Table de matières
Ce chapitre s’articule autour de quatre sections : les définitions conceptuelles (I.1.), une notion sur la microfinance (I.2.), les divers risques du secteur (I.3.) et enfin une notion sur les coopératives de crédit (I.4.)
I.1. Définitions conceptuelles
I.1.1. COOPEC (coopérative d’épargne et de crédit)
Beaucoup de définitions ont été formulées sur la COOPEC. La section I.4 de ce chapitre nous en dira plus.
La COOPEC est le regroupement de personnes à capital variable doté de la personnalité juridique qui poursuit principalement un objectif social à travers les services rendus à ses membres.
DIASIVI MFULAMA cité par MIMPIYA A. (1980) définit la COOPEC comme étant une association du niveau local regroupant des personnes physiques et ou morales mettant en commun leurs épargnes dans le but de s’entraider moyennant des prêts.
FOUQUET G. (1969) dans cette optique, nous assure que le premier devoir du pays préoccupé de son développement est de commencer à tirer maximum des ressources nation les ressources nationales et humaines dont il dispose sur son territoire et par conséquent d’assurer le financement de leur utilisation par des moyens purement internes.
Nous constatons donc que dans toutes ces définitions, la coopérative d’épargne et de crédit demeure une association conçue dans le but de promouvoir le développement par l’épargne de ses membres.
La première définition issue de la loi n°002/002 de la 02/02/2000 portant disposition applicable aux COOPEC nous parait la meilleure et la mieux adaptée à l’économie du Sud-Kivu.
I.1.2. Le crédit
En réalité, on ne peut parler de crédit que lors que la prestation et la contre prestation n’ont pas lieu réciproquement dans l’immédiat. Lors de chaque convention du crédit, le prêteur doit immédiatement faire preuve de prestation tandis que l’emprunteur ne le fera
qu’ultérieurement. Il existe plusieurs définitions sur le mot crédit, notamment :
Le crédit est une réputation de solvabilité ; délai accordé pour le paiement de quelque chose.
Le crédit de banque est l’opération par laquelle le banquier met une somme déterminée à la disposition d’un tiers appelé emprunteur contre l’engagement pris par ce dernier de rembourser le capital augmenté des intérêts suivant le mode de remboursement et de payement convenus. (DECOSTER E., 2000)
La définition de DECOSTER est plus adaptée dans le contexte des coopératives d’épargne
et de crédit.
I.1.3. La rentabilité
La rentabilité est un rapport entre les gains et les fonds engagés. Elle mesure l’aptitude d’une opération économique à produire un flux de revenus actualisé supérieur aux dépenses engagées.
Elle s’exprime par un taux de rentabilité économique ou par un taux de rentabilité financière et dans certains cas par un taux de rentabilité sociale.
La rentabilité économique est une évaluation de la rentabilité qui ne tient pas compte de l’origine des capitaux engagés dans l’opération.
Cela revient à comparer les recettes nettes apportées par les investissements aux capitaux engagés (soit le taux de rentabilité économique) quels que soient les modes de financement de l’investissement (par des capitaux propres ou par des capitaux empruntés).
La rentabilité économique renvoie donc aux conditions de production et à la qualité de gestion l’entreprise (ou d’un autre agent).
La rentabilité financière est une évaluation de la rentabilité en tenant compte seulement des capitaux propres de l’entreprise. Lors que la rentabilité économique est supérieure aux coûts des capitaux empruntés par l’entreprise, la rentabilité financière s’élève (les recettes dégagées par les investissements sont supérieures aux frais versés pour acquérir les équipements nécessaires).
On est en présence d’un effet de levier sur la rentabilité financière.
Dans ce travail, nous analyserons la rentabilité cependant, nous insisterons plus sur la rentabilité économique de l’activité étant donné que l’objet de notre étude est de promouvoir et de stimuler les gestionnaires ou les cadres de la COOPEC CAHI à bien gérer cet édifice, en général (et son activité d’octroi de crédit, en particulier) qui est et demeure la seule source de richesse et de survie pour la population de Bukavu en particulier et du Sud-Kivu en général.
