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De nos jours, on parle beaucoup de microcrédits, une innovation dans le monde de la finance qui a permis aux populations démunies dotées des capacités productives et créatives, longtemps exclues du système financier classique, de pouvoir accéder au marché de crédit et devenir des agents actifs dans l’économie.
Cette composante des institutions financières, longtemps méconnue se trouve aujourd’hui à la une de l’actualité. Grâce à cet instrument, un pauvre, qui faute de moyens ni de garanties ne pouvait auparavant entreprendre aucune activité, peut se transformer aujourd’hui s’il a la volonté et l’esprit créateur, en micro entrepreneur en créant une activité génératrice des capitaux. Ce qui constitue la réussite économique et de promotion sociale.
Il est notoirement admis, des nos jours qu’avec le microcrédit, on peut briser le cercle vicieux de la pauvreté et promouvoir la croissance moyennant des coûts réduits et avec des faibles sommes d’argent dans une multitude de secteurs.
Le présent travail de mémoire s’inscrit dans le cadre de recherche de la politique de crédit et son incidence sur la performance financière des institutions financières.
Les crises économiques et financières des années 80 et la mauvaise gestion des établissements bancaires et financiers, ont provoqué la liquidation des banques de développement et des structures de financement spécialisées qui se dédiaient à la réduction de la pauvreté. Cette situation a accentué l’état d’éviction, des petits opérateurs économiques et le monde rural des structures de financement classique[1].
Pour éviter de reproduire les erreurs du passé, la microfinance est alors apparue comme une solution, pour les petits opérateurs économiques du monde rural et des villes qui ont été évincé des structures de financement classiques ainsi que pour tous les démunis susceptible de développer une activité économique génératrice d’un revenu pouvant accroitre leur bien-être ainsi que celui de leur famille immédiate.
Dès lors, le champ de la microfinance et des coopératives se sont répandu dans les pays peu bancarisés comme la plupart les pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et d’Europe de l’Est où parfois moins de 20% la population dispose d’un compte bancaire tirant les leçons des échecs des structures de développement antérieur, les IMF perçoivent le crédit comme étant un moyen pour intensifier les activités du secteur informel, diversifier les activités et promouvoir les entreprises[2].
En république Démocratique du Congo, l’environnement économique a été caractérisé depuis longtemps par le manque d’intégration du secteur informel dans l’économie réelle ; l’existence du secteur financier très peu développé et mal lotis qui se traduit, entre autres, par une bancarisation très faible, concentrée du reste dans quelques grandes villes du pays ; l’intermédiation déficiente ; l’absence d’investissement dans les infrastructures financières.
Ces contraintes ont des conséquences défavorables évidentes sur le cadre macroéconomique à la base d’un taux d’inflation élevé avec comme corollaire une paupérisation à la fois généralisée et persistante de la majorité de la population. Elles ont été aussi à l’origine d’un taux élevé de thésaurisation de la monnaie, ce qui a des conséquences néfastes sur l’accès aux financements des PME, ménages à faible revenu n’ayant pas accès aux services financiers classiques.
En revanche, les ISFD qui octroient des prêts enregistrent beaucoup des cas d’impayés dégradant progressivement leurs portefeuilles de crédits. Cela étant, la gestion des crédits dans ces institutions devient une menace improbable car la récupération dans le court terme assure d’une manière pérenne la performance sociale, économique et financière.
Ce faisant, la politique de crédit dans les institutions financières devient un bras constituant la base du levier moteur pour contrôler efficacement les activités et garantir la performance de l’entreprise.
Au Sud-Kivu, et plus particulièrement dans la ville de Bukavu, le secteur de la microfinance est à un stade de décollage. Le trajet dans ce secteur a été marqué par des périodes de croissance et des périodes creuses. Le secteur est maintenant à un carrefour dans son évolution vers la pérennité. Il a déjà fait preuve de sa robuste capacité de survivre des périodes de crise, mais pas encore sa potentialité à long terme pour la croissance pérenne. La route vers la bancarisation de masse reste encore longue.
Si les ISFD sont entrain de naitre et de disparaitre, d’autres par contre sont entrain de croitre. Plusieurs causes sont à la base, notamment le manque d’un dispositif interne, la megestion due aux décideurs des COOPEC et IMF et bien sûr le mauvais octroi de crédit (Cette dernière activité étant considérée comme le pilier de toute IFSD) mais aussi elles ne parviennent pas à respecter certains ratios et certaines normes prudentielles préconisées par le comité de bale en général ou par la Banque Centrale du Congo. Par conséquent, le dysfonctionnement et/ou la paralysie des IFSD peut s’avérer fatal au développement économique et bien attendu, à l’amélioration du bien être social.
Dans le monde des affaires, le crédit est un instrument incontournable. Sans lui, les entreprises voire même les ménages, seraient incapable de se développer, avec lui les possibilités de la production et des échanges deviennent infinies, c’est le principal progrès d’une nation mais aussi de l’humanité.
