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CHAP I GENERALITES SUR LE MANIOC

I.1.  Origine

Le genre Manihot esculenta Crantz est originaire du nouveau monde, avec  une  extension  géographique allant du Sud des Etats-Unis  (Arizona)  au Nord  de l’Argentine.  Les espèces se répartissent en groupes géographiques plus ou moins disjoints et riches en espèces sauvages. On peut distinguer 5 zones primaires de diversité :

- l’Amérique centrale, le plateau central du Brésil, le nord-est brésilien, le sud-ouest brésilien et le Paraguay, la Colombie et le Venezuela (charrier et Lefèvre, 1985).

Introduit en Afrique par les Portugais à la fin du 16émè Siècle, il s’est rapidement répandu en Afrique de l’Ouest, en Afrique centrale et dans les pays riverains du golfe de Guinée. En Afrique Orientale, la progression du manioc se situa plus tardivement à la fin du 17émè siècle, via les iles de la Réunion, de Madagascar et de Zanzibar.  L’histoire révèle que le manioc était déjà cultivé au Pérou, au Brésil, en Guyane et au Mexique à l’époque précolombienne (Janssens, 2001).

I.2 Description

Le manioc appartient à la famille des Euphorbiaceae. Certains auteurs attribuent à ce dernier une origine tétraploïde (4n=36) (Anonyme, 2001) 

Le manioc cultivé est une euphorbiacée pluriannuelle du genre Manihot, dont la distribution à l’état sauvage est limitée au continent américain, du sud des Etats-Unis au nord de l’Argentine. Le nom de l’espèce cultivée est Manihot esculenta Crantz; les dénominations utilisées auparavant (M. utilissima, M. dulcis, M. aipi) sont considérées comme des synonymes de M. esculenta .Toutes les espèces du genre Manihot, Possèdent 2n = 36 chromosomes. Le manioc mesure de 1 à 6 mètres de hauteur et présente plusieurs types architecturaux liés à ses modes de ramification. La tubérisation de ses racines se déroule sur des cycles de six mois à trois ans suivant la variété et le milieu. (Jean-Pierre ,1997).

I.2.1.Tige

Une même bouture peut donner naissance à une ou plusieurs tiges. La tige, de couleur variable suivant l’âge et la variété, présente un aspect noueux du fait de la présence de cicatrices pétiolaires proéminentes. Selon la variété, la tige peut donner des ramifications une ou plusieurs fois au cours du cycle. On distingue deux types de ramifications : celles issues de la floraison par transformation du méristème végétatif terminal en méristème floral accompagnée du développement de 2 à 4 branches et celles issues du développement de bourgeons latéraux par levée de dominance apicale.

I.2.2. Feuilles

Les feuilles sont alternes, simples et caduques ; elles sont disposées en spirale sur la tige. Le limbe membraneux, rattaché à la tige par un pétiole allongé, est divisé en trois à sept lobes. On rencontre parfois un seul lobe. Les colorations vont du vert au rouge pourpre pour les pétioles et du vert au rouge cuivré pour les jeunes feuilles non encore complètement développées.

I.2.3. Fleurs et inflorescences ; Fruits et graines

Les fleurs forment une inflorescence qui est composée d’un axe central de deux à dix centimètres de long et de plusieurs axes latéraux constituant une panicule protogyne. Les fleurs femelles, peu nombreuses, sont situées à la base de l’inflorescence et s’ouvrent les premières. Le fruit est une capsule déhiscente à trois loges contenant chacune généralement une graine (Komi, 1992).

I.2.4. Les racines

Les racines du manioc sont divisées en faisceaux de tubercules mesurant entre 30 et 50 cm sur 5 à 10 cm de diamètre. Chaque tubercule pèse entre 2 et 5 kg.

On distingue chez le manioc des variétés douces et amères ou plus exactement toxiques et non toxiques. Cette toxicité est due à la présence d’acide cyanhydrique (HCN). La seule différence entre les variétés réside dans la répartition de l’acide cyanhydrique dans les racines : dans les variétés douces, la toxine n’est présente que dans l’écorce des racines alors qu’elle est présente dans toute la racine pour les variétés amères (ANONYME, 2010).

Les variétés à forte teneur doivent être désintoxifiées avant consommation, les processus de transformation sont basées sur  le  séchage,  le  rouissage,  ou  le  râpage  des  racines (François  1989).