En économie plus ou moins planifiée s’élabore la notion de rentabilité sociale : un nouveau facteur intervient, celui du progrès de l’ensemble de la collectivité. Exemple : la recherche scientifique est un investissement rentable pour un Etat, même si les résultats financiers directs sont minimes.
L’accroissement du niveau intellectuel du pays profite à l’ensemble des citoyens même si on ne peut en mesurer la rentabilité. (SUAVET Th., 1962)
I.2. Notions sur la microfinance
Pour beaucoup de personnes et pour le grand public en particulier, la microfinance se confond avec le microcrédit. Elle désigne les dispositifs permettant d’offrir de très petits crédits (microcrédits) à des familles très pauvres pour les aider à conduire des activités productrices ou génératrices de revenus leur permettant ainsi de développer leurs très petites entreprises. Avec le temps et le développement de ce secteur particulier de la finance partout dans le monde, y compris dans les pays développés, la microfinance s’est élargie pour inclure désormais une gamme de services plus large (crédit, épargne, assurance, transfert d’argent, etc.) et une clientèle plus étendue également. Dans ce sens, la microfinance ne se limite plus aujourd’hui à de l’octroi de microcrédit aux pauvres mais bien à la fourniture d’un ensemble de produits financiers à tous ceux qui sont exclus du système financier classique ou formel.
Pour Maria Nowak, fondatrice de l’Association pour le droit à l’initiative économique (France), la différence principale, par rapport au crédit classique, est qu’il est orienté sur une cible nouvelle : les pauvres et les exclus. Il reconnaît leurs talents, leurs besoins et leurs capacités à rembourser les prêts.
Au lieu de les éliminer, par avance de la clientèle du crédit parce que les méthodes, les critères et les garanties ne sont pas adaptés à leur situation, il invente des méthodes et des garanties qui leur conviennent.
Au lieu de leur imposer l’objet de leur prêt, il est à l’écoute de leurs besoins. Il permet ainsi de découvrir que les gens exclus du crédit bancaire sont, comme les autres, dotés de l’esprit d’entreprise, de la capacité de jugement et qu’au surplus, ils remboursent plutôt mieux que les riches. Microcrédit comme microfinance s’adresse à cette cible nouvelle. Mais l’un et l’autre ne proposent pas les mêmes services.
Le microcrédit a pris véritablement son essor dans les années 1980, bien que les premières expérimentations remontent au début des années 1970 au Bangladesh en particulier et dans quelques autres pays.
Par rapport à la situation antérieure qui se caractérisait grosso modo par l’octroi de crédits subventionnés effectués le plus souvent par des non spécialistes, la différence tient à l’importance accordée au remboursement, à la fixation d’un taux d’intérêt couvrant le coût de la prestation du crédit, et au ciblage des groupes de clients n’ayant le plus souvent pour seul autre source de crédit que le secteur informel.
L’accent est donc mis aujourd’hui sur la création d’institutions locales pérennes destinées à servir les pauvres. En Afrique, les pratiques de la microfinance sont encore plus anciennes, surtout celles qui relèvent de la collecte de la petite épargne. Dans les pays comme le Burkina Faso ou le Cameroun par exemple, les premières coopératives d’épargne et de crédit ont vu le jour au cours des années 60.
Le client type des services de microfinance est une personne dont le revenu est faible et qui n’a pas accès aux institutions financières formelles faute de pouvoir remplir les conditions exigées par ces institutions (documents d’identification, garanties, dépôt minimum exigé, etc.). Il mène généralement une petite activité génératrice de revenus dans le cadre d’une petite entreprise familiale.
Dans les zones rurales, ce sont souvent de petits paysans ou des personnes possédant une petite activité de transformation alimentaire ou un petit commerce.
Dans les zones urbaines, la clientèle est plus diversifiée : petits commerçants, prestataires des services, artisans, vendeurs de rue, etc.
