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Chap. I. CONSIDERATIONS GENERALES

Les considérations générales de la présente étude consistent en la clarification des concepts et en la présentation de la chefferie de Kabare.

I.1. CLARIFICATION DES CONCEPTS

Il est difficile de développer ce chapitre sans au préalable préciser les concepts en rapport avec le sujet, notamment:

  1. Fonctionnalité: Ensemble des caractères ou des propriétés qui font que quelque chose remplisse bien sa fonction(16).
  2. Entités Territoriales Décentralisée. L’Article 3 de la constitution de la RDC dispose que les provinces et les ETD sont dotées d'une personnalité juridique et sont gérées par les organes locaux. Ces ETD sont: la ville, la commune, le secteur et la chefferie.
  3. Chefferie. Au terme de l'ordonnance-Loi N° 82-006 du 25 Février 1982 portant Organisation politico-administrative et territoriale de la République du Zaïre, on distingue plusieurs types des collectivités dont notamment la collectivité-chefferie, actuellement appelée chefferie tout court, qui comprend un ensemble généralement homogène des communautés traditionnelles organisées sur base de la coutume et ayant à sa tête un chef coutumier désigné par la coutume et investi par le pouvoir public(17).
  4. Collectivité. C’est une entité administrative décentralisée dotée de la personnalité juridique qui comprend un ensemble généralement homogène des communautés traditionnelles organisées sur base de la coutume et ayant à sa tête un chef coutumier reconnu et investi par le pouvoir public(18).
  5. Pouvoir coutumier ou traditionnel. Le pouvoir coutumier, selon MAPPA SOPHIA, est un pouvoir héréditaire institué par la société selon sa coutume et fondée sur la supériorité des liens de sang de tel clan sur les autres. Les valeurs de ce pouvoir constituent un obstacle puissant à la valeur politique d'accès au pouvoir par la compétition pacifique et l’alternance. C'est aussi le lieu de la diffusion du pouvoir divin avec le pouvoir terrestre, de l'occulte et de l'invisible avec le visible et de la subordination du terrestre et du visible au devin et à l'occulté(19).
  6. Décentralisation. Elle est la technique de gestion des entités locales applicables dans toutes les formes de l'Etat. AVRIL et GIQUEL estiment que la décentralisation peut se définir comme étant l'application de la démocratie au plan local, consistant dans le transfert des compétences d'ordre administratif du pouvoir central à des collectivités dont les instances dirigeantes sont élues par les citoyens concernés(20).

Il y a lieu de signaler ici que dans le droit Allemand, la décentralisation signifie le pouvoir de s'administrer soi-même. A contrario, le ‘Local governmental Anglo-Saxon’ marque une tendance à ne pas laisser le monopole du pouvoir aux organes centraux de l'Etat, pour marquer l’effectivité de la décentralisation. D'une façon plus simple, la décentralisation est définie comme un procédé de gestion à des organismes dépendants du pouvoir créateur, mais jouissant, vis-à-vis du pouvoir central, de l'autonomie de gestion(21). C'est une action de rendre plus autonome ce qui dépend d'un pouvoir central; donner le pouvoir de décision dans la gestion administrative locale à des collectivités territoriales, des personnes publiques élues par les administrés. Elle est un mode de gestion des services publics qui se traduit par le transfert d'attributions de l'Etat à des institutions (territoriales ou non), juridiquement distinctes de lui et bénéficiant, en vertu d'une loi organique, d'une certaine autonomie(23).

I.1.1. Objectifs et critères de la Décentralisation

Les objectifs et les critères de la décentralisation sont très nombreux, mais retenons dix (10) qui éclaircissent la portée de ce travail, notamment:

  1. Rapprochement de l'administration des administrés;
  2. Réduction de la lenteur de l'administration centrale;
  3. Renforcement de la flexibilité de l'administration locale;
  4. Satisfaction des besoins des administrés;
  5. Renforcement du sens public ou de l'intérêt général des autorités locales;
  6. Possibilité, pour la population, de résister aux interférences du pouvoir central par les moyens démocratiques;
  7. Promotion de la démocratie locale et partage de la direction des affaires de l'Etat;
  8. Désignation, contrôle et sanctions des élus locaux par leurs électeurs;
  9. Valorisation des fonctions des responsables des entités territoriales décentralisées;
  10. Constitution des entités territoriales décentralisées capables de devenir des niveaux de gestion efficace des affaires de l'Etat et capables de mobiliser des conditions de vie de la population.

