Table de matières
Ce chapitre n’a pas l’ambition de présenter toutes les Eglises se trouvant à Bukavu, mais plutôt il cherche à faire un ’état de lieux des églises qui se multiplient du jour au jour dans la ville de Bukavu, à l’occurrence les églises de réveil ou sectes. En deuxième lieu il va nous présenter les facteurs qui influencent ou qui expliquent ce phénomène et afin en troisième lieu, les conséquences sur le plan socioéconomique de la population de la ville de Bukavu.
Depuis un certain temps, on assiste à une prolifération des Eglises de réveil dans la ville de Bukavu. Celles-ci se disent prêchent une bonne nouvelle ou la parole de Dieu à leurs adeptes et parfois, à la population qui, évidemment, s’y intéresse. Leurs activités et prédications s’interprètent de diverses manières selon le niveau d’instruction et la conviction spirituelle des auditeurs. Chaque activité s’inscrivant toujours dans l’idéologie de son producteur, il se construit et s’oriente souvent dans les intérêts de celui-ci.
L’indépendance a permis à l'homme congolais de remettre en cause le système des valeurs hérité de la colonisation, à recouvrer ses propres sources. En cette période où la conscience nationale s'éveille, où l'on a tendance à identifier la colonisation et le christianisme, où les problèmes temporels sont légions et sous-jacents, tout passe au tribunal de la critique. Et parmi ces multiples problèmes, retenons-en les problèmes religieux.
Les églises de réveil, sont inspirées par le mouvement pentecôtiste, ce qu’on appelle les églises de réveil sont des formations qui se déclarent issues du Christianisme, et qui sont généralement inspirées par le grand réveil religieux du 19e siècle aux États-Unis[1]. Ce mouvement connaît aujourd’hui une grande expansion en RDC où on trouve ces églises dans tous les coins des rues et dans des lieux parfois improbables. Plusieurs églises de réveil ont une doctrine ou des enseignements adaptés par des pasteurs indépendants tandis que d’autres font partie de dénominations structurées. Appelées aussi églises évangéliques, leurs pasteurs n’encouragent certes pas le vœu de pauvreté… Les thèmes abordés sont dans une très grande majorité ceux de l’Ancien Testament (bien qu’ils portent le nom évangélique) mais les pasteurs suivent également les enseignements de Jésus Christ. On découvre des tendances sectaires et même des phénomènes de prétendue sorcellerie dans certaines mouvances. Plusieurs pasteurs prétendent réaliser des miracles: ainsi, devant des foules, on les voit soi-disant guérir des malades, rendre la vue à des aveugles, la parole à des sourds, l’usage des jambes à des paralytiques, etc.
La RDC en générale et la ville de Bukavu en particulier regorge de très nombreux pasteurs autoproclamés, mais aussi de pasteurs sortis directement de formations catholiques, comme le Renouveau Charismatique, ou encore de confessions traditionnelles protestantes. Nombre d’entre eux ne prêchent qu’auprès de leur famille ou de leurs voisins, mais d’autres remplissent des temples. Pour augmenter leur sphère d’audience et d’influence, ces églises disposent maintenant de chaînes de radio et dans d’autres villes des chaines de télévision, ce qui contribue à leur succès grandissant.
L’émergence des communautés et églises chrétiennes de réveil au Congo est un fait révélateur d’une société en pleine mutation et une réalité incontournable. Elles se regroupent en deux grandes tendances. La première regroupe les églises indépendantes de type traditionnel qui sont nées pendant la colonisation comme une réaction des autochtones face au comportement des missionnaires et de la situation sociopolitique du pays à l’époque coloniale. C’est le cas du Kimbanguisme en RDC. Par contre la seconde tendance issue, selon plusieurs observateurs, des églises pentecôtistes dont le mouvement est venu des Etats-Unis, rassemble les églises dites de réveil. A partir de 1974, le mouvement du Renouveau Charismatique pénètre dans le milieu estudiantin réunissant les catholiques et protestants. Dans la foulée naîtront la plupart des groupes de RC dans des grandes agglomérations qui au milieu des années 80, se sont mués en communauté, ministère ou Eglise indépendante de réveil. Considéré comme réponse de Dieu à son peuple face à la crise multiforme qui sévit dans le pays depuis plusieurs décennies, le réveil spirituel au Congo a sensiblement influencé le comportement des Congolais. Mais il n’échappe pas à certains écueils et excès, ses leaders profitant généralement de manière outrancière de la foi (crédulité?) des fidèles, prêts à se raccrocher à n’importe quoi pour échapper à la misère de leur quotidien. Ce qui constitue une porte ouverte à de nombreux abus, ceux-ci outrepassant bien souvent et largement leurs droits et “statut” de pasteur, titre souvent auto-attribué et proclamé. Les églises de réveil étant globalement en RDC et particulièrement à Bukavu, considérées comme des sectes.[2] Alors qu’est ce que une secte ?
