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INTRODUCTION

0.1.  Problématique

Depuis les anciens temps, l’humanité a toujours été confrontée au problème des maladies mentales. Ces dernières suscitent des interrogations multiples et donnent lieu à des explications de toutes sortes. Et comme pour toutes les autres maladies, l’homme se préoccupait à trouver la solution c’est-à-dire les traiter.

Les premiers à s’intéresser aux maladies mentales furent les médecins préhistoriques ou archaïques. Selon eux, ce sont des démons en possession du corps et de l’âme de la personne qui seraient responsables des troubles mentaux. En conséquence, seuls les devins pouvaient intervenir dans de tels cas, Ces derniers utilisaient des traitements comme la trépanation qui est une technique de parcage du crâne, moyen de faire sortir les esprits malins qui occupaient un hôte.

On remarque que les maladies mentales n’étaient pas expliquées rationnellement et les malades mentaux n’étaient pas bien traités.

A  l’Ere préhistorique, en Angleterre par exemple, les personnes souffrant d’une maladie mentale étaient perçues comme dangereuses et imprévisibles, de contact difficile, irresponsables, ayant peu de chance de s’en sortir et répondant pauvrement au traitement.

 A ce temps, trois croyances populaires dressent une barrière au traitement des maladies mentales entre autre

  • Les symptômes ne sont pas associés à un trouble mental mais peuvent s’auto-traiter ;
  • Les tabous ;
  • Les préjugés reliés aux maladies mentales.

En Inde, des troubles mentaux étaient considérés comme dus à des entités métaphysiques, aux pouvoirs surnaturels, à des sorcelleries, à des pouvoirs maléfiques.

HINDOUE considérait que la maladie mentale était une perturbation de l’équilibre des différents éléments qui constituent l'homme. Les causes provenaient d’une nutrition peu convenable, du non-respect des dieux, professeurs et autre.

Les traitements devaient impliquer l’utilisation d’herbes, de pommades, des incantations, des prières,…

En Chine, les troubles mentaux ont été principalement traités grâce à la médecine traditionnelle par l’utilisation d’herbes médicinales, de l’acuponcture ou de la thérapie émotionnelle.

Le classique interne de l’empereur JEANET décrit les symptômes, les mécanismes et thérapies par les maladies mentales associant les émotions à l’organisme.

Les conditions du traitement comprenaient le déséquilibre du Yin et du Yang.

Chez les Hébreux et Israelites, la croyance en unique Dieu, a amené à la conclusion que les troubles mentaux étaient causes par une relation instable entre l’individu et Dieu. Ici la maladie est perçue comme un châtiment aux transgressions conscientes ou accomplies par mégarde.

En général chez les Hébreux et Israelites les maladies mentales ou corporelles étaient traites par des prêtres guérisseurs ‹‹ou prophètes››, des messagers devins.

On employait parfois des remèdes mais le plus souvent on recourait aux prières, aux incantations, aux rituels d’exorcisme et autres ;

En Grèce, certains savants supposaient que les maladies étaient causées par les quatre tempéraments du corps.

C’est dans ce sens qu’Aristote déclare que les troubles mentaux sont causes par les problèmes physique.

Quant à Hippocrate, influence par la théorie de quatre éléments [terre, eau, feu, air] qui altèrent le dysfonctionnement du cerveau, explique que des maladies comme la folie sont en réalité causées par des facteurs environnementaux, de mauvaises habitudes alimentaires ainsi que de l’hygiène de vie, et non pas par une punition infligée par les dieux.

A Rome, la folie était associée à une errance sans but ainsi qu’à la violence.

ASCLEPIADE, désapprouve la théorie d’Hippocrate, et insiste plutôt sur les causes liées à l’hygiène de vie. De son cote ARRETEE explique qu’il est difficile de savoir réellement d’où proviennent les troubles mentaux.

CELSUS, suppose que les individus doivent guérir par la connaissance philosophique et par leur propre force morale. Celsius met les pratiques communes utilisées pour guérir les troubles mentaux telles que l’alimentation saine, les prises de sang, les médicaments, les thérapies, l’exorcisme, les incantations, les restrictions ainsi que les tortures comme la famine, l’intimidation, la peur, la lapidation, la violence.

Cependant un grand nombre des malades mentaux ne reçoivent aucun traitement mais restent aux cotés de leur famille ou errent dans les rues, vulnérables aux agressions et à la dérision. Certains individus les considéraient comme des animaux, des objets inanimés, des êtres mystiques venus d’ailleurs dans le sens des huiliers. Certains étaient considérés comme des fous dangereux, à la suite de certaines dérives sociales et leur façon de s’exprimer était considérée anormale.

Chez les Arabes, les troubles mentaux étaient associes a l’égarement, a une perte de raison, a certains lésions cérébrales et a des mystiques. Ici, AL-RAZI (Razès) met en avant l’avantage des chocs émotionnels et des problèmes religieux associes à l’esprit.

