs dont les intérêts ou les idéologies paraissent contradictoires[2].   

  1. b) Origines des conflits

En général, les conflits naissent des déséquilibres des relations humaines, également de la répartition de la richesse et l’accès aux ressources et de l’inégalité des devoirs. Tous ces éléments conduisent à des problèmes comme la discrimination, le chômage, la pauvreté, l’oppression et le crime.

  1. c) Le Pouvoir

Le pouvoir est une fonction de l’Etat correspondant à un domaine distinct et exercée par un organe particulier. C’est le cas du pouvoir constituant chargé d’élaborer, de réviser la constitution; de l’exécutif chargé de l’administration de l’Etat et de veiller à l’exécution des lois, du pouvoir judiciaire chargé de rendre la justice[3].

  1. d) Le chef Coutumier

C’est un Chef désigné selon la coutume et veillant à ce que celle-ci soit respectée et appliquée dans une société que régit le système de la chefferie[4].

  1. e) Un Groupement

En R.D. de Congo, le groupement est une entité territoriale déconcentrée dépourvue de la personnalité juridique. Elle jouit de la libre administration et de l’autonomie de gestion de leurs ressources humaines, économiques, financières et techniques[5].

0.1.2. Choix et intérêt du sujet

Notre travail relate l’histoire des conflits de pouvoir coutumier dans le groupement Mudusa (1936-2005).

Nous  avons choisi ce sujet  parce que nous avons voulu étudier l’histoire de notre milieu natal à travers les  conflits du pouvoir coutumier en examinant leurs causes, leur  évolution et leurs conséquences.

Ce travail vise à appréhender et à expliquer les facettes de ces conflits dans le groupement Mudusa. Il ne sera pas seulement question de les décrire et de les expliquer, mais aussi de proposer certaines pistes de solutions.

En effet, au lieu de trouver des solutions pacifiques et durables, les chefs locaux prennent partie  et entretiennent une haine  entre eux.

Le choix de ce sujet a été guidé par des motivations d’ordre scientifique et affectif. En ce qui concerne les motivations d’ordre scientifique, ce travail jette le premier jalon pour les recherches postérieures sur  les conflits du pouvoir dans le groupement Mudusa. Quant aux motivations d’ordre affectif, nous avons été attiré par le désir de traiter d’un sujet en rapport avec notre milieu de vie et d’analyser l’un des problèmes marquant du groupement Mudusa. A part le travail de fin de cycle de graduat  réalisé par Guhanda Denis sur l’Evolution Politique du Groupement Mudusa, aucun autre n’a jamais été entrepris sur cette entité administrative, encore moins dans la même perspective que la nôtre.

0.1.3. Problématique

Pour aborder cette étude, nous avons formulé notre problématique de la  manière suivante :

  • Quelles sont les causes principales des conflits du pouvoir dans le groupement Mudusa, de 1936 à 2005. ?
  • Qui sont les acteurs dans ces conflits?
  • Quelles sont les conséquences de ces conflits sur le plan politique, économique, social et sécuritaire dans le groupement Mudusa. ?

0.1.4. Hypothèses

Selon P.RONGERE, l’hypothèse est une proposition de réponse aux questions que l’on se pose à propos de l’objet de la recherche, formulée en des termes tels que l’observation et l’analyse puissent fournir une réponse[6].

     Nos recherches tenteront de vérifier les hypothèses ci-après :

  1. Les causes principales de ces conflits seraient le mode d’acquisition du pouvoir dans le groupement Mudusa et la faiblesse de certains chefs au pouvoir, la sous information de la population sur le fonctionnement des services publics au sein du groupement et les exactions entrainant une insécurité permanente dans le milieu ;
  2. Plusieurs acteurs seraient impliqués dans ces conflits : le pouvoir coutumier, la notabilité locale, le pouvoir public provincial et territorial.
  3. Les conflits auraient entrainé des pertes en vies humaines, une insécurité permanente et l’exode massif de la population avec comme corolaire le dépeuplement du groupement Mudusa.

0.1.5. Délimitation du sujet

0.1.5.1. Sur le plan spatial

Tout travail historique doit être délimité dans le temps et dans l’espace. Ainsi, dans l’espace, ce travail porte sur le groupement Mudusa situé dans la Province du Sud-Kivu, Territoire de Kabare, Chefferie de Kabare.

0.1.5.2. Sur le plan temporel

Notre travail s’étend sur la période allant de 1936 à 2005, soit 69 ans des conflits.