La secte vient du mot sectaire est tiré son origine aux noms suivants, sectare, sectactatus qui veut dire détacher ou séparer ; secta de sectare qui signifie suivre. La secte est un ensemble de personnes ou individus qui vivent dans une communauté fraternelle ou qui se sont retiré d'un groupe qui confessent une même doctrine ; qui n'a plus la même idéologie à celle de l'église mère. D'après certains auteurs, les sectes peuvent se définir comme un groupe des personnes attachées à une idéologie religieuse et très souvent au maître de l'assemblée. Ils définissent encore la secte comme étant un groupe des personnes ou d'individus qui se sont volontairement détachées de leur communauté religieuse mère dont elle garde suivant les rudiments doctrinaux.[3]
Certains entendent par sa dimension minoritaire qui serait la conséquence de son message. Cela signifie que la secte, par son message ne peut attirer vers elle qu'un petit nombre de gens. Mais N. Mugede rétorque en disant : « en matière théologique, les foules ne font pas le poids »[4]
Le pluralisme religieux a donc de nos jours, un fait réel. Il apparaît être à la fois un signe de temps et une interpellation de la foi. La tendance sectaire est un fait permanent qui explique par la même ambition de l'esprit humain et de son sentiment religieux. Cette tendance trouve son origine dans certaines circonstances particulières.
Nous devons faire remarquer le terme « secte » n’est jamais utilisé par les sectes elles-mêmes pour désigner leur identité car elle renferme ou comporte une résonance péjorative, un sens de mépris. C'est pourquoi tous les groupes religieux s'appellent et aiment s'appeler églises et veulent être traités ainsi. C’est ainsi qu’à Bukavu, aucun membre de ces églises ne souhaiterait que son église soit désignée par ce terme. Et comme c’est sont les églises de réveil qui ont attiré notre attention, nous allons essayer de les décrire. Le dictionnaire de sociologie définit le mot « réveil » comme le passage de l’état de sommeil à l’état d’éveil[5]. Il s’agit dans notre entendement d’une situation de passage d’un état inactif vers celui d’activité, d’un état statique vers un état dynamique ou mobile.
Ceci conduit à définir les églises de réveil comme un nouveau courant religieux qui vise à prêcher l’évangile de Dieu avec comme objectif de révolutionner les églises traditionnelles par des innovations évangéliques[6].
Les Eglises de réveil du Congo (ERC) est une plateforme des assemblées évangéliques, prophétiques et communautés confessionnelles, des ministères et groupes de prière œuvrant pour le progrès de l’évangile et l’épanouissement de l’Eglise corps du Christ.
Des statistiques précises du nombre des sectes et de leurs adeptes sont difficiles à établir. Le problème constaté, est ces églises naissent et disparaissent souvent en une ou deux générations, tandis que le public de ces « églises » en miniature est peu stable et change selon la fluctuation des sentiments et des besoins du moment. Beaucoup travaillent d’ailleurs dans la clandestinité ou en marge de la société, leur existence étant officiellement interdite par les pouvoirs publics contrairement aux grandes Eglises dit églises traditionnelles.
La coordination des Eglises de réveil est dotée de la personnalité juridique n° 278/02 du 06 février 2003. Elle comprend entre autres organes : le président provincial, le premier vice-président chargé des finances et administration, le deuxième vice-président chargé de patrimoine, Intendance, développement et mobilisation. Le troisième vice-président chargé de l’organisation et identification ; le secrétariat provincial ; le trésorier et son adjoint ([7])
Les départements représentent les services techniques d’exécution des décisions de conseil ecclésiastique national dans leur domaine spécifique. Ils sont animés par des directeurs choisis parmi les fondateurs et les représentants des différents groupements ecclésiastiques par le conseil des sages et nommés par le président national dans les quinze jours de la proposition lui faites par le conseil de sages.
Parmi ces départements, se comptent notamment ceux chargés de :
A cet effet, il sera chargé de la répartition équitable de ces biens entre divers groupements de membres de l’ERC et cette dernière en raison de 70% pour le groupement et 30% pour l’Eglise du réveil au Congo.