On les dénomme généralement sous le terme de microentrepreneur et la plupart de ces microentrepreneurs travaillent dans le secteur informel ou non structuré. C’est donc aux individus qui composent ce segment de marché exclu ou mal servi par les institutions financières classiques (banques, assurances) que s’adresse la microfinance.
I.3. Les divers risques du secteur (en microfinance)
L’entreprise endogène qui est une organisation de microfinance produit parfois des biens collectifs –l’accès au marché du crédit par une catégorie de la population. A ce titre, elle n’est pas à l‘abri des risques de production sous optimale propre aux productions de biens publics. L’examen des expériences des organisations de microfinance confirme que les expériences qui ont réussi, tout en sauvegardant leur identité économique sont précisément celles qui ont pu surmonter simultanément les échecs liés aux imperfections des marchés et ceux liés à la production des biens de type collectif. Ces succès sont eux-mêmes dus aux performances d’ordre institutionnel et organisationnel.
Mais comme tout institution financière, une organisation de microfinance est surtout exposée à certains risques majeurs susceptibles de mettre en péril la structure de gouvernance, voire l’institution.
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Types de risques |
Spécification |
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Opérationnels |
Risques crédits (non remboursement, liquidité, nouveaux crédits,…) Risques délictuels (détournements, vols,…) Risques transactionnels (transports de fonds, sécurité des caisses,…) Risques « personnels » (accidents du travail, responsabilité civile,…) |
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Informationnels |
Risques « d’information » (non fiables, délais, personnes non informées,…) Système comptable (procédures déficientes, mal appliquées, qualité,…) Système décisionnel (fiabilité, pertinence, régularité, …) |
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Organisationnels |
Risques « personnels » (clarté des responsabilités, définitions des postes,…) Risques « encadrement » (fidélisation, compétences management,…) Risques liés au contrôle interne et à l’inspection (procédures,…) Communication, relation avec l’extérieur (cohérence, qualité,…) |
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Stratégiques |
Statuts (structure juridique, instance de direction et de représentation,…) Financement (épargne, refinancement, fonds propres, actionnariat) Vision et mission (contradictions discours, pratiques,…) |
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Environnementaux |
Climatiques, politiques, économiques, et financières |
Parmi tous ces risques trois sont pratiquement cruciaux en microfinance ; les risques de crédit, les risques informationnels et les risques de dérive de mission. Mais le plus redoutable de tous est le risque de crédit vers lequel les autres convergent. En effet, des informations non fiables ou simplement transmises à l’instance de décision en retard finissent par détériorer la qualité du portefeuille de crédit aggravant ainsi le risque de défaut. Il en est de même de la déficience des procédures relatives au contrôle interne, à l’audit, etc. De même, une croissance non maîtrisée d’une organisation de microfinance peut être dangereuse. Elle se traduit le plus souvent par une chute de taux de remboursement car les procédures ne sont plus correctement appliquées, faute de temps ou de vigilance, ou les procédures se révèlent inadaptées face à l’évolution (CERISE-IRAM, 2005). Le risque de crédit mérite donc une attention bien plus
particulière.
Un des textes de référence en matière de risque de crédit pour les institutions régulées est l’accord de Bâle de 1988 (Servigny, 2003). Malgré les dispositifs mis en place par cet accord, notamment un capital minimum équivalent à 8% du total des engagements pondérés des banques, la solution adéquate aux problèmes de rationnement de crédit est loin d’être trouvée.
Cet accord visait, en effet, à contraindre les banques à une approche plus sélective du crédit en opérant une distribution entre « bons » et « mauvais » risques. En cas de défaut, les mauvais risques engendrent des pertes et restreignent d’autant la capacité des prêts des banques, du fait de la contraction des fonds propres.
Aucune méthodologie efficace de sélection des bons et mauvais risques n’a malheureusement été mise en place (Servigny, 2003). Le niveau d’activités des banques était alors plafonné par le niveau de leur capital. Ceci suggère que les IMF disposant de bien plus faibles capitaux –comparativement aux banques- sont davantage exposées au risque de crédit. Elles ont donc intérêt à recourir à la gestion prévisionnelle de risques grâce à laquelle elles peuvent anticiper la survenance du risque plutôt que d’avoir à le subir et partant à le gérer passivement (Schiner, 2004 b et 2003 ; Cahna, 2004 a et 2004 b).
