Table de matières
Dans le cadre de ce point, il est nécessaire sinon important de préciser certains termes ou concepts qui nous serviront de base et qui seront le plus souvent utilisés dans ce travail.
Il est nécessaire de souligner en outre qu’il ne sera pas question de faire un lexique, mais bien plutôt un nombre limité de concepts dont les rapports avec le thème de ce mémoire sont évidents.
Le mot administration peut revêtir plusieurs sens, dans son sens large, le mot administration peut désigner soit une activité, soit l’organe qui exerce cette activité. Dans le premier cas, l’Administration, c’est l’activité qui consiste à gérer, à administrer une affaire, une charge (responsabilité, une charge, un ministère). Cette définition de l’Administration est dite matérielle ou fonctionnelle[1].
Dans le second cas, l’Administration, c’est l’organe qui exerce l’activité administrative, par exemple, le conseil d’Administration d’une entreprise, d’une Université,…cette définition est dite organique. Ce sens large recouvre à la foi l’administration privée et l’administration publique. [2]
Dans le sens étroit, essentiellement politique et administratif, le mot « administration » s’applique à la gestion et aux structures de gestion des affaires publiques. C’est l’Administration publique écrite parfois avec A majuscule.
Le mot Administration au sens d’Administration publique peut lui aussi revêtir deux sens variables. Mais aussi elle a un but et les moyens.
Dans son sens fonctionnel, l’administration est une activité d’exécution. Il s’agit pour une large part, de l’exécution des lois. L’Administration est, de ce point de vue, l’ensemble des activités qui sont, sous l’autorité ou le contrôle du gouvernement, tendant au maintien de l’ordre public et à la satisfaction des besoins d’intérêt général.[3]En ce sens, l’Administration est donc une activité subordonnée, de même initialement, le pouvoir exécutif était subordonné du pouvoir législatif. Du fait, l’Administration publique est liée à la fonction exécutive. Aussi, on oppose administrer et gouverner : administrer, c’est exécuter, gouverner, c’est prévoir et décider.
Ici le mot Administration désigne des structures, des ensembles d’organes qui exercent l’activité administrative, qui ont pour rôle la satisfaction des besoins collectifs. C’est l’ensemble des personnes physique et morale qui remplissent la fonction administrative. J-M Becet[4] précis : « l’Administration, c’est l’ensemble des personnes qui se consacrent à rendre possible la vie en société, par des réglementations complexes dont l’ensemble constitue la police administrative et à pourvoir aux besoins d’intérêt public par le procédé du service public.
Le statut juridique de ces structures ou de ces personnes sont variable. Il peut s’agir des personnes publiques. (Etat, collectivité, établissement publics) ; il peut également s’agir de personnes privées (sociétés anonymes, associations) chargées des missions de service public.
Ces structures organiques et les procédures établies qu’elles utilisent forment un ensemble appelé « institution administrative »
Comme toute activité humaine, l’activité de l’administration suppose des finalités et des moyens.
Le poursuivi par le particulier est essentiellement égoïste et personnel, le mobile d’action de particulier est la poursuite de profit et des avantages personnels. L’Administration, elle, est censée poursuivre et assurer les finalités que l’initiative privée ne peut pas satisfaire. En effet, la raison de son existence réside fondamentalement dans la poursuite de l’intérêt général.
L’intérêt général peut être entendu comme l’intérêt de la communauté considérée comme une entité distincte des individus qui le compose.
Toutefois, il est admis que le profit matériel ou moral recherché par l’individu, tout en étant égoïste, n’est pas nécessairement antisocial. La plupart du temps, l’intérêt personnel de l’individu peut coïncider avec l’intérêt commun, bien que cette coïncidence ne suffit pas à masquer le caractère personnel et individuel du but poursuivi.[5]
Mais lorsque les intérêts particuliers risquent de révéler des divergences ou des oppositions la vie en société engendre à son tour la nécessité d’un organe qui, placé au-dessus des intérêts individuels, empêche ces derniers de se détruire et de paralyser l’harmonie sociale.
De manière générale et schématique, la poursuite de l’intérêt général s’effectue par le maintien de l’ordre et la mise en place des services publics. La prise en charge de ces missions justifie l’octroi de certains moyens au profit de l’Administration.