La coordination des Eglises de réveil au Congo, ville de Bukavu est composée d’une quatre vingtaine d’Eglises comme on peut le constater à travers le tableau ci-après :
Tableau I: Les Eglises de réveil dans la ville de Bukavu.
|
N° |
ORGANISATION |
||
|
SIGLE |
SIGNIFICATION |
CREEE EN |
|
|
01 |
S.E.I |
Service de l’Evangélisation International |
1985 |
|
02 |
E.C.P |
Eglise du Christ pour son Peuple |
1993 |
|
03 |
CEPELAD |
Communauté Evangélique de Pentecôte Louange et Adoration de Dieu |
2004 |
|
04 |
J.C.F.Y |
Jésus Christ For You |
1995 |
|
05 |
C.E.C.C |
Christ Evangelical Church in Congo |
1996 |
|
06 |
MEVO |
Ministère Evangélique et Encadrement des Veuves et Orphelins |
1996 |
|
07 |
MIGRECO |
Ministère de Grand Réveil Evangélique au Congo |
1996 |
|
08 |
CEPM |
Central des Eglises pentecôtes au Mode |
1996 |
|
09 |
MEMPES |
Monde d’Evangile avec message de paix pour l’encadrement social |
1997 |
|
10 |
A.EL.PA |
Association des Eglises Libres de Pentecôtes en Afrique |
1997 |
|
11 |
MRN |
Mission du Réveil pour les Nations |
1992 |
|
12 |
EDEN |
Eglise de Dernier Evangile pour les Nations |
1997 |
|
13 |
CEPJSC |
Communauté des Eglises Pentecôtes Jésus Sauve au Congo |
1998 |
|
14 |
MERISA |
Mission d’Evangélisation et de Réveil International pour le Salut des Ames |
1998 |
|
15 |
V.C.O.C |
Victory Church of Congo |
1998 |
|
16 |
CPPS |
Communauté Pentecôte du Plein Salut |
1998 |
|
17 |
AEEP |
Assemblée Evangélique Eglise de Pentecôte |
1999 |
|
18 |
MESF |
Ministère d’Evangélisation Sans Frontière |
1999 |
|
19 |
EPIC |
Eglise Pentecôte International au Congo |
2000 |
|
20 |
ARPI |
Association des Eglises de Réveil Pentecôtes Internationales |
2000 |
|
21 |
ECLPE |
Eglise Chrétienne Libre de Plein Evangile |
2000 |
|
22 |
CESCO |
Communauté des Eglises Shekinah au Congo |
2000 |
|
23 |
CEPEA |
Centre du Plein Evangile en Afrique |
2000 |
|
24 |
SMB |
Service Missionnaire Bethsaida |
2000 |
|
25 |
E.T.A |
Eglise Tente d’Assignation |
2001 |
|
26 |
CEPJM |
Communauté des Eglises Pentecôtes de Jésus Christ dans le Monde |
2001 |
|
27 |
E.C.F.C |
Eglise Communauté Foi au Congo |
2002 |
|
28 |
C.E.E.P.A. |
Communauté des Eglises Evangéliques Pentecôtes en Afrique |
2002 |
|
29 |
MEA/BM |
Ministère d’Evangélisation au Affliges/ Bethsaida Miujiza |
2003 |
|
30 |
GFAN |
Gospel For All Nations |
2003 |
|
31 |
MEUV |
Ministère Evangile Uni de Victoire |
2003 |
|
32 |
CFPC |
Communauté des Fidèles Pentecôtes au Congo |
2003 |
|
33 |
C.E.F.S.EM |
Communauté des Eglises du Feu de Sainte Esprit au Monde |
1991 |
|
34 |
CEPHIA NAZARETHA |
Communauté des Eglises Pentecôte Philadelphie en Afrique |
2005 |
|
35 |
MRCC |
Melita Révélation Christian Center |
2005 |
|
36 |
ANJ |
Assemblée de Nouvel Jérusalem |
2005 |
|
37 |
CEPLA |
Communauté des Eglises Pentecôtes Libre en Afrique |
2006 |
|
38 |
CCEPEDEM |
Communauté des Eglises Pentecôtes des Enfants de Dieu dans le Monde |
2004 |
|
39 |
