Table de matières
0.1. L’ETAT DE LA QUESTION
Pour Raymond QUIVY et Luc Van CAMPENHOUDT, lorsqu'un chercheur entame son
œuvre, il est peu probable que son sujet d'étude n'ait jamais été traité par d'autres chercheurs en partie ou directement.
Ainsi, toute œuvre scientifique s'inscrit inéluctablement dans un continuum et peut être situé par rapport à des courants de pensée qui le président et qui l'influencent par ailleurs. D’où, il est normal et important que le chercheur en prenne connaissance pour lui permettre de préciser ce qui rapproche d'une part et ce qui distingue d'autre part son propre travail de ceux des autres.[1]
Etant donné que nous ne sommes pas le premier à réfléchir sur la problématique de réintégration des enfants sortis des forces et groupes armés, notre étude rejoint celles des auteurs suivants :
I.SHUKURU BATACHOKA, traitant de la problématique sociopolitique de la démobilisation des combattants au sud Kivu, cas des démobilisés de la CONADER, Mémoire, FSSPA, 2005-2006,
Selon lui, si l'on ne tient pas compte du devenir des ex-combattants, on aboutira à la minimisation et à la spectacularisation de la violence qui pourra entraîner la crise et les conflits en escalades conduisant encore une fois de plus à l'effondrement de l'Etat.
En plus de cet appui financier, les enfants retournés dans la communauté ont également besoin d'une assistance psycho sociale pour maîtriser les traumatismes vécus.[2]
II.KALONGA LUSE-LUA-NZAMBI et LUTALA BILILO MBULU
Ont mené une étude sur les considérations psychosociales chez les enfants sortis des forces et des groupes armés à Bukavu. Cette étude a couvert un échantillon de deux cents enfants sortis des forces et groupes armés choisis selon des critères bien définis. A la fin de l'étude, ils ont dégagé les conclusions selon lesquelles, bien que ces enfants constituent une catégorie spéciale des vulnérables, il s'avère que ces enfants ex-soldats ne sont pas pour autant différents des autres enfants du point de vue psychologique dans la mesure où leurs réactions ne semblent pas trop s'éloigner du cadre comportemental général de la société.
Néanmoins, sur le plan affectif, il se révèle que ces enfants ex-soldats sont plus tournés vers l'extérieur du fait d'avoir été détachés prématurément de leurs familles.
Par ailleurs, les résultats de ces auteurs ont montré que ces enfants sont déséquilibrés sur le plan sexuel malgré leur exposition aux éventuelles déviations.
Aussi, la peur due aux différents événements sombres vécus, continue-t-elle à marquer le parcours de leur vie quotidienne.[3]
Sur le plan de la sociabilité, ils ont montré que la fréquence élevée d'incarcération ou de l’emprisonnement des garçons, ferait penser à la délinquance ; ce qui ne dénote ni de l'alcoolisme, ni du tabagisme, encore moins de la toxicomanie de la part de ces enfants.4
III.KAPAMA KAPOTA Michel dans son mémoire « La contribution de la CaritasDéveloppement /Diocèse d’Uvira à la réinsertion socio-économique des ex-combattants démobilisés. Cas de la cité d’Uvira ». Il s’est posé trois questions se référant à cette littérature sur la réinsertion des ex-combattants qui a attiré sa curiosité sur :
A ces questions, il a proposé des hypothèses suivantes :
Etant ainsi, les ex-combattants retrouvent leur estime dans le milieu d’accueil et répondent eux-mêmes à leurs besoins sociaux de base.
Cet encadrement approprié des ex-combattants pourrait donc leur redonner l’espoir et la possibilité de vivre en harmonie dans leur milieu d’accueil.[4]
IV.MURUNGUTI MATAHEMUKA Joseph, dans son mémoire « analyse des risques sociaux et perspectives d’encadrement socioprofessionnel des enfants en situation particulièrement difficile à Bukavu », l’auteur montre à partir de l’observation qu’un nombre important d’enfants marginalisés tombent victimes des risques sociaux dans les centres des ONGS de protection et réhabilitation de cette catégorie de groupe vulnérable, et le soutien de l’Etat aux différentes initiatives travaillant dans le cadre des enfants marginalisés lesquels sont confrontés aux risques sociaux. Dans ce cadre, nous trouvons que l’auteur insiste sur les risques sociaux des enfants marginalisés.[5]
Notre travail va se démarquer de la précédente œuvre par le fait qu'il analysera les stratégies dont se servent les agences de la protection de l’enfance pour relever les enfants sortis des forces et groupes armés dans la société civile car dit-on, les APE sont tenues au regard du PNDDR, d’entamer un certain processus de réintégration des enfants dans la société, lequel processus suppose des actions basées sur les capacités de l’enfant et les potentialités du milieu, voir l’amélioration de conditions socioéconomiques des enfants sortis des forces et groupes armés dans la ville d’Uvira en particulier et dans tout le territoire en général.
