Arrow Table de matières
9503020

Chapitre Troisième : DE LA RESOLUTION DES CONFLITS ETHNIQUES DANS LA CHEFFERIE PLAINNE DE LA RUZIZI PAR L’ADMINISTRATION PUBLIQUE

L’administration publique utilise plusieurs mécanismes dans la résolution de conflit en  chefferie plaine de la Ruzizi, dont certains mécanismes sont considérés comme inefficaces par  la majorité de la  population et d’autres qui sont encore difficile à appliquer par l’administration publique mais considérés comme de mécanismes efficaces par la population de cette entité.

            Parmi les mécanismes inefficaces on peut citer (la palabre Africaine, la médiation, la négociation et la facilitation ou le dialogue intercommunautaire), ils sont considérés inefficaces parce que se sont de mécanismes utilisés souvent par l’administration publique pour rétablir la paix durable dans cette entité, mais la situation semble demeurer la même, et parmi les mécanismes efficaces on peut citer (transformation de la chefferie en secteur, identification et condamnation des agents générateurs des conflits et la participation de toutes les communautés dans la gestion de la chefferie).

D’après nos données sur le terrain,  ils sont considérés efficaces, parce qu’une fois appliqué par l’administration publique, la chefferie plaine de la Ruzizi peut résoudre plusieurs problèmes et surtout les différents types de conflits qui déstabilisent le bon fonctionnement des institutions locales[1].

Dans ce chapitre nous  allons développer beaucoup plus  les mécanismes efficaces tels que confirmé par la population dans le terrain en entrant en profondeur. Ce chapitre comprendra deux parties dont la première portera sur les mécanismes inefficaces et le second parlera sur les mécanismes efficaces.

Première partie : Les mécanismes inefficaces utilisés par l’Administration publique dans la résolution des conflits ethniques dans la chefferie plaine de la Ruzizi

    Dans le cadre de règlement des conflits, l’administration publique utilise  des mécanismes qu’il estime efficaces pour solutionner tout conflit quel que soit sa typologie. Ces mécanismes sont différents et s’appliquent selon la nature, les causes et l’évolution du conflit. Parmi ces mécanismes certains sont traditionnels (première section), la palabre Africaine (première paragraphe) et d’autres qui sont modernes (deuxième section), la médiation (première paragraphe), la négociation (deuxième paragraphe) et la facilitation au dialogue intercommunautaire (troisième paragraphe).

Section première : Les mécanismes traditionnels

      Il convient de dire que nul n’a le droit d’effacer l’histoire d’un peuple, car un peuple sans histoire est un monde sans âme. Le propre de l’histoire est de permettre à une société de forger un certain nombre des modes de cohésion sociale, de vie communautaire.

 Il est question le plus souvent des modes pacifiques qui s’en racinent dans de valeurs socioculturelles.

I.1. La Palabre Africaine

      La palabre Africaine est un pour parler à l’occasion d’un problème. Elle a pour but la réconciliation familiale, clanique, tribale ou ethnique selon la dimension du problème. Elle a les caractéristiques suivantes :

  • Le système judiciaire traditionnel est établi au sein d’une communauté ayant des liens étroits qui font que le litige soit examiné par toute la communauté et non pas comme une affaire de deux parties
  • C’est la restauration de l’harmonie sociale et non la détermination de la culpabilité qui intéresse la communauté
  • La décision est prise sous forme d’un compromis tenant compte non seulement des règles du droit coutumier, mais également d’autres

              C’est ainsi que, en cas de persistance du conflit, l’administration publique en collaboration avec la BARZA du Sud-Kivu peut  soumettre deux ethnies aux parties en conflits à une sorte de pièces qui se solde par des recommandations. L’administration publique peut aussi arrêter des mesures nécessaires dans le cadre de conférences susceptible de prévenir tout conflit interethnique en promulguant le respect de la dignité d’une personne et de la loi.

              Avec les données recueillies  sur le terrain, cette façon n’a jamais abouti à la résolution du problème, car les recommandations avancées par les deux parties dans la Barza, semblent être difficile dans son applicabilité pour les deux communautés. Pour cet état de chose l’Etat devrait chercher d’autres moyens nécessaires qui pourraient trouver une solution à cette situation.