CEBIA |
Communauté des Eglises Bibliques Internationales en Afrique |
2008 |
|
40 |
CEPR |
Communauté des Eglises du Pentecôte du Réveil |
1995 |
|
41 |
LE PARACLEI |
Le Centre Evangélique Le Paraclet (Saint Esprit) |
2007 |
|
42 |
ELSHAM/BETSAID |
Elshama/ Betsaid |
1988 |
|
43 |
FECACO |
Fraternité Evangélique du Christ en Afrique et au Congo |
1995 |
|
44 |
SP.N |
Ministère d’Evangélisation Mondiale Salut pour les Nations |
1987 |
|
45 |
E.B.I |
Eglise Baptiste Inspirée |
2004 |
|
46 |
J.S.S. |
Jésus Christ seul Sauveur |
2006 |
|
47 |
ENI |
Eglise de Nazaréen International |
2009 |
|
48 |
ERM |
Eglise de Réveil Maranatha |
2008 |
|
49 |
CHRISCO |
Eglise du Christ et Compagnie |
2010 |
|
50 |
EDV |
Eglise de Dieu Vivant |
2010 |
|
51 |
EPEDM |
Eglise Pentecôtiste des Enfants de Dieu dans le Monde |
2011 |
|
52 |
REFDA |
Révélation des Eglises Familiales de Dieu en Afrique |
2005 |
|
53 |
ZMBCC |
Zion Ministère Bethel Christian Center |
2007 |
|
54 |
DC |
Délivrance Church |
2011 |
|
55 |
MMCM |
Mission Maranathan au Congo |
2005 |
|
56 |
APECO |
Assemblée de Pentecôte au Congo |
2006 |
|
57 |
MRM |
Ministère de Réveil dans le Monde, Eglise Vivante |
2004 |
|
58 |
CEBIA |
Communauté des Eglises Bibliques Indépendantes en Afrique |
2000 |
|
59 |
RHEHOBOTH |
Eglise Pentecôte Rhehoboth (Assemblée de la nouvelle Jérusalem) |
2007 |
|
60 |
MIEC |
Ministère d’intercession et d’encadrement de Chrétiens |
2009 |
|
61 |
P SA |
Plain Salut |
2011 |
|
62 |
EAS |
Eglise Armée du Salut |
1996 |
|
63 |
MES |
Mission Evangélique pour le Sauvetage. |
2008 |
|
64 |
C.E.P.A |
Communauté des Eglises de Pentecôte en Afrique |
2002 |
|
65 |
EMJM |
Eglise Mission de Jésus-Christ dans le Monde |
2000 |
|
66 |
G.P.C.C. |
Groupe de Prière Chipukuzi au Congo |
2000 |
|
67 |
AMRP |
Association du Ministère et réveil Pentecôtiste |
2004 |
|
68 |
FESCAM |
Force Evangélique et Spirituelle du Christ dans le Monde |
2001 |
|
69 |
ER.P |
Eglise du Rocheur Philadelphie |
1997 |
|
70 |
JCS |
Jésus Come Seon |
1997 |
|
71 |
GEC |
Groupe Engagé pour Christ |
2003 |
|
72 |
CEPNEM |
Communauté de Pentecôte de la Nouvelle Espérance dans le monde |
2000 |
|
73 |
F.A.CP |
Force Apostic Church of Pentecost |
2004 |
|
74 |
E.P.T.J |
Communauté Eglise Pentecôte en Jésus |
2004 |
|
75 |
E.P.M |
Eglise Pentecôte la Manne Cachée |
2004 |
|
76 |
ME.I |
Mission d’Evangélisation Internationale |
2004 |
|
77 |
EES/SHEKINAH |
Eglise Evangélique SHEKINAH/Centre d’entraide d’encadrement spirituel |
2005 |
|
78 |
E.A.J.C |
Eglise des Apôtres de Jésus-Christ au Congo |
2005 |
|
79 |
APECO |
Assemblée des Pentecôtes au Congo |
2005 |
|
80 |
CELH |
Communauté des Eglises Lumière pour l’Humanité |
2005 |
|
81 |
EJCLD |
Eglise Jésus Christ Lumière du Monde |
2015 |
|
82 |
AOFI |
Assemble Of God International / Gamilie Temple |
2007 |
|
83 |
SPN |
Salut pour la Nation |
2011 |
Source : Coordination des Eglises de Réveil au Congo/ Sud-Kivu.
