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Chapitre III. ANALYSE DES COMPORTEMENTS DES STATIONS-SERVICE DANS LA CITE D’UVIRA

Dans ce chapitre, il est question d’analyser mathématiquement et économiquement les comportements des stations service.

III.1. Présentation de données de base

Afin de bien conduire notre analyse, il est important de présenter avant tout les données qui nous servirons de base de calcul et d’analyse. Il s’agira des données sur le prix pratiqué par les opérateurs économiques, des quantités vendues et enfin des coûts supportés6.

III.1.1. Evolution du prix de l’essence entre janvier 2009 et décembre 2011

Tableau n°3 : Evolution du prix de l’essence entre janvier 2009 et décembre 2011 par litre

Année

2009

Prix

essence   en

USD

Année

2010

Prix

essence   en

USD

Année

2011

Prix

essence   en

USD

Janv-09

1,201

Janv-10

1,3169

Janv-11

1,5331

Févr-09

1,201

Févr-10

1,358

Févr-11

1,538

Mars-09

1,304

Mars-10

1,358

Mars-11

1,538

Avr-09

1,304

Avr-10

1,358

Avr-11

1,5728

Mai-09

1,33

Mai-10

1,358

Mai-11

1,5728

Juin-09

1,33

Juin-10

1,358

Juin-11

1,5728

Juil-09

1,33

Juil-10

1,358

Juil-11

1,6622

Août-09

1,33

Août-10

1,358

Août-11

1,6622

6 Ces informations sont à retrouver en annexe N°1

Sept-09

1,33

Sept-10

1,3652

Sept-11

1,6622

Oct-09

1,33

Oct-10

1,3652

Oct-11

1,6622

Nov-09

1,3169

Nov-10

1,5331

Nov-11

1,6622

Déc-09

1,3169

Déc-10

1,5331

Déc-11

1,6622

Source : Division provinciale de l’économie nationale, Rapports annuels 2009, 2010 et

2011

Il est à noter que les prix pratiqués à la pompe durant les périodes 2009, 2010 et 2011 sont exactement ceux  fixés par l’arrêté ministériel du Gouvernement central à partir de Kinshasa, mais majorés un peu de la reconstruction de la province du Sud Kivu fixée par l’arrêté du gouverneur.

Le graphique suivant retrace l’évolution du prix de l’essence durant les trois années

sous étude :

Graphique n°1 : Evolution du prix de l’essence de janvier 2009 à décembre 2011

Titre du graphique

janv.-13 févr.-13 mars-13 avr.-13 mai-13 juin-13 juil.-13 août-13 sept.-13

oct.-13

Source : Notre confection

De ce graphique, nous remarquons que le prix de l’essence durant la période sous étude

avait une allure croissante.

III.1.2. Evolution des quantités vendues d’essence dans la branche des stations

services entre janvier 2009 et décembre 2011

Le tableau ci-après retrace l’évolution des quantités vendues par les six stations-services retenues dans notre étude :

Tableau n° 4: Evolution des quantités vendues d’essence dans la branche des stations

services

Mois

Quantité

vendue

Mois

Quantité

vendue

Mois

Quantité

vendue

janv-09

1127969

janv-10

503227

janv-11

1147532

févr-09

1051485

févr-10

758881

févr-11

892599

mars-09

929724

mars-10

600506

mars-11

1161916

avr-09

844585

avr-10

628449

avr-11

1193933

mai-09

571476

mai-10

774558

mai-11

307842

juin-09

570775

juin-10

1057546

juin-11

1517224

juil-09

899534

juil-10

946752

juil-11

1108062

août-09

628485

août-10

971699

août-11

1201654

sept-09

310658

sept-10

864613

sept-11

572940

oct-09

353904

oct-10

844973

oct-11

509790

nov-09

752861

nov-10

572682

nov-11

280428

déc-09

1282107

déc-10

573673

déc-11

452535

Source : Rapport annuel des six stations-services de la cité d’Uvira, 2009, 2010 et 2011

De ce tableau,  nous  pouvons  remarquer que la  vente de  l’essence s’est  accrue de manière significative. En janvier 2009, elle était de1127969 litres et 1282107 litres en décembre de cette même année. Ce qui nous laisse croire qu’il y a eu augmentation de

13,7%. En janvier 2010, elle était de 503227 litres, soit une diminution par rapport à l’année précédente. Mais en décembre 2010, elle est passée à 573673 litres, soit une augmentation par rapport à janvier de cette même année de 14%. En janvier 2011, le secteur7   a  réalisé  un  volume  de  vente  de  1193933  litres  contre  452535  litres  en décembre de cette même année, soit une diminution de 62,1%.

