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Chapitre IV : DISCUSSION DES RESULTATS

Dans les pays en voie de développement, le taux de mortalité intra hospitalière observée reste élevé. Il est très variable et différent d'une étude à l'autre. Plusieurs facteurs sont à la base de ce constat.

 Notre étude a porté sur 457 enfants hospitalisés avec une proportion de décès de 14,8%. Ce taux de mortalité globale est supérieur à celui trouvé en Afrique par d'autres auteurs. Ce taux est de loin supérieur à 3,3 % trouvé au Togo, chez les enfants de 1à 59 mois hospitalisés au service de pédiatrie général de CHU GABRIEL TOURE 2013 [42], Fatma G en Tunisie avait trouvé 2,2% [44] et à Abidjan /Cote d’Ivoire, Asse K avait enregistré une mortalité globale de 10,6%. [29] 

  1. LES CARACTERISTIQUES SOCIO-DEMOGRAPHIQUES
  2. Sexe

Dans notre étude le sexe masculin était plus représenté avec 56,7 % avec un sexe ratio de 1,3. Ce constant vient confirmer les résultats de la majorité, le sexe masculin est plus représenté. 57% trouvé  par Doumbia A. au Togo (2016). [42] d’une part, et par Ghorbal F. en Tunisie 56,5% [31], d’autre part. Asse K. et al à Abidjan 52,2% [29].

Cette tendance est rapportée à l'échelle internationale. Concernant les pays en voie de  développement, une étude menée à Burkina Faso [45] sur une période allant du premier janvier 2002 au 31 décembre 2006 sur 1226 nouveau-nés hospitalisés, a révélé une prédominance masculine (55,2 % de garçons contre 44,8% de filles soit un sexe ratio de 1,2). Cette sur morbidité masculine était retrouvé à Madagascar  (53,3% de garçons) [41], à Dakar (SR=1,3) [46] et en Iran  (SR= 1,4) [40]

 En ce qui concerne les pays développés, un sexe ratio de 1,3 est rapporté par une étude faite à Toulouse entre juin 2004 et mars 2006 [43].

En Italie [47], 56% des enfants hospitalisés entre janvier et décembre 2001 étaient des garçons.

La persistance de cette prédominance masculine dans les études récentes plaide en faveur d’une fragilité intrinsèque des enfants de sexe masculin [20,21], plutôt que des raisons culturelles et socio-économiques avec une discrimination sexiste entraînant la sous hospitalisation des filles avancées par certains auteurs [32, 33].


  1. Age des enfants

Notre étude  montre que le pourcentage d’hospitalisation le plus élevé concernait les nourrissons de moins de deux ans (46%). Cette constatation corrobore les résultats d'autres études  [31, 44, 46].

À l’échelle mondiale, nos résultats se rapprochent plus de ceux des pays en voie de développement que des pays développés.

Ceci atteste d'une vulnérabilité accrue chez les enfants appartenant à cette tranche d'âge qui peut être aggravée par des conditions socio-économiques défavorables.

  1. Modalité de recours aux soins

La majorité des enfants viennent directement de la maison  (61,3%). Nos résultats se rapprochent de ceux de Kumar P et al. En Ethiopie  pour qui 57,9% des patients venaient directement de leur maison [34].  Dans l’étude de Li L. la proportion des patients ayant consulte directement sans passage dans une structure sanitaire intermédiaire était de 36,8% [35].

L’HGR/Panzi est une structure de référence mais la majorité des patients consultait directement sans passer par les structures périphériques. Ceci confirme un échec du système de référence et d’évacuation sanitaire dans notre pays (absence de critères d’admission dans le service)

  1. Profession des parents

Le niveau d’instruction des parents a une incidence sur la morbidité et la mortalité de leurs enfants. Si dans notre étude la majorité des pères (33,9%) était des fonctionnaires, dans celle de Asse K. [29] ils étaient des ouvriers avec respectivement des taux de 34,75 et 31%. Dans le même travail, 72,7% des mères étaient des ménagères alors que ce dernier représentait  46,2% des mères dans notre série.