Le tableau ci-haut indique les Eglises qui sont en règle avec la division provinciale de la justice, elles détiennent tous les documents nécessaires pour s’installer dont 38 Eglises dans la commune d’Ibanda, 29 Eglises dans la commune de Kadutu et 16 Eglises dans la commune de Bagira, ceux qui ne sont citer dans ce tableau ne sont pas en règle, elles se contentent soit avec l’attestation de fonctionnement provisoire dont 78 dans la commune d’Ibanda, 61 Eglises dans la commune de Kadutu et 29 Eglises dans la commune de Bagira. Le tableau de ces Eglises est inséré dans les annexes.
Les Eglises de réveil reconnues officiellement sont à 251, dont 83 sont en règle et 168 fonctionnent encore avec les attestations de fonctionnement provisoire et les restes qui sont majoritaires n’ont aucun document. L’institut national de statistiques a comptabilisé plus de 563 églises de réveil au second semestre en 2014. Ces églises se sont implantées anarchiquement dans tous les quartiers de la ville sans tenir compte des aires géographiques des unes par rapport à d’autres, d’une part et des Eglises classiques ou traditionnelles, d’autre part.
Souvent sans résidences permanentes, ces églises se contentent de payer le loyer ou de se déplacer d’un lieu à l’autre sans tenir compte des conditions requises dans la création d’une église. D’où la difficulté pour nous de localiser certaines églises et leurs représentations dans notre tableau.
Dans le même ordre d’idées, Minnerath renchérit que l’exigence de l’Etat de droit veut que soit aménagé le cadre civil et social dans lequel la foi puisse s’exercer ou être vécue sans autres entraves que les nécessités de l’ordre public[8]. En effet, de par les comportements et pratiques observés à l’endroit de certaines associations confessionnelles en violation de la loi, de l’ordre public et de bonnes mœurs, il est facile de parler d’un excès ou de l’abus de liberté reconnue aux associations confessionnelles. Car de nombreuses églises, surtout de réveil, fonctionnent sans se doter de la personnalité juridique pendant que l’article 47 alinéa 2 de la loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 dispose que « Nul ne peut percevoir des dons, présents, legs ou aumônes au nom d’une association confessionnelle n’ayant pas la personnalité juridique ou l’autorisation provisoire de fonctionnement »[9].
Face au principe de la liberté religieuse mal compris par certains pasteurs, Evangélistes, Bishops, il se pose le problème pratique indéniable dans le cadre social mettant ainsi en cause le problème de la conformité à la loi. Les conceptions de la vie, les jugements de valeur et la façon de vivre la religion sont tributaires du cadre social, culturel, économique et politique dans lequel la population est éduquée et vit.
C’est dans ce contexte que nous remarquons qu’’actuellement, dans la ville de Bukavu, il y a un nombre important de représentants et pasteurs n’ayant même pas fait une année d’études théologiques ni n’atteignant pas 30 ans d’âge tel que recommandé par la loi..
Pourquoi ce foisonnement d’églises en RDC en général et dans la ville de Bukavu en particulier prend de plus en plus des allures inquiétantes. C’est devenu un véritable phénomène de société.
Après avoir déterminé le nombre de notre échantillon, cette section se propose d’en expliciter les caractéristiques en mettant l’accent sur les variables âge, sexe, niveau d’instruction et la profession.
Tableau no 2: Croisés entre âge et sexe
Dans ce dernier, c’est question de montrer la différence qu’il ya entre nos enquêtés en ce qui concerne les sexes et l’âge de nos enquêtés.
|
N |
Caractéristique de l’echantion |
Sexe |
Effectif |
% |
|
|
Age |
Masculin |
Féminin |
|||
|
15 - 25 ans 26 - 35 ans 36 – 45 ans 46 – 55 ans 56 et plus |
11 35 22 19 26 |
8 20 13 24 22 |
19 55 35 43 48 |
9,5 27,5 17,5 21,5 25 |
|
|
Total |
113 |
87 |
200 |
100% |
|
Source : Nos recherches
Ce tableau nous indique que nos enquêtés étaient de sexe masculin et féminin, dont 19 enquêtés soit 9,5% dont leur âge varie entre 15-25ans, 55 enquêtés soit 27,5% dont l’âge varie entre 26-35ans, 35 enquêtes soit 17,5% dont l’âge varie entre 36-45 ans, 43enquêtés soit 21,5% dont l’âge varie entre 46-55ans et 48 enquêtés soit 25% dont l’âge varie entre 56 et plus . Bref, la plus part de nos enquêtés étaient de sexe masculin avec un effectif de 56,5% suivi de ceux du sexe féminin avec un effectif de 43,5%
Tableau no 3 : Répartition de l’échantillon selon la religion
|
N |
Religion |
Effectif |
% |
|
1 2 3 4 5 6 |
Catholiques Protestants Musulmans Témoins de Jéhovah Kimbanguistes Sans religion |
71 59 22 15 9 24 |
35,5 29,5 11 7,5 4,5 12 |
|
Total |
200 |
100 |
Source : Nos recherches
Ce tableau nous indique que le grand nombre de nos enquêtes proviennent de la religion catholique dont 71 personnes soit 35%, suivit des protestants avec 59 soit 29%, puis les sans religions 24 personnes soit 12%, suivit des musulmans 22 personnes soit 11% , suivit de Témoins de Jehova avec 15 personnes soit 7,5% et le Kimbanguiste 9 personnes soit 4,5%. Bref il est remarqué que ; se sont les Catholiques qui sont majoritairement représentés dans la ville de Bukavu, suivit de protestants, puis les musulmans, puis les témoins de Jehova enfin les Kimbanguiste.