I.1.2. Avantages et inconvénients de la décentralisation

La décentralisation, comme mode de gestion de l'Etat, a des avantages et des inconvénients.

  1. Avantages

Les avantages de la décentralisation sont fixés par ses objectifs. En effet, elle a pour objectif de mettre sur pied une administration efficace qui puisse travailler pour l'intérêt de la population en faisant des entités locales des niveaux de gestion efficace des affaires de l'Etat. Il s'agit d'une administration de proximité qui, non seulement rapproche l'administration des administrés, mais elle réduit également la lenteur dans la fourniture des services publics. La décentralisation accélère la marche des services en déchargeant le pouvoir central d'un grand nombre d'affaires qui l'encombreraient dans un régime centralisé. Elle permet au pouvoir central de se dessaisir de certaines tâches pour les confier aux entités locales et pour augmenter la confiance des citoyens vis-à-vis de l'Etat. Elle permet une division verticale du pouvoir entre le centre et la périphérie. Elle constitue ainsi un contre-poids utile à la puissance étatique et en rampant contre les tentatives autoritaires des gouvernants.

En effet, la décentralisation favorise la mise en branle du génie territorial, c'est-à-dire l'application de l'intelligence au niveau d'un territoire. Les citoyens appartenant à l'entité territoriale développent une capacité d'action fondée sur la jonction de divers savoir - faires, moyens, sensibilités, points de vue et intérêts qui témoignent de la participation effective des acteurs tant du secteur public que privé. La décentralisation favorise donc le développement national à partir de la base et concourt à la promotion de la démocratie locale par la participation des citoyens à la prise des décisions. Elle développe l'esprit civique et public parce qu'elle associe la masse des citoyens à la gestion de la chose publique. Grâce à la décentralisation, les autorités locales acquièrent un sens plus élevé de l'intérêt général et font des efforts pour prendre des initiatives locales sans attendre des injonctions du pouvoir central et pour satisfaire les besoins de la population.

  1. Désavantages de la décentralisation

Les désavantages de la décentralisation sont très nombreux tels que évoqué par IFES dans sa réflexion sur le programme de gouvernance et participation citoyenne d'Août 2007 à Kinshasa avec comme thème principal: ‘La décentralisation territoriale, administrative et politique en RDC’. Ces désavantages sont:

  • La décentralisation entraine une augmentation du personnel administratif qui implique aussi une augmentation des charges (des dépenses);
  • Possibilité des conflits entre les organes délibérants et exécutifs locaux;
  • Multiplicité des pôles des décisions au sein de l'Etat; d'où, dispersion des pouvoirs;
  • En cas d'échecs de la décentralisation, il y a risque de retour à la centralisation à outrance;
  • Risque de frustration des entités à faible capacité fiscale et des populations à faible démographie;
  • Risque de marginalisation de certaines provinces et des entités administratives décentralisées des projets de développement par un pouvoir qui n'a pas recueilli des voix de ces provinces et ETD, même à travers la caisse de péréquation;
  • Risque de retour ou d'exacerbation des conflits (ethniques, tribaux, intercommunautaires, etc.);
  • Risque d'élection des démagogues et des mieux offrants au détriment de la méritocratie et c'est surtout par une élection au second degré.

I.1.3. Fondement de la décentralisation

Il est pertinent de répondre à la question de savoir pourquoi décentraliser, qui se veut avoir une explication sur la raison d'être de tout processus de décentralisation qui aboutit à la mise sur pied des ETD surtout dans nos pays sous-développés où nous voyons les autorités publiques procéder souvent à la décentralisation après de longues années de centralisme, mais alors il y a des critères très clairs qui permettent de mieux juger. Cette pratique n'est pas appropriée seulement pour les pays sous - développés, composés en majorité de jeunes Etats, mais aussi par les vieilles nations qui, elles aussi ont recourus à la décentralisation en vue de corriger, d'améliorer, d'adapter divers aspects précis de leurs organisations et structures. Cette décentralisation les avait ainsi conduites à de nouvelles institutions plus démocratiques, plus proches des peuples, de leurs besoins et de leurs aspirations. En principe, pour que celle-ci réussisse et soit durable même si ce n'est pas le cas dans nos pays sous-développés, il faudrait qu'elle soit le résultat d'un consensus et d'une participation réelle du peuple; faute de quoi, elle rendrait inefficace le fonctionnement des nouvelles institutions politiques. Les dirigés (le peuple) la refuseraient ou la torpillerait tout simplement parce que non comprise et non intériorisée, mais aussi parce qu'élaborée sans tenir compte de leurs aspirations. De telles institutions demeurent instables, précaires, incapables de réguler les sociétés pour lesquelles elles seraient établies (24).