Le risque de défaut bien qu’apparemment faible ou maîtrisé en micro-finance, exige d’être nuancé. Il est admissible que, grâce à la technique de caution solidaire, les organisations de microfinance parviennent à transférer ce risque vers les emprunteurs (Stiglitz, 1990) car en cas de non remboursement par l’emprunteur actuel, ses pairs (les autres membres de son groupe de caution) devront pour bénéficier eux-mêmes du crédit, rembourser en lieu et place du fautif.
Mais il convient aussi de reconnaître que l’efficacité de ce type de garantie est limitée par plusieurs facteurs notamment la mobilité des emprunteurs et les possibilités de coalition entre emprunteurs constituant le même groupe de prêt en vue d’un défaut stratégique (Lahna, 2004 a).
Par ailleurs, la motivation principale à rembourser le crédit pour les emprunteurs ne disposant pas de garantie matérielle en micro-finance est l’espoir qu’ils ont d’obtenir un autre crédit, parfois de montants importants (Montalieu, 2002). Cette motivation peut se volatiliser et donc contribuer à amplifier le risque de défaut en micro-finance toutes les fois qu’il est dans l’intérêt de l’emprunteur de faire un défaut stratégique, c’est-à-dire refusé délibérément de rembourser le crédit.
C’est notamment le cas lorsque l’emprunteur anticipe la défaillance du prêteur face à son engagement implicite de lui reconduire le crédit ou lorsqu’il se rend compte que d’autres emprunteurs ne remboursent pas leurs crédits sans être sanctionnés. Il en résulte souvent une solidarité perverse observable entre tous les emprunteurs et aggravant ainsi le risque de défaut. Il serait stupide que les emprunteurs honnêtes continuent à rembourser leurs crédits sachant que le non remboursement des autres emprunteurs réduit d’autant la capacité du financier à octroyer de nouveaux crédits. (Soulama, 2002)
Le plus grand défi d’une IMF est dès lors d’assurer une gestion saine et efficace de son portefeuille de crédit. Son équilibre financier, son autonomie –opérationnelle et financière- et sa viabilité dépendent largement de la qualité de son portefeuille de crédit (Christen et alii, 2003 ; Picard Ducroux, 2001). Et d’une manière générale, la prévention du risque est du ressort des instances dirigeantes d’une organisation de micro-finance alors que la gestion des risques porte sur les sources d’information et d’identification des acteurs qui détiennent le pouvoir d’alerte et celui des décisions stratégiques nécessaires .(CERISE-IRAM, 2005)
La persistance du risque de crédit, son ampleur et surtout sa mauvaise gestion en microfinance peuvent en partie, conduire au rationnement du crédit ou à l’exclusion de certains microentrepreneurs des services financiers proposés. Dans les meilleurs des cas et afin de diversifier les risques, les organisations de micro-finance peuvent, de manière délibérée, limiter l’offre de crédit à un niveau inférieur à celui de la demande réelle. Il s’agit dans ce cas, d’adopter une attitude modérée (par rapport à celles des IFC) face au risque de crédit. Quoi qu’il en soit cette pratique relève autant que bien d’autres du rationnement du crédit. (KALALA F., 2006)
En principe, le rationnement du crédit résulte du comportement des banques
traditionnelles tendant à exclure les micro-entreprises de leurs services et produits financiers ; ces agents étant considérés comme plus risqués (Jaffee et Stéglitz, 1990). Mais les IMF ne résolvent que partiellement ce problème en donnant accès au crédit à un nombre significatif de microentreprises. Ne pouvant (et dans certains cas, ne voulant) satisfaire les besoins réels de financement des micro-entreprises (Stiglitz et Weiss, 1981), elles créent et entretiennent une autre forme de rationnement consistant à limiter délibérément le crédit octroyé à des niveaux plus bas que la demande. Un tel comportement de leur part peu se justifier par la présomption de l’existence d’une relation positive entre le niveau du crédit octroyé et les difficultés de le rembourser ; en clair le risque pur de crédit. Le rationnement de crédit lui-même comporte des conséquences néfastes que sont principalement les risques dérivés se concrétisant par le surendettement des emprunteurs et les contagions perverses parmi eux.