Ainsi AL-FARABI croit aux effets thérapeutiques positives de la musique pour apaise l’âme.

Quant à AL-GHAZARI,  les maladies spirituelles sont dangereuses et qu’elles dérivent de l’ignorance envers Dieu. Dans le culte Islamique, les individus souffrant de troubles mentaux ne méritaient ni protection, ni traitement médical. Certains pensaient que les troubles mentaux pouvaient être causes par un ‹‹djin›› (génie).

La folie durant le Moyen âge en Europe était un mélange de divinité, de mal, de magie et de transcendantalisme. La folie était également perçue comme une punition pour avoir péché. La théologie chrétienne proposait un nombre de traitements comme la prière et l’exorcisme des individus soi-disant possédés par le diable. D’autres causes également explorées, furent l’alimentation, l’alcool, le sur chargement de travail et la souffrance physique.

(fr.Wikipedia.Org/Wiki/Histoire des maladies mentales. Consulté le 10/05/2017 à 19H10’/).

F.DIONGO (2016, p.3), ajoute qu’au moyen âge, les malades mentaux furent considérés comme des sorciers ou possédés par les démons. Il en était de même pour les hérétiques, les prostituées, les mendiants, etc. Pour traiter ces personnes on recourait essentiellement aux prières et à l’exorcisme. Comme l’exorcisme ne réussissait pas toujours à débarrasser les infortunes du diable qui les possédait, il fallait les brûler vifs. Des milliers des personnes furent ainsi conduites aux buchers et brulées vives pour être purifiées. La démonologie inspira ainsi les pires excès à cette époque.

 Au début de la renaissance, WEYER, KRAEPLIN, PINEL, etc. furent les apôtres de la croisade qui luttèrent pour faire accepter l’idée que les personnes qu’on considérait comme sorciers ou possédés par le diable souffraient d’une maladie surnaturelle. Au cours de XVIe et XVIIe siècle, la maladie mentale apparait dans la société humaine comme une pathologie non pas de la vie organique, mais de la vie psychologique qui menace l’homme dans son humanité.

  1. DIONGO Cité par R.WAKILONGO (2016, P.17) dit que, l’industrialisation de plus en plus poussée permettra la récupération des certains oisifs et vagabonds. Mais les malades mentaux, considérés comme des exclus de l’histoire, étaient toujours enfermes dans des prisons avec les malades contagieux parce qu’à la base il y avait l’idée de ‹‹nocivité sociale et de la dangerosité liée aux maladies mentales››.

Ph. PINEL, attribua les troubles psychiques non pas à une faute morale mais a une atteinte du système nerveux central. De ce fait, il va lutter pour que les fous soient séparés des criminels et des malades contagieux. D’où la création des asiles qui sont un début d’humanisation des conditions d’existence des malades mentaux et une ébauche de la classification des maladies mentales. En conséquence on va surmonter peu à peu la peur qu’inspirait le mystère de la folie. Toutefois, l’idée de dangerosité ou de nocivité liée à la folie n’était pas bannie ; ainsi les asiles à cette période n’étaient que des prisons.

A la fin du XVIIe siècle et durant le siècle des lumières, la folie et désormais considérés comme un phénomène physique organique, ce qui n’implique plus une cause morale ou spirituelle. Les fous étaient considérés, d’une manière négative, comme des animaux sauvages sans pitié. L’emprisonnement de ces individus devait aider à supprimer leurs pulsions animales. De nombreux traitements somatiques étaient utilisés comme à l’ère du moyen âge. Le traitement qui leur était inflige dans les asiles était barbare, presque similaire aux châtiments corporels fait en prison.

 Durant la fin du XVIIIe siècle, un mouvement de sensibilisation et de protestation s’est développé pour inclure des approches humaines psychosociales et personnalisées des patients, Les militants de ces approches humaines furent Vincenzo Chiarugi ; Jean-Baptiste Pussin ainsi que ph. Pinel en France ; la société religieux religieuse des Amis en Angleterre, menée par William TUKE ; et Dorothée Dix en Amérique.

Le XIXe siècle, dans le contexte de l’industrialisation et de la croissance dermographique, a vu le nombre d’asiles construits explorer dans les pays de l’Ouest. Des lois été établies par plusieurs pays d’Europe pour aider les individus juges fous.

Au XXe siècle, le terme de stress utilise pour la première fois dans les années 1930 se popularise. Et désigne ainsi le trouble biopsychosocial pour être par la suite grandement associe aux troubles mentaux. Les  lobotomies, les cures de Sakel, la Sismothérapie et la chlorpromazine ‹‹neuroleptique›› ont été utilisées durant la moitié de ce siècle pour traiter le trouble biopsychosocial. (http.//psychiatrie infirmière.fr définition/maladie mentale. html. Consulté le 10/05/2017 à 19H30’).