Vu ce qui précède, il est pertinent de poser les questions suivantes :
L'hypothèse est une proposition d’une réponse ou une prédiction fondée sur la logique de la problématique et des objectifs de recherche[3].
Maty S et l’approche des institutionnalistes montrent que le taux d’intérêt est très capital pour l’atteinte de la performance financière ; Ross, Celand, Stiglitz, Jensen et Mecking ont affirmé qu’entre la garantie et l’endettement, il existe un impact significatif ; Godquin quant à lui pense que lorsque l’échéance n’est pas respectée, cela conduit à des impayés.
Pour ce faire, au regard des grands défis auxquels font face les IFSD dans leurs politiques de crédit, nous estimons à titre provisoire que :
H1. Le taux d’intérêt, le montant de crédit, l’échéance, le Portefeuille à risque, la politique de crédit et la sélection des membres seraient les déterminants de la politique de crédit qui expliquent la performance financière des IFSD
H2. La politique de crédit aurait un impact significatif et positif sur la performance financière par la maitrise du taux d’intérêt et l’octroi de crédit à court terme, qu’il sont conditionnés par la garantie ;
Le présent travail se fixe comme objectif d’évaluer l’incidence de la politique de crédit sur la performance financière des institutions financières. Outre cet objectif principal, la présente étude poursuit les objectifs spécifiques suivants :
Plusieurs études empiriques ont porté sur les politiques de crédit et la performance financière. Et à notre connaissance, les études portant sur le lien entre ces deux éléments dans le milieu en voie de développement sont très rares. A ce sujet, nous présentons quelques études empiriques menées dans le secteur financier et ayant analysé les effets de la politique de crédit.
ALI JEBLI dans son travail de thèse portant sur les déterminants de la performance des institutions de microcrédit au Maroc voulait savoir :[4]
Il était parti avec les questions suivantes : quel est le rôle joué par les mécanismes de la gouvernance sur la performance des associations de microcrédit (AMC) ; le recours aux subventions affecte-t-il la performance des AMC au Maroc ; la portée des services a-t-elle un impact sur la performance des AMC au Maroc ; comment la qualité du portefeuille du crédit affecte-t-il la performance des AMC au Maroc ?
Il était parti avec les hypothèses selon les quelles : la mise en place de bons mécanismes de gouvernance aide à l’amélioration de la performance sociale et la performance financière des associations de microcrédit ; le montant des subventions augmente la performance sociale, cependant la performance financière s’améliore lorsque le montant des subventions est faible ; Plus la portée d’une AMC est importante plus les résultats financiers sont bons, plus l’association disposera des ressources ; un bon contrôle du portefeuille à risque permet d’une part d’améliorer la performance financière des AMC, et d’autres part, de réduire leur performance sociale.
Son objectif était d’identifier les facteurs déterminants de la performance des ces AMC et avait utilisé les données de panel.
Les résultats de sa recherche lui permettent de rejeter la première partie de la deuxième hypothèse (existence d’une relation positive entre le recours aux subventions et la performance sociale et valide la troisième hypothèse et la deuxième partie de la deuxième hypothèse (le recours aux subventions affecte négativement la performance financière) et la deuxième partie de la quatrième hypothèse (un bon contrôle du portefeuille à risque à risque à un impact négative sur la performance sociale). n
Contrairement à notre étude, nous nous sommes attelés à déterminer l’incidence de la performance financière par rapport à la politique de crédit des institutions financières dans la ville de Bukavu.
NSHOKANO BISIMWA Thierry dans son travail de mémoire portant sur l’analyse de la performance de la gestion du portefeuille dans une institution bancaire. Dans ce travail, l’auteur voudrait savoir si la gestion du portefeuille a un impact sur la performance d’une institution financière(RAWBANK). [5]
Ainsi, il va estimer à titre d’hypothèse, que la gestion du portefeuille aurait un impact significatif sur la performance de la RAWBANK et cette incidence serait positive. Il avait utilisé les méthodes statistiques, analytiques et systémiques ainsi que les techniques documentaires et d’entretien. Il avait aboutit aux résultats selon lesquels la rentabilité des fonds propres est en moyenne de 13,11% pour les cinq années d’étude, le rendement sur actif est estimé en moyenne à 1,55%. Il avait remarqué que la RAWBANK est moins risquée mais présente une rentabilité faible, il avait aussi trouvé que la ROA était de 1,55% et ROE de 13,11% ce qui lui avait amené à confirmer son hypothèse.
Contrairement à nous, nous allons nous atteler sur la performance financière des ISFDs et notre objectif est d’évaluer son incidence sur la politique de crédit.