Pour l’ensemble de la période sous étude, la vente de l’essence a diminué comme le

montre la tendance du graphique n°2.

Graphique  n°2 :  Evolution  des  quantités  vendues  d’essence  dans  la  branche  des

stations services

Source : Notre confection

III.2. Détermination  des fonctions

Dans cette section, il est question de présenter les différentes fonctions qui vont nous

permettre d’aborder notre analyse. Le modèle économétrique de régression simple nous a permis d’obtenir ces différentes fonctions.

7 Le secteur dont il est question ici est constitué de six stations-service retenues dans cette étude.

III.2.1. Détermination de la fonction de demande inverse

La fonction de demande représente la quantité dont les consommateurs ont besoin

d’acquérir à chaque niveau de prix et est de la forme suivante :

Où Q est la quantité demandée, a une constante, b la pente de la fonction et P le prix unitaire du bien.

Dans le cas d’espèce, cette fonction de demande est écrite comme suit :

Etant  donné  qu’en  concurrence  imparfaite,  les  entreprises  ont  une  contrainte  de

débouchés, cela nous amène  à déterminer la fonction de demande inverse qui consiste à exprimer le prix en fonction de la quantité demandée. Nous avons alors:

Þ

Où P= prix appliqué dans la branche et Q= quantité totale vendue dans la branche.

III.2.2. Détermination de la fonction de coût

Dans ce point, nous présentons les fonctions de coûts de chaque station et du secteur dans son ensemble. Ces fonctions régressées sont obtenues en utilisant   le logiciel Eviews.

  1. Fonction des coûts de la station CHLR
  1. b. Fonction de couts de la station GBP
  1. c. Fonction des coûts de la station ENGEN
  1. d. Fonction des coûts de la station RUKOBE WA RUKOBE
  1. e. Fonction des coûts de la station MAKASI
  1. f. Fonction des coûts de la station GPK
  1. Fonction de coûts du secteur

III.2.3. Détermination des fonctions de profits a.   Fonction de profit de la station CHLR

Où      est le profit réalisé par la station CHLR,         est la recette totale et         le coût total de cette station.

Þ           [                                (                                                             )]                (

)

Þ

Þ

A  l’optimum,  le  profit  marginal  de  la  station  CHLR  est  nul.  Ce  qui  se  traduit

mathématiquement comme suit :

Þ

(  )

  1. b. Fonction de profit de la station GBP

Le même raisonnement appliqué à la station CHLR l’est aussi ici. Nous aurons alors :

Où       est le profit réalisé par la station GBP,         est la recette totale et         le coût total de cette station

Þ           [                                (                                                             )]                (

)

Þ

Þ

A l’optimum, le profit marginal de la station GBP est nul. Ce qui nous donne la relation

suivante :

Þ

(  )

  1. c. Fonction de profit de la station MBUGUJE

Où      est le profit réalisé par la station ENGEN,        est la recette totale et        le coût total de cette station.

Þ           [                                (                                                             )]                (

)

Þ

Þ

A l’optimum, le profit marginal de la station MBUGUJE est nul. Ce qui nous donne la

relation suivante :

Þ

(  )

  1. d. Fonction de profit de la station RUKOBE WA RUKOBE

Où       est le profit réalisé par la station RUKOBE WA RUKOBE,         est la recette totale et        le coût total de cette station.

Þ           [                                (                                                             )]                (

)

Þ

Þ

A l’optimum, le profit marginal de la station RUKOBE WA RUKOBE est nul. Ce qui nous donne la relation suivante:

Þ

(  )

  1. e. Fonction de profit de la station MAKASI

Où      est le profit réalisé par la station MAKASI,         est la recette totale et        le coût total de cette station.

Þ           [                                (                                                             )]                (

)


 

A l’optimum, le profit marginal de la station MAKASI est nul. Ce qui nous donne la

relation suivante :

 figure

  1. f. Fonction de profit de la station GPK

Où       est le profit réalisé par la station GPK,         est la recette totale et         le coût total de cette station.