Section deuxième : Les mécanismes  modernes     

         Les mécanismes modernes sont aussi appelés modes alternatifs. Malgré l’utilisation de ces  mécanismes dans la chefferie plaine de la Ruzizi par l’administration publique, cette dernière demeure dans l’impossibilité d’asseoir son rôle d’intérêt général et la question de la paix durable semble avoir un blocage.

            Nos sources sur terrain affirment que, ces mécanismes constituent un jeu pour certaines autorités locales et provinciales qui proposent cette procédure pour leur fins (profits) politiques mais pas pour l’intérêt de toutes les communautés et il se termine par un solde zéro qui ne ressoudent aucun problème entre les parties en conflit.

II.1. La médiation

       La médiation est un processus par lequel une tierce partie offre son assistance procédurale afin d’aider des individus ou des groupes en conflit à résoudre leur différend. Elle est un processus volontaire dont le succès  dépend de la capacité à prendre des décisions. Le médiateur structure le processus de manière à créer un environnement sécurisant qui permet aux parties antagonistes qui puissent satisfaire leurs intérêts.

                     La médiation est un moyen qui semble important et souvent utilisé par l’administration publique  pour résoudre les conflits dans la province du Sud-Kivu et particulièrement en chefferie plaine de la Ruzizi, intervient pour les conflits intercommunautaires pour faire la médiation ou pour jouer le rôle de médiateur entre les parties en conflits.

                     Cette médiation, d’après les informations sur le terrain, pourrait faire quelques avancés dans la résolution de conflits en chefferie plaine de la Ruzizi, mais le problème se pose au moment du choix du médiateur, qui est choisi  et qui intervient dans la médiation sans que l’une de partie ne soit d’accord sur son choix, voilà une raison qui fait à ce que les deux parties trouvent ne pas un consensus.

II.2. La négociation secrète

         La négociation est un processus de résolution de conflit dans lequel deux ou plusieurs personnes (impliquées dans le conflit) discutent librement de leur différend et essaient d’atteindre une décision commune sur leur préoccupation. Elle est un processus tant compétitif (négociation de position), où les parties font des propositions et des contre-propositions qui peuvent selon elles constituer une solution au conflit, soit un effort de collaboration (négociation d’intérêts), où les parties expriment leurs besoins respectifs et collaborent dans leur recherche d’une solution créative pouvant maximiser la satisfaction de leurs intérêts.

Dans un processus de négociation, les participants sont soit les parties en conflits elles-mêmes, soit leurs représentants. Pour la négociation secrète, ce mode de règlement des conflits est le moyen le plus utilisé au gouvernement en collaboration avec la Barza intercommunautaire du Sud-Kivu pour solutionner les problèmes des communautés. Il s’avère que dans un cadre des conflits purement politiques, les rencontres des leaders dans l’anonymat favorisent plus la résolution des problèmes qu’à ciel ouvert[2].

  Pour certaines autorités locales, cette manière de faire la résolution des conflits ethniques dans la chefferie plaine de la Ruzizi, ne pourra jamais nous donner une solution car la vraie solution c’est l’administration publique qui doit appliquer la décentralisation effective à toutes les entités territoriales décentralisées sur toute la république démocratique du Congo et en particulier en chefferie plaine de la Ruzizi.

II.3. La facilitation au dialogue intercommunautaire

              La facilitation au dialogue est un processus utilisé par le gouvernement provincial qui est similaire à la médiation de par ses objectifs. Cependant ce type de processus, le facilitateur travaille avec les parties afin d’améliorer leur capacité à communiquer et à résoudre leur problème.

          Le facilitateur peut être soit une tierce personne, soit l’un des protagonistes du conflit qui s’abstient dès lors à intervenir sur les questions de contenu.

En cas de tout conflit, le comité de la Barza Sud-Kivu organise un lieu de rencontre entre les chefs de différents groupes en conflits. Cette rencontre peut soit être programmée séparément au siège de chaque membres en conflit ou au siège de la Barza intercommunautaire à Bukavu.