I.3.Ecologie

En RDC, le manioc peut être cultivé dans toutes les régions mais il affectionne un climat chaud et pluvieux. Il supporte cependant les stations à longue saison sèche ou altitude élevée, mais il y donne des rendements inferieurs et est sujet à diverses maladies. C’est une culture qui ne supporte pas la gelée, c’est une plante héliophile qui requiert une insolation abondante .Elle résiste mal au vent violent et doit être plantée dans des endroits abrités. Elle s’accommode à toute espèce de sol, mais sa production sera toujours fonction de la qualité du terrain. Il préfère le sol sablo argileux profond, meuble et bien drainés (Vendenput, 1981).

I.4. Variétés et matériel végétal

Le potentiel du manioc ne sera pleinement réalisé que lorsque les contraintes s’exerçant sur la production seront atténuées grâce à des variétés supérieures et les producteurs de manioc auront accès à un matériel végétal à rendement élevé et exempt de maladies.

L’harmonisation de donnée d’identification et des données d’évaluation relatives aux échantillons des banques de gènes devrait être une priorité. L’amélioration devrait se concentrer sur la création de variétés qui soient bien adaptées à des agro écologies, à des systèmes de culture et à des utilisations finales bien spécifiques et qui donnent de bons rendements en nécessitant un apport minimal de produits agrochimiques et d’irrigation. La reproduction et la distribution systématiques d’un matériel végétal exempt de maladies de variétés améliorées sont essentielles dans une optique d’intensification durable. S’il est vrai que peu de pays disposent de systèmes semenciers structurés pour le manioc, un système communautaire à trois niveaux lancé pour la première fois en Afrique, faisant appel à des ONG et à des associations d’agriculteurs, a contribué à l’adoption des fruits de la recherche, des variétés améliorées et du matériel végétal sain par le plus grand nombre de producteurs de manioc (FAO, 2013).

1.5. La biologie et le mode de reproduction

Le manioc possède un appareil aérien à développement sympodial simple. On distingue deux types d’axes selon la terminologie d’Hailé. Les axes proleptiques, ou ramifications latérales, sont issus du développement de bourgeons axillaires par levée de la dominance apicale. Leur existence et leur nombre sont liés à la variété, au milieu et aux techniques culturales. Les axes sylleptiques tirent leur origine de la transformation des méristèmes végétatifs terminaux en méristèmes floraux. A chaque floraison, 2 ou 3 branches se développent simultanément, donnant un aspect di ou trichotomique. Certaines variétés ne fleurissent pas au cours du cycle cultural, d’autres présentent jusqu’à 10 floraisons successives sur la tige au cours d’une seule année de culture. Entre ces deux extrêmes, il existe des formes intermédiaires. L’aptitude à la floraison est contrôlée par la température, la sécheresse et la photopériode (Jean-Pierre, 1997).

Enfin de cycle, le port de la partie aérienne est donc variable. On peut donc les classer en fonction de l’orientation des pétioles et des limbes et de l’angle d’écartement entre les branches : variétés à port cylindrique ou érigé (sans floraison), à port dressé (1 ou 2 floraisons tardives), à port étalé, rampant ou encore en boule (floraisons précoces et nombreuses).

Le système racinaire, outre ses fonctions classiques d’ancrage du plant et d’absorption hydrique et minérale, intervient directement dans l’élaboration du rendement par la composante « nombre de tubercules ». Les racines tubérisées présentent typiquement une structure anatomique de racine, avec les cellules surnuméraires centre d’un parenchyme de stockage des grains d’amidon très développé (Jean-Pierre, 1997).