On est en présence d’un rationnement du crédit lorsqu’un prêteur (banque ou IMF) refuse de prêter à un emprunteur potentiel aux conditions prévalant sur le marché, c’est-à-dire le volume et le taux d’intérêt (Joseph, 1998) ou lorsque, toutes choses étant égales par ailleurs, la demande pour les prêts est supérieure à l’offre. (Cieslik et Havrenne, 1987)
I.4. Les coopératives d’épargne et de crédit (COOPEC)
Les coopératives d’épargne et de crédit constituent le mouvement le plus structuré et le plus développé (Cfr. L’encadre ci-dessous) de l’intermédiation participative –action collective. Ce sont des organisations à caractère démocratique et à but non lucratif. Leur objectif est de satisfaire au mieux Ë—en minimisant les risques et les coûts Ë—le besoin collectif (du plus grand nombre d’adhérents) de financement. Les membres des coopératives (institutions se voulant démocratiques) en assurent l’organisation, la gestion et le contrôle. Les membres s’associent pour regrouper leur épargne et s’octroyer mutuellement des prêts à des taux d’intérêts raisonnables.
Encadré 1. Brève historique sur les coopératives d’épargne et de crédit
La COOPEC est une institution économique vieille d’environ 130 ans. L’idée fut lancée en Bavière (Allemagne) au XIXè siècle par Friederich RAIFFEISEN visant à aider les habitants les plus pauvres de la petite vile dont il était le Maire. Elle sera ensuite imitée et répandue, après son succès en Europe, en Amérique du Nord en 1901, sous l’instigation d’Alphonse DESJARDINS, initiateur d’une COOPEC à Livis, au Québec. En 1909, les Etats-Unis sont concernés directement ou indirectement par les activités des COOPEC. Et à l’échiquier international, les COOPEC constituent actuellement en mouvement structuré en plusieurs grands réseaux internationaux, dont une fédération mondiale, le « World Council of Credit Unions », en sigle WOOCCU qui est le conseil mondial des coopératives d’épargne et de crédit, dont le siège se trouve à Madison aux Etats-Unis.
Source: WOCCU ̸ World Council of Credit Unions, 1998.
Certains mécanismes de fonctionnement des COOPEC (recours aux formes classiques de garanties, gages et hypothèques, dans les banques commerciales ;…) et même leur reconnaissance institutionnelle par la loi (à la création comme pendant leur existence, règlementations de leurs activités) les rapprochent plus des institutions financières classiques. Mais le recours à la technologie financière très caractéristique de la finance informelle –proximité des clients impliquant souvent le recours à la caution solidaire et aux incitations dynamiques- permet de situer logiquement les COOPEC aux confins de la finance formelle et de la finance informelle. Certains chercheurs (Germidis et alii, 1991 et Lelart, 2002) les qualifient à juste titre de semi informelles. Elles relèvent donc d’un secteur intermédiaire entre le formel et l’informel.
Quoi qu’il en soit, les COOPEC constituent, à l’échiquier mondial, le mouvement le plus structuré de mobilisation de l’épargne domestique. (KALALA F., 2006)
Quelle que soit la forme qu’il prend, tout mouvement coopératif vise à développer le sens de l’épargne au niveau des membres, notamment par un effet permanent d’éducation et des taux d’intérêts attractifs. De plus, il se propose de sécuriser cette épargne par une bonne organisation et une gestion des placements et des crédits. Il favorise enfin l’accès, à un coût raisonnable, à certaines formes de crédits et autres services financiers adaptés.
