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Dans le monde actuel, la réalité nous fait voir que l’on ne peut pas se passer du pétrole. Tout est pétrole en effet : l’automobile, l’agriculture, la marine, les plastiques, les pneus, les routes, etc.
Le pétrole est utilisé depuis des milliers d’années pour alimenter des flammes sacrées et depuis presque aussi longtemps pour fabriquer des médicaments. Aujourd’hui, selon Roberts (2005), il sert principalement de combustible pour les avions et les automobiles. Dans le monde industrialisé, pas moins de 97% des moyens de transport fonctionnent avec des dérivés pétroliers, et aucune alternative disponible à un prix abordable ne pointe à l’horizon. En outre, le pétrole est vital dans certaines parties du monde pour le chauffage, et il est également largement utilisé dans l’industrie pétrochimique pour la fabrication de plastiques, et, dans sa forme la plus brute, pour les revêtements de chaussées (Roberts, 2005).
Selon Kambere (2008), l’impact du pétrole est important que l’on puisse le ressortir de la modernisation des pays et des sociétés entraînées ou induites d’une part par la consommation sans cesse et croissante des produits pétroliers et de leurs dérivés, d’autres part les retombées financières de la production et de l’exportation de ce produit.
Les compétitions de production et d’exportation du pétrole se sont fait remarquer au niveau des pays producteurs de pétrole notamment les pays membres de l’OPEP (qui détiennent 40% de la production et des exportations mondiales du pétrole), les Etats unis, la Russie, le Canada, le Mexique, la Norvège, la France, etc. Cependant, une intense concurrence entre ces pays se manifeste au niveau de leurs compagnies pétrolières.
Mais, signalons que les grandes compagnies pétrolières mondiales qui sont peu nombreuses au sein du secteur n’ont pas de concurrents extérieurs, elles ne rivalisent même pas entre elles, ce qui relève d’une situation monopolistique. Ces compagnies ont même voulu éliminer, par le passé les détaillants indépendants par une guerre de prix où seuls les puissants pouvaient survivre. Des comportements dommageables pour les consommateurs, les autres secteurs qui dépendent de l’énergie pétrolière (industries du plastique, du transport, du tourisme, etc.) et la société en général, sont causés par la concentration, l’absence de véritable concurrence et la collusion implicite de ces grandes compagnies pétrolières mondiales. Par ailleurs, si les pétroliers réalisent des profits records depuis plusieurs années, dans un marché où il n’y a aucun risque, c’est qu’il y a aujourd’hui encore moins de compétition suite aux centaines d’acquisitions et fusions réalisées par les pétroliers les plus imposantes (Exxon et Mobil, Royal Dutch Shell, BP et Amoco, Chevron et Texaco, Total, Elf et Petrofina, Conoco et Phillips, etc.). (Lauzon, Martine et Hasbani, 2008)
En République démocratique du Congo (RDC), la réalité observée dans le fonctionnement du secteur pétrolier est sujet à beaucoup de critiques et de remises en cause suite à la défaillance des entreprises publiques à approvisionner l’Est de la RDC en hydrocarbures. D’où, la libéralisation par le gouvernement de l’importation et de la distribution du carburant autorisant aux opérateurs économiques du Sud et du Nord Kivu à importer les produits pétroliers à partir des pays voisins. (Mihigo, 1997)
Des produits pétroliers, ce travail ne concerne que l’un d’entre eux, à l’occurrence l’essence. En effet, le choix de ce sujet est dicté par la forte consommation de ce produit par la population par rapport à d’autres produits pétroliers.
L’essence est un produit qui permet à une économie de réaliser des profits importants comme c’était le cas de l’année 1999 où les six plus grandes compagnies pétrolières mondiales (ExxonMobil, Royal Dutch Shell, BP, Chevron, Total et Conoco Phillips) ont affiché un profit net consolidé de 28 milliards de dollars américains comparé à un bénéfice net global de 145 milliards US$ en 2007, soit une forte augmentation de 117 milliards US$ ou 418% en huit ans seulement (Lauzon, Martine et Hasbani, 2008).
Dans la cité d’Uvira, le fait que la consommation de l’essence s’accroît de manière significative1, cela a rendu le secteur très attractif et a incité les opérateurs économiques de la cité à entreprendre dans la branche des produits pétroliers, et plus spécifiquement
dans l’essence. Ainsi, ce produit a fait l’objet de concurrence entre opérateurs qui ont
1 En janvier 2009, on avait 1127969 litres d’essence vendus, 1282107 en décembre de cette même année, 1517224 litres en 2011.
créé chacun sa station-service. Mais également d’autres activités informelles ont vu le jour donnant naissance aux vendeurs appelés « Kadhafi ».
La théorie microéconomique renseigne que quand il y a un petit nombre des firmes d’importance comparable, chacune d’entre elles disposant d’une part de marché, ces dernières s’influencent mutuellement. Chaque décision prise par une des firmes nécessite une réponse à la question de savoir quelle sera la réaction de ses concurrents.
De la réponse à cette question dépendent deux éléments ; du choix de la meilleure politique quand on peut anticiper les réactions des concurrents et de l’utilisation rationnelle de cette information pour influencer leur comportement.