  1. Niveau d’instruction des parents

Tant pour les pères que pour les mères, plus de la moitié des  parents des enfants de notre étude avaient le niveau d’instruction secondaire, 58,4 %  et  52,7 %  respectivement. Nos résultats étaient meilleurs à ceux de Asse K [29], d’une part qui  avaient rapportés de niveaux élevés, variant entre 47,6% et 80,1%, de non scolarisation des parents.  Le faible niveau d’instruction des mères est des facteurs qui peuvent augmenter significativement la morbidité et mortalité infantile ; Ceci peut expliquer le retard à la consultation.  

  1. Délai écoulé avant recours aux urgences

La majorité des enfants avaient consulté dans les 24 à 72 heures suivant l’apparition des symptômes.  Nos résultats ne sont pas loin de ceux de Lallement et al.  Qui avaient observé à Dakar que les patients étaient admis en moyenne vers le troisième jour [36]. Par contre ils se contredisent de ceux trouvés au Togo par Doumbia ; le délai de consultation était long, 44 % des enfants ont été admis plus d’une semaine après le début de la maladie [42]. La consultation tardive à l’hôpital pourrait s’expliquer par le manque des moyens financiers qui pousse les parents à recourir à l’automédication ou à la médecine traditionnelle. 

  1. Durée d’hospitalisation

La durée médiane d’hospitalisation était de 3 jours avec des extrêmes de 1 à 7 jours. La moyenne était de 7 jours pour   Asse K  [29].

                 II. MOTIFS DE CONSULTATION

Comme dans notre étude, la fièvre et  la toux/détresse respiratoire étaient les principaux motifs de consultation  pour plusieurs auteurs dont [29, 36,42].

          III. LES PRINCIPALES PATHOLOGIES RENCONTREES 

  1. Le paludisme

Il constitue la première cause d’admission dans l’unité des urgences pédiatrique  avec  une fréquence de 49% et une létalité de 10,7%.  Comparativement à nos observations, Chadi F. en Côte d’Ivoire, 2013, avait trouvé paludisme comme première cause  d’hospitalisation  avec 62% chez les enfants de moins de 5 ans et 11,8% de mortalité infantile due  au paludisme. [40] Les mêmes résultats ont été observés au Mali [42]. Par contre Fatma G en Tunisie avait trouvé IRA comme première cause d’hospitalisation [44].

Malgré une forte mobilisation internationale, le paludisme reste de loin la plus importante des maladies parasitaires tropicales et fait plus de victime que toute autre maladie transmissible à l'exception de la tuberculose selon l'OMS surtout dans les pays peu développés et déjà affaiblis économiquement. Il représente la 5e cause de décès à la suite d’infection à l’échelle mondiale, la 2e en Afrique, derrière le VIH/SIDA [39].

Cette situation peut s’expliqué soit :

  • une mauvaise utilisation des mesures préventives : Mauvais usage et entretien des moustiquaires, couverture insuffisante (familles nombreuses insuffisamment couvertes)
  • Problèmes d’ordre financier: Achat du traitement souvent fonction de la somme disponible,
  • Insalubrité qui favorise la multiplication des germes
  1. Insuffisance respiratoire aigüe (IRA)

           Les infections respiratoires aiguës (IRA) sont une des causes de décès les plus importantes chez les jeunes enfants dans les pays en développement. Selon les plus récentes estimations de l'OMS, dans le monde, les IRA sont à elles seules responsables de 18,1% des décès chez l'enfant [41]. Dans notre étude, elles représentaient la deuxième cause d’hospitalisation après le paludisme  avec une fréquence de 13,6% et une létalité de 20,6%. Ces résultats corroborent ceux trouvés par d’autres auteurs dans les pays en voie de développement [42, 43, 46].