Ce dialogue vise à faire comprendre à la population que la cohabitation pacifique reste le meilleur moyen de la paix. Le dialogue comme un des modes de règlement des conflits est le moyen le plus utilisé dans la résolution des conflits au Sud-Kivu.

Pour la résolution de  plusieurs conflits selon notre source sur le terrain, plusieurs acteurs pensent que cette technique peut être utile pour résoudre la question des conflits ethniques dont la solution se trouve dans certaines lois de la République démocratique du Congo  et la manifestation de la volonté des autorités locales, provinciales et nationales qui parfois semblent ne pas vouloir apporter une solution de pouvoir dans la chefferie plaine de la Ruzizi.

On dirait que tous ces mécanismes sont utilisés pour diminuer la tension des uns et des autres mais en réalité ils n’ont jamais apporté une paix durable dans cette entité.

Deuxième parti : Les mécanismes efficaces utilisés par l’Administration publique dans la résolution des conflits ethniques dans la chefferie plaine de la Ruzizi

      la réalité sur le terrain, Sont des mécanismes souhaités par la population et que l’administration publique semble avoir un grand problème dans son application, il s’agit de changer la chefferie en secteur (section première), identifier et sanctionner les agents générateurs qui sont à la base de conflit ethnique (deuxième section), et faire participer toute la communauté dans la gestion de la chefferie (troisième section).

Section première : Changement de la chefferie en Secteur

       Nous allons analyser cette section sur le plan juridique (première paragraphe) et  sur le plan politico – administratif (deuxième paragraphe)

I.1. Sur le plan juridique

               Le décret royal no 109 du 04 Octobre 1928 qui l’avait créée a été successivement abrogé par :

Le décret royal de 1933, portant organisation, fonctionnement de nouvelles entités de base en chefferie et secteur aujourd’hui constitué en collectivités

Le décret royal de 1935 qui accorde les noms des chefs – lieux aux autorités à la place de noms des tribus et ethnies. Ainsi que le territoire de Bafuliiru devient Territoire d’Uvira

Le décret royal du 10 mai 1957, portant création des circonscriptions indigènes (C I) constituées en chefferies, secteurs et centres par lequel la plaine de la Ruzizi était devenue circonscription indigène.

                   En 1961 quelques mois après l’indépendance, le premier président de la République démocratique du Congo, Joseph KASAVUBU, transforme, par l’ordonnance présidentielle, le nom de la chefferie des Barundi en chefferie plaine de la Ruzizi et déclare les Barundi étrangers en République démocratique du Congo

La décision n0 1/1962 du 13 Avril 1962 incorpore cette chefferie dans celle de Bafuliiru, par contre celle n0 1370/juillet, CAB/AI/66 de 1967, l’ordonnance loi n0 67 – 117 du 10 avril 1967 portant organisation des entités centralisées et déconcentrées en République démocratique du Congo du Zaïre.

La loi n077/028 du 19 novembre 1977 relative à l’organisation territoriale en zones, sous régions urbaines et en localités qui les composent

L’ordonnance loi n0 82/OO6 du 25 Janvier 1982, instaure la décentralisation effective des nouveaux organes au niveau de chaque entité décentralisée.

Le 20 juin 1991, il y a eu opération d’identification des nationaux dans les régions du Nord – Kivu, du Sud – Kivu et Nord Katanga où les Barundi ont perdu la nationalité et le pouvoir parce qu’ils sont étrangers (ne figurent même pas parmi les 450 tributs du Congo).

La loi n0 95 – 005 du 20 Décembre 1995 portant décentralisation territoriale administrative et politique de la république du Zaïre pendant la transition telle que modifiée et complétée par les lois subséquentes.

La loi organique n0 08/016 du 07 Octobre 2008 portant composition, organisation et fonctionnement des entités territoriales décentralisées et leurs rapports avec l’Etat et les provinces. C’est la loi organique qui est en vigueur régissant les entités territoriales décentralisées (ETD) en République démocratique du Congo

La situation démographique actuelle ou mieux le statut juridique de cette entité territoriale ne cadre point avec la définition légale de la chefferie mais plutôt avec celle du secteur. L’article 66  de la loi n0 08/07 Octobre 2008 portant, composition, organisation et fonctionnement des entités territoriales décentralisées et leurs rapports avec l’Etat et les provinces, définit le secteur en ces termes « le secteur est un ensemble généralement hétérogène de communautés traditionnelles indépendantes organisées sur base de la coutume, il a à sa tête un chef élu et investit par le pouvoir public ».