Poursuivant des buts d’intérêt général, l’Administration ne peut pas être placée sur le même pied d’égalité avec les administrés. En effet, les rapports juridiques entre les particuliers sont fondés sur l’égalité et régis par le contrat, lequel suppose l’accord et l’existence de volontés. Si l’Administration ne disposait que de moyens juridiques égaux à ceux des administrés, elle aurait du mal à remplir convenablement sa mission d’intérêt général, car il est fort probable que la volonté des administrés s’opposerait avec succès à celle de l’Administration toute fois qu’il y aurait incompatibilité entre l’intérêt général et les intérêts individuels, comme par exemple la procédure d’expropriation pour cause d’intérêt public fort heureusement, l’administration dispose de moyens importants qui lui permettent de vaincre la résistance des particuliers en cas de besoins. Pour prendre efficacement en charge l’action administrative. « Les autorités administratives confrontées, aux intérêts privés inferieurs bénéficient des pouvoirs spéciaux, de prérogatives exorbitantes du droit commun » au-delà des moyens humains qui constituent pour l’essentiel la fonction publique, l’Administration dispose d’un ensemble des moyens juridiques exorbitants du droit commun. Ces moyens lui assurent des privilèges qui lui permettent de vaincre les résistances des individus chaque fois que l’intérêt général l’exige. Ces privilèges ou prérogatives exorbitantes du droit commun accordé en vue de faire prévaloir l’intérêt général, sont dites « prérogatives de puissance publique »[6].
L'Eglise est à la fois une institution de Salut, une Communion Mystique, une Annonciatrice de la Bonne Nouvelle, un Sacrement et une Servante du Royaume de Dieu[7].
Il est aujourd'hui prétentieux de parler d'Eglise en restant à la forme singulière de l'expression, car la réalité à laquelle nous sommes confrontés, c'est plutôt celle des «Eglises". N'empêche qu'il soit souhaitable de retourner aux origines du mot, pour y rechercher l'intention propre de ceux de qui nous vient ce terme pour désigner l'Assemblée des fidèles du Christ.
Eglise est un mot Français qui traduit le terme Grec Ekklesia, qui se retrouve surtout dans la traduction Grecque de l'Ancien Testament, la Septante, traduisant celui d’hébreu, « Qahal », pour désigner "Convocation. Dans cette expression hébraïque de laquelle nous tenons le terme Eglise, il y a l'idée d'un appel par Dieu d'une certaine catégorie de personnes, le peuple rassemblé sur l'ordre de Dieu et des chefs choisis par lui. Le mot désigne donc aussi, l'assemblée constituée de chacune des communautés chrétiennes, réparties à travers le monde, mais intégrées à ce tout indivisible.[8]
Il existe plusieurs définitions du mot Eglise. De nombreux auteurs ont tenté de donner une définition en se référant à leur espace-temps (environnement). En effet, si l’homme est toujours conditionné par son environnement social, sa structure mentale est donc aussi façonnée par les institutions et les croyances religieuses de son milieu culturel qui lui propose une conception du mode et des modèles de comportement.
Ainsi, le dictionnaire de théologie définit l’Eglise comme une communauté des frères et sœurs qui transmet et garde une espérance et qui en constitue le signe avant-coureur, elle doit donner une expression de cette espérance en parole et en acte, elle doit avoir une option sans équivoque pour les pauvres, les opprimés, les oubliés et une solidarité avec les victimes du passé en référence au message de Jésus [9]
Tandis que le Dictionnaire de religion[10] définit l’Eglise comme toute forme d’organisation humaine visant à atteindre une certaine divinité, une force capable d’apporter une explication à son existence. Cette organisation étant dotée de sa propre doctrine philosophique, ses propres méthodes pour conduire les fidèles vers cette divinité.
D’après le lexique de politique[11] le terme église désigne le bâtiment dans lequel est célébré un culte chrétien. Elle est résumée comme étant une société religieuse fondée par Jésus-Christ, toute communion chrétienne, édifice où se réunissent les fidèles.
Gilles Ferréol et Alii notent que l’Eglise s’oppose aux sectes et aux réseaux spiritualistes (Max Weber) ; elle suppose une communauté des fidèles, le respect de la tradition, l’observance des commandements ; elle est, par extension, l’ensemble de personnes professant une même doctrine ou animées d’une même foi.[12]
L’esquisse du contour sémantique du concept Eglise, nous oblige à en dégager ses missions. Mais précisons dès maintenant que nous utiliserons le concept « Eglise » au pluriel pour désigner toutes les Communautés Chrétiennes indistinctement de leur regroupement religieux.
Le mot « mission »vient du latin « missio » qui signifie action d’envoyer, « envoi ». Il s’agit d’un mot étranger dans la Bible, mais comme concept il pénètre l’histoire du salut depuis la Genèse jusqu’à l’Apocalypse[13].
Dans ce mémoire, il s’agit d’une mission qui doit être exercée par l’Eglise, mission dont le but est l’établissement de la « shalom », c’est à dire la « Paix » ; ce qui se comprend dans le sens de l’harmonie sociale, de la cohésion sociale, de l’humanisation et la réconciliation entre les croyants et le monde. La mission se préoccupe ainsi de résoudre les conflits sociaux, de surmonter les barrières de classes, d’éliminer toute discrimination raciale, tribale ou ethnique… pour le renouvellement de la société.