Þ           [                                (                                                              )]                  (

)

Þ

Þ

A l’optimum, le profit marginal de la station GPK est nul. Ce qui nous donne la relation suivante :

Þ

(  )

III.3. Analyse du secteur dans l’approche de Cournot

Rappelons que l’équilibre de Cournot est celui qui résulte de la concurrence par les quantités. On suppose qu’il existe un mécanisme donnant le prix en fonction de la quantité (Henriet, 2005)

  1. Détermination des quantités optimales de chaque station service

Afin  de  déterminer les  quantités  optimales  à  vendre  par  chaque station  dans  cette approche, il suffira de résoudre le système d’équation ainsi trouvé. La méthode matricielle sera ainsi utilisée et est de cette forme :

Où Q est le vecteur des quantités vendues par station,        l’inverse de la matrice  et  B

le vecteur des chiffres indépendants.

En prenant les relations (1), (2), (3), (4), (5) et (6), nous avons le système d’équation

suivant :

54

(  )

(  )

(  )

(  )

(  )

{                                                                                                                      (  )

(    )

(    )

(    )

Þ

(    )

(    )

{                                                                                                                  (    )

(     )

(     )

(     )

Þ

(     )

(     )

{                                                                                                              (     )

Sous forme matricielle, nous avons ce qui suit :

0                          06 0 00000   0 00000             006

0 0000             0006 0 000006 0 000006 0 000006

0 000006 0 00001           0006 0 000006 0 000006

0 000006 0 000006    0                              0 000006

00        0 0000         000006 0 000006 0 00001           0006

0               0 000006 0 000006 0 000006 0 0000      0 00001

[

]     [     ]      [         ]

En cherchant les valeurs des quantités  optimales de chaque station, nous avons ce qui suit :

0                          06 0 000006 0 00000             006

0 000               0006 0 000006 0 000006 0 000006

0 000006 0 00001           0006 0 000006 0 000

Þ

[     ]      [

0 000006 0 000006    000012                   0 000006

0 0000         000006 0 000006 0 00001           0006

0               0 000006 0 000006 0 000006 0 000006 0 00001

]          [         ]

En utilisant le logiciel Excel 2007, nous aboutissons au résultat suivant pour les quantités optimales :

Þ

[     ]      [                       ]

Une fois que l’on a déterminé les quantités optimales, nous pouvons trouver le profit de chaque station et de la branche, la quantité totale optimale ainsi que le prix d’équilibre de la branche.

  1. b. Détermination des profits optimaux et de la quantité à vendre par la branche

Ayant déterminé les quantités optimales à vendre par chaque station, remplaçons-les dans les fonctions de profit de chaque station.

Tableau n°4 : Détermination des profits optimaux et de la quantité à vendre par la branche

CHLR

GBP

MBUGUJE

RUKOBE

MAKASI

GPK

Profit

total

Quantité

totale

Quantité

d’équilibre

180000

183333

100000

106667

85000

108333

763333

Profit

d’équilibre

172918

198244

54517,4

66748,5

42411,5

63183,3

598022

Prix

d’équilibre

1,62

Source : notre confection

De ce tableau, nous observons qu’à l’équilibre c’est la station service GBP qui vendrait

plus de quantité et  réaliserait plus de profit, soit respectivement 183333 litres par mois et

198244$ de profit. Elle est suivi par la station CHLR.

Il ressort de cette analyse que chaque station service affiche un comportement individuel en offrant une quantité qui maximise son profit étant donné que le prix sur le marché. Ce qui confirme notre deuxième hypothèse.

III.4. Analyse du secteur en cas d’entente

Les entreprises peuvent-elle mieux faire en s’entendant ? A quoi bon augmenter ses quantités à vendre et sombrer dans la guerre des quantités à offrir sur le marché ? Pourquoi ne pas signer une sorte de contrat avec le concurrent ? en coalisant, voici les résultats que les stations –services peuvent réaliser :

Le problème consiste maintenant à maximiser le profit total du secteur.

(                                )

Þ

Þ

A l’optimum,

0

Þ

Þ

Þ

Le profit de la branche sera obtenu en remplaçant la quantité optimale trouvée dans la fonction de profit.

Þ

Þ        636248,3$

III.5. Comparaison de deux approches

Dans le tableau suivant, nous essayons de comparer les résultats obtenus dans l’approche de Cournot par rapport à ceux obtenus dans l’approche collusive des stations-service.

Tableau n°6 : Comparaison de l’approche de Cournot et celle Coopérative

Approche               de

Cournot

Signe

Approche               de

collusion

Quantité  totale  à

vendre par mois

763333 litres

375833,3 litres

Prix     de     vente

unitaire

d’équilibre

1,62$

3,95$

Profit  mensuel  de

l’ensemble        du

secteur

598022,4$

636248,3$

Source : Nos calculs

Il ressort de ce tableau que la quantité optimale vendue par les stations-service en se faisant concurrence  est  supérieure  à  celle  qu’elles  pourraient  vendre  en  formant  un  cartel.

