Table de matières
Le présent travail porte sur l’Administration publique et les conflits ethniques en Territoire d’Uvira. « Cas de la chefferie plaine de la Ruzizi ».
Etant donné que tout chercheur est appelé à opérer un choix judicieux de son sujet, ce sujet nous intéresse particulièrement comme natif de cette entité et ayant longtemps vécu l’instabilité, il s’avère légitime d’élucider les facteurs explicatifs de cet état de chose.
Bien sûr, l’élucidation de ces facteurs contribuera, nous l’espérons bien, à éclairer les citoyens et analystes sur les problèmes de l’administration qui se posent dans cette contrée. Faire ressortir les conséquences de ce qui vient d’être mentionné permettra de réfléchir, de manière prospective, sur les mécanismes envisageables en vue de projeter le développement par la base.
Le choix de ce sujet a été motivé, d’une part, par l’importance que revêt la gestion administrative des entités administratives décentralisées et d’autre part, par le souci qui nous anime d’approfondir nos connaissances en matière d’administration publique.
De ce fait, l’élaboration de ce travail va contribuer à notre formation scientifique et intellectuelle en faisant une recherche sur une question ou un fait d’intérêt général qui préoccupe toute une société, étant donné que nous sommes appelé à l’issue de notre formation universitaire, à gérer les sociétés humaines, il va essayer de montrer comment l’administration publique arrive à gérer les conflits ethniques dans la chefferie plaine de la Ruzizi et les contraintes auxquelles cette dernière se heurte pour restaurer la cohésion nationale et le bon fonctionnement de l’administration publique dans cette entité, et enfin, il sera question de montrer aux dirigeants que l’application effective de la décentralisation peut contribuer à démarrer le développement de cette entité.
Nous voulons montrer aux autorités congolaises d’une part, que la résolution de conflits ethniques n’est pas une question qui sera résolue par les organisations internationales, mais c’est parmi les grandes missions qui engagent leur responsabilité afin d’assurer la paix et la sécurité de personne et de leurs biens. Les autorités doivent être à mesure d’identifier les auteurs de conflits ethniques et d’appliquer les sanctions Selon les dispositions prévues par la loi et d’autre part, montrer à la population que la résolution de conflits ethniques n’est pas seulement une question de l’Etat, mais un problème qui fustige leur implication pour aboutir à une paix durable.
Genevieve Boulanger - Bally Guin[1], dit « la lecture in extenso des ouvrages des chercheurs précédents permet de pénétrer leur pensée, d’apprécier des difficultés qu’ils ont et les moyens qu’ils ont utilisés pour les surmonter, de saisir l’originalité de leur contribution et les lacunes d’une recherche déjà acquise afin que la recherche à entreprendre soit mieux faite et plus utiles ».
La revue de la littérature permet de pénétrer leurs pensées, d’apprécier les difficultés qu’ils ont rencontré et les moyens qu’ils ont utilisé pour les surmonter, de saisir l’originalité de leur contribution et les lacunes qu’une autre recherche devra combler.
Elle permet en outre, d’utiliser les résultats déjà acquis afin que la recherche à entreprendre soit mieux faite et plus utile[2].
Ngambo Fondjo Pierre Vincent[3], dans son étude portant sur L’Administration Publique Camerounaise Forces, Faiblesses et Perspectives d’Avenir, constate que, l’Administration publique camerounaise a en effet des traditions soldes qui portent la marque d’un héritage historique constitué du droit allemand, anglo-saxon et davantage français, notamment le modèle napoléonien visualisé comme cadre de référence, les règles de jeu existent à travers des textes et des procédures formelles, bien que les pratique au quotidien mettent en évidence l’écart entre le règle de droit et son application .
Il conclut en montrant que la crise de légitimité de l’Administration publique camerounaise traduit le divorce entre les citoyens et l’administration, et elle résulte des déceptions subies par les citoyens dans leurs relations avec l’Administration et déçus par le service public, peu au service du public. Ils s’en méfient désormais et lui accorde peu de crédit, remettent en cause les modalités de son action et doutent de sa capacité à jouer le rôle. Il termine en signalant que les citoyens développent alors de nouveau partenariat avec les autres acteurs non Etatiques (Société civile, ONG, Secteur privé, acteurs internationaux) et , L’Administration camerounaise sert des intérêts occultes et des exclusivismes partisan clientélistes et claniques ; - Elle se sert elle-même ; - Elle dessert les citoyens , mieux encore concourent à leur asservissement ; - elle symbolise la fascisation de l’Etat dans sa capacité répressive ; - Elle est le lieu de déploiement de l’ethnisme agressif des confréries militantes et des réseaux pré-mafieux ; - L’administration se gère à plusieurs vitesses, créant des fractures sociales potentiellement explosives.
Cet auteur essaye de développer dans son travail l’action de l’administration camerounaise par rapport aux objectifs attendus par la population, il continue en disant que cette administration est traversée par une crise de légitimité, une situation qui conduit à sa population de donner sa confiance aux acteurs non étatiques, étape qui montre le point commun avec notre travail car actuellement dans la chefferie plaine de la Ruzizi, la population donne beaucoup de confiances aux acteurs non étatiques dans la résolution des conflits ethniques, il avance en développant les grandes lignes de la déception de cette Administration à sa population, de notre part nous allons montrer ce que doit faire notre administration publique afin de parvenir à une résolution durable de conflits ethniques dans la chefferie plaine de la Ruzizi. Cette résolution va impliquer non seulement l’Administration publique, mais aussi la population de différentes communautés qui doit s’investir pour rétablir la paix dans cette entité.
Oana Tranca[4], dans son étude sur la diffusion des conflits ethniques : une approche dyadique, L’auteur fait le constat selon lequel, dans la littérature ayant comme objet d’étude le débordement des conflits ethniques, les concepts tels que la diffusion, la contagion sont souvent employés de manière interchangeable. La diffusion et la contagion décrivent le même phénomène, un processus de débordement par lequel les conflits internes d’un pays affectent directement les pays voisins, tandis que l’escalade concerne l’implication d’autres États, acteurs non étatiques ou autres groupes ethniques dans le conflit.
En conclusion l’auteur montre que, la diffusion, particulièrement dans la littérature portant sur le débordement des conflits interétatiques, il montre que ce terme est emploie pour désigner un nombre accru d’acteurs impliqués dans une dispute internationale (si l’on suppose que chaque dispute éclate initialement entre deux acteurs). Cette recherche préliminaire offre une image d’ensemble sur la manière dont les interactions de plusieurs facteurs influencent le potentiel de diffusion d’un conflit ethnique. Même si ce phénomène peut être corrélé ou non à une intensification du conflit (escalade), nous sommes en présence d’un processus différent qui affecte l’évolution d’un conflit. Les conditions structurelles qui caractérisent un conflit et son environnement externe proche, ainsi que leur interaction, telles que présentées par l’indice de diffusion, peuvent fournir une estimation générale quant au risque de diffusion d’un conflit ethnique.
Dans cette recherche on essaye de montrer comment les groupes non étatiques et les autres groupes ethniques peuvent être impliqués dans le conflit, élément qui va nous embrasser dans le développement de notre travail , en montrant comment les acteurs Etatiques sont à la base de conflits ethniques dans la chefferie plaine de la Ruzizi et par ailleurs il montre que le conflit interne peut influencer un autre pays voisin, de notre part nous allons montrer seulement comment les conflits ethniques peuvent influencer le dysfonctionnement de l’Administration publique dans la chefferie plaine de la Ruzizi.
Xavier Kitsimbou[5], dans son étude portant sur la démocratie et les réalités ethniques au Congo, constate qu’à la fin des années 1990, les thèmes de démocratie, de multipartisme, d’Etat de droit ont déferlé sur le paysage politique de nombreux pays d’Afrique Noire Francophone.
La démocratie s’est imposée à cette occasion comme un système reconnu par ces Etats. Tout comme a été la généralisation des partis uniques au lendemain des indépendances, la démocratisation des Etats africains et la compatibilité de celle-ci avec les réalités ethniques a fait l’objet d’une grande controverse. Pour de nombreux auteurs, le binôme démocratie-réalité ethnique était difficilement conciliable dans ces sociétés.
Dans son étude, l’auteur consacre une grande analyse de la vie politique congolaise, d’une manière générale, et rend compte de l’impact de la réalité ethnique dans la vie politique et sociale congolaise, plus précisément l’apport du processus démocratique dans la résolution des crises ethniques, de nombreuses interrogations restent poser.
A la lumière de cette analyse, l’auteur conclut en disant que, l’échec de la démocratie au Congo donc de la démarche de résolution de la question ethnique ne procède pas de la démocratie elle-même en tant que manifestation de la liberté d’expression et de consolidation de l’identité nationale, mais plutôt pose la question de l’homme, du politique dans le respect de ses choix et de ses convictions.
Dans ce travail l’auteur a montré comment la démocratie congolaise n’a pas été à mesure d’apporter une solution en matière de la résolution de confit, un élément qui montre un point commun avec notre idée en voulant aussi savoir pourquoi l’administration publique n’apporte pas une solution sur le problème de conflit ethnique dans la chefferie plaine de la Ruzizi et il continue en montrant dans son travail que, pour arriver à la résolution de conflit, il faut l’implication de l’homme et pour nous il sera question de montrer que pour qu’il y est résolution de conflit il faut la participation effective non seulement de l’homme, mais aussi des autorités compétentes.
Bosco Muchukiwa[6], dans les pouvoirs locaux et contestations populaires dans le territoire d’Uvira de 1961 à 2004, démontre la genèse des conflits dits ethniques dans le territoire d’Uvira et le processus de recomposition territoriale. Il met en lumière des aspects connus de la dynamique des conflits au Kivu, à savoir les contradictions nées de la situation d’une lecture administrative de la chefferie fondée sur le principe de territorialité à celle aux contours ethniques beaucoup plus fluides des espaces culturels précoloniaux.
Dans sa conclusion, il termine par montrer que les revendications au sein du territoire d’Uvira, ont eu pour effet de renforcer et de radicaliser les identités ethniques et les conflits ethniques se transmettent de génération en génération sur le pouvoir.
Dans ce travail l’auteur montre comment les conflits ethniques se transmettent de génération en génération dans la chefferie plaine de la Ruzizi et de notre part nous allons appuyer son idée lorsqu’il nous sera question de parler sur les conséquences néfastes produites par ces conflits ethniques, mais il n’a pas montré comment les acteurs internes et externes peuvent être aussi la source de ces conflits ethniques dans cette entité, une préoccupation qui sera analysée tout au long de notre travail.
Willy Utshudi Otombo[7] remarque qu’avant le déroulement des élections présidentielles et législatives, le pouvoir central avait nommé certaines autorités administratives parmi ses fidèles afin d’assurer la présence de la volonté du parti au pouvoir sur tout le territoire, le but étant le quadrillage total du territoire, le contrôle et la maitrise de l’électorat, mais également les motivations économiques et sociales afin de récompenser tous ceux qui ont contribué à la réussite de cette tâche. D’autre part, pendant la période postélectorale, les actes d’ingérence du pouvoir moderne sont au-delà des enjeux sociopolitiques dictés par des motivations d’ordre économique ou autre (corruption, trafic d’influence, manipulation…) Notons que les actes de l’administration centrale viennent renforcer le pouvoir de ces autorités sur l’autorité des entités décentralisées. Il faut souligner qu’il y ait des élections ou non, les autorités des entités décentralisées sont toujours subordonnées.
Dans ce travail, l’auteur nous montre que, certaines autorités coutumières sont nommées par le pouvoir central afin d’assurer la présence de la volonté du parti au pouvoir. De notre part on va montrer comment le gouvernement provincial procède à la nomination de chef coutumier pour permettre le bon fonctionnement de l’Administration publique et il continue en analysant que les actes d’ingérences du pouvoir moderne sont au – delà des enjeux sociopolitiques dictés par des motivations d’ordre économique et pour nous l’ingérence de certains acteurs politiques dans l’instabilité du pouvoir en chefferie plaine de la Ruzizi constitue un échec remarquable sur le bon fonctionnement de l’administration publique.
Mpinga Kasenda[8], dans son étude, l’auteur fait le constat selon lequel, la crise politique des premières années d’indépendances n’a pas permis aux dirigeants congolais qui venaient d’hériter d’un appareil administratif complexe d’en faire l’inventaire et de le réorganiser en fonction d’un certain nombre d’objectifs politiques, sociaux et économiques. Tout s’est passé comme s’il était entendu que les objectifs de la colonisation coïncidaient avec ceux du nouvel Etat. Il continue en montrant que l’échec relatif des tentatives d’innovation amorcée par un pouvoir politique fragmenté a renforcé chez certains l’opinion que rien de valable ne pouvait être entrepris dans une ancienne colonie sans l’aide de l’ancienne métropole et chez d’autres le sentiment que le retour à la structure administrative coloniale était un gage de succès.
Il atterrie en démontrant que l’administration publique congolaise étant d’origine étrangère, les agents qui la servent n’ont pas intériorisé les principes qui fondent son organisation, se trouvent souvent en contradiction avec les traits culturels et les valeurs des organisations sociales préexistantes, les principes se transforment en rituels.
L’auteur montre que la crise politique des premières années d’indépendance n’a pas permis aux dirigeants congolais qui venaient d’héritier d’un appareil administratif complexe d’en faire l’inventaire et de le réorganiser en fonction d’un certain nombre d’objectifs politiques, sociaux et économiques. De notre part, il sera question de montrer comment l’instabilité du pouvoir coutumier ne permet pas le bon fonctionnement des institutions locales dans la chefferie plaine de la Ruzizi, il continue en affirmant que l’Administration héritée de la colonisation n’est pas bien comprise pour son bon fonctionnement et de notre côté, nous montrerons comment la tribu de Barundi n’est pas intégrée dans la chefferie plaine de la Ruzizi.
Aujourd’hui, Les chefs coutumiers sont des maires, des députés et plusieurs d’entre eux exercent des fonctions administratives[9].
A l’arrivée de colons, le pouvoir colonial avait décidé d’intégrer les chefs coutumiers dans l’administration depuis l’époque de l’Etat Indépendant du Congo. Cette décision a été légalisée par le décret-loi du 06 octobre 1891 qui, le premier ; reconnaissait et intégrait les chefs coutumiers dans l’administration de l’E.I.C. Avant cette date, une ordonnance de l’administrateur général datée du 14/05/1886 leur reconnaissait le pouvoir en matière judiciaire pour les affaires indigènes.
Cette mesure sera d’application même pendant l’époque du Congo-Belge. Les chefs indigènes sont intégrés dans l’administration coloniale, non pas parce qu’il y a moins des belges au Congo mais pour de raisons économiques.
L’administration coloniale avait compris qu’il était impossible d’exclure les chefs indigènes dans la gestion des affaires de leurs entités respectives car il était facile, pour les autochtones d’obéir à leurs chefs respectifs qu’aux inconnus (Belges).
La colonisation va modifier beaucoup de choses dans l’organisation du pouvoir coutumier. Dieudonné Chirishungu Chiza[10] affirme que sur le plan du gouvernement de la société, l’absence de consanguinité comme force de régulation de la société politique modifie les sources du pouvoir social et de sa légitimité.
Dans les sociétés villageoises, le pouvoir et la légitimité de «gouvernants» étaient fondés sur l’âge et sur la hiérarchie dans les fonctions magico-religieuses ; dans les sociétés politiques, le pouvoir et la légitimité viennent du droit, entendu comme compromis entre les forces sociales en présence sur les prérogatives des individus et des groupes et leurs obligations respectives et réciproques. Ces prérogatives se trouvent protégées par la puissance publique.
En effet, dans le Territoire d’Uvira au Sud-Kivu, le démembrement ou le processus de création de nouvelles entités coutumières a provoqué des conflits violents entre les groupes ethniques, déclenchés durant la colonisation par les dynasties régnantes.
Les conflits se sont radicalisés à partir de la rébellion de 1964 ; Musa Marundura a soulevé les populations pour rattacher la collectivité plaine de la Ruzizi à celle de Bafuliiru.
Et depuis lors, les résistances sont durcies pour s’opposer aux candidatures et à l’identification des Barundi et Banyamulenge habitants dans la chefferie plaine de la Ruzizi comme citoyens congolais[11].
Il convient de signaler par la suite que depuis la décolonisation, les divers groupes ethniques s’affrontent dans ce territoire entre eux autour des terres, du territoire, de la nationalité et du pouvoir.
A titre illustratif, en 1961 les Bafuliiru se sont battus contre les Barundi autour du contrôle de la chefferie plaine de la Ruzizi en contestation de la nationalité.
En plus, la source du problème entre ces deux communautés rivales, réside dans la question de nationalité, dans la gestion de la terre ou conflit foncier et surtout dans l’exercice du pouvoir coutumier sur cette chefferie Plaine de la Ruzizi.
Ces conflits ont plongé la population de la chefferie Plaine de la Ruzizi dans une situation d’exclusion et de discrimination, de sorte qu’on peut se demander si la vie en est épargnée pour que la cohésion sociale soit préservée. Ces conflits étant de nature politique au départ, il y a lieu de vérifier s’ils n’ont pas d’incidence sociopolitique.
Les Bafuliiru considèrent les Barundi comme des immigrés du Burundi et venus occuper la terre de leurs ancêtres. Les Bafuliiru estiment que c’est impossible que les Barundi puissent régner au Congo bien que cette chefferie leur soit reconnue administrativement depuis 1928 lors de sa création. Dans des situations des crises sociales, la diversité devient plus problématique et alors des traits culturels ou des traits ethniques distincts peuvent apparaître comme des points de fixation et de confrontation entre groupes d’individus.[12]
Selon Bosco Muchukiwa le problème du territoire ethnique des Barundi dans la vallée de la Ruzizi n’est pas seulement d’ordre administratif, mais aussi d’ordre conceptuel dans la mesure où les groupes ethniques voisins refusent de reconnaître les découpages hérités de la colonisation et de s’en remettre à la loi.[13]
Actuellement, la crise est tout à fait ouverte, compte tenu de climat de méfiance, qui règne entre ces deux communautés, provoquant des violences sous toutes ses formes, tueries, enlèvement, pillage et absence de toute sorte de la taxe pour le bon fonctionnement de la chefferie. Bref, la perte totale de la légitimé du leadership au sein de la chefferie. La divergence et le conflit du pouvoir entre ces deux communautés date de long temps, mais l’ampleur du conflit n’avait pas la même connotation d’aujourd’hui, le régime dictatorial de l’époque sous Mobutu avait réglé partiellement cette situation en signant un décret – loi, portant dénomination de l’entité « chefferie plaine de la Ruzizi » au lieu de la chefferie de Barundi. Aujourd’hui, la situation s’est exacerbée avec l’assassinat du mwami de la plaine de la Ruzizi et la destitution de deux chefs de groupement dont celui de Kakamba et Kabunambo par le nouveau Mwami intronisé après la disparition de son père.
Compte tenu du constat fait, la chefferie plaine de la Ruzizi, notre champ d’étude, composé des Barundi minoritaires et des Bafuliiru majoritaires, fut et est en proie à des vives contestations amplifiées à partir de 1990.
Ces évènements historiques et récents sont importants pour comprendre l’origine ou la source de l’instabilité du pouvoir coutumier en chefferie plaine de la Ruzizi.
Situons-nous dans le cadre administratif de la chefferie plaine de la Ruzizi, une entité décentralisée connaissant beaucoup de problèmes liés à sa gestion administrative.
L’analyse de cette gestion révèle en général une série des problèmes administratifs dans son fonctionnement.
L’Administration publique avait investi beaucoup d’énergies sur la situation de conflits ethniques dans la chefferie plaine de la Ruzzi, entre autres :
En 2012, l’Administrateur du territoire d’Uvira avait lancé des négociations entre les deux communautés, pour essayer de rétablir le bon fonctionnement des institutions locales et résoudre la question de conflit, Les chefs traditionnels de la chefferie plaine de la Ruzizi se sont engagés à respecter l’autonomie des entités administratives, à lutter contre l’instrumentalisation de la jeunesse, à condamner les actes d’hégémonie ethnique, à promouvoir la cohabitation pacifique, à respecter les équilibres traditionnels dans la direction des chefferies, à condamner la xénophobie. Mais, malgré tous ces efforts fournis par l’Administration public, la situation demeure instable et les institutions locales ne fonctionnent pas normalement suite à la population qui ne paye pas les taxes de la chefferie. Devant cette situation, on ne voit pas l’implication de l’Administration publique et par fois la population a tendance à considérer son inexistence dans cette entité.
En août et septembre 2012, il y avait eu des concertations intercommunautaires, avec l’intervention du Ministre national de l’Intérieur et des Affaires coutumières pour qu’un acte d’engagement soit signé entre les communautés pour la consolidation de la paix, mais sur le terrain, il se montre que cela n’a pas été pris en compte malgré leur engagement.
Dans un tel contexte de conflit au sein d’une même entité administrative, de conflit de légitimité et la problématique de gestion administrative de la chefferie plaine de la Ruzizi nous ont amené à porter un regard particulier sur l’Administration publique dans cette entité, en centralisant notre problématique autour de la question suivante :
Madeleine Grawitz définit l’hypothèse comme étant une réponse provisoire, une proposition de réponse à la question posée. Elle constitue en quelque sorte une réponse provisoire et relativement sommaire qui guidera le travail de récolte des données.[14]
D’où, nos hypothèses sont les suivantes :
La contribution que l’Administration publique devrait contribuer pour mettre fin aux conflits ethniques seraient de changer la chefferie en secteur, identifier et sanctionner les acteurs qui sont à la base de conflits ethniques, faire participer la population de différentes communautés dans la gestion de la chefferie.
Dans le cadre de ce travail, pour expliquer les faits, nous nous sommes inspirés de la théorie « structuro fonctionnelle » de Talcot Parsons[15], dont les idées majeures sont soutenues dans ce qu’il appelle « La théorie générale de l’action ». Cette théorie analyse les fonctions primaires ou les prérequis ou les impératifs fonctionnels (AGIL) que toute société, en tant que système social en changement évolutionnaire doit remplir pour se soutenir. Il comprend que le structuralisme analyse les structures de la société vue dans sa globalité, et le fonctionnalisme qui vise à appréhender les fonctions présentes dans cette même société. Dans la description de cette théorie on doit obéir aux principes ci-dessous :
Cette fonction concerne, l’adaptation du système d’action aux conditions globales de son environnement physique et social. Ainsi nous pouvons dire que la faiblesse de l’administration publique dans la résolution effective de conflit ethnique dans la chefferie plaine de la Ruzizi donne l’occasion à la population de s’adapter à vivre dans un climat où chacun fait ce qu’il veut et par conséquent cela engendre le dysfonctionnement de l’administration et la non perception de taxe dans cette entité.
Il s’agit des objectifs que la société se fixe pour elle-même et pour les parties constituées, ici il sera question de vérifier si l’administration publique arrive à atteindre la résolution de conflit à travers ses mécanismes de contrôle. L’administration publique travaille en partenariat avec d’autres structures entre autres les associations locales et internationales, qui réalisent les fins pour lesquelles elles sont créées, mais l’Administration publique congolaise se retrouve en difficulté dans toutes ses structures car elle n’est pas efficace elle-même. Les fonctions de services publics sont assurées par des associations au-delà de la sphère d’intervention des services publics locaux.
Ainsi en RDC la réalisation de l’intérêt général reste floue et l’administration publique congolaise ne remplit pas ses fonctions, les effets de détournement, de corruption, salaire dérisoire aux agents ne peuvent jamais permettre aux fonctionnaires et agents de poursuivre l’intérêt général.
A travers ses structures chacun cherche à gagner pour sa survie. La mauvaise gestion et non-respect des textes sont à la base de ceux-ci. Nous assistons à une résolution de conflit défaillante.
Cette fonction organise la contribution de chaque partie (individu ou groupe) pour la bonne marche de la société par la transformation des modèles culturels, voire des valeurs à travers la socialisation ; ou encore la recherche de la stabilité de la société par la transmission des modèles culturels, mêmes valeurs à travers la socialisation en se référant à la cohésion.
A travers cette fonction nous démontrerons si les différentes manières de résoudre le conflit ethnique par l’Administration publique et les acteurs sociaux et les associations locales et internationales permettent les Barundi et les Bafuliiru d’avoir la cohésion sociale et de s’intégrer au développement de la chefferie plaine de la Ruzizi.
Les dialogues intercommunautaires, mécanismes assuré par l’administration publique dans la résolution de conflit ethnique, les réunions intercommunautaires organisées par les acteurs sociaux de chaque communauté et la formation de la population sur la bonne gouvernance organisée par les associations locales et internationales.
L’administration publique congolaise met ensuite en place des outils juridiques et administratifs permettant de gérer et de contrôler les différents mouvements et actions de chaque communauté et de chaque association pour ne pas semer les troubles. Et toutes ces dimensions tant humaine, structurelle ou technique à l’objectif de progrès, doivent être soutenues. Ainsi compte tenu de crise administrative observable actuellement en RDC ces structures ne sont pas soutenues et il y a moins de contrôle sur eux. Mais le contrôle est plus réalisé lorsqu’il y a une communauté qui organise une opération d’assassinat sur une personne de communauté différente.
Cette fonction assure la stabilité des modèles culturels. C’est-à- dire les valeurs, les systèmes symboliques partagés entre les membres d’une société, tenant compte de ce principe nous essayerons de voir si le contrôle assuré par l’administration publique permet de respecter les principes de bases appliqués entre les différentes communautés de cette entité.
Pour Mascotsh Nday wa Mande, la méthode est un chemin intellectuel qui permet de relier l’objet d’étude aux objectifs tout en démontrant le fondement de cette liaison. Elle est une démarche à la fois théorique et appliquée au moyen de laquelle l’esprit se déploie par le biais des outils de collecte et de sélection pour atteindre les objectifs qu’on s’assigne au départ de la recherche.[16]
Dans le cadre de notre travail, nous allons utiliser la méthode fonctionnelle telle que développée par Jeef Mudimbi[17]. Cette méthode gravite autour de la notion ou du concept fonction.
Celui – ci revêt trois sens, le sens professionnel, mathématique et le sens biologique.
Nous nous aborderons beaucoup plus au sens mathématique qui signifie que, un élément peut contribuer à l’harmonie et à l’équilibre d’une organisation dont il fait partie
Il sera question de notre part, de montrer comment les associations locales peuvent contribuer à la stabilité de pouvoir coutumier dans la chefferie plaine de la Ruzizi en s’appuyant à la sensibilisation et à la formation des jeunes de différentes communautés sur la résolution de conflit, la bonne gouvernance et sur la réconciliation pacifique. Ces associations locales interviennent pendant la période de conflit, en mobilisant toutes les communautés sur les conséquences négatives de conflit qui surtout continuent à freiner le développement de cette entité. La contribution de ces associations locales se remarque actuellement dans le maintien de la paix et de la stabilité du pouvoir coutumier de la chefferie plaine de la Ruzizi, avec la cohabitation pacifique de la communauté des Barundi et des Bafuliiru vivant dans la plaine.
Selon François Depelteau[18] une technique est un simple outil de collecte des données n’ayant pas la profondeur épistémologique d’une méthode, elle sert à spécifier comment accéder aux informations que l’objet de l’étude est susceptible de fournir.
Pour Madeleine Grawitz[19], les techniques sont l’ensemble des moyens et des procédés qui permettent à un chercheur de rassembler les informations originales ou de seconde main sur un sujet donné.
Dans le cadre de notre travail, nous allons faire recours aux techniques suivantes pour récolter les données :
Cette étude porte sur l’Administration publique et les conflits ethniques en Territoire d’Uvira, « cas de la chefferie plaine de la Ruzizi », couvre la période allant de 2012 à 2016.
L’année 2012 est justifiée par le fait que c’est la période pendant laquelle l’instabilité s’est vivement manifestée suite à l’assassinat du chef coutumier de la chefferie plaine de la Ruzizi, le Mwami Ndabagoye par des hommes non identifiés et provocant de vives contestations entre les Barundi et les Bafuliiru sur l’administration de la chefferie et l’année 2016 qui marque effectivement la fin de notre cursus universitaire de deuxième cycle, qui oblique à chaque candidat de fournir un effort en mettant à la disposition de son département un travail scientifique qui clôture son cycle.
La chefferie plaine de la Ruzizi est considérée comme notre foyer de recherches, parce que nous avions bien estimé qu’à travers cette entité nous aurons les données fiables qui cadrent avec notre sujet sous examen.
Hormis l’introduction et la conclusion, notre travail est développé en trois chapitres. Le premier porte sur les considérations générales, le deuxième parle de l’Administration publique en République Démocratique du Congo et le troisième traite de la résolution des conflits ethniques dans la chefferie plaine de la Ruzizi par l’Administration publique.
[1] G. BOULANGER, La recherche en sciences humaines, Paris, éd. Université, 1970.
[2] MULUMBATI NGASHA, Manuel de sociologie, Ed. Africa, Lubumbashi, 1980.
[3] N.PIERRE VINCENT, L’Administration Publique Camerounaise Forces, Faiblesses et Perspectives d’Avenir, http://www.cafrad.org, consulté, le 25/05/2016, à 11Hoo.
[4] O. TRANCA, http://id.erudit.org/iderudit/014627ar, La diffusion des conflits ethniques : une approche dyadique, consulté, le 25/05/2016, à 15H30.
[5] X. KITSIMBOU, https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-00168467, La démocratie et les réalités ethniques au Congo, consulté, le 25/05/2016, à 11Hoo
[6] B. MUCHUKIWA, Autorités traditionnelles, pratiques et acteurs fonciers dans la plaine de la Ruzizi au Sud-Kivu, Mémoire de Maitrise, inédit, UCL, 1992-1993.
[7] W. UTSHUDI OTOMBO, Place du pouvoir coutumier dans la constitution du 18 février 2006 : Etude appliquée à la collectivité-chefferie de Kabare, U.O.B, Mémoire-inédit, SPA, 2007-2008.
[8] M. KASENDA, L’administration publique au Zaïre, Paris, éd Pedones, 1973.
[9] CRDI (Canada) « La décentralisation, acteurs locaux et services sociaux en Afrique », in Impact de la décentralisation sur les services de santé et éducation en Afrique de l’ouest et du centre, Ed. CRDI, sine data, p.98.
[10] D. CHIRISHUNGU, Organisation politico-administrative et développement, Bukavu, Ed. Bushiru, 1993, p.63.
[11] B. MUCHUKIWA, Op.cit, p.30.
[12] T. KAZADI KIMBU, Notes de Cours de la sociologie des conflits, L2 sociologie, FSSPA. UOB, 2012-2013, Inédit, p.14.
[13] B.MUCHUKIWA, Op.Cit, p.21.
[14] M. GRAWITZ, Méthodes des Sciences Sociales, Paris, Ed. Dalloz, 2001, p.58.
[15] T. PARSONS, cité par G. ROCHER, Introduction à la sociologie générale : organisation sociale, tome II, Montréal, éd. HMH, 1968, p.74.
[16] M.NDAY WA MANDE, Cours des Méthodes des Recherches en Sciences Sociales, UOB, FSSPA, G2 sociologie, 2009-2010, Inédit, p.77.
[17] J. MUDIMBI, cours des méthodes et épistémologie de la science politique, UOB, FSSPA, L1 Sciences politiques, 2014- 2015, Inédit, p.6.
[18] F.DEPELTEAU, la démarche d’une recherche en sciences humaines, de la question de départ à la communication des résultats, Bruxelles, De Boeck, presses de l’université Laval, 2000, p.87.
[19] M. GRAWITZ, Op. Cit, p30.