Néanmoins, pour tenter de répondre à la question de savoir sur quoi se fonde la décentralisation, et comme celle-ci ne se mesure que par le degré de liberté dont disposent les collectivités locales au sein d'un Etat unitaire, elle devrait répondre aux neufs principes suivants(25): la subsidiarité, l'autonomie, l'efficacité, la proximité, la valorisation, la participation, la supériorité, la solidarité et la coopération.

  1. La subsidiarité. C'est un principe très important, surtout là où l'on veut permettre et encourager la participation et l'autonomie locale. La subsidiarité, c'est le principe suivant lequel tout problème doit être résolu au niveau le plus bas, où l’on puisse le réaliser et où il est plus pertinent. Le Gouverneur n'intervient pas dans l'administration des affaires locales, sauf là où c'est vraiment nécessaire pour laisser la grande responsabilité des compétences au niveau local et ainsi favoriser une administration de proximité et efficiente. Les interventions de l'Etat central ne doivent être que subsidiaires par rapport à celles des provinces et des entités locales. Les instances provinciales gardent leur signification et leurs fonctions spécifiques, l'Etat central restant compétent dans les domaines où son intervention est plus efficace.
  2. L'autonomie. Le principe de subsidiarité que l'entité territoriale décentralisée se voit reconnaître par le pouvoir central le droit de s'administrer elle-même pour certaines affaires transférées par le pouvoir central et de jouir d'une certaine autonomie tout en restant soumise au contrôle de tutelle (tutelle administrative sur les organes et sur les actes). L'existence de la personnalité juridique permet l'autonomie et la libre administration des affaires locales. L'autonomie d'une entité décentralisée se remarque non seulement dans l'élection des dirigeants des organes et dans la capacité du corps des fonctionnaires mais aussi par l'acquisition et la maitrise de moyens financiers suffisants. L'autonomie fiscale doit être le corollaire de l'autonomie politique. Il est fort probable que l'autonomie politique puisse devenir une réalité sans être assortie d'une autonomie fiscale. L'autonomie locale se manifeste dans des processus locaux inclusifs et par des autorités locales qui sont renforcées grâce à des décisions et des ressources qui sont significatives pour le peuple.
  1. L'efficacité. La volonté du pouvoir central de transférer certaines de ses responsabilités et pouvoirs à des structures régionales ou locales permet l'efficacité de la performance organisationnelle et bureaucratique de l'administration locale et favorise une administration du développement. L'efficacité signifie la responsabilité, c'est-à-dire la capacité réelle de répondre aux besoins et attentes des gouvernés, à prévenir et à résoudre les problèmes concrets qui préoccupent les citoyens.
  1. La proximité. Les structures décentralisées sont théoriquement plus proches des citoyens et peuvent être plus aptes à mener une politique du développement adéquate en favorisant la prise des décisions plus conformes aux réalités locales que ne le ferait le pouvoir central structurellement et géographiquement très éloigné des populations. La décentralisation permet de tenir constamment compte des particularités de chaque population dans son environnement immédiat.
  1. La valorisation. La décentralisation valorise les fonctions de responsabilité des entités territoriales décentralisées. Les fonctions de Maire, de Bourgmestre, de Chef de secteur et de Chef de chefferie ne sont plus précaires, c'est-à-dire vouées au hasard, mais la durée du mandat des membres des organes délibérants, tout comme les responsables de l'exécutif, est également garantie. Toutes ces autorités n'ont plus besoin pour tous les problèmes de leur ressort de s'adresser à la hiérarchie. Cette valorisation permet aux entités de devenir des niveaux de prise de décision et de gestion efficace qui soient capables de mobiliser davantage des moyens pour leur expansion et pour leur fonctionnement. Cette valorisation met constamment à l'épreuve la performance des dirigeants.
  1. La participation. L'élection des dirigeants des entités décentralisées contribue à la participation politique des citoyens et constitue un moyen de sanction positive ou négative des dirigeants. La population à la base acquiert un sens élevé de responsabilité et augmente ses capacités de prendre des initiatives pour leur développement local.
  1. La supériorité. S'il faut préserver une autonomie suffisante et adéquate des provinces et des entités locales, il est non moins important que l'Etat central ne soit subordonné ni aux entités locales dans les domaines où son action s'impose dans l'intérêt général. C'est pour cette raison qu'il convient de distinguer clairement les compétences exclusives de l'Etat central, les compétences concurrentes ou partagées, étant entendues que la répartition entre compétences exclusives et concurrentes exige une grande discipline de la part des acteurs. C'est en fait l'instance qui dispose des plus grands atouts de pouvoir, qui contrôle les décisions. Cela est vrai aussi bien dans un système centralisé que décentralisé. Dans un système décentralisé, les autorités centrales ont tendance à recourir plus au principe de supériorité qu'au principe de subsidiarité. La supériorité réside dans le contrôle de tutelle administrative exercé par le pouvoir central sur les actes du pouvoir local. La supériorité du pouvoir central se manifeste enfin dans l'appui-conseil que le pouvoir central apporte aux provinces et aux entités locales.
  2. La solidarité. L'autonomie des entités territoriales décentralisées ne supprime pas le droit, pour tous les citoyens, d'avoir une chance égale dans la jouissance des richesses nationales. C'est pourquoi la solidarité est nécessaire pour éviter le développement inégal des entités locales décentralisées. Des mécanismes de péréquation sont toujours créés pour promouvoir la solidarité et l'unité nationale.
  1. La coopération. La coopération entre les provinces et entités locales décentralisées est nécessairement pour promouvoir l'esprit national mais aussi pour résoudre les problèmes communs entre provinces ou entités locales voisines.