Il est administré conformément aux dispositions de la présente loi. Toutefois, les groupements coutumiers qui les composent, conservent leur organisation coutumière dans les limites et conditions prévues par la présente loi et la loi portant statut des chefs coutumiers.

Tandis que l’article 67 de la même loi organique susmentionnée définit la chefferie en ces termes « la chefferie est un ensemble généralement homogène de communautés traditionnelles organisées sur base de la coutume et ayant à sa tête un chef désigné par la coutume reconnu par le pouvoir public ».

 Elle est administrée conformément aux dispositions de la présente loi et à la coutume pour autant que celle – ci ne soit contraire ni aux édits, ni à l’ordre public, ni aux bonnes mœurs.

Selon les données recueillies sur le terrain, il est évident de confirmer que la population plaine de la Ruzizi est hétérogène constituée des différentes communautés ayant chacune sa coutume propre, les Barundi, Babembe, Bafuliiru à majorité, Bashi, Banyamulenge[3].

I.1.  Sur le plan politico - Administrative

      La chefferie plaine de la Ruzizi depuis sa création en 1928 jusqu’à ce jour a toujours été gérée de façon extra coutumière par les dirigeants issus de différentes tribus et ethnies de la République démocratique du Congo.

 Outre les Barundi, population d’origine burundaise, les Bafuliiru, Bashi, les Bangungu de Maniema, les Kasaiens et les Rega. Jusqu’ à la preuve du contraire nul autre chefferie de la République démocratique du Congo n’a jamais été administrée de cette façon extra coutumière. C’est ce qui prouve à suffisance que l’exercice du pouvoir dans cette chefferie n’est pas coutumier.

 Selon CIPRIEN, la seule solution pour cette entité et d’avoir un chef qui devrait prendre en compte toutes les couches de différentes communautés dans son administration au lieu de privilégier une couche par rapport à une autre. Il  continue en affirmant que pour que l’administration publique fonctionne normalement et atteindre la résolution des conflits qui se remarquent jusqu’à présent dans cette entité, le gouvernement doit appliquer  la décentralisation effective dans les entités territoriales décentralisées.

Section deuxième : Identification et condamnation des Agents générateurs des conflits ethniques

        Dans cette section nous parlerons des agents générateurs des conflits ethniques(les agents directs et les agents indirects) la condamnation des agents, les enjeux des conflits et les conséquences de conflits.

II.1. Les Agents générateurs des conflits

         Dans ce point, nous pouvons différencier les acteurs qui sont engagés directement et qui sont engagés indirectement dans les conflits, les enjeux des conflits et les conséquences des conflits

Parmi eux, nous pouvons considérer les Bami qui veulent se maintenir au pouvoir, la population autochtone Bafuliiru[4] ainsi que les intellectuels natifs de la chefferie plaine de la Ruzizi vivant dans la diaspora qui n’acceptent jamais l’exercice du pouvoir du chef accusé d’étranger sur la majorité autochtone.

 Il est probable que la plupart des acteurs de la crise du pouvoir peuvent être internes (locaux) et externes (natifs vivant dans la diaspora).

II.1.1 Les Agents directs

        Quant aux agents internes, sont ouvertement dans les conflits vécus : il s’agit de la population locale, la société civile, les Bami et autres leaders locaux qui sont impliqués directement dans la manifestation au moment de réhabilitation du pouvoir du chef coutumier. L’implication des agents internes résulte dans la tenue des réunions locales sur la contestation du pouvoir, collaboration entre les  Bami  qui veulent se maintenir au pouvoir ; les intellectuels dans la rédaction de mémorandum et leur dépôt à toutes les instances concernées par les affaires coutumières,  manifestation pacifique et non pacifique contre l’autorité coutumière[5].