Tableau no4 : Répartition de l’échantillon selon le niveau d’étude
|
N |
Niveau d’instruction |
Effectif |
% |
|
1 2 3 4 5 6 7 |
Analphabète Primaire Cycle d’orientation Humanités & diplômés G1, G2 & gradué L1, L2 & Licencié Autres |
21 26 22 59 32 22 18 |
10,5 13 11 29,5 16 11 9 |
|
Total |
200 |
100 |
Nos : Recherches
Notre tableau renseigne que la plupart de nos enquêtés sont instruits. Sur 200 enquêtés, 59 personnes soit 29,5% sont du niveau secondaire, suivis de G1, G2 & grade 32 personnes soit 16%, suivit de ceux de l’école primaire avec 26 personnes soit 13% de L1, L2 & Licencié 22 personnes soit 11%, suit ceux de cycle d’orientation 22 personnes soit 11%, viennent ensuite les analphabètes 21 personnes soit 10,5% et 18 personnes soit 9% ont un niveau de grand séminariste de maîtrise,
Tableau no4 : Répartition de l’échantillon selon la fonction
|
N |
Fonction |
Effectif |
% |
|
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 |
Fonctionnaire de l’Etat Agent de l’ONU/ONG Commerçants Enseignant Etudiant Technicien et chauffeur Pasteurs Elèves Chômeur Autres |
17 12 18 8 40 14 13 24 33 21 |
8,5 6 9 4 20 7 6,5 12 16,5 10,5 |
|
Total |
200 |
100 |
Source : nos recherches
Ce tableau indique que certains de nos enquêtés exercent différentes activités scientifiques et lucratives notamment les études supérieures et universitaires avec 40 enquêtes soit 20%, 33 soit 16%, sont chômeurs, 24soit 12% sont des élèves, 21 soit 10,5% font autres activités, 18soit 9% sont des commerçants, 17 soit 8,5% sont fonctionnaires de l’Etat, 14soit 7% sont des techniciens et chauffeurs, 13soit 6,5% pasteurs, 12soit 6% sont agents des ONG et 8soit 4% sont dans la carrière de l’enseignement.
Comme on peut le constater à travers ces résultats, la plupart des nos enquêtés se débrouillent pour survivre. Ils exercent de petites activités génératrices de revenus moins payants et instables. L’instabilité dont il est question ici consiste dans le fait que ces activités n’offrent pas la garantie de se perpétuer et de couvrir les deux bouts du mois.
Tableau no 4: distribution de l’échantillon selon la localisation
Dans ce dernier, il s’agit de montrer les différentes communes dans les quelles nous étions pour nos enquêtés et la différence de fréquences qu’il ya entre nos enquêtés.
|
Commune |
Fréquence |
Pourcentage |
|
Kadutu |
83 |
41 ,5 |
|
Ibanda |
71 |
35,5 |
|
Bagira |
46 |
23 |
|
Total |
200 |
100 |
Source : nos enquêtes
Partant de résultats du terrain dans ce tableau, il ressort que nos enquêtés étaient plus nombreux dans la commune de Kadutu avec un effectif de 41,5%, suivi par la commune d’Ibanda avec un effectif de 35,5%, puis celle de Bagira avec comme effectif 23%.