I.1.4. Sortes des décentralisations

Il existe deux sortes de décentralisation: la décentralisation territoriale et la décentralisation par service. La première est un procédé de la technique juridique qui consiste à confier la gestion de l'ensemble des intérêts régionaux et locaux à des autorités régionales ou locales dotées, vis-à-vis du pouvoir central, de l'autonomie de gestion. La seconde réside dans l'attribution aux agents d'un service public déterminé de l'autonomie organique par gestion de ce service vis-à-vis du pouvoir central.

I.2. PRESENTATION DE LA CHEFFERIE DE KABARE

  1. Données géographiques

Le Territoire de Kabare a une superficie de 1.960 km². Il est l’un des territoires de la province du Sud-Kivu. Il est situé dans la partie montagneuse de la Province. Le territoire de Kabare fut créé officiellement en 1923 et englobait, à l’époque, les chefferies indigènes de la tribu ‘shi’ comprenant les Chefferies de Kabare, Nindja, Buloho, Kalonge, Burhinyi, Kaziba, Luhwinja, Ngweshe ainsi qu’une partie du nord habitée par une poignée des pygmées.

Plus tard, ce vaste territoire sera morcelé en deux territoires et s’est vu soustrait d’autres chefferies pour aboutir à sa forme actuelle. Le premier acte de sa scission fut signé par l’Assemblée provinciale du Kivu par l’Edit N° 04 du 10 octobre 1961 relatif à la scission des territoires de Kabare et de Walungu. L’effectivité de la dite scission sera consacrée par l’ordonnance présidentielle N° 67-221 du 03 Mai 1967. Le territoire de Kabare, tel que consacré par cette ordonnance, comprend deux chefferies, à savoir: la chefferie de Kabare (avec 14 groupements) et la chefferie de Nindja (avec 3 groupements).

Le Territoire de Kabare est limité au Nord par le territoire de Kalehe par la rivière Nyabarongo. Au Sud par le Territoire de Walungu à travers la rivière Kazinzi d’une part (Sud-Ouest) et la rivière Lubimbe d’autre part (Sud-Est). A l’Est par la ville de Bukavu, le lac Kivu d’un côté (Nord-Est) et le Rwanda par la rivière Ruzizi d’autre côté, et à l’Ouest par le Territoire de Shabunda par la rivière Lugulu.

Coordonnées géographiques

Climat

Dans la basse altitude, il y a un climat chaud tempéré par le lac Kivu et la Rivière Ruzizi. Dans la haute altitude vers l’ouest, il y a un climat froid d’altitude. Deux saisons dominent ce territoire, la saison sèche et la saison des pluies. Les pluies débutent en première quinzaine du mois de septembre et se terminent au plus tard fin juin. Les trois mois de saison sèche se caractérisent par un temps brumeux accompagnés des brouillards. La température annuelle moyenne est de 22.6°C.