Au cours de la manifestation contre l’autorité coutumière, le chef de groupement honoreur de Kakamba SOKO BIN MAYEYE nous relate qu’en date du 11 avril 1962, les hommes Fuliru armés de lances et des machettes en provenance de RUENENA, NYAMUGALI, KITEMESHO, KAHANDA tous mobilisés se dirigeaient à Mutarule choisi comme lieu de rencontre, car c’est à quelques mètres de la résidence du Mwami pour le menacer et sa population.  Ils tuèrent le bétail des Barundi et s’emparèrent de leurs biens abandonnés[6].

II.1.2. Les Agents indirects

      Appelés aussi les agents externes, s’impliquent dans la contestation mais vivant en dehors de la chefferie tels que les intellectuels et d’autres natifs résidants en dehors de l’entité.  Ces agents jouent le rôle important dans la communication des stratégies pour contester et maintenir le pouvoir.

Disons que selon les données trouvées sur le terrain, le rôle joué par les différents agents pour instabiliser le pouvoir, résulte dans une résistance sur la réhabilitation du pouvoir  par la hiérarchie et qui se fait en faveur des autochtones  Bafuliiru de la dite chefferie plaine de la Ruzizi pour son exercice. Par ailleurs il faut aussi signaler que certains politiciens insultent la population à la haine pour y titre leur profit propre, propos affirme par certains membre de Barza Sud - Kivu

 II.1.3. Les enjeux des conflits

          Nous considérons comme enjeux dans cette étude tout ce que les agents au conflit risquent de perdre ou de gagner en maintenant ou résolvant le conflit. Le tableau ci – dessous résume les divers en jeux dans la conflictualité en territoire en général et dans la plaine de la Ruzizi.

Nature

Enjeux

-          Conflits entre groupes tribaux

-          Territoire(Entité)

-          Nationalité

-          Conflits d’accès au pouvoir

-          Contrôle du pouvoir

-          Leadership

-          Conflits fonciers

-          Terre (exploitation agricole, habitation)

II.1.4.Les conséquences des conflits

      Nous allons présenter ces différentes conséquences  sur le plan matériel et économique, humain, sécurité et social.

II.1.4.1.Sur le plan matériel et économique

Ici plusieurs dégâts matériels se remarquent notamment :

  • Destruction des infrastructures existantes, écoles, hôpitaux, communications……
  • Abandon des activités économiques et chute de la production agricole, artisanale, industrielle,
  • Délabrement du tissu économique
  • Pillage des biens
  • Destruction méchante de la faune et de la flore
  • Enrichissement illicite d’une minorité et paupérisation de la majorité
  • Emergence d’un commerce illégal, la contre bande, etc.….

II.1.4.2. Sur plan humain

  • Récurrence des assassinats, des tueries et des massacres,
  • Taux élevé des déplacés internes et des refugiés, d’où la chute de la production
  • Recrutement des enfants dans les forces et les groupes armés, leur utilisation dans les affrontements
  • Viol et violences faites aux femmes et jeunes filles par les soldats et milices
  • Malnutrition et recrudescence des maladies y afférentes (famine)
  • Augmentation du taux de mortalité, baisse de l’espérance de vie,
  • Enlèvements, prise d’otages et disparitions des personnes, libérations conditionnée à une rançon, etc.……

II.1.4.3. Sur le plan sécuritaire

  • Création des milices et groupes armés à caractère tribale – ethnique,
  • L’insécurité psychologique accrue
  • Florescence du commerce des armes légères et de petit calibre
  • Violation massive des droits humains
  • Mise en place des coalitions sur des bases sectaires essentiellement tribale, etc.

II.1.4.4. Sur le plan social

  • Détérioration des relations entre les groupes tribaux, les familles…..
  • Cohabitation difficile des communautés, suspicion, partage, difficile,
  • Renforcement de l’intolérance, de la méfiance, la haine, le préjugés, le stéréotype
  • Réduction des travaux d’intérêt communautaire,
  • Phénomène enfants de la rue, de la délinquance juvénile
  • Dislocation des familles
  • Adoption des attitudes de nature à pérenniser les conflits
  • Mariages internes entre les jeunes des groupes opposés, etc.…

Disons donc que les conflits ne sont pas identiques. Ils varient en fonction des acteurs, du cadre de production et des enjeux autour desquels s’opposent les parties. Les conflits sont des défis à une société, celle – ci devra  inventer les stratégies de prévention et de résolution. Certaines sociétés réussissent à contenir les conflits et d’autres sombrent dans des crises violentes[7].