Tableau N° 6 facteurs favorisant la multiplicité des Eglises de réveil dans la ville dans la ville de Bukavu
|
Facteurs |
Nombre des enquêtés |
Pourcentage |
|
|
01 |
Chômage accentué |
83 |
41,5% |
|
02 |
Misère |
69 |
34,5% |
|
03 |
Antagonisme au sein des églises |
32 |
16% |
|
04 |
Conversion des âmes |
16 |
8% |
|
Total |
200 |
100% |
Source : nos enquêtes
Les causes majeurs données par nos enquêté c’est entre autres : sur 200 personnes enquêtées, 83 personnes soit 41,5% ont dit que c’est le chômage accentué, 69 personnes soit 34,5% ont dit que c’est la misère de la population, 32 personnes soit 16% ont dit que c’est la scission dans certaines églises pour des raisons différentes (les antagonismes sur le mode gestion de bien de l’église, la mauvaise interprétation de la bible, la déviation de la mission assignait, le tribalisme, népotisme),16 personnes soit 8% dit que c’est la conversion des âmes ou promotion de la bonne nouvelle
Au début ou à la naissance de la secte au monde et en RDC, elle peut paraître comme une protestation entre l'inaptitude des Eglises mères à répondre, à trouver des solutions aux nombreux problèmes qui se posent aux adeptes dans leur vie : maladies, misère, stérilité, pénurie, emploi, chômage... les individus membres se réfugie ainsi dans de nouvelles associations religieuses, où ils espèrent trouver le salut. A la base de la secte, nous trouvons l'idée d'une certaine vérité méconnue, implicite et la secte naissante prétend transcender cette vérité. Menant la question que nous nous posons ! Est-ce que ces églises ou sectes poursuivent-elles leurs missions d’origine ?
Partant de nos recherches, Il faut admettre qu'à l'heure actuelle les motifs qui poussent beaucoup des gens à créer et à adhérer à des groupes religieux à Bukavu ne sont pas tous d'ordre religieux, c’est-à-dire la recherche de la vérité première qui est Dieu. Et les motifs qui incitent bon nombre de nos compatriotes à créer des églises de réveil ne sont pas basés sur la vocation pastorale.
D’après nos investigations menées auprès des habitants de la ville de Bukavu, nous avons compris que la multiplicité des églises surtout des réveils ou sectes religieuses est dû pour plusieurs raisons :
Lors que le niveau de vie du Congolais était passable, il s’observait que le nombre minium d’églises de réveil ou sectes dans la ville Bukavu étaient compté sur les doigts. Mais aujourd’hui, avec la baisse du pouvoir d’achat de la population, le nombre d’églises de réveil s’est accru spectaculairement. Et cette situation relative au foisonnement de confessions religieuses, suscite encore beaucoup de polémique. Pour éclairer l’opinion sur ce phénomène social qui prend de l’ampleur, nous avons recueilli quelques avis auprès des certains habitants de la ville de Bukavu qui ont montré que la misère et la crise économique ainsi que le chômage ont créé de nouvelles vocations notamment celles des prophètes, pasteurs, Bishop, Evangéliste, Hommes de Dieu, une nouvelle profession, un meilleur moyen de s’enrichir à moindre frais. Ces derniers prédateurs, sans autres activités que celle de manipuler à leur faveur la parole de Dieu, s’enrichissent au détriment d’adeptes naïfs et crédules par la magie de certains versets bibliques appris en avance par cœur comme « Plus l’on offre de l’argent à Dieu, plus on reçoit son pardon et la clé du paradis sur terre ; donner pour recevoir, payer sa dîme pour jouir de la bénédiction divine ».
La prière, pour certains devient une drogue pour oublier la misère et autres tracasseries quotidiennes. Soucieux de satisfaire leurs ventres, ces hommes de Dieu abordent la société en imposant à leurs adeptes à choisir entre leurs familles biologiques et celle de Dieu (avec des frères et sœurs en Christ). Avec les miracles qu’ils professent, des malades désertent les hôpitaux pour se réfugier avec leur maigre fortune chez leurs pasteurs dans une perspective de guérison par des jeûnes et prières.
Par contre, pour les Pasteurs, hommes de Dieu et autres évangélistes et prédicateurs astucieux du culte-business, les saintes écritures constituent un outil idéal pour escroquer les naïfs croyants. Ils passent du livre des prières au livre des comptes financiers pour rentabiliser les « voix du Seigneur ».Aucune remise en question n’est envisagée ; leurs adeptes n’ont pas à douter de la parole de Dieu, sinon, toute discussion y afférente est un signe de manque de maturité spirituelle. Ferdinand KYALEMANINWA pense que ces hommes créent la chambre des prières dans leurs églises en prenant DIEU pour associé et fructifier le magot de la dîme, les fameux »[10].