 Hydrographie

Mise à part la présence du lac Kivu qui longe les cotes de cinq groupements de Kabare Nord (Bushumba, Luhihi, Lugendo, Ishungu, Irhambi) et la rivière Ruzizi qui longe les cotes de deux groupements (Mudusa et Mumosho), il existe plusieurs rivières. Certaines de ces rivières sont: Nyawarongo à Irhambi Katana, Badibanga à Bugorhe, Mpungwe à Mudaka, Mpombe et Murhundu à Bushwira, Kanzinzi à Bugobe, Lubimbe, Kanoso, Lujimbi, Ndorhole, Chanzuka, Nyakagera à Luhago, Kanoso, Lwenda, Muhimbirhi, Lugulu à Irhegabarhonyi. Notons qu’il existe aussi plusieurs ruisseaux.

Végétations

Mise à part différents marais qu’on trouve dans le territoire de Kabare, la majeure partie de Kabare est une savane avec une végétation naturelle composée des graminées sauvages. Dans les plateaux de Mulume Munene, à l’Ouest, on trouve la forêt de bambous, un peu des essences forestières et des arbustes et herbes de la forêt primaire. Dans les vallées marécageuses, on trouve du carex, du papyrus et des roseaux. On trouve aussi quelques galeries forestières au bord du lac Kivu et de quelques rivières.

Sol. Le sol de Kabare est argileux de couleur jaune, rouge et boueuse pendant la saison de pluie.

Particularités et richesses du territoire

Du point de vue physique, le territoire de Kabare est à la fois voisin proche d’un pays (le Rwanda), d’une ville (Bukavu) et de trois territoires (Kalehe, Walungu et Shabunda).

Du point de vue infrastructure, le territoire de Kabare a des spécificités qui lui confèrent une place stratégique: premièrement, sa position géographique lui donne l’avantage d’être accessible via trois routes nationales. Il s’agit de la RN2 (tronçon Kazingo-Kabamba), la RN3 (tronçon Miti-Tshivanga) et la RN5 (tronçon Kasihe-Mumosho). Deuxièmement, le territoire de Kabare est doté d’un aéroport (Aéroport de Kavumu) qui lui permet d’être en contact avec plusieurs villes du pays.

Du point de vue énergie: il existe la centrale hydroélectrique Ruzizi 2 dans le groupement de Mumosho. Signalons, cependant, que ce barrage est une copropriété du Rwanda, du Burundi et de la RD du Congo dans le cadre de la Communauté des Pays des Grands Lacs (CEPGL). Le territoire de Kabare abrite aussi l’usine de la REGIDESO de Murhundu. C’est cette usine qui permet d’alimenter toute la ville de Bukavu en eau potable.

Du point de vue scientifique: le territoire de Kabare est doté de deux centres de recherche nationaux, à savoir: l’Institut National pour l’Etude et la Recherche Agricole (INERA-MULUNGU) et le Centre de Recherche en Sciences Naturelles (CRSN -LWIRO). A ces deux centres nationaux, il faut ajouter l’Institut International de l’Agriculture Tropicale (IITA) à Kalambo. Ce dernier abrite un bâtiment de sciences, un laboratoire biotechnique, un centre d’exhibition, un centre de fabrication des équipements destinés au centre de transformation du manioc et de nutrition. Ce centre vise la recherche des solutions rationnelles et efficaces face aux nombreux défis auxquels les agriculteurs sont confrontés en Afrique subsaharienne notamment dans la culture du manioc, des ignames, des bananes et du soja.

Richesses du sous-sol

Le sous-sol est constitué dans les montagnes par des pierres à moellon et des pierres plates à Mangozo dans le groupement de Bugorhe dans la chefferie de Kabare développant une activité importante des matériaux de construction. Dans la chefferie de Nindja, on trouve la carrière de Lukoma où est extraite le coltan et la cassitérite dans les groupements de Irhegabaronyi et de Luhago. Il y aurait aussi la présence de l’Or dans le sous-sol vers la partie Nord du territoire mais jusqu’à ce jour, aucune prospection réelle n’a encore été faite pour certifier officiellement l’existence de ce minerais.

Données culturelles

La population habitant le territoire de Kabare est composée majoritairement de la tribu ‘Shi’ pour les deux chefferies et une minorité de la tribu ‘Batembo’ dans la chefferie de Nindja et une poignée des pygmées au Nord de la Chefferie de Kabare dans les groupements de Mudaka, Miti, Bugorhe et Irhambi. Les principaux clans qu’on y rencontre sont les Banyamocha, constitués des princes et des dirigeants. Les autres clans sont entre autres les Balinja, les Banyintu, les Basheke, les Bashaza, etc.