 En soit, les conflits sont ambivalents. Dans certaines circonstances, ils unissent les groupes pour résister à l’agression extérieure et dans d’autres, les conflits divisent la communauté au tour des enjeux matériel évidents : pouvoir, terre, territoire de l’administration, etc.….

II.2. Condamnation des Agents générateurs des conflits

        D’après les données recueillies sur le terrain, il est question que l’administration publique applique les sanctions à toute personne qui fait l’objet de déstabilisation de l’ordre public au sein de la société, mais par contre ce qui se vit dans la chefferie plaine de la Ruzizi, les agents des conflits sont identifiés mais le problème se pose au niveau de sanction.

Certains sont arrêtés,  mais ils ne répondent pas favorablement  à leur  peine dont qu’ils devraient purger dans la prison.

Selon nos données récoltées sur le terrain, il est à montrer que l’administration publique puisse appliquer la sanction aux personnes qui déstabilisent le bon fonctionnement des institutions locales de la chefferie plaine de la Ruzizi, pour qu’il y soit le fonctionnement normal des institutions. La majorité de la population à montrer que la faiblesse de l’administration publique se remarque au niveau de l’application de sanction de ceux qui sèment le trouble dans cette entité, si une fois on pourrait appliquer la sanction selon la loi, on devrait déjà résoudre certain problème des conflits ethniques[8].

Un membre de la société civile, nous a informé que pour ce qui des agents générateurs des conflits sont connus même par l’administration publique, mais la procédure de sanction qui est normalement un élément capital reste en vin, sous prétexte si on les arrête leur communauté va se tourner méchamment contre une autre, raison pour laquelle, notre administration semble ne pas appliquer la sanction à certaines personnes.

Cette application de sanction est l’un de moyen pour rétablir une stabilité dans la chefferie plaine de la Ruzizi, car il est très douloureux de vivre avec une personne qui vole, viol, instrumentalise et déstabilise presque l’ensemble de l’entité pour son propre profit et l’administration publique ferme les yeux pour cette personne. 

A titre illustratif, certaines personnes nous ont dit qu’en Avril 2012, il y a eu l’assassinat du chef coutumier NDABAGOYE KINYONI à Luberizi, alors qu’il devrait être intronisé par monsieur le gouverneur de province du Sud – Kivu au lendemain de sa mort. Le dossier reste en cours et les auteurs de cet assassinat se portent mieux et ils ne sont pas  inquiétés par personne car ils savent très bien que notre administration publique n’applique pas la sanction.

La population sur le terrain a montré que le pouvoir public a la force et les stratégies pour sanctionner les auteurs des conflits ethniques en utilisant l’armée, la police et les différents services de renseignements[9].

Section troisième : La participation de toutes les communautés dans  gestion de la chefferie

        Dans cette section nous parlerons de la gestion de conflit de pouvoir, de la gestion de conflit ethnique du pouvoir et de la gestion politico – Administrative du conflit dans la chefferie plaine de la Ruzizi.

III.1. La gestion de conflit de pouvoir dans la chefferie plaine de la Ruzizi

        Les territoires de la Province du Sud – Kivu ont, dans leur majorité, été en proie à l’instabilité politique, à des longues guerres et des conflits récurrents au cours de deux dernières décennies. La succession de ces crises a entré des conséquences désastreuses se traduisant par des pertes humaines, des déplacements des populations, des destructions des habitations et les désorganisations publiques.  Des initiatives provinciales ont, à cet effet, été entreprises pour contribuer à dénouer ces crises aux dimensions multiformes qui ont obligé les populations à vivre dans des conditions infrahumaines, souvent ressenties comme une malédiction à subir plutôt qu’un problème à résoudre[10].

            Ce pour cette raison par rapport aux données récoltées sur le terrain que la population de cette entité a confirmé que les autorités tant locales que nationales voire les organisations internationales devront s’investir en vue de trouver des solutions durables à ce phénomène qui demande aussi la participation de toutes les communautés, d’aucuns estiment que ces crises tirent leur origines dans l’incapacité des dirigeants politiques de la région à s’attaquer à leurs causes profondes afin de les éradiquer définitivement. Les Nations Unies, la CUA, la CIRGL et les leaders politiques des Etats de la région des Grands Lacs ont, à cet égard, signé, à Addis – Abeba, le 24 janvier 2013, un accord cadre visant à réaffirmer leur engagement et responsabilité d’endiguer ce phénomène de conflit.

Chose grave malgré cet accord cadre, toutes les communautés n’ont pas compris son importance en vue de contribuer à son application pour faire face aux conflits qui persistent dans cette entité.

      D’après certains notables rencontrés sur le terrain, la participation de toutes les communautés dans la prise de solution de ce conflit, est le premier pas pour y aboutir et d’autres ont montré qu’au niveau local, les clivages ethniques, l’aggravation de problèmes fonciers, l’affaiblissement de la cohésion interne de la chefferie, le niveau de répartition inégale des richesses et des chances, le contrôle des matières premières sont les principaux facteurs des conflits ethniques de la chefferie plaine de la Ruzizi. La chefferie devrait, par ailleurs réfléchir sur la mise en place des prés requis nécessaires (climat favorable des affaires) pour une vie harmonieuse et dans la concorde[11].

III.2. La gestion ethnique du pouvoir dans la chefferie plaine de la Ruzizi

       Il est presque impossible qu’une province soit caractérisée par l’homogénéité ethnique, mais certains groupes ethniques ont une plus grande importance démographique que d’autres. Il en va de même au niveau des entités territoriales décentralisées. Si la loi de la majorité est toujours la règle, il faudra craindre qu’il y ait tyrannie de la majorité qui prendra toujours les postes de responsabilité au détriment des minorités, qui risquent de ne pas adhérer aux politiques communes. Il n’est pas exclu que grâce à des moyens financiers et à la ruse, une minorité impose aussi sa tyrannie sur le plus grand nombre.

Ainsi donc, pour les données récoltées sur le terrain, il nous a été montré que les organes locaux doivent se soucier de la représentativité de toutes les couches sociales au sein des institutions locales et éviter l’exclusion de certaine couche dans la gestion des affaires locales, chose qui se remarque actuellement dans la chefferie plaine de la Ruzizi où lorsque le chef coutumier investis avait remplacé tous les chefs de groupes Bafuliiru à la faveur de Barundi qu’il considérait comme les ayants droit de cette chefferie[12].

A la longue cette situation de nomination de Barundi avait créé un dédoublement administratif chose qui continue à persister dans cette entité et qui crée une situation précaire pour le bon fonctionnement des institutions administratives locales, dont depuis 2013 la taxe n’est pas perçue par l’Etat confirme notre source consultée sur le terrain[13].

D’après LAMEKE, pour lui pour assurer le bon fonctionnement de la chefferie plaine de la Ruzizi, on devrait procéder au partage du pouvoir en divisant les quatre groupements par deux et en cherchant un étranger (lega ou katangais) à la tête de cette chefferie, il continue en disant que lorsque chaque communauté peut se retrouver dans la gestion des affaires locales, la chefferie plaine de la Ruzizi, peut vivre en harmonie car tous les conflits sont liés au pouvoir et d’autres sortes de conflits viennent en dernier lieu.

            Le notable du groupe Kakamba, affirme pour sa part que, la participation de toutes les communautés à la gestion est la meilleure solution, et cela pourrait mettre fin à une main noire de certains politiciens qu’ils utilisent dans l’une ou autre communauté en leur profit propre.

III.3. La gestion politico – Administrative du conflit dans la chefferie plaine de la Ruzizi

          Par les principes de la décentralisation, les responsabilités des entités territoriales décentralisées, s’accompagnent également d’une meilleure répartition des ressources financières. A ce sujet, l’entité locale décentralisée doit pouvoir alimenter son budget par des taxes qu’elle perçoit. Elle devra se montrer capable d’une gestion efficace.

Pour nos données sur le terrain, la chefferie plaine de la Ruzizi, c’est une entité dont la population ne paie pas la taxe et le développement de cette entité semble quasi inexistant suite à une raison poussée par la majorité de la population que, le paiement de la taxe avantage une communauté au détriment de l’autre et l’administration publique n’a jamais envisagé aucune piste de solution à cette situation. Pour cette situation, on nous confirme que la gestion de la chefferie plaine de la Ruzizi n’est pas efficace suite à la résistance de certaines personnes qui ne paient pas la taxe.

La chefferie plaine de la Ruzizi étant une entité territoriale décentralisée qui se heurte à des  problèmes financiers. Le succès dans la réussite de l’administration locale dépend dans une large mesure des ressources effectives disponibles et de la possibilité de les utiliser de façon autonome.

 Dans la chefferie plaine de la Ruzizi, la taxation constitue l’élément moteur de ses ressources même si la population continue à résister à payer. Elles jouent un rôle important sur le circuit économique de l’Etat, à ce sujet, les taxes sont nécessaires parce qu’elles permettent au pouvoir public d’assurer ses responsabilités et faire face à ses obligations vis – à – vis du bien – être de la population.

Ainsi la chefferie plaine de la Ruzizi n’échappe pas à cette situation conflictuelle entre les contribuables et les pouvoir public. Les contribuables au sein de cette entité sont souvent très réticents au paiements des taxes pour plusieurs raisons, la plupart affirme d’après les données récoltées sur le terrain que le paiement de taxes avantage une seule communauté de la chefferie au lieu de répondre à l’intérêt général, et d’autres ils se demandent ou  se posent la question de savoir le rôle de ces taxes dans cette chefferie qui seulement gérée par une communauté d’une manière qui n’est pas claire et visible à toutes les communautés.

Pour Guido, la population résiste parce qu’en réalité, elle n’avantage pas l’ensemble de la population de cette entité et elle ne voit pas les effets des taxes et les impôts perçus par la chefferie.

De l’autre côté, d’après nos données sur le terrain il a été confirmé que si la population de cette entité ne paie pas les taxes c’est parce que le chef de chefferie est contesté et que le paiement de taxes peut lui avantager à résister au pouvoir pour l’avantage d’une communauté au détriment de l’autre communauté[14].

[1]              Entretien réalisé avec SOKO BIN MAYEYE l’ancien chef de groupement de Kakamba  à  Uvira, le 15 juillet 2016, à 14h.

[2]              Rapport annuel de la chefferie plaine de 2013

[3]              Entretien réalisé avec CIPRIEN, membre du comité de sage de la chefferie plaine de la Ruzizi à Luberizi, le 17 juillet 2012, à 14h

[4]              B. MUCHUKIWA, Op.cit., p.169.

[5]              Entretien réalisé avec SOKO BIN MAYEYE l’ancien chef de groupement de Kakamba  à  Uvira, le 15 juillet 2016, à 14h.

[6]              Entretien avec le notable YUYU à Bwegera le 15 juillet 2016 à 10h.

[7]              William lery, Comment négocier la paix : du conflit à la coopération chez soi, au travail et dans le monde. Ed : nouveaux Horizons ; paris, 2001, p110

[8]              Entretien avec Jack BIGIRIMANA, habitant de Luberizi, le 18 Juillet 2016 à 13h.

[9]              Entretien avec Richard NIJIMBERE III KINYONI III chef de chefferie plaine de la Ruzizi à Bukavu, le 24 juillet 2016 à 12h.

[10]             Entretien réalisé avec FIKIRI MUBENGWA enseignant à l’EP IMANI PANZI à Bukavu, le 22 juillet 2016 à 16h.

[11]             Entretien avec SEREMBA notable de Nvumu à Bwegera, le 20 juillet 2016 à 09h.

[12]             Entretien avec le chef de groupement de Luberizi LAMEKE BAZIRE  à Luberizi, le 17 juillet 2016 à 16h.

[13]             Entretien avec SIFA JEANNE MAYEYE femme leader du groupement Kakamba à Bwegera, le 15 juillet 2016 à 09h.

[14]             Entretien avec Guido RUSIMBI KIRIMA le chef de groupement de Kakamba à Bwegera, le  21 juillet 2016 à 12h.

Partager ce travail sur :