0.2. PROBLEMATIQUE
Dans beaucoup de pays du monde en guerre, les enfants ont subi de violences et maltraitance par le fait qu’ils soient souvent utilisés comme chaire à canon. Cette utilisation des enfants dans les conflits armés constitue l’une des pires formes d’exploitations et d’abus d’enfants[6]. Partout à travers le monde, les enfants ont toujours été considérés comme un trésor, l’espoir de toute Nation qui se veut sérieuse et soucieuse de son développement car dit-on ; « la jeunesse est l’avenir de demain ». Voila pourquoi les enfants méritent une attention particulière de toute l’humanité. Ceci n’empêche pas que, dans beaucoup de pays du monde, les droits des hommes ne soient bafoués et plus particulièrement ceux des enfants en dépit des traités et accords signés et des les déclarations faites du jour au jour par la cours pénale internationale (CPI) avec l’appui de plusieurs institutions nationales pour mettre fin à l’utilisation des enfants soldats tout en soutenant des réseaux possibles qui favorisent le désarmement, démobilisation et la réinsertion des anciens enfants soldats. Ce qui est une violation flagrante des droits des enfants mais aussi des conventions et traités internationaux que les Etats parties prenantes ont ratifiés.
Trois cent mille (300000) enfants au monde, au moins, porteraient les armes ou surviraient de supplétifs au sein des forces armées nationales, des milices rebelles, des groupes armés paramilitaires et des gangs mafieux.[7] Ces cohortes de guerriers juvéniles constituent une menace trop souvent ignorée dès lors qu'il faut juger les actes d'enfants arrachés à leurs familles et plongés dans l'horreur de la guerre.
En Afghanistan, par exemple, les Talibans ont commencé à procéder à l’enrôlement des jeunes guerriers à partir de leur entrée en guerre contre les Moudjahidin en 1994 jusqu’à la chute du régime islamiste en 2001.[8] En dépit de la chute de leur régime, l’utilisation d’enfants soldats n’a pas disparu au sein des groupes talibans opérant en Afghanistan. Selon l’ONU, même la Police Nationale Afghane intégrait aussi des enfants dans ses rangs à l’instar des groupes armés. C’est ainsi que face à la pression internationale, un accord entre l’ONU et le gouvernement Afghanistan a été signé au début de l’année 2010 pour mettre fin à cette pratique.
Le cas de l’Ouganda est encore assez éloquent. A l’heure actuelle, l’armée de résistance du seigneur (LRA), un groupuscule des fanatiques religieux du nord de l’Ouganda dirigé par Joseph KONY procède régulièrement et ce, depuis le milieu des années 1990, à des enrôlements forcés des jeunes enfants. Les enfants ainsi enlevés subissent eux aussi des actes de barbaries, viols, meurtres, tortures, travaux forcés, longues marches à pied…leur imposés par ces ravisseurs.[9] C’est dans le même ordre d’idées que le gouvernement Tchadien a signé le 09 mai 2009, un accord avec l’Unicef prévoyant la protection des enfants recrutés dans l’armée Nationale Tchadienne. En signant cet accord, le gouvernement reconnaissait pour la première fois la présence des enfants dans les rangs de l’armée.8
En effet, en RDC, le recrutement et l'utilisation des enfants par des groupes armés est un phénomène répandu, connu depuis le conflit de 1996-1997, résultant du renversement du régime de Mobutu par l’AFDL.[10]
La question des enfants utilisés par les groupés armés en R.D.C. a attiré un niveau élevé et constant d'attention internationale, aux niveaux diplomatiques et de plaidoyer depuis le début du conflit et cela au milieu de l'année 1998.
Tous les groupes armés en R.D.C. ont été nommés dans les rapports annuels du Secrétariat Général des Nations Unies de 2002 et 2003 sur les enfants et les conflits armés devant le Conseil de Sécurité.7 La République démocratique du Congo compte à elle seule 10% des effectifs d'enfants soldats au monde, près de 33494 enfants avaient été recrutés dans les forces et groupes armés et certains d'entre eux y presteraient encore jusqu'à ce jour[11]
Partant de cela, le gouvernement de la République Démocratique du Congo, prit conscience du problème engendré par la présence des enfants dans les forces et groupes armés, mit sur pied le Programme National de désarmement, démobilisation et réinsertion (PNDDR) des ex- combattants dont la mise en œuvre est intervenue en 2004 et il concernait 300 000 ex- combattants dont 25.000 enfants.[12]
En adoptant ce programme de désarmement général et complet, le gouvernement de la RDC voudrait certainement évaluer avec beaucoup de soin les répercutions probables du désarmement sur la production nationale et sur l’emploi et, étudier leur politique économique de façon à la rendre aussi efficace que possible. Il importerait de maintenir la demande intérieure de biens et de services à un milieu général élevé ce qui contribuerait à assurer un niveau satisfaisant de la production et de l’emploi.