OMARI MALOBA Fabien dans son travail portant sur la politique de crédit et son incidence sur la fidélisation des clients dans les IMF : cas de la COOPEC NYAWERA ET la MECREBU.[6]
L’auteur voudrait savoir le niveau de fidélisation des clients dans les IMF de la ville de Bukavu spécifiquement COOPEC NYAWERA et MECREBU ainsi que l’incidence de la politique de crédit sur la fidélisation des clients dans les deux IMF. Il est parti avec les hypothèses selon les quelles le niveau de fidélisation des clients des IMF, à Bukavu et particulièrement la COOPEC NYAWERA et MECREBU serait faible étant donné la perte des clients constatée quotidiennement dans ces institutions ; la politique de crédit au travers ses différentes composantes auraient une incidence significativement positive sur le niveau de fidélisation des clients dans les IMF comme la COOPEC NYAWERA et MECREBU étant donné que plus la politique de crédit est rationnelle, plus les clients sont incités à demander le crédit, plus ils entrainent le mouvement de fonds et par conséquent, ils sont intéressés à l’organisation et deviennent fidéliser.
Son objectif était d’évaluer l’incidence de la politique de crédit sur la fidélisation des clients dans des IMF. Il avait utilisé le modèle de régression simple
Il avait aboutit aux résultats selon les quels l’indice de fidélisation des clients est de 2,571 et le taux de satisfaction est de 51,4%. Leur indice de fidélisation est inferieur à 3 qui est la moyenne. D’où il conclut que les clients de deux IMF ne sont pas fidélisés par leurs institutions. Il avait trouvé, partant du modèle de régression, que la politique de crédit influait positivement et significativement sur les variations de la fidélisation des clients dans les deux institutions de microfinance.
Notre travail se différencie avec celui-ci au niveau de la variable dépendante, lui il s’était intéressé à évaluer l’incidence de la politique de crédit sur le niveau de la fidélisation des clients dans les institutions de microfinance mais nous allons nous intéresser à évaluer l’incidence de la politique de crédit sur la performance financière des institutions financières. Pour lui, une coopérative est une institution de microfinance alors que c’est faux. Nous allons montrer en long et large dans ce travail les différences entre les deux. En outre, il avait utilisé le moindre carré ordinaire contrairement à nous qui avons utilisé le modèle à choix ordonné.
La raison qui nous a motivé à choisir ce sujet est l’importance que revêt la performance dans des institutions financières. Ainsi donc, il n’y a pas belle lurette que nous avons assisté dans la ville de Bukavu à des faillites des certaines institutions système financier décentralisées, « ISFD en sigle », qui jusqu’à présent ont des difficultés de rembourser les épargnes de leurs membres et/ou clients.
Le présent travail a un triple intérêt :
La méthode est l'ensemble de moyens utilisés pour interpréter ou analyser les données récoltées auprès des enquêtés en vue d'en faire sortir un résultat[7].
Dans cette partie, il est question de présenter les différentes méthodes de recherche qui nous ont permis d’accéder aux différentes données nécessaires afin d’atteindre notre objectif. Nous avons fait recours à :
Une technique est définie comme l'ensemble de moyens et procédés qui permettent aux chercheurs de rassembler les données et informations sur son sujet de recherche[8]
Outre les méthodes de collecte des données, nous nous sommes servis également des techniques de recherche telle que :
Sur le plan spatial, nos investigations concernent essentiellement la ville de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu, au travers les institutions financières y œuvrant. De manière plus spécifique, nous nous sommes focalisé autour des onze institutions du système financier décentralisé de la ville de Bukavu.
Sur le plan temporel, nos analyses portent sur les données se rapportant à la période allant de 2013 à 2015.
Hormis l’introduction et la conclusion, notre travail porte sur trois chapitres :
En dépit des efforts fournis pour les surmonter, nous nous sommes heurtés au non accès aux bilans et balances âgées par nature de crédit en retard mais grâce aux efforts conjugués avec certaines personnes, nous sommes parvenus à trouver des données pour quelques institutions.
[1]Journal Officiel, recueil des textes règlementaires et législatifs en matière de monnaie, de change, de crédit, surveillance des intermédiaires financiers, lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, 52ème édition, Cabinet du président de la république, 20 janvier 2002, p118
[2] ZOROBABEL B., analyse de la viabilité des IMF : modalités, enjeux et transformation, CERDI, 2008, p5
[3] N’DA P, Méthodologie de la recherche de la problématique à la discussion des résultats, PUCI, Abidjan 2000, p15
[4] ALI J., Déterminants de la performance des institutions de microcrédit au Maroc, thèse, inédit, université IBN ZOHC, 2012
[5] NSHOKANO BISIMWA, Analyse de la performance de la gestion du portefeuille dans une institution financière bancaire : cas de la RAWBANK, mémoire, inédit, FSEG, UOB, 2012-2013
[6] OMARI MALOBA Fabien, Politique de crédit et son incidence sur la fidélisation des clients dans les IMF : cas de la COOPEC NYAWERA et MECREBU, mémoire, inédit, FSEG, UOB, 2012-2013
[7] GRAWITZ M. et PINTO R., Méthodes de recherche en sciences sociales, 11ème éd., Dalloz, Paris, 2001, p.352
[8] GRAWITZ M., idem, p.352