           Le profil de la morbidité de notre série semble différent de celui des pays développé ; à l'échelle internationale l’IRA constitue la première cause d’hospitalisation pour  des pays développés. En effet, la pathologie respiratoire a dominé le tableau en Italie avec 26,2% entre novembre 2001 et avril 2002 [53], au Canada avec 21,8% en 1993 [54] et Washington avec 15,6% en 1989 [55].

  1. Malnutrition

              Dans notre étude la malnutrition constituait la troisième cause d’hospitalisation avec 30 cas soit 6.6%  et présentait  un taux de létalité le plus élevé (43,3%) . Ces resultats sont proche de ceux trouvé par Doumbia A. au Mali, elle était la troisième  cause d’hospitalisation  avec une fréquence de 15% et un taux de mortalité de 47% [42] ;

En 2009, l'Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture (FAO) chiffrait le nombre de personnes souffrant de la sous-nutrition sévère à plus d'un milliard. Le manque d’accès à la nourriture n’est pas la seule cause de malnutrition. Les mauvaises pratiques alimentaires et les infections, voire l’association des deux, participent beaucoup au phénomène. L’amélioration des pratiques d'allaitement et de la nutrition dans la petite enfance réduiraient les décès liés aux infections et à la malnutrition aiguë sévère [35].

            IV.  LES FACTEURS INFLUENCANT LA MORTALITE

De même que pour la morbidité, nous avons essayé de déterminer quelques facteurs influençant la mortalité dans notre service. Pendant la période d’étude le taux de mortalité était de 14,9%.  L’âge, le niveau d’instruction des parents, la modalité de recours aux soins et la provenance  étaient  les principaux facteurs favorisants la mortalité dans notre série.

  1. L’âge

Le risque de décéder était plus élevé chez les enfants de moins de 5 ans comparativement à ceux d’un âge supérieur à 5 ans. Ce résultat corrobore  celui de Fatma Safi Ghorbal  [44]. Par contre il est en désaccord avec celui rapporte par Kouéta F au Bourkinafaso,  l’âge n’avait pas d’influence sur la mortalité, OR=1,05(IC : 0,5-1,9) [45]

Cette situation s’expliquerait par l'immaturité immunitaire de ces enfants, les exposant plus à des infections sévères. Le sevrage précoce de ces enfants, le plus souvent dû à la survenue d'une autre grossesse chez la mère, les fragilise et expliquerait aussi cette surmortalité. D'autres facteurs non cités ici expliqueraient ce fait, indiquant que l'augmentation du risque de décès pour les enfants est multifactorielle.

  1. Modalité de recours aux urgences

Le fait d’avoir transité par une structure sanitaire avant d’être admis aux urgences pédiatriques était un facteur de risque de décès. Les enfants référés couraient 3,04 fois plus le risque de mourir que ceux qui ne l’étaient pas ; OR =3,04(IC=1,73-5,35). Ces résultats ne contredisent pas ceux trouvés par Camara B à Dakard, OR=4,03(1,32-5,4).[46] ; Ils sont en désacord avec les résultats de Kumar P en Ethiopie (la modalité de recours aux soins n’influence pas le décès.[34]

3. Le niveau d’instruction des parents

Les enfants des mères d’un faible niveau d’instruction avaient un risque élevé de décéder (OR =3,9(IC : 1,8-5,66) ce qui corroborent avec le résultat trouvé par Lallement A. [36].  Des résultats pareils apparaissent dans l’étude faite par Cantagrel S [49].

Un niveau d’instruction plus élevé permet de rompre avec la tradition, d’être moins fataliste devant la maladie, d’adopter des thérapies et d’expérimenter des alternatives nouvelles dans une communauté qui change et évolue. En bref, la scolarisation apparait comme un processus social, capable de garantir de nouveaux modèle et de continuelles transformations, de favoriser et d’accélérer les modalités d’acquisition des informations et donc de stimuler l’intérêt pour la médecine moderne et la compréhension de la prévention.

En dépit du taux de chômage élevé,  plus les parents sont instruits plus ils ont la capacité de s’organiser afin d’améliorer leurs revenus. Ils ont aussi plus d’opportunités d’occuper des postes mieux rémunérés.

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