Jean Marc Ela[15] corrobore ainsi cette idée en disant que « ce qu’il faut entendre aujourd’hui, c’est l’appel de l’évangile dans les lieux de vie où les Eglises doivent répondre à des urgences et priorités communes. Entendue sous cet aspect, la mission des Eglises apparaît plus vaste et multidimensionnelle. Ainsi la mission des Eglises va au-delà de la prédication et de l’évangile. Elle intègre également la recherche des meilleures structures sociales qui assurent une vie matérielle décente.
La théorie se construit donc d’une part à partir de la réalité, donc l’observation fait surgir les hypothèses et d’autre part à l’aide du raisonnement déductif ou logique qui suggère des rapports des liens.[16]
La théorie de l’analyse séquentielle de Philippe Braud[17] éclaire nos démarches tout au long de cette étude à travers les mécanismes envisagés par les pouvoirs publics ou de l’action des gouvernements.
Cette approche vise à offrir un découpage idéal-typique du processus d’élaboration ou de mise en œuvre. Elle comprend cinq phases permettant de clarifier la vision d’ensemble des multiples opérations rattachables au processus de l’action publique.
- La première étape est celle de l’identification et de la délimitation du problème considéré comme relevant du travail gouvernemental à venir. A ce stade s’opère d’abord un travail de perception. Des événements vont être relevés, rapprochés entre eux, qui feront sens aux yeux des acteurs responsables de la politique publique engagée. Par exemple, les déprédations contre les ressources publiques, le développement d’une petite délinquance, les difficultés de fonctionnement du système judiciaire, etc., rapportées par la presse ou signalées en interne pour les gouvernés ou les autorités locales concernées, seront analysées comme indicateurs d’un « malaise des banlieues ».
- La deuxième étape est celle d’une étude et d’un choix des solutions concevables. Les experts travaillent sur divers scénarios en évaluant les performances attendues, les types de savoirs qui se rapportent directement à leurs créneaux de compétence, à privilégier les informations qui leur parlent tout particulièrement au regard de la formation qu’ils ont eux-mêmes reçu. Les données statistiques disponibles peuvent laisser dans l’ombre des éléments d’appréciation importants. A ce niveau, nous comprenons qu’après avoir constaté le problème, il serait alors question d’envisager les stratégies et mécanismes capables de trouver les solutions efficaces afin de réduire ou éradiquer ce fléau.
Cependant, certaines dimensions des objectifs souhaitables dans la lutte contre la multiplicité des Eglises de réveil, ne sont pas facilement quantifiables à cause du caractère de ce phénomène. C’est pourquoi l’Etat doit se doter des outils et moyens nécessaires pour rendre son action efficace dans ce domaine. En plus, le bon sens ou l’intuition pouvaient prévaloir contre des chiffres clairement établis. Cependant, les politiques eux, sont beaucoup plus sensibles à l’acceptabilité sociale des solutions envisagées. Ils seront préoccupés d’identifier les soutiens que chacune d’entre elles peut espérer obtenir ou les résistances qu’elle peut susciter. Ils anticipent en réalité deux types de situations : la manière dont le projet final pourrait être accueillie dans les instances des autorités publiques telles qu’il pourrait susciter dans l’opinion publique. Ainsi, cette réalité rend parfois les actions et les mesures publiques inefficaces à cause des intérêts et des enjeux politiques.
-La troisième étape est celle de la mise en œuvre des décisions prises. Elle suppose que soient mis à la disposition des responsables de l’exécution, des moyens budgétaires, les services administratifs et tous les équipements techniques nécessaires. Ce seront parfois des partenaires extérieurs, jugé parfois plus aptes que l’Administration à remplir pleinement la mission. Mais sur quels critères fonder ce choix de gestion au profit d’établissements publics, voire d’association ? La mise en œuvre d’une politique publique entraine nécessairement des incertitudes ou des difficultés d’interprétation, qui donneront lieu à la production de directives supplémentaires. Ainsi, ces incertitudes sont liées au choix du gestionnaire du projet. En outre, il y a aussi le problème de la non application des mesures qui luttent contre la prolifération des Eglises de réveil par les pouvoirs publics étant, eux mêmes, affectés par le fléau. Parfois, une partie des moyens budgétaire et équipements techniques prévus à ce sujet est orientés à des fins personnelles. De ce fait, d’autres partenaires extérieurs ne jugés plus aptes que l’Administration, remplissent parfois la mission.
- La quatrième étape est celle de l’évaluation. Elle se borne à comparer les résultats obtenus aux objectifs initialement affichés. Ainsi, les mesures publiques existantes ayant pour objectif de lutter efficacement contre la prolifération des Eglises en RDC en générale et dans la ville de Bukavu en particulier, produiraient des résultats ou des effets négatifs étant donné que ce fléau persiste toujours dans presque toutes les grandes villes de la République démocratique du Congo.