Ces deux éléments constituent le problème des interactions stratégiques. Ce problème introduit un degré de complexité dans l’analyse des oligopoles qui est très supérieur à celui qu’on trouve dans la plupart des autres structures de marché (De Bornier, 2000)
Durant cette dernière décennie, la concurrence entre les stations-service de la cité d’Uvira s’est accrue entrainant ainsi la fermeture des stations qui n’étaient pas en mesure de s’adapter à cette situation2. Celles qui ont su se maintenir évolueraient dans une structure des marchés du type oligopolistique du fait de l’interdépendance qui existe entre leurs décisions. Cette interdépendance correspond à l’existence des comportements stratégiques qui tiennent compte des réactions des concurrents aux
décisions de la firme (Yildizoglu, 2009).
L’essence est devenue un élément d’enjeux politique pour la plupart de nations. C’est un produit stratégique pour les acteurs de ce secteur qui entraine l’augmentation des ses moyens d’utilisation et est utile pour le transport, les industries, et autres. Raison pour laquelle l’Etat intervient dans le secteur pour le réglementer. Dans la majeure partie, cette intervention de l’Etat est axée sur les prix par l’imposition d’un prix plafond au délà duquel les stations-services ne peuvent vendre et quelque fois, il leur accorde des
subventions pour maintenir stable le niveau des prix.
2 Parmi elles, on peut citer les stations-services : Maison Antoine Kizenga, Eco-pro,
Jasam Box,…
Quelques études ont été mené sur les produits pétroliers à l’exemple de Lauzon, Martine et Hasbani (2008) qui, dans leur travail, ont cherché à savoir si les six compagnies pétrolières mondiales évoluaient dans une situation de concurrence ou dans un cartel ; Kambere (2008), quant à lui, voulait savoir comment la commercialisation des produits pétroliers pouvait contribuer à l’amélioration, surtout à l’accroissement des revenus des opérateurs économiques et faciliter le transport des personnes et des biens dans la ville de Goma et Balagizi (2012) voulait savoir si le secteur pétrolier dans la ville de Bukavu était attractif et si les usagers des produits pétroliers étaient satisfaits des prix à la pompe et de la qualité des services des stations-services.
Rares sont les textes ou les actions qui portent sur les quantités à offrir sur le marché, ce qui laisse libre court aux opérateurs économiques quant aux quantités offertes et aux stratégies d’offre sur le marché. C’est dans ce cadre que s’inscrit cette étude dont l’objectif est d’analyser les structures de marché dans la cité d’Uvira en essayant de comprendre le comportement des stations-service évoluant dans le secteur. Pour y
arriver, ce travail tente de répondre aux questions suivantes3 :
ü Dans quelle approche la branche de stations service évoluerait-elle dans la cité
d’Uvira ?
ü Quel est le comportement des firmes évoluant dans le secteur pétrolier dans la cité d’Uvira ?
ü Une approche coopérative serait-elle plus avantageuse pour l’ensemble des entreprises du secteur ?
Nos investigations concernent essentiellement la cité d’Uvira, l’une de trois cités du territoire d’Uvira, située au centre dans la plaine de la Ruzizi, en province du Sud Kivu. De manière spécifique, nous nous intéressons aux stations service œuvrant dans la cité d’Uvira pour les périodes qui seront retenues dans notre recherche. Il s’agit des stations- service comme GINKI4, GBP, MBUGUJE, RUKOBE WA RUKOBE, MAKASI et GPK. Les autres stations-service qui ne sont pas citées ou retenues dans notre analyse et qui existent encore dans cette cité ne vendent pas de l’essence mais d’autres produits
pétroliers (mazout, jet A1 et lubrifiant).
3 Les hypothèses relatives à ces préoccupations sont énoncées dans le second chapitre
4 Signalons que depuis janvier 2011, la station-service a changé de nom pour devenir
CH.L.R.
Nos analyses portent sur une période de trois ans, allant de 2009 à 2011, période après la crise financière mondiale. Pour éviter les valeurs extrêmes (aberrantes) susceptible d’influencer les résultats issus des analyses, les données sont collectées mensuellement.
Sur la population cible composée des stations-services œuvrant dans la cité d’Uvira, un total de six entreprises a été enquêté via les responsables afin de savoir comment chaque station-service prend les décisions sur les quantités à vendre. Les données utilisées dans cette étude proviennent d’informations historiques recueillies en deux temps auprès des stations retenues dans notre étude. En premier lieu, nous avons effectué des entretiens qui avaient pour objectif de comprendre le comportement des différentes stations-service quant à ce qui est de la prise de décision de vendre et second lieux la documentation qui nous a permis d’avoir les théories relatives à notre sujet de recherche. Le traitement des données est obtenu en recourant à l’estimation d’un modèle de régression simple avec le logiciel Eviews 3.11. Ceci, pour déterminer la fonction de demande. Tandis que pour les fonctions de coûts totaux pour chaque station-service, nous avons régressé la fonction à forme linéaire. Les modèles estimés, la théorie microéconomique nous a permis d’analyser le comportement des stations-services.
Mise à part l’introduction et la conclusion, ce travail comprend trois chapitres. Dans le premier chapitre, nous ferons une revue de littérature sur les travaux ayant porté sur cette question de façon à disposer de quelques éléments de repère qui nous aideront à mieux orienter notre réflexion. Le deuxième sera consacré à la méthodologie à utiliser dans cette étude et à l’organisation du marché des produits pétroliers dans la cité d’Uvira. Quant au troisième chapitre, il sera question d’analyser les comportements des stations-service dans la cite d’Uvira.