Il s’git là d’un objectif normal de la politique de Gouvernement, mais qui aurait une importance accrue tant pendant la période de reconversion qu’à long terme, lorsque le désarmement général et complet aurait été réalisé.
Le désarmement permettrait de plus de libérer des groupes importants de jeunes gens (EAFGA) actuellement employés dans des groupes et forces armées , le profit qu’un certain nombre de province ont tiré de la bonne volonté et de l’enthousiasme de ces jeunes gens montre que beaucoup d’entre eux, lorsqu’ils seront complètement libérés de tout souci militaire, ils pourront contribuer utilement au développement économique et social du pays.
On pourrait, dans un monde désarmé, espérer une amélioration générale du niveau de vie et notamment un accroissement des loisirs. La fin de la course aux armements amènerait les gouvernements à accorder aux objectifs sociaux une priorité plus élevée. On éviterait les inconvénients psychologiques, normaux et matériels, qui résultent du service militaire obligatoire des EAFGA et du stationnement des membres des forces et groupes armées en des lieux éloignés de leurs foyers ainsi que ce risque de voir les considérations de sécurité nationale et les forces armées jouer un grand rôle pour ce qui est des valeurs adoptées par la collectivité. La coopération dans le domaine scientifique ainsi que les arts profiteraient d’un élargissement des échanges internationaux.
Pour ce qui est de la seule province du sud Kivu, près de 3000 à 5000 enfants seraient impliqués dans ce processus selon les organisations intervenant dans la réinsertion des enfants sortis des forces et des groupes armés.[13]
Cependant, il est impérieux de signaler que le territoire de FIZI et ce lui d’UVIRA ont toujours été qualifié aux yeux de la communauté internationale que nationale parmi les territoires de la résistance en guerre dans la province et à ce titre, confronté au problème d’utilisation et /ou recrutement des enfants dans les forces et groupes armés.
C’est dans cette optique que plusieurs organisations de la Société Civile dont l’Ajedi-ka se sont engagées aux côtés des autres APE en collaboration avec l’UEPN-DDR, la MONUSCO, et l’UNICEF à militer pour la prévention contre l’utilisation et/ ou recrutement des enfants dans les forces et groupes armés à travers son volet désarmement, démobilisation et réinsertion socio-économique.
Au sortir des enfants des forces et groupes armés, les APE sont tenues au regard du PNDDR, d’entamer un certain processus de réintégration des enfants dans la société, lequel processus suppose des actions basées sur les capacités de l’enfant et les potentialités du milieu.
En effet, les actions de réintégration des enfants ont comme but d’enlever dans la psyché de l’enfant les souvenirs de la violence des événements qu’il a vécu, la préparation à la socialisation et à l’auto prise en charge de manière à limiter toutes les chances de retourner aux armes. Faisons remarquer cependant que, malgré les efforts consentis dans ce cadre, les conditions socioéconomiques des enfants sortis des forces et groupes armés dans la cité d’Uvira en particulier et dans tout le territoire en général ne sont pas satisfaisantes, ce qui laisse des craintes à plusieurs observateurs qui estiment que cette situation ramènerait ces enfants au gout des armes et de violence.[14]
A la lumière de ce qui précède, il y a lieu de se poser les questions suivantes :
0.2. HYPOTHESES DU TRAVAIL :
Pour répondre anticipativement aux préoccupations soulevées dans notre problématique, cette étude se veut de vérifier les réponses suivantes :
le manque d’engagement du gouvernement à mettre fin à l’activisme des forces et groupes armés résiduels encore opérationnels dans le milieu ; le relâchement familial dû à l’irresponsabilité des parents et à la pauvreté des ménages.
3.Pour plus d’efficacité, les APE devraient renforcer leurs activités de prévention contre le recrutement et/ou l’utilisation des enfants dans les forces et les groupes armés par le renforcement du suivi et la sensibilisation communautaire ainsi que l’intégration des AGR dans ses approches.
0.3. OBJECTIFS
0.3.1. Objectif Global :
Ce travail vise à relever l’apport de l’Ajedi-ka dans la réinsertion socio-économique des ESFGA dans la cité d’UVIRA.