- La cinquième étape, enfin, est la clôture du programme. Elle intervient parce que le problème est résolu ou pas, ou simplement parce que l’autorité publique a achevée d’utiliser les crédits destinés au programme. Il s’ensuit une réorientation des moyens administratifs et humains vers d’autres objectifs voire dans certains cas assez rares, la dissolution de la structure administrative chargée de la politique publique[18].
2.1.1. LA THEORIE DE L’ADMINISTRATION PUBLIQUE
Partant de l'origine de l'Etat signifie que cette réalité n'est pas un état de nature, c'est-à-dire cet état où l'homme état encore guidé par ses instincts naturels, par ses passions et sa raison. En outre, pour Aristote, la société Etat était un fait naturel. Spiritualité, répondra HOBBES : « la nature n'a jamais mis en l'homme l'instinct de sociabilité, l'homme ne recherche des compagnons que par intérêt, par besoins, la société politique est le fruit d'un pacte volontaire, d'un calcul intéressé »[19]
Il s'agira, au contraire, de cette institution créée et organisée en vue de libérer l'homme de son état passionnaire ou encore de rendre cet état meilleur.
C'est l'Etat au sens de Hobbes, Locke, Montesquieu, Rousseaux, ... En effet, l'homme dans l'état de nature, se trouvait dans une situation de guerre perpétuelle, dans une situation de destruction, de concurrence, de déficience réciproque. Sous peine de la destruction de l'espèce humaine, il a fallu que l'homme sorte de cet état : en cela résidait sa délivrance, sa libération, donc son salut.
Pour Hobbes la société nouvelle recherchée sera constituée par les hommes naturels. L'accord qui en résulte ne peut être durable qu'appuyé par une puissance irrésistible, armée du châtiment car, dit-il, « les pactes sans gloire ne sont que des mots »[20].
Pour Locke, les hommes naturellement sont bien, mais s'ils ont préféré l'état de société, c'est pour être mieux. C'est qui manque dans l'état de nature, ajoute-t-il, ce sont : « des lois établies, connues, reçues et approuvées d'un commun consentement ; des Juges reconnus impartiaux fondés à terminer tous ces différends conformément à ces lois établies »[21]
La spécialité dans les idées de Locke reste la reconnaissance aux sujets du droit d'insurrection lorsque le fardeau de l'absolutisme devient insupportable.
Quant à Montesquieu, il prône la liberté politique qui est cette tranquillité d'esprit provenant de l'opinion que chacun a de sa sûreté. Et pour bénéficier de cette liberté, il faut un gouvernement tel qu'un citoyen ne puisse pas craindre un autre. Cependant, tout homme qui a du pouvoir est enclin à en abuser. C'est pourquoi Motesquieu dit qu'il faut que le pouvoir arrête le pouvoir. C'est la théorie de contre poids ou de séparation des pouvoirs, théorie chère à Motesquieu.
Dans cette séparation des pouvoirs, c'est le peuple souverain qui détient le pouvoir législatif et qui l'exerce par la voie de ses représentants.
Pour Rousseau, l'homme naît libre et partout il est dans les fers. Cela signifie que l'homme est soumis à une discipline sociale imposée. Le seul fondement légitime de l'obligation sociale, réside dans la convention passée entre tous les membres de la société. Et la souveraineté qui est inaliénable, indivisible et infaillible doit appartenir au peuple.
Dans ces différentes considérations, nous pouvons entendre avec Kelsen que : « l'état, comme toute formation sociale est essentiellement un cadre normatif, soit un système des règles étayées à partir d'une norme fondamentale constitution première qu'il faut supposer juridiquement valable à titre d'hypothèse de base du système »[22]
Il est difficile de dater l'origine de l'Eglise et de la religion. Toutefois, en partant de certaines conceptions de ces deux réalités, nous pouvons avoir une idée, soit-elle vague, sur ce que pourrait bien être leur origine.
Nous commencerons avec Durkheim pour qui la religion : « est un système solidaire de croyance et pratique relative à des choses sacrées, c'est-à-dire séparées, interdites, croyances et pratiques qui unissent en une même communauté morale, appelé église, tous ceux qui y adhérent »[23].
Lalande[24] de sa part, définit la religion comme : « institution sociale caractérisée par l'existence d'une communauté d'individus unis :
Par l'accomplissement de certains rites religieux et par l'adoption de certaines formules ; Par la croyance en une communauté a pour objet de maintenir ;
Par la mise en rapport de l'individu avec une puissance supérieure à l'homme, puissance conçue soit comme diffuse, soit comme multiple, soit enfin comme unique.
Il découle ces deux conceptions que la religion est un phénomène social, une création de l'homme. Elle suppose ainsi d'un côté un groupe ou une communauté d'individus et de l'autre la fin ultime et supérieure. Dans le cheminement vers cette fin ultime, les individus membres du groupe établissent un certain nombre des liens (rites, formules, croyances, pratiques) pour modèle leur comportement. La relation apparait donc ici comme quelque chose propre à un groupe social donné et au sein duquel elle a force de loi.
Cependant, de grands bouleversements dans l'histoire de certaines religions ont eu lieu à la naissance du christianisme. Et c'est à partir de ces bouleversements que nous allons essayer de comprendre le sens actuel de la religion et de l'Eglise.
A cet effet, nous devons faire remarquer que c'est à partir du moment qu'une religion devient hostile à l'égard de tout ce qui diverge d'avec son orthodoxie que les contraste abondent. C'est donc pour dire que c'est par le biais de la polémique que s'accroît la connaissance des religions. Et toute nouvelle religion est volontiers révolutionnaire et croit dépasser, supplanter la religion mère. Ainsi, est né le christianisme.
Dans les civilisations antiques du bassin de la méditerranée où est né le christianisme, la religion était normalement un service public fondamental étroitement uni à l'Etat d'une part et strictement réservé aux membres de la communauté ethnique d'autre part.
Cependant, dès son origine, le christianisme brise ce mythe et se pose comme la seule religion véritable susceptible de requérir l'adhésion de l'universalité des êtres humains. Ce qui s'oppose aux mœurs des Etats à l'intérieur desquels il a pris naissance. C'est ainsi que lors du prosélytisme par-dessus les natrons et les clans, il s'en suit un bouleversement très profond qui s'est accompagné des persécutions parfois sanglantes ou tout au moins des suspicions dédaigneuses.
D'après M.Goguel, « les termes de christianisme et d'Eglise sont souvent employés comme synonymes : le premier correspondant à une extension plus grande que le second[25]
Le christianisme, c'est l'ensemble du mouvement religieux qui se réclame de Jésus et est issu de son action tant dans ses formes individuelles que dans sa forme collective. Des catholiques comme des protestants sont unanimes pour admettre que Jésus qui a fondé l'Eglise. Cependant, rapporte Loisy, « Jésus n'avait pas prévu l'institution de l'Eglise mais l'établissement du royaume de Dieu »[26].
Des différentes considérations sur la religion et l'église nous ont fait voir que leur but ultime est la libération de l'individu, c'est-à-dire son salut. Ce salut ne peut se réaliser que dans la communion de l'individu avec ses semblables d'abord et ensuite dans celle de la communauté des individus avec un être supérieur et ultime.
Marx donne cependant une vision opposée à ces conceptions quant au rôle joué par la religion dans la société. Pour lui, la religion c'est opium du peuple. Dans ce sens, la religion est non une force de libération mais une force d'aliénation
L'idée de territoire national est liée à la souveraineté moderne. Un Etat universel, dit Chatelet, ne peut avoir de territoire national puisque le territoire le détermine dans sa particularité[27]
Le christianisme que nous avons vu, avait pris le cadre traditionnel de religion d'un groupe donné. Il s'était proclamé comme seule religion véritable et capable de requérir l'adhésion de l'universalité des êtres humains.
La religion a ainsi pour rôle de régler les rapports de l'homme avec Dieu. Mais, l'homme religieux est en même temps citoyen et sa religion doit inspirer son civisme. Pour le christianisme, l'homme a un achèvement. Ce que le christianisme est venu recherche de l'absolu de l'être en soi. Il s'agit, dit Nietzche, selon le christianisme de créer une surhumanité[28]
La mission de l'église est double : enseigner au monde entier la vérité, sanctifier et guider vers Dieu par les sacrements et les commandements des fidèles qui ont accepté et reçu la vie divine pour le baptême[29].L'église comme témoin de la vérité et de la morale naturelle est aussi témoin de la vérité et de la morale surnaturelle.
Quant au rôle de l'église dans le temporel, l'église n'est liée à aucune civilisation ; elle n'est ni africaine, ni européenne, ni asiatique... seul l'intéresse les moyens de rendre plus humaines les structures, leur progrès vers plus de justice et de charité. Comment le christianisme a-t-il pu avoir un champ d'avoir un champ d'action à travers le monde entier ?
Au nom de la loi divine et de la civilisation, le christianisme s'est plongé dans des persécutions souvent sanglantes pour convertir ceux qu'ils appelaient les païens. Les chrétiens ont utilisés certains moyens qui, quelques temps avant, étaient utilisés contre eux par le Judaïsme : peine de mort, bastonnade, excommunication.
En outre, dans les colonies, le christianisme a usé de certains moyens indirects : persuader l'autorité politique que l'existence d'autres communautés non chrétiennes était une cause perpétuelle d'agitation, de désordre et de troubles
Dans le même ordre d'idée, une guerre sans merci fut menée contre les hérétiques, c'est-à-dire tous ceux qui étaient en marge de l'orthodoxie chrétienne. Pour le christianisme, l'homme n'a aucune liberté d'engagement. « Le travail est servile l'homme comme on sait est attaché à la glèbe, c'est lui qui appartient à la terre »[30].
L'église romaine croit nécessairement de sauver les hommes malgré eux. A ce sujet, le R.P Cavalli écrit : « L'Eglise catholique, convaincue par ses prérogatives divines doit être la seule vraie Eglise, ne doit réclamer que pour elle le droit à la liberté, car c’est elle est qu'à la vérité et jamais à l'erreur que ce droit peut être réservé »[31]
Dans les mêmes conditions, le christianisme a envahi l'Afrique. La mission dans cette partie du monde, comme l'écrit M Certeau, est celle-ci : « Partir, quitter les étroites frontières du pays qui habite déjà visiblement le Seigneur, faire un pas hors des groupes des clos et des sociétés bien assises, tout laisser pour aller annoncer à ceux qui l'ignorent la parole que Dieu leur adresse et qui ouvrir leur existence »[32].
Les relations entre l’Etat et l'Eglise sont complexes. A certains moments et dans certains pays, les deux pouvoirs sont souvent emmêlés dans la même personne et doivent être vus en fonction des rois et de seigneurs. A d'autres, il y eut tendance à la séparation, laquelle ne passionnait pas l'opinons nationale de deux pouvoirs.
A d'autres encore, il y eu un climat d'hostilité et de l'offensive de l'un contre l'autre. Et souvent à l'issue de ce conflit, la situation devient telle que tantôt c'est l'Eglise qui est dans l'Etat tantôt ce sont les Etats qui sont dans l'Eglise.
Il n'est pas possible aujourd'hui de lire un journal où il ne soit fait mention du rôle de l'Eglise dans la politique aussi bien nationale qu'internationale. Surtout en ce début vingtième siècle, nous assistons à un renversement complet de la situation de l'église.
Ces différentes considérations nous poussent à nous poser un certain nombre de questions. L'Eglise a-t-elle le droit de faire de la politique ? Doit-elle se tenir, bras croisés, hors de la scène politique ?
« Le royaume de Dieu n'est pas de ce monde ». « Rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu »
Il résulte de ces deux principes que l'Eglise n'a pas le droit de faire la politique. En fait le rôle de l'église est de préparer l'individu au repos éternel de l'âme et ce salut n'est possible que dans l'au-delà. L'alternative est ici respectée.
Aujourd'hui, on note la prépondérance du politique sur le religieux, l'église ne manque pas d'ambition, elle a encore la nostalgie du beau vieux temps, de l'époque où l'église était l'autorité suprême du monde. Et dans la politique actuelle, elle veut toujours que lui soit reconnue une place digne et respectable pour faire écho, pour exprimer son point de vue. Et quand sa voix doit crier dans le désert, elle ne manque pas de s'opposer.
Dans toutes constitutions, il est toujours réservé un article qui établit de façon nette et claire les relations entre le pouvoir civil et le spirituel. Dans les unes et à certaines périodes, il est reconnu à l'église une place prépondérante dans l'appareil de l'Etat. Dans tel Etat, on parlera de religion d'Etat pour l'autorité qu'il aura institué, la religion paraît être un facteur d'intégration nationale. Dans ce cas, elle est considérée comme catalyseur constituant une ambiance favorable à l'unité nationale. Ici l'Etat et l'église travaillent dans une parfaite entente.
Dans d'autres constitutions, on proclame la liberté du culte. Il s'agit ici de l'Etat Laïc. En République Démocratique du Congo, toute personne a droit à la liberté de pensée, de conscience et de droit de manifester sa religion ou ses convictions seule ou en commun, tant en public qu'en privé, par le culte, les pratiques, l'accomplissement des rites, et de l'état de vie religieuse, sous réserves de l'ordre public et des bonnes mœurs.
L'expansion du système capitaliste a été dictée par des nécessités impérieuses de ce système à un stade donné de son développement.
La colonisation s'est présentée comme l'expression du capitalisme industriel dans les nouvelles contrées ; elle est intervenue au 19ème siècle époque de la révolution industrielle comme une solution au blocage du système.
Le capitalisme est arrivé à la recherche des débouchés. S. Amin a bien dit : « dans l'économie capitaliste, le monde s'élargit sans cesse parce que la recherche du profit engendre la concurrence et que celle-ci pousse chaque frime à accumuler, à s'agrandir et pour cela, à aller chercher loin des matières premières meilleur marché et vendre plus cher ses produits[33].
Cependant, l'européen aura le droit de se présenter non pas comme colonisateur ce qui sous-entend la domination mais sous le couvert d'une mission évangélisatrice, humanitaire et libératrice ; cela pour assécher de sa bouche le fromage de l'homme noir. Ecoutons ce que Léopold II il dit à ce sujet : « faire œuvre humanitaire, réprimer la traite des esclaves ; ouvrir le continent africain au commerce international »[34]. Telle est la mission de l'européen en terre Africaine.
Cette expansion au contraire, entraîne des bouleversements dans toutes les structures sociales. En effet, pour établir un régime stable, qui réponde avec intérêts du colonisateur, il fallut créer de nouvelles structurelles et institutions, forgé dans un moule les mentalités de l'indigène de façon à l'aider à protéger les intérêts de l'homme blanc.
La tendance à l'expansion géographique du système capitaliste implique, destruction et l'amélioration de certains secteurs utiles à la réalisation de ses objectifs.
Dans cette œuvre « grandiose », il faut noter l'action combinée de trois actionnaires de l'entreprise coloniale. Il s'agit des missions chrétiennes, de l'administration et des sociétés industrielles.
L'apport de l'administration coloniale comprend la chicotte, la peur, la crainte, celui des missions chrétiennes comprend l'évangile et l'éducation « morale » ; celui des sociétés industrielle comprend le capital, donc la spoliation matérielle. Les trois actionnaires sous le couvert de l'unité de la race blanche ont formé la trilogie coloniale.
L'administration coloniale ainsi que les missions chrétiennes ont combattu les anciens rites et autres pratiques qu'elles ont qualifiées de contraire aux normes humanitaires élémentaires, et donc contraire à la civilisation. Leur action a porté un coup dur aux bases sociales de la société.
La population fut ainsi jetée dans une situation de changement brusque et fut désorientée par l'éclatement de sa structure sociale traditionnelle et par la disparition de son ancien modèle culturel.
Des sciences furent créées pour étudier les mentalités de l'homme noir dans le but d'appréhender ses désirs, ses besoins, sont point fort afin de le ménager à gober la colonisation, c'est-à-dire à aimer la misère. C'est ainsi le cas de l'ethnologie et de l'anthropologie, les deux filles aînées de la colonisation, les deux disciples avaient pour objet l'étude des sociétés primitives des peuples sauvages, sans Etats, sans histoire. Elles se sont attelées non à civiliser le noir mais à « aider les européens à comprendre comment ils sont arrivés au point où ils se trouvent[35].
C'était lui qui renseignait l'administration coloniale sur l'état d'éprit des indigènes ainsi que, qui signalait les meneurs, les influences étrangères ainsi que les mouvements subversifs.
Nous devons remarquer que cette tâche ne fut pas facile car les populations y résistaient, parfois au prix des vies humaines.
Ainsi que nous venons de le voir, les relations entre l'église et le pouvoir public pendant la colonisation furent confondues. Leurs actions ont souvent été soutenues de commun accord dans la mesure où le but de leur présence au Congo était le même, à savoir la spoliation de l'indigène. Cependant contre le souhait du colonisateur, le fruit est trouvé le 30 juin 1960 par suite de l'ouragan de l'histoire.
Les études des Etats issus de la décolonisation, ont révélé le transfert des modèles traditionnels en milieu urbain afin d'instaurer un ordre minimal dans une société en formation. L'indépendance a ainsi provoqué une nouvelle dynamique de la tradition. Elle a libéré les forces traditionnelles ; d'où plusieurs crises survenues après l'indépendance, crises parfois injectées et soutenues à certains moments, entre autres les antagonismes ethniques, religieux ou régionaux. Et souvent pour s'adresser aux couches de la population, les politiciens ont souvent recours aux modèles et symboles traditionnels actualisés devenus les modes de communication.
L'Eglise maintenue qui contrainte. En effet, beaucoup d'accusations ont été faites contre les églises européennes pendant et après les colonisations. Ainsi contrairement à l'amour chrétien mis en exergue dans les principes, ces églises cultivaient la haine et la discrimination raciale ; ensuite, contrairement à la pauvreté exaltée dans ces églises, leurs membres blancs vivant dans l'opulence et le luxe ; en outre, le grief principal était le fait que ces églises avaient milité dans les rangs de la colonisation.
Cependant, en dépit de toutes les accusations, les églises restent une réalité vivante et connue de notre société. Et leur avenir n'est pas sombre. Le Pasteur H. Annet, le confirme en ces termes : « nous avons la conviction que maintenant le christianisme évangélique est implanté au Congo avec des racines si solides et si profondes que rien ne pourrait l'en déraciner, ni des bouleversements politique, ni l'absence plus ou moins prolongées des missionnaires ni des persécutions volontés » [37]
Une chose reste à signaler c'est que le christianisme a modifié à nos valeurs. La plus touchée reste l'église catholique en tant qu'elle sous-entend une certaine tradition qu'elle doit préserver.
Le système d'enseignement précoce institué et soutenu par les églises pourrait être la cause de la révolte des jeunes à certain âge de leur développement. C'est ainsi que nous voyons des jeunes gens faire des acrobaties, changer à gré des sectes, en quête d'un Dieu véritable, qui les écoute et qui exauce leur prière. En fait, les adeptes préfèrent des actions concrétés entre autres l'exorcisme.
[1] T. MUHINDO MALONGA, Droit Administratif et institution Administratif Congolais, éd PUG-CRIG, Butembo, 2010, p.49.
[2] Ibidem
[3] G. VEDEL in J-M BECET, Les institutions administratives, Paris, Economica, 1987, p.1
[4] J-M BECET Cité par T. MALONGA MUHINDO, Op cit, p.49.
[5] BURLET, Précis de droit administratif congolais, Kinshasa, Lovanium, 1969, p.9
[6] BURLET, Op cit, p. 10
[7] P. EICHER, Dictionnaire de théologie, Paris, éd. Du CERF, Cantour Marbourg, 1988, P.639.
[8] R. KOUAM cité par, HABAMUNGU BASHWIRA, Op cit, p.
[9] P. EICHER, Dictionnaire de théologie, Paris, éd. Du CERF, 1988, P.639.
[10] LAROUSSE, Dictionnaire de religion, Paris, librairie Larousse, 1996, p.91.
[11] C. DEBBASCHE, Lexique de politique, Paris, éd. Dalloz, 1988, p.191.
[12] G. FERREOL et Alli, Dictionnaire de sociologie, 3ième éd. Paris, Armand colin, 1991, p.258.
[13] HABAMUNGU BASHWIRA, Op cit p.20.
[14] B. GILLIARON, dictionnaire Biblique, Paris, Du moulin, 1990, p.132.
[15] J.M. ELA cité par HABAMUNGU BASHWIRA, Op cit, p. 40
[17] P. OBRAND, Sociologie politique, Paris, LDJG, 2006, pp.605-607.
[18] P. OBRAND, Op cit, p. 607
[19] HOBBES, cité par J.J.CHEVALIER, Les grandes œuvres politiques de Machiavel à nos jours, Paris, A. Colin. P.48
[20] HOBBES, cité par J.J.CHEVALIER, Op cit, p. 49
[21] Idem, P.86
[22] H. KELSEN, cité par J. DABIN, l'Etat ou le politique, Paris, Ed. Sociale, 1971, P.170
[23] DURHEIM, cité par M. PETIT, Le Phénomène religieux, Paris, Bloud et Gay, 1966, P.16
[24] LALANDE, cité par M. PETIT, Op cit, P.17
[25] M.GOGUEL, La naissance du christianisme, Paris, PAYOT, 1955, p.15
[26] LOISY cité par ILUNGA KABULO, L'église et son rôle, SE. LUBUMBASHI. 1995. P.76
[27] F.CHATELET, Histoire désidéologise, Paris, Hachette, 1978, p.70
[28] NIETZCHE, cité par De HAES, L'homme et l'absolu, KINSHASA, publication S.P. CANANIUS, 1978, p.40
[29] L'Eglise et L'Etat, « Déclaration du Comité permanent des ordinaires du Congo », Congo-Léopoldville, Ed. Secrétariat Général de l'Episcopat, 1962, p.8
[30] F.CHATELET, Op. Cit, p.81
[31] CAVALLI, cité par P. LANARES, Qui dominera le monde, Dammarre LES-LYS, Ed. S.D.T., Paris, p.176
[32] P. LANARES, Les idéologies politiques, Paris, P.U.F, 1974. p.250
[33] S. AMIN, cité par MWENE BATENDE, Mouvement messianique et protestations sociales, (Cas du Kitawala chez les Kumu du Zaïre), KINSHASA, B.C.E.R.A. Faculté de Théologie, 1982, p.101
[34] LEOPOLD II, cité par E. VANDER CVELDE, La Belgique et le Congo, Paris, Félix ALCAN, 1911, p.15
[35] R. M. BATSIKAMUBA, Voici le Jagas ou l'histoire d'un peuple panicide bien malgré lui, Kinshasa, ONRO, 1971, p.11
[36] Idem, p.41
[37] E.M. BRACKMAN, histoire du protestantisme au Congo, BRUXELLES, Ed. De librairie des éclaireuses unioniste, 1961, p. 338