Globalement, le profit en cas de collusion est supérieur à celui qu’on réaliserait en situation de non coopération des stations-service. Ce qui confirme la troisième hypothèse. Le prix de vente en cas de collusion est supérieur à celui pratiqué en cas de concurrence. Ceci s’explique avec la loi de l’offre et de la demande : le prix s’ajuste de manière à égaliser l’offre à la demande.  Comme l’offre, en collusion, semble être inférieure à la demande, le prix aura tendance à augmenter et aura comme conséquence pour les opérateurs économiques, une augmentation du profit.

III.6. Implications de l’étude

De ces résultats, plusieurs les implications peuvent être tirées aussi bien pour les stations- service que pour les autorités congolaises.

La collusion procure plus de profits aux entreprises, ce qui est profitable pour elles. Mais la conséquence est la hausse des prix et la diminution  de l’offre. La hausse de prix érode le pouvoir d’achat des consommateurs   (la population) et la diminution de la quantité fait encore pire.

L’indisponibilité de ce produit (essence) affecte le secteur du transport qui voit le prix augmenter. Le manque de ce bien peut conduire à l’inflation (une hausse généralisée de prix). D’où l’implication est que l’Etat devrait veiller à la non coalition dans ce secteur non seulement pour protéger le pouvoir d’achat  de la population et donc le salaire réel de ses fonctionnaires mais aussi pour assurer la disponibilité du produit sur le marché et donc prévenir l’inflation.

Du coté des opérateurs économiques, parce que le profit est élevé en collusion, cela va stimuler les entrées de nouvelles firmes et diminuera la concentration et les profits sur le marché. La libre entrée est certainement le principal obstacle à la collusion. Les stations- service en place s’accorderont par exemple sur des schémas de punitions à appliquer aux nouveaux entrants. Comme ces punitions seront dégressives avec le temps, chaque entrant sera incité à participer honnêtement dans le marché.

Le cartel présente le problème d’instabilité fondamentale. Aucune station-service n’aura intérêt à respecter le contrat d’entente, c’est-à-dire les quotas de vente définis par le cartel. Il y aura existence des passagers clandestins. Comme le prix sera fixé à un niveau supérieur au  coût  marginal,  certaines  stations  tenteront  d’accroitre  leurs  quantités  à  vendre  et diminuer leur prix de manière à égaliser ce dernier au coût marginal. Et si ce comportement se généralise, il constituera une menace pour le cartel. D’où, ces opérateurs ont intérêt à faire concurrence et éviter la collusion même si cette dernière leur permet de réaliser plus de profit.

III.7. Limites de l’étude et perspectives de recherche

La pertinence des résultats trouvés dans cette étude ne met pas cette dernière à l’abri des critiques car elle présente certaines limites. Tout d’abord, la première limite provient des modèles développés ; ils ne sont applicables que pour des biens normaux respectant la loi de la demande. Deuxièmement, la petitesse du nombre de stations-services alors qu’une bonne   approche   serait   d’élargir   le   nombre   de   stations-services   pour   trouver   un comportement adapté de toutes les stations-service se trouvant dans la cité d’Uvira. Du fait de l’indisponibilité de données nécessaires, nous avons été incapables d’analyser la partie invisible de l’iceberg pouvant accompagner la théorie de l’oligopole qui présente l’analyse économique classique de l’interaction stratégique entre les entreprises. Cette autre partie est la théorie de jeux qui stipule que les agents économiques peuvent interagir stratégiquement de diverses façons.

Ce travail n’a abordé qu’un seul produit parmi les multitudes de produits pétroliers qui existent et s’est focalisé sur un petit milieu en voie d’urbanisation qui est la cité d’Uvira. Mais aussi, en faisant cette analyse, nous n’avons pas voulu comprendre les facteurs qui incitaient les consommateurs d’acheter  le carburant chez tel distributeur plutôt que chez tel autre.

Notre étude a voulu seulement analyser le comportement des agents économiques dans la cité d’Uvira. Une autre étude similaire  pourrait être menée dans un autre milieu, appliquée à un autre produit. Une autre pourrait intégrer les consommateurs en tentant de ressortir les facteurs qui les poussent à choisir les lieux d’approvisionnement des produits pétroliers.

L’étude émet des hypothèses pour parfaire le choix du modèle de Cournot. Ces hypothèses ayant été vérifiées par une approche qualitative, une approche quantitative rigoureuse pourrait parfaire l’analyse du problème.

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