L’année 1936, considérée comme terminus a quo, coïncide avec la relégation du Mwami Kabare Alexandre Rugemaninzi à Léopoldville par le pouvoir colonial.

Quant à l’année 2005, prise pour terminus ad quem, est celle de l’investiture du Chef de groupement actuel Kayumpa Musoro René. Sans pour autant parler du Territoire de Kabare, notre travail étant particulièrement focalisé sur le groupement Mudusa, une des entités administratives dudit Territoire, nous pourrons faire allusion de temps en temps aux faits qui sortent de ces terminus afin de  tracer la  trame historique du phénomène sous étude.

0.1.6. Etat de la question

Il importe pour nous de préciser notre champ de recherche. En effet, certains de nos prédécesseurs ont réalisé des travaux relatifs aux conflits de pouvoir coutumier dans divers groupements.

C’est le cas de:

  • CIZUNGU B.,  qui a écrit sur « les conflits de pouvoir Coutumier dans le Groupement d’Irhambi-Katana (1960-2003) ;
  • BAYANGE, M., a traité de l’évolution du régime foncier coutumier et de terre dans la zone  d’Idjwi (19ème siècle à nos jours) ;
  • BIRHAHEKA, B., a étudié « la Population de Kabare face au pouvoir Coutumier (1919 à nos jours) » ;
  • NYANGI, MKY., a analysé « les conflits du pouvoir coutumier au sein des groupements de la collectivité de Tanganyika/Fizi de 1937-1990 ».

 A ceux-ci s’ajoute le travail de Guhanda Denis sur l’évolution politique du groupent Mudusa (1936-1960).

Contrairement au travail de Guhanda qui n’a abordé que l’évolution du pouvoir politique de Mudusa, le nôtre expliquera d’une manière plus large les  conflits de pouvoir coutumier qui ont paralysé le groupement Mudusa et proposera des pistes des solutions pouvant y remédier.

0.1.7. Méthodes, techniques et sources

La méthode, selon VERHAEGEN, B., est l’ensemble des règles et des principes qui organisent les mouvements de connaissances, c'est-à-dire les relations entre l’objet rassemblé à l’aide des techniques et le niveau de la théorie et des concepts[7]. Pour mieux comprendre et cerner le sujet, nous avons fait recours à la méthode historique fondée sur ses deux approches: génétique et diachronique[8].

0.1.7.1. L’approche génétique

         Elle permet de rechercher la genèse du phénomène, les faits les plus anciens, les faits originels du phénomène pour l’expliquer.

         Nous avons fait recours à cette démarche dans presque tout le travail, plus précisément dans le peuplement du groupement Mudusa pour ce qui est du premier chapitre et dans les deux autres, en commençant chaque conflit par ses causes lointaines.

0.1.7.2. L’approche diachronique

         Elle permet d’appréhender la progression des faits, des événements, d’une situation dans le temps, c'est-à-dire étudier les transformations ou les changements des faits à travers le temps.

         Concrètement, elle part des événements plus reculés vers les plus récents.

Nous avons trouvé, à partir de cette approche, que la situation désastreuse que connait le groupement Mudusa de nos jours  provient des conflits qui ont opposé les différents chefs de ce groupement pour la succession au pouvoir[9].

0.1.7.3. Techniques

         Comme le notent P. PINTO et GWAWITZ, « les techniques ne sont que les outils mis à la disposition de la recherche et organisés par la méthode dans ce but. Elles sont limitées en nombre et sont communes à la plupart des sciences ». C’est ainsi que dans la récolte et le traitement des données, nous avons utilisé deux types des techniques, à savoir : les techniques documentaires et les techniques vivantes.

0.1.7. 4. Techniques documentaires

Elles permettent ordinairement d’exploiter un ensemble  de sources écrites qui fournissent un renseignement pouvant servir des preuves tangibles. Elles ont été d’une importance capitale en nous aidant à combler les lacunes de l’information orale reçue sur le terrain en rapport avec le sujet.

Pour ce faire, nous avons consulté les archives, les ouvrages, les travaux de fin d’études, les mémoires et les rapports officiels territoriaux.

0.1.7.5. Techniques vivantes ou interview

         Elles nous ont permis de récolter un bon nombre d’informations auprès de plusieurs enquêtés, de les confronter et de les critiquer avant de les admettre comme  renfermant une part de vérité historique.

         Ainsi, nous sommes parvenu à rassembler des données fiables.

Ces dernières ont facilité la réalisation de cette étude. La liste de nos informateurs se trouve après la bibliographie.