Le mode de propagation

Le pouvoir germinatif de la graine est inférieur à 30 % et est étalé sur plusieurs mois. Il peut être amélioré par des traitements chimiques ou thermiques. Par rapport au manioc provenant de boutures, la plante issue de graine présente plusieurs inconvénients : la phase d’installation de sa couverture aérienne dure plus longtemps et elle stocke une grande partie de l’amidon dans une racine-pivot séminale, très fibreuse et plus difficilement transformable pour la consommation. Une ou plusieurs tiges se développent à partir des bourgeons dans les quinze jours qui suivent la plantation. L’enracinement débute 5 à 7 jours après la plantation, par la formation de racines nodales à partir de pro méristèmes néoformés au niveau du renflement situé sous les cicatrices foliaires. Quelques jours plus tard, des racines basales issues d’une cal cicatricielle apparaissent à la base de la bouture. L’installation du système racinaire primaire est généralement terminée vers la cinquième semaine. La coupe en biseau de la base de la bouture entraîne la sortie groupée des axes racinaires sur la pointe. Combinée à une plantation oblique ou horizontale, elle permet de localiser les racines basales dans un secteur du sol, et donc de regrouper les futurs tubercules. La plantation verticale de la bouture de tige sectionnée horizontalement provoque un enracinement primaire en rayon autour du plant (Jean-Pierre, 1997).

Du fait qu’il est vulnérable au froid et que sa période de croissance dure presque un an, la culture du manioc se confine presque exclusivement dans les zones tropicales et subtropicales. Sa culture est pratiquée aujourd’hui par des millions de petits agriculteurs dans plus de 100 pays, depuis les American Samoa jusqu’à la Zambie, sous toutes sortes d’appellations locales: Mandioca au Brésil, Yuca au Honduras, Ketela pohon en Indonésie, Mihogo au Kenya, Akpu au Nigéria et au Viet Nam(F.A.O, 2013).

Le manioc produit de larges feuilles fortement lobées et spiralées de formes très variables. Lors de leur croissance, les arbrisseaux produisent plusieurs racines tubéreuses de réserve contenant jusqu’à 35% d’amidon, pouvant atteindre jusqu’à 1 mètre de long, et peser collectivement jusqu’à 40 kg. Le manioc produit des fleurs régulières femelles et mâles aux dimensions réduites réunies en petites grappes. Le manioc est un arbuste ligneux, vivace et ramifié pouvant atteindre jusqu’à 5 mètres de hauteur. L’arbuste produit un fruit de forme de capsule non charnue( Kouakou et al., 2015).

Le système racinaire du manioc est bien développé et lui confère une bonne tolérance à la sécheresse. Les racines principales ont tendance à former les tubercules  de  30 à 80 centimètres de longueur et de 5à10 centimètres de diamètre. Leur poids varie en général de 1à 4kg. Dans certaines circonstances, elles peuvent atteindre un mètre de longueur et peser 20 à 25kg(Anonyme, 2013).

La longueur des entre-nœuds est décroissante du sommet vers la base et varie avec les variétés et conditions  de culture. Les feuilles sont alternées, palmatilobées et caduques. Les inflorescences apparaissent au point de ramification de la tige et des branches. Ce sont des grappes, avortant souvent, ce qui restreint la multiplication du manioc par graine et favorise son bouturage(Byamungu, 2003).

Le manioc présente des caractéristiques qui en font une culture très attractive pour les petits producteurs des zones isolées à sols pauvres et à précipitations faibles ou aléatoires. Comme il est propagé au moyen de boutures des tiges, le matériel végétal (boutures) est abondant et bon marché. La plante supporte très bien les sols acides, et participe à une association symbiotique avec des champignons du sol qui aident ses racines à absorber le phosphore et les oligoéléments. Elle décourage les herbivores au moyen de deux glycosides produits par ses feuilles et qui, à la digestion, forment du cyanure d’hydrogène, hautement toxique. Du fait que la plupart des nutriments du sol absorbés au cours de sa croissance restent dans la partie aérienne de la plante, le recyclage de cette partie aide à préserver la fertilité du sol. Lors d’un stress provoqué par la sécheresse, la production foliaire se réduit jusqu’à la pluie suivante. Grâce à l’utilisation efficace de l’eau et des nutriments du sol par le manioc, ainsi qu’à sa résistance aux attaques sporadiques de ravageurs, les producteurs, tout en utilisant peu ou pas d’intrants, peuvent compter sur une récolte raisonnable là où d’autres cultures échoueraient. Une racine tubéreuse de manioc contient plus de 60 pour cent d’eau.

Cependant, sa matière sèche est très riche en glucides, qui constituent environ 250 à 300 kg pour une tonne de racines fraîches. Quand la racine est utilisée comme aliment, le meilleur moment pour la récolte est environ 8 à 10 mois après plantation; plus la croissance est longue, plus le rendement en amidon est élevé. Cependant, pour certaines variétés, la récolte peut se faire «à la demande», n’importe quand entre six mois et deux ans. Ces qualités font du manioc une des cultures de base alimentaires les plus faibles (F.A.O, 2013).