Chez certains associés, l’émergence d’entreprises religieuses entraine les antagonismes sur le mode de gestion, ils commencent à se disputer le pouvoir cas de Sinaï Kashekeà Cimpunda, Victory Church à Mosala, Holly Spirit et Bethel à Panzi, Eglise Merisa à Bagira ,… celui qui a une grande influence sur les fidèles ou adeptes se considère comme le chef et veut considérer les bien de l’église comme ses biens privés, ce qui se sentent léser se retirent avec un nombre des fidèles pour créer leur propre église. Mais il y a aussi ceux qui s’insurgent contre le mode d’enseignement ou l’interprétation de la parole sainte, c’est le cas de l’église Douze apôtres de Bugabo et celle de Cimpunda.
Ces églises proposent donc un espoir d’amélioration soudaine des conditions de vie. Les thèmes favoris auprès des fidèles ont toujours été : « La prospérité, la liberté, l’enrichissement, la guérison ou la délivrance. » Rares sont les thèmes à caractère civique pour l’éveil patriotique des fidèles. Avec leurs prédications prometteuses ils s’attirent des fidèles en provenance des grandes églises qui semblent gênantes à l’égard des gouvernants car elles dénoncent et contestent la mégestion du pays.
Vers les années 90, l’Eglise était devenue gênante par le fait de dénoncer corruption qui le gangrène, Pour affaiblir l’Eglise qui le gêne, mais aussi pour calmer la révolte sociale, le régime Mobutu bien sûr, supportera les églises de guérison en distribuant les autorisations nécessaires et, selon certaines sources, en les soutenant financièrement.[11]
Les évangélistes américains, suisses, allemands et suédois financeront dans un premier temps le développement de leurs collègues congolais. La machine était lancée, et le business lucratif des miracles ne fera que prospérer. Dans leurs prédications, les critiques négatives à l’égard de l’Eglise comme quoi l’Eglise veut détourner les gens de la bonne nouvelle en se tournant vers la politique. Cela arrange le gouvernement, car la population ne s'occupe pas de lui, elle endure les souffrances, supporte tout en attendant les lendemains meilleurs au ciel.
Ne risque-t-on pas de donner raison à Karl Marx qui a dit que "la religion est l'opium du peuple"?
Les Eglises endorment le peuple congolais, les pasteurs deviennent des agents actifs vecteurs de l'oisiveté et du sommeil spirituel, au moment où les pasteurs savent vivre et tirent bien profit sur les dos des croyants naïf.
Avec tout ça nous osons croire que le régime politique contribue à la prolifération des Eglises de réveil ou sectes pour éviter la constitution d'un groupe fort, puissant, uni, qui chercherait à avoir la main mise sur la politique, qui lui causerait beaucoup de problème comme l'Eglise catholique.
[1] MUTUNDA MWEMBO, « La mondialisation religieuse : enjeux politiques et Économiques », in Philosophie et religion. Actes des journées philosophiques de Canisius, Kinshasa, Editions Loyola. 2002, p. 22
[2] MWEZE CHIRHULWIRE, « Eglise et ferveur religieuse. Inflation du sacré et/ou quête de la transcendance ? », In Philosophie et religion, Kinshasa, Loyola, 2002, p. 50
[3] NTUMBA LUKUNGA, sociologie de religion, Paris, PUF, 1996, p.91
[4] N. MUGEDE, Quand se brisaient les chaînes, Samarie-LES-LYS, Ed. S.D.J, Paris, 1967, P.400
[5] P. LECUYER et Alii, Dictionnaire de sociologie, Larousse, Paris, PUF, 2003, p.720.
[6] HABAMUNGU BASHWIRA, op cit, p. 92
[7]Idem, p. 100-102
[8] R. MINNERATH, cité par HABAMUNGU BASHWIRA, Op cit, p99.
[9] La loi n°004/2001 du 20 juillet 2001 portant dispositions générales d’utilité publique in codes lancier, Tome VI, RDC, 2003.
[10] Entretien réalisé avec Ferdinand KYALEMANINWA, Enseignant l’institut de Kadutu, en date du 15 mai 2015 2010, à son Domicile.
[11]JOSKA KANINDA, Eglise comme phénomène social en RDC, Bunia, P. Orientale. 2013, p.9,