Les caractéristiques culturelles sont les suivantes:

Le pouvoir traditionnel  est détenu par le ‘’Mwami’’. Le patriarcat est le système de parenté sur toute l’étendu du Territoire. Pour qu’il y ait mariage entre un garçon et une fille, la famille du garçon doit donner la dot à la famille de la fille. La dot se discute toujours en terme de vache, mais il arrive de fois qu’elle soit convertie en monnaie fiduciaire (en dollars américain le plus souvent) et cela, après accord avec la famille de la jeune épouse.

Presque tous les habitants pratiquent l’agriculture et l’élevage. Quant à la pêche, elle est pratiquée surtout par les habitants de 5 groupements dont les cotes sont longées par le lac Kivu.

Langues parlées dans ce territoire

Le Mashi, le Swahili et le Kitembo. Le Mashi est parlé par les Shi et par une poignée des pygmées habitant le Territoire. Le Kitembo est parlé par une minorité de la population, celle de la tribu de Batembo venue du territoire voisin de Kalehe. Quant à la langue Swahili, elle est parlée par presque toute la population entière.

Principales activités

L’agriculture, l’élevage, la pêche et les travaux de carrières. L’agriculture et l’élevage sont les activités les plus rependues sur toute l’étendue du territoire. L’agriculture est non seulement vivrière mais aussi industrielle. Dans tout le territoire, on peut compter environ 101 plantations et 82 marais où sont cultivées différentes cultures. Plus ou moins 60 marais sur les 82 existants sont drainés et exploités. Environ 28 ont, chacun, la superficie moyenne de 5 à 15 hectares. Cependant, les maraîchers se butent aux difficultés d’approvisionnement en semences améliorées, pourtant à l’époque coloniale, le territoire de Kabare avait six C.M ou Centres de Multiplication, dénommés techniquement CAPSA ou Centres d’adaptation et de production des semences améliorées dont chacune des superficies variaient entre 5 et 10 hectares. Il faut noter que l’un de ces centres précisément le CM Lwami qui fonctionne encore avait accueilli, durant la campagne agricole A de 2013, les semences de haricot Bio fortifiant du gouvernement central et 3 ha ont été emblavés. Les autres problèmes auxquels font face les maraichers en particulier et tous les agriculteurs en général, c’est le manque de débouchés pour les récoltes, les manques des produits phytosanitaires et les matériels aratoires/drainage.

Quant à l’élevage, il est pratiqué dans différents coins du territoire. Notons, cependant, que sur les 52 pâturages communautaires qui existaient dans le temps, la plupart sont déjà spoliés et transformés en champs et parcelles résidentielles. Les quelques pâturages naturels qui restent sont situés dans les montagnes pastorales dénommées Lulamboluli et Kajeje en groupement de Bushwira et Mudaka et c’est là où se pratiquent encore l’élevage extensif des bovins, caprins et ovins. Toutefois, on peut compter 34 fermes dans le territoire de Kabare dans le Bloc Kalubwe- extension Mulume Munene et chefferie de Nindja.

Pour ce qui est du petit et grand commerce, il s’agit principalement de la vente en gros et en détails des produits agricoles, produits manufacturés (le lait en poudre, le sucre, savons, eau minérale, etc.), de la vente des médicaments (pharmacie), ventes des matériaux de construction (quincaillerie) et la vente des produits Bralima et autres boissons. Le commerce est surtout développé dans la partie nord (Mudaka, Miti, Kavumu et Katana) mais également vers le Sud (Mumosho et Nyatendde).

La pêche n’est pas très développée mais se déroule dans certains groupements dont les cotes sont longées par le lac Kivu et la rivière Ruzizi.

L’exploitation des pierres est concentrée dans le groupement de Bugorhe à Mangonzo où sont extraites les pierres à moellon et des pierres plates.

Notons également que d’autres activités occupent une bonne partie de la population. Il s’agit du secteur d’Hôtellerie, de restaurant, de menuiserie, de scierie et bûcheron, de couturier, briqueterie, etc.

Principaux opérateurs économiques

En ne s’en tenant qu’aux informations données par la FEC Sud-Kivu, les principaux opérateurs œuvrant dans le territoire de Kabare sont les suivants:

CENTRE DE NEGOCE DE MUDAKA:

Chef d’entreprise : Boyinge Ramazani

Activités : Commerce général

Siège social : Mudaka / Kabare

Tél : 0826719602

CENTRE DE NEGOCE DE MITI:

Chef d’entreprise : