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INTRODUCTION

  1. Problématique

La mortalité fœto-maternelle constitue un problème majeur de santé publique à travers le monde et son évaluation donne des chiffres élevés [1].

L’OMS a estimé que dans le monde, plus d’un demi-million de femmes meurent chaque année en voulant donner la vie. Aujourd’hui, chaque minute, 380 femmes débutent une grossesse et pour 190 d’entre elles, cette grossesse est non désirée ou non planifiée; 110 femmes vivent une grossesse compliquée, 40 femmes subissent un avortement dans de mauvaises conditions de sécurité et une femme meurt d’une complication liée à la grossesse ou à l’accouchement [2].

La mortalité maternelle de l’ordre de 10 à 20 pour 100 000 naissances vivantes dans les pays industrialisés, atteint 500 à 2 000 pour 100 000 naissances vivantes dans les pays en développement de l’Afrique sub-saharienne (ASS)[3]. Aussi, le risque de mortalité maternelle sur la vie entière pour une femme des pays les moins avancés est 300 fois plus élevé que pour une femme qui vit dans un pays industrialisé[4].

En ASS, les femmes contribuent  pour  près de 75% à la production alimentaire et représentent un peu plus de 51% de la population active, mais leur accès à l’instruction et aux soins de santé modernes reste toujours limité. La conséquence est leur exposition aux nombreuses grossesses rapprochées ou précoces. Les urgences gynécologiques et obstétricales sont fréquentes dans ces pays où elles sont responsables d’une morbi-mortalité fœto-maternelle élevée [5].

Parmi les déterminants de cette morbi-mortalité, les évacuations obstétricales qui concernent plus de 20% des cas de morbidité associée à la grossesse occupent une place importante [3,6,7].

Le droit à la santé inclut pour les femmes le droit d’avoir accès, pendant la grossesse, l’accouchement et la période du post-partum, aux soins dont l’efficacité est prouvée. Mais, toutes les femmes enceintes sont exposées aux risques de complications obstétricales, sans qu’il ne soit possible de prédire avec certitude, celles qui présenteront effectivement ces complications, responsables de morbi-mortalité materno-fœtale [8].

Cependant, les femmes supportent seules le poids de cette morbi-mortalité liée à la reproduction. La majorité de leurs grossesses se déroule sans problème, mais elles peuvent  être la cause directe d’un certain nombre de complications menaçant leur vie ou celle du fœtus. Malheureusement, bon nombre d’entre elles ne se rendent  même pas compte qu’une grossesse peut être un facteur aggravant des problèmes médicaux préexistants (cardiopathies etc.) pouvant entraîner la mort.

A côté de ces milliers de femmes qui meurent chaque année dans le monde, beaucoup d’autres souffrent des lésions graves, voire permanentes qui sont en rapport avec les complications de la grossesse ou de l’accouchement. D’où la santé maternelle est une préoccupation à cause du ratio des décès maternels qui est passé de 683 à 1.355 pour 100.000 naissances vivantes entre 1988 et 2003 [9,10].

En outre, en ASS, les femmes enceintes sont très souvent exposées à des risques graves dont l’évolution se fait vers une issue fatale. Ces risques sont étroitement liés à l’insuffisance des structures hospitalières, au manque de personnel qualifié, au bas niveau d’instruction et socioéconomique de la population, aux problèmes d’accessibilité géographique des structures sanitaires et aux évacuations tardives qui constituent des conséquences préjudiciables pour le pronostic maternel et fœtal [11].

Pendant ce temps, dans la majorité des cultures congolaises, la grossesse est généralement considérée comme un état sain (un phénomène normal) et une cause de joie dans la famille; par conséquent la RDC est parmi les pays où le taux de fécondité est élevé, avec un taux synthétique de 7 enfants par femme. En effet, les femmes représentent 51% de la population active et le taux de croissance démographique de la population  est  de 3,1%, avec un niveau élevé de mortalité maternelle et néonatale car l’accès aux soins obstétricaux et néonataux d’urgence demeure encore faible. Les structures de soins, aussi bien de base que de référence, disposent de moyens d’intervention très limités. Le personnel de santé qualifié est très insuffisant en milieu rural où vit la majorité de la population congolaise [2,12,13].

Aussi, selon l’EDS-RDC II 2013-2014 (Enquête Démographique et de Santé), le taux de mortalité maternelle est estimé à 846 décès pour 100000 naissances vivantes et, les femmes courent un risque de 1 sur 18 de décéder de cause maternelle pendant les âges de procréation [2].


  1. Intérêt du sujet

Une bonne politique d’évacuations (références) est très importante en matière de prise en charge de la grossesse et de l’accouchement. Selon différentes études, les évacuations obstétricales à partir des structures périphériques représenteraient 3 à 66 % des activités des hôpitaux de référence[3]. Malheureusement, ces évacuations sont influencées par une série de facteurs, dont les questions inhérentes aux agents de santé, à la population, à la distance et à l’accessibilité géographique(évacuations en provenance des zones rurales), à la mauvaise organisation du système contribuant à les rendre moins performantes et ces évacuations seraient associées à des taux importants de morbi-mortalité materno-fœtale [3].

De tous ces constats faits, il est intéressant d’accorder une attention particulière à la problématique des évacuations, spécifiquement celles des parturientes vers les hôpitaux généraux de référence.

  1. Hypothèse

La connaissance des facteurs étiologiques (causes) de ces évacuations vers les services de gynécologie-obstétrique permettrait d’évaluer le pronostic fœto-maternel afin d’en proposer une bonne gestion.

  1. Objectifs

Les évacuations pouvant avoir différentes causes en fonction des milieux (urbain et rural), ce travail se propose de faire une étude comparative entre ces deux milieux pour une meilleure compréhension des facteurs étiologiques qui sous-tendent ces évacuations.

De façon plus précise, cette étude veut répondre aux questions posées par la fréquence des évacuations dans les milieux précarisés de l’Est de la RD Congo pour contribuer à la réduction des taux de morbidité et de mortalité maternelle et néonatale. Il s’agit d’en déterminer la fréquence, les facteurs étiologiques, les motifs des évacuations tardives, la pertinence de la prise en charge des parturientes au sein de ces structures sanitaires dans cette zone d’étude afin d’évaluer le pronostic materno-fœtal.

  1. Subdivision du travail

Outre cette introduction, ce travail aura quatre chapitres, dont les généralités (revue de la littérature) sur les évacuations obstétricales, matériels et méthodes, la présentation des résultats et afin, la discussion des résultats. Une conclusion et quelques recommandations viendront couronner ce travail.

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