0.1.8. Difficultés rencontrées

         « Nihil facit non obstuta »,  rien ne se fait sans encombre, affirmaient les romains[10]. Dans la conception et l’élaboration de ce travail, nous nous sommes heurté à un certain nombre de difficultés, notamment:

1° Nous avons déploré un long trajet à parcourir pour atteindre notre terrain de recherche. Les voyages ont épuisé les maigres moyens financiers à notre disposition ;

2° Le mutisme de certaines personnes qui se sont abstenues de nous fournir les  informations dont nous avions besoin pour réaliser le présent travail ;

3° A maintes reprises, certains sujets nous ont pris pour Agent de l’Agence Nationale de Renseignements (ANR), raison pour laquelle ils n’étaient pas clairs dans leurs propos. Cette difficulté ne nous a pas empêché de mener notre étude à bon port, puisque certains hommes de bonne volonté ont accepté de nous fournir les renseignements  nécessaires;

4° Les problèmes réels de la tradition orale liés à l’interprétation, à l’authenticité de l’information et à la chronologie étaient de la partie, mais aussi les récits étaient attachés de contradictions. Toutefois, nous avons usé des méthodes et techniques présentées ci-haut pour surmonter ces difficultés et produire ce travail.

0.1.9. Contenu du travail

         Hormis l’introduction et la conclusion générales, notre travail comprend trois chapitres :

  • Le premier chapitre est intitulé : « cadre d’étude et causes des conflits dans le groupement Mudusa.» Il est divisé en sous points, à savoir :

la cadre d’étude, le peuplement, le relief, le climat, le sol, le pouvoir du Mwami sur la terre, le pouvoir foncier des notables, le mode d’acquisition des terres, les conflits de contrariété de droit, la carence des terres, les modalités coloniales d’acquisition de terre, conflits entre population et chef, organisation politique du groupement Mudusa, organisation administrative et les conséquences de ces conflits coutumiers à Mudusa.  - Le deuxième chapitre porte sur « le déroulement de conflits ». Dans ce chapitre, nous traiterons de: l’exil ou la relégation du Mwami Kabare Rugemaninzi, le retour du Mwami Kabare Rugemaninzi à Kabare, Mudusa sous le règne de Kachiga, Mudusa sous le règne de Kerwishi, Mudusa sous l’intérimaire de Birali, Mudusa  sous le règne Nkunzi, Mudusa sous Kwibuka Didier, Mudusa sous M’Mwamalekera, conflit entre Nkunzi et Birali, Mudusa pendant la guerre de l’AFDL, Mudusa pendant la guerre du RCD, Mudusa sous le règne de Kayumpa Musoro, conflit entre le Chef de Poste (CP) et le chef de groupement Kayumpa, Mudusa sous le règne de Kayumpa Musoro.

  • Le troisième chapitre est intitulé « conséquences des conflits du pouvoir coutumier dans le groupement Mudusa ». Nous analyserons ces conséquences sur le plan politique, social, culturel et économique, agricole, élevage, commercial, transport et communication et sécuritaire.

Quelques  pistes de solutions seront proposées comme moyens de remédier à ces conflits terminant cette partie.

[1] ZIULU, E., Cours de gestion non violente des conflits, inédit, L1 Paix et développement, U.E.A/Bukavu

      2010-2011.

[2] USUNGO, U., Cours des relations internationales, inédit, I.S.P/Bukavu, Département d’histoire, L2.H,

            2011-2012. 

[3] Dictionnaire, Le Petit Larousse 21ème, rue du mont Parnasse, Paris, 2009, p 812.

[4]  Idem. p 264.

[5] Journal Officiel, Loi n° 08/012 du 31 juillet portant principes fondamentaux relatif à la libre administration des provinces, Titre I à son article 5, p 32.

[6] RONGERE, P., Méthodes de sciences sociales, éd, Dalloz, Paris, 1971,p 439.

[7] VERHAEGEN, B., Méthodes et techniques dans les recherches sociales,  cité par CIZUNGU, B., p 6.

[8] USUNGO, U., cours d’initiation à la recherche scientifique en  G2 Histoire, I.S.P/Bukavu, inédit, 2007.

[9] CIZUNGU, B., les conflits du pouvoir  coutumier dans le groupement d’Irhambi-Katana (1960-2008),

             mémoire, inédit, département d’histoire, I.S.P/BUKAVU, 2009- 2012, p 7.

[10] POTOPOTO, B., les Elites Bahaya dans l’évolution politique du Kivu (1959-1988), mémoire,

                 inédit, département d’Histoire, I.S.P/ Bukavu, 1996-1997, p 5.

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