L’appréciation des performances ou de degré des objectifs des COOPEC en tant qu’institutions financières passe par une analyse critique de leur politique financière. Celle-ci comprend essentiellement trois composantes : collecte de l’épargne, octroi de crédits et fixation de taux d’intérêt. (KALALA F, 2006)
L’épargne versée à la COOPEC par ses membres constitue la source essentielle des fonds pour des services financiers qu’elle propose à ceux-ci. L’adhésion étant ouverte et volontaire, toute personne désireuse de devenir membre d’une coopérative formulera sa demande. Si cette dernière est recevable, le demandeur se verra attribuer un compte ouvert à son nom qu’il devra alimenter par un montant minimum déterminé, une part sociale[1]. La capacité à épargner est donc le plus important préalable requis pour toute personne désireuse de devenir membre d’une COOPEC traditionnelle et partant bénéficiaire de ses services financiers.
Pour certaines coopératives à très faible part sociale, il ne pose pas a priori un problème en amont, c’est-à-dire pour en devenir membre. Mais en réalité, il se pose souvent un réel problème en aval, c’est-à-dire au niveau de ce portefeuille qui risque d’être fort disséminé entre plusieurs ‘petits porteurs’. Paradoxalement, si l’on veut contourner cet écueil en envisageant un accroissement de la valeur d’une par sociale, on exclut par le fait même les ‘gagne petits’ ou les micro-entrepreneurs de la sphère coopérative (Doligez et Gentil, 1996).
Pourtant, ces derniers sont les véritables destinataires des services coopératives, selon l’idée de RAIFFEISSEN 2(Jacquier, 1999). Cette catégorie d’agents économiques est d’ailleurs la plus importante en nombre dans les pays en développement et la plus déterminante dans la formation des agrégats économiques de ceux-ci3. De plus les fortunés disposent de bien de moyens pour fructifier et sécuriser leur épargne-revenu.
Il faut alors trouver un compromis en termes de montant de l’épargne à constituer par chaque nombre pour permettre à la coopérative de jouer pleinement son rôle –mobilisation de l’épargne et octroi de crédit. Il n’existe pas de règle générale en cette matière, tout dépend du pouvoir d’achat de la population cible et de l’environnement pris en compte.
Le soubassement du crédit et même sa garantie de premier ordre dans les coopératives restent le montant de l’épargne constituée par chaque membre. Dans beaucoup de coopératives d’ailleurs, un seuil minimum doit être préservé dans le rapport entre le montant de l’épargne de chaque membre et celui du crédit sollicité par lui (Jacquier, 1999). De plus, les membres doivent faire preuve de la régularité dans l’épargne pour pouvoir bénéficier du crédit. En clair, la condition sine qua none pour obtenir un crédit dans le mouvement coopératif traditionnel est la constitution de l’épargne.
Mais il arrive parfois que les COOPEC accordent plus de crédit qu’elles n’ont mobilisé de l’épargne. C’est notamment le cas des coopératives qui bénéficient des fonds de garantie mis à leur disposition par certains organismes spécialisés (publics ou privés) ou de subventions. Un des exemples que mentionne la littérature (Vincent, 1994) est celui de la COOPEC de AMBATO en Equateur qui a bénéficié d’une garantie RAFAD4 de 5000 USD. Cette garantie lui a permis d’octroyer des crédits allant jusqu’au double des sommes habituelle, en priorité pour des activités productrices destinées à créer suffisamment de valeur ajoutée, favorisant ainsi la durabilité des
existantes.
Pérou (BIT, 2004) et 70 en Inde, au Nigeria et en Egypte (Mekee, 2000)
emplois crées. Il en va de même de la coopérative Centrale d’Epargne et de Crédit au Kivu (COOCEC-KIVU) qui a bénéficié, en 1995 d’une enveloppe de 450000 USD destinée au financement des micro-entreprises, par le truchement du PASP (Programme d’Appui au Secteur Privé, une initiative du PNUD au Kivu / RD Congo.