I.6. La diversité du manioc

On oppose souvent deux grands groupes de maniocs selon leur teneur en dérivés cyanhydriques, les manioc doux sont directement consommables après une simple cuisson et les manioc amers demandent un processus complexe de transformation et de détoxication avant d’être consommés(Laure et al., 1996). Pour le manioc doux les feuilles se préparent comme les épinards. Epulchée, lavée et coupee en morceaux, la racine du manioc peut être cuite à l’eau salée et cuisinée comme la pomme de terre pour accompagner viandes ou poissons tandis que le manioc amer est cultivé pour son rendement élevé mais non consommable sans prétraitement. Il contient des glucoside qui sous l’effet d’une enzyme se transforment en acide cyanhydrique. Cet acide se concentre dans l’écorce, et élimine par épulchage, lavage, cuisson ou séchage au soleil ou fermentation.

I.7. Importance de la culture du manioc    

I.7.1. Sur le plan agronomique

Le manioc possède bien d’avantages agronomiques. En effet, plante très cultivée, peu exigeante quant à la qualité de sols et aux conditions climatiques, elle est disponible toute l’année dans presque toutes les provinces. Sa culture aisée, ses besoins limités en intrants en aptitude à produire dans des conditions défavorables lui confèrent  une place prédominante dans l’agriculture de subsistance. La patate douce et le manioc ne bénéficient généralement pas d’intrants particuliers, sauf peut-être le fumier et le compost produits dans l’exploitation et le paysan n’a pas besoin de semence puisqu’il utilise ses propres boutures(Bergen, 1986).

I.7.2. Sur le plan économique

Le manioc est aussi un produit stratégique parce qu’il se transforme en une gamme des variétés de sous-produits très demandés et qu’il met en relation un très grand nombre d’acteurs. Ces acteurs sont principalement les producteurs, les transformateurs et les revendeurs (Anonyme, 2000).

Au Sud-Kivu l’importance de cette culture est variée selon ses différentes transformations (Murhabazi, cité par Marcellin 2013).

Toute la région du Kivu (ancien Kivu) pratique la culture de manioc et occupe de ce fait le deuxième rang de producteur au niveau du pays (Anonyme, 1985).

La production du manioc se situe à la cinquième place dans les statistiques mondiales après le blé, le riz, le maïs, la pomme de terre. La culture de manioc occupe le plus grand nombre de ménages agricoles au Sud-Kivu. La commercialisation ne se fait que sur 28% de la production totale, le prix au producteur n’est pas incitatif (Anonyme, 2000).

La demande urbaine de manioc a sensiblement augmenté avec l’accroissement de la population urbaine de Bukavu. S’agissant du revenu,  les ménages les plus démunis consacrent plus de la moitié de leur revenu à l’alimentation. Or le montant consacré à l’achat de manioc ou de sa farine par un ménage en moyenne à Bukavu est de l’ordre de 11,33% dans le total de la gamme du régime alimentaire. En ce qui concerne le prix, pour un ménage pauvre à Bukavu, l’augmentation du prix de manioc a une incidence importante sur le pouvoir d’achat familial (Byamungu, 2003).

Les habitants de la République Démocratique du Congo et ceux du Nigeria consomment à eux seuls le tiers de manioc utilisé dans l’alimentation humaine dans le monde (Agboregbe et al., 1995).

Sur base de la superficie des terres allouées à sa culture (environ 50% des superficies totales cultivées) et de son apport dans l’alimentation de la population, le manioc est la culture vivrière la plus importante en RDC et constitue une denrée stratégique pour les populations congolaises et une garantie pour leur sécurité alimentaire. Le manioc est cultivé dans toutes les provinces du pays avec une production totale de 15.004.430 tonnes en 2007. En effet, le manioc est une denrée prioritaire dans les habitudes alimentaires des congolais. Utilisé sous plusieurs formes (Fufu, Chikwangue, Pondu, etc.), il constitue l’aliment de base et fournit plus de 60% d’énergie à la population congolaise. Il constitue également une source potentielle de génération des revenus à travers la commercialisation de ses feuilles, ses racines tubéreuses et les produits dérivés de celles-ci (F.A.O, 2009).

L’importance socio-économique de cette plante s’apprécie à travers sa contribution à la santé alimentaire des populations, à l’emploi qu’elle génère et aux revenus monétaires et agricoles qu’elle permet de récolter (Byamungu, 2003).

I.7.3. Sur le plan nutritionnel

En raison de la teneur élevée en amidon des racines tubéreuses, le manioc constitue une source importante d’énergie métabolisable. Son rendement énergétique à l’hectare est souvent très élevé, et il a le potentiel de dépasser largement celui des céréales. Dans de nombreux pays d’Afrique sub-saharienne, c’est la source la moins chère de calories. De plus, les racines tubéreuses contiennent des quantités significatives de vitamine C, de thiamine, de riboflavine et de niacine. Ils peuvent également présenter, selon la variété, une teneur élevée en glycosides cyanogénétiques, particulièrement dans les téguments externes (F.A.O, 2013).  Le manioc est l’aliment de base pour plus de 70% de la RDC ; les racines tubéreuses comme les feuilles sont consommées presque quotidiennement. Les racines constituent la source la plus importante d’énergie, on y tire plus de 60% de calories ; les feuilles fournissent des protéines, vitamines et éléments minéraux.

Le tableau 1 présente les compositions en pourcentage des produits les plus fréquents d’une racine de manioc.

 Tableau 1 : Valeur alimentaire des différentes formes de racines du manioc

Composition

Racines fraiches

Cossettes

Farine

Eau

61%

14,8%

13,7%

Matières amylacées

33,6%

74,3%

78,9%

Matières azotées

1,2%

2,7%

2,7%

Matières grasses

0,4%

1,5%

0,5%

Matières minérales

1,2%

2,2%

1,5%

Cellulose

2,6%

4,5%

2,7%

Source : (Anonyme, 1993)

La proportion en chair de manioc consommable varie de 80 à 90% selon la variété, l’âge et la maturité du tubercule. La composition chimique du manioc épluché est en effet fonction de la maturité, de la variété et des pratiques culturales, du milieu de stockage et de la région. Les tubercules contiennent 30 à 40% de matières sèches où l’amidon et les sucres sont prédominants. Le manioc frais, la farine et les feuilles de manioc sont riches en calcium, phosphore et le fer en quantité moindre. La vitamine la plus recherchée par l’organisme comme la vitamine C est bien présente dans le manioc.

Toutefois le manioc constitue un danger pour la population par sa toxicité lorsque cette dernière n’est pas contrôlée. Cette  toxicité est due aux cyanoglycosides dont la teneur varie suivant les variétés, et pour une plante, d’une variété donnée suivant les parties de la plante. Les différents procédés de transformation réduisent cette toxicité si bien que bien traité le manioc ne présente plus que des traces de ces cyanoglycosides. Au Sud-Kivu, l’importance de cette culture varie suivant les territoires et les maniocs circulent des zones productrices vers les moins productrices(Byamungu, 2003).

I.8. Consommation et utilisation du manioc en Afrique

Avec plus de 57 millions de tonnes de racines et leurs produits de transformation consommés, le manioc est la plus importante plante alimentaire de l’Afrique, avant le maïs avec 30 millions de tonnes (F.A.O. cité par Bell et al., 2000). A l’échelle mondiale, la tendance croissante à l’utilisation du manioc dans l’alimentation humaine représentait environ 20 % entre les années quatre-vingts et quatre-vingt-dix. En Afrique, cette augmentation a atteint près de 40 % au cours de la même période. 200 millions de personnes environ (plus d’un quart de la population totale du continent) vivent du manioc comme aliment de base de première nécessité. Chacune d’elles consomme en moyenne plus de 100 kg de manioc par an.

En République démocratique du Congo, où la dépendance vis-à-vis du manioc est particulièrement forte, les gens disent que le manioc est « tout suffisant » parce qu’ils reçoivent le pain des racines et la viande des feuilles. Dans l’ensemble, le manioc fournit environ un tiers du total des aliments de base de l’Afrique subsaharienne. Il est beaucoup consommé par les citadins du fait que les produits de transformation tels que le gari ou les cossettes se prêtent particulièrement bien au transport, au commerce et à la préparation rapide de repas. Le manioc constitue aussi un aliment spécial pour les enfants. Au Cameroun, par exemple, on donne couramment de la bouillie de manioc aux nourrissons de 6 à 12 mois.(Bell et al., 2000)

I.9. Exigences édaphiques de la culture de manioc

Le manioc préfère des sols  meubles sablo-argileux ou argilo-sablonneux, profonds et riches en éléments nutritifs. On évite le terrain où l’eau stagne ainsi, que le terrain avec racines d’arbre hôtes de forme ligneuse sur lesquels sont établis les parasites (champignon responsable des pourritures des racines). En ce qui concerne le précédant cultural, on évitera les sols ayant porté une culture avec les mêmes exigences en éléments nutritifs. (Ex. manioc, patate douce, bananer, taro, etc.) (F.A.O, 2013).

I.10. Exigences écologiques de la culture du manioc

Au début de sa croissance, le manioc ne fait pas concurrence aux cultures associées pour les éléments nutritifs, ce qui explique son utilisation fréquente en culture mixte, surtout avec le maïs. Le sol idéal pour le manioc doit être sablonneux et argileux et présenter une fertilité moyenne. Néanmoins, des rendements raisonnables peuvent être obtenus sur des sols épuisés où l’on ne peut plus produire d’autres cultures. Ceci explique que le manioc vienne habituellement en dernier dans les systèmes traditionnels de rotation des cultures. Il faut cependant veiller à maintenir la fertilité de sol par des mesures telles que la rotation ou la culture mixte incluant des légumineuses, ou encore l’application de fumure organique, car le manioc peut entraîner un appauvrissement du sol, voire une érosion dans le cas de variétés à faible développement de feuilles.(Bell et al., 2000)

I.11. Principales contraintes à la production

La culture du manioc, traditionnellement multiplié par voie végétative, est soumise en Afrique à un fort accroissement de la pression parasitaire.  Son amélioration demande une meilleure connaissance des ressources génétiques disponibles. (François ,1989).

La faible intensification des cultures, le déclin des politiques de soutien à l’agriculture, la difficulté d’approvisionnement en matériel de plantation et la mauvaise organisation de la commercialisation constituent également des contraintes à la culture de manioc. (Sékou et al., 2009)

I.12. Tolérance aux ravageurs de la culture

Deux des caractéristiques du manioc sont particulièrement avantageuses pour les paysans africains qui manquent de ressources : d’abord, le manioc possède une protection efficace contre beaucoup de ravageurs, y compris les acridiens et la chenille légionnaire (Spodoptera exempta), en raison de sa teneur en glucosides cyanogéniques. Pourtant, certains ravageurs, notamment la cochenille farineuse (Phenacoccus manihoti), l’acarien vert (Mononychellus tanajoa) et le criquet puant (Zonocerus variegatus) se sont adaptés à ce mécanisme de défense et attaquent facilement le manioc. Depuis le succès de la lutte biologique contre la cochenille farineuse menée par l’Institut International d’Agriculture Tropicale (IITA), le problème le plus grave a été résolu de façon durable et les autres ravageurs sont plus ou moins tolérables car ils ne causent pas de pertes totales. Ils contribuent toutefois dans l’ensemble au piètre rendement moyen du manioc en Afrique (environ 7,5 t/ha) par rapport au rendement mondial, qui est d’environ 10 t/ha. Le potentiel des variétés améliorées les plus productives se situe autour de 45 t/ha(Bell et al., 2000).

En vue d’accroitre la production du manioc dans le but de répondre aux besoins alimentaires de la population tout en minimisant les couts de production, on tient compte de différents éléments intervenant dans la production ; les facteurs peuvent être d’ordre naturel, technique, économique, social ou autre. Dans le cas précis, nous énumérons les principaux problèmes qui entravent la production du manioc au Congo (ANONYME, 1987) :

 I.13. Description de la diversité des cultivars

           Selon Charrier et Lefèvre 1985.   On a coutume de distinguer les cultivars de manioc d’après : leur teneur en glucoside cyanhydrique (maniocs doux ou amers), la couleur de la chair de la racine (la chair  jaune  est souvent  plus  amère que  la  chair blanche), la  longueur  du cycle  de  culture  (cultivas  précoces  et  doux  ou à  cycle de 1  à 2 ans  et amers). Cette diversité des cultivars est souvent traduite par leur dénomination en langage vernaculaire.

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