0.3.2. Objectifs Spécifiques
Au plan temporaire, cette étude couvrira la période de 2009 à 2014. L'année 2009 correspond à la période pendant laquelle, un nombre important d'enfants s'étaient réinséraient dans leurs familles a partir de l’effort de l’Ajedi-ka ; tandis que l'année 2014, constitue celle de la systématisation de nos investigations. Au plan spatial, nos enquêtes vont couvrir la cité d’Uvira et ses environs.
Nos observations sur la violation des droits de l’enfant est surtout bafoués par les hommes politiques, notamment par les groupes armés est a haut niveau, c'est-à-dire le choix s’explique par notre interpellation à la conscience de tout un chacun de respecter et promouvoir les Droits de l’enfant, car les enfants sont les éléments complémentaires dans la société, sans eux il n’y a pas la complémentarité dans le processus de développement.
Pour construire notre cadre théorique, nous nous sommes inspirés de la philosophie d’Emile
Durkheim pour appréhender les réalités relevées au cours de notre travail. D’après Emile Durkheim, la question du lien social retrouve aujourd’hui toute son actualité. En effet, la montée de la précarité et des inégalités sociales affaiblissent la cohésion sociale et compromettent le processus d’intégration.
La tendance à la déréglementation des marchés du travail ainsi que la flexibilité peuvent être analysées à la lumière du concept d’anomie. Avec la violation de la loi ce la peut nous amener a un état de désorganisation de déstructuration dans la société par ce qu’il ya la disparition des normes et des valeurs communes à ses membres ou encore quand il ya l’acculturation ou déculturation. Pour Durkheim, « c’est dans la nature de la société elle-même, qu’il faut aller chercher l’explication de la vie sociale » ; la cause déterminante d’un fait social doit être cherchée parmi les faits sociaux antécédents, et non parmi les états de la conscience individuelle. La fonction d’un fait social doit toujours être recherchée dans le rapport qu’il soutient avec quelque fin sociale »[15]. C’est dans cette optique que nous chercherons tout au long de cette littérature à comprendre la portée des interventions de la l’Ajedi-ka dans la réinsertion socio-économique des ESFGA, dégager les forces et les faiblesses pour plus d’efficacité et d’efficience sur le terrain.
Outre l’introductive et la conclusion générale, ce travail s’articule autour de quatre chapitres :
[1] R.QUIVY et L.V.COMPENHOUDT, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, Dunod, 1988, P3038
[2]SHUKURU BATACHOKA, La problématique socio-politique de la démobilisation des combattants au sud Kivu, cas des démobilisés de la CONADER ,Mémoire ,FSSPA,2005-2006,p 34
[3] KALONGALUSE-LUA-NZAMBI et LUTALA BILULO MBULO « Quelques considérations psychosociales
sur les enfants sortis de forces et groupes armés : cas de la ville de BUKAVU » in recherches africaines, n° 21 janvier- juillet 2008 , P106-116.
[4]KAPOTA Michel dans son mémoire « La contribution de la Caritas-Développement /Diocèse d’uvira à la réinsertion socio-économique des ex-combattants démobilisés. Cas de la cité d’uvira »
[5]MURUNGUTI MATAHEMUKA Joseph, dans son mémoire « analyse des risques sociaux et perspectives d’encadrement socioprofessionnel des enfants en situation particulièrement difficile à Bukavu »
[6] CIZA BAHATI Réné, le Search for common ground et la transformation des conflits en Territoire de Fizi et d’Uvira à l’Est de la RDC, 2O09-2011, p30
[7] Marc SCHWITZ. La guerre, enfant admit 300.000 enfants dans le monde, comment combattre ce fléau ?
Coédition GRIP, Bruxelles, 2010, p28
[8] http: //www.Explored.com
[9] Http/www.explored.Com/ naticias-ecuado, cyber ISDR/ BUKAVU, 2014
[10] Entretien avec mon grand-pére, Evageliste KABWE KAKOZI Néhemie, 2009 au Camp des réfugiés congolais en Tanzanie
[11] Rapport annuels du Secrétariat Général des Nations Unies, sur les enfants et les conflits armés devant le Conseil de Sécurité, 2002 et 2003, p 29
[12]Rapport de l’UEPN-DDR sur la situation de désarmement, démobilisation et réinsertion dans la province du Sud-Kivu 2010 p 22
[13] l’UEPN-DDR sur la situation des enfants associés aux forces et groupes armés dans la province du Sud-Kivu 2006
[14] WWW.wold children’s prize.Org 2013
[15]Emile DURKHEIM, L’explication des faits sociaux, http//social. Chez. Com/autob/durkheim, htm, consulté le 25 juillet 2014 à 11h 37.