Comme partout ailleurs dans le monde, en Afrique en général et en République Démocratique du Congo en particulier, la compréhension et le traitement des maladies mentales varient d’un milieu à l’autre et d’une époque à l’autre.

H.COLLOMB dans sa revue célèbre ‹‹psychopathologie africaine›› a  souligné le rôle des représentations culturelles dans la compréhension de la pathologie mentale chez les africains, en particulier en rapport avec la croyance, la sorcellerie, la magie, la malédiction au fétiche, la force des esprits des ancêtres, des génies et de Dieu Suprême.

I.SOW, se fonde sur une conception spécifique de la personnalité africaine dans sa structuration pour expliquer valablement les pathologiques dont le schéma d’explication doit se bases sur cette armature (ensemble) théorique. La personnalité d’un africain se conçoit selon un schéma a trois dimensions:

  1. Sa relation au monde invisible: être suprême, ancêtre défunt, esprits bons ou mauvais et génies. Dimension Spirituelle ;
  2. Sa relation au monde familial: clan, lignage, foyer dimension socioaffective. C’est la dimension socioaffective. Ce monde est plus complexe que l’Univers familial du type occidental constitue essentiellement de la famille nucléaire au sein de laquelle s’élabore la personnalité de l’enfant occidental dans la matrice de Complexe d’Œdipe ;
  3. Sa relation à la société globale: profession. Groupe d’intérêts divers. C’est la dimension sociologique. L’auteur considère que la solidarité africaine est une valeur fondamentale parce que la personnalité est large et multidimensionnelle, comprenant aussi bien le monde visible et invisible que le non familial auquel participe même l’environnement physique.

Pour E.CORRIN, l’identité de l’africain ne peut se concevoir que selon les trois dimensions inspires du schéma d’I.SOW. De sa part, il a abordé le problème d’acculturation sur la pathologie mentale. Ainsi, par ses travaux avec MAVINGA TANA, MVULA, MAHESHE SENGOMA, MBAMBI LELO, MALONI et KALALA menés  en RDC. Ces derniers concluent que les conditions sociales stressantes que  connaissent les africains sont en général un facteur de perturbation identitaire et mentale.

B.NGUFULU avec ses travaux sur la psycho palabre africaine en tant que méthode de thérapie des maladies mentales fondées sur la conception de l’africain en tant que ‹‹Muntu›› utilise le groupe pour traiter les malades mentaux, c’est-à-dire la force du groupe pour aider les malades mentaux.

   Eu égard à ce qui précède, on peut se demander, comment les Bafuliiru concevaient-ils la maladie mentale, comment l’expliquaient-ils et comment la traitaient-ils ?

0.2.  Hypothèses

Pour répondre à la question posée nous avons formule les hypothèses suivantes:

  • Les Bafuliiru concevaient la maladie mentale comme une force puissante  nouvelle, étrangère à la personne (malade).
  • Les maladies mentales chez les Bafuliiru seraient dues aux mauvais sort, à la magie, au vol ; à la sorcellerie, aux esprits mauvais ou non-respect des tabous et des dieux.
  • La thérapie des maladies mentales chez les Bafuliiru se ferait par des tradipraticiens au moyen de l’exorcisme et fétiches.

0.3.  Objectif du travail

En  entreprenant cette recherche nous avons l’intention d’étudier la conception, l’étiologie, la thérapie des maladies mentales chez les Bafuliiru.

0.4.  Choix et intérêt  du sujet

Les résultats de cette recherche constituent un outil de référence pour toute personne intéressée par les maladies mentales. Ce travail, une fois élaboré, permettra au lecteur de se rendre compte de la façon dont la maladie mentale était conçue ; considérée et traitée chez les Bafuliiru.

0.5.  Délimitation du sujet

 Tout travail scientifique doit être délimité sur le plan Spatial et temporel.

Du point de vue spatial, cette étude est menée dans le territoire d’Uvira, chefferie de Bafuliiru.

Sur le plan temporel, cette étude est menée en 2017 et sa concerne les vieux sages, des troisièmes âges.

0.6.  Subdivision du travail

Hormis l’introduction et la conclusion, Ce travail s’articule sur trois chapitres.

Le premier  chapitre porte sur les considérations théoriques. Ici nous définissons les concepts clés, nous présentons les travaux antérieurs et le peuple Fuliiru.

Le deuxième chapitre concerne le cadre méthodologique. Nous y présentons la population d’étude, l’échantillon, les techniques des récoltes des données et de traitement, les méthodes utilisées ainsi que les difficultés rencontrées.

En fin, le troisième chapitre porte sur la présentation, l’analyse et l’interprétation des résultats.

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