Les coopératives novatrices[2] accordent cependant des microcrédits, même aux non membres, en fonction de leur trésorerie. D’où la nécessité d’une mobilisation optimale des ressources disponibles, d’une bonne politique de crédit et d’une gestion rigoureuse. Cette exigence contraste avec ce qui s’observe réellement au sein des coopératives traditionnelles caractérisées par une étonnante surliquidité[3]. Elles accumulent trop d’épargne et accordent trop peu de crédits. Au Kivu, la situation est bien plus préoccupante. (KALALA F., 2006)
Cette surliquidité au sein des coopératives traditionnelles a conduit les gestionnaires à des incitations perverses ayant précipité la « descente aux enfers » de leurs institutions. Plusieurs travaux empiriques (Congo, 1996 ; Fournier et Gentil, 1988 et 1993 ; Doligez et Gentil, 1996 ; Jacquard, 2003 ; Kapitula, 2003 et Vincent, 1994) fustigent la mauvaise gestion et le détournement des fonds considérés comme la principale cause de cessation d’activités.
A côté de ce problème de gestion sous optimale qui constite, au sein des coopératives, à considérer leur politique de crédit comme résiduelle à celle des placements, un autre problème non négligeable, celui de la fixation de leur taux d’intérêt, mérite une attention particulière. Ces deux problèmes s’entrecroisent et fragilisent le mouvement coopératif particulièrement dans les pays en développement.
Le statut d’établissement de crédit reconnu aux COOPEC dans la plupart des pays en développement les assujettit à la règlementation en vigueur dans ces pays. En d’autres termes, les coopératives doivent respecter les taux débiteurs (et créditeurs) plafonds. Et comme ces taux sont d’ordinaire plus bas que ceux qui auraient prévalu si le marché était libéralisé, les épargnants s’en trouvent démotivés. En termes réels, des taux créditeurs sont même négatifs. Ceci n’incite pas les épargnants à déposer leur épargne dans les coopératives. Des tels taux correspondraient en réalité à une espèce de pénalité que subiraient les épargnants.
Même en faisant abstraction du cas des taux négatifs, la rémunération de l’épargne reste un incitant non négligeable à la mobilisation des ressources dans les pays en développement, contrairement aux idées reçues. Doligez et Gentil (1996) parviennent au constat selon lequel il existe bien une épargne mobilisable parmi les micro-entrepreneurs (campagnards ou paysans) au Sud du Sahara (RD Congo comprise). Pour le même espace géographique, Gentil et Fournier (1988) étaient arrivés à la conclusion selon laquelle « en dessous de 20% d’intérêt à l’épargne, la mobilisation des ressources restera faible et ne touchera que la frange la plus défavorisée de la population ». Le remarquable succès de Procredit Bank à Kinshasa en matière de mobilisation de l’épargne peut être attribuable à sa politique de taux d’intérêts créditeurs attractifs.
Ces deux problèmes –mobilisation sous optimale des ressources et application des taux d’intérêts plus incitant- étant, il est préférable pour certains membres des COOPEC dans la mesure où ils peuvent s’y garantir a moins le remboursement de leurs cotisations. Il est dès nécessaire de tracer la ligne de démarcation entre COOPEC et tontines (Cfr. Annexe 1)
[1] La valeur d’une part sociale, communément appelée part d’intérêt dans les sociétés des personnes (ou action dans les sociétés par action) est obtenue en divisant le capital social par le nombre des parts existantes ; s’il y a des ressources internes conservées (réserves et autres) il importe, pour raison d’équité entre les nouveaux souscripteurs et les anciens de diviser plutôt la situation nette c’est-à-dire total actif moins passif exigible par le nombre des parts
[2] Telles que Crédal (Crédit Alternatif, à Louvain-La-Neuve en Belgique), MECREGO (à Goma en RC Congo)
[3] Ayant examiné cette question sur le terrain Ouest africain, Lelart (2002) conclut que les COOPEC collectent plus d’épargne qu’elles ne la mobilisent. Gentil et Fournier (1988) étaient déjà arrivés à la même conclusion plus d’un an avant. Leurs investigations avaient permis de constater que 90 % de l’épargne collectée par les coopératives était placée dans les structures bancaires classiques. Selon ces deux acteurs, cette attitude serait justifiée par le souci des coopératives de ne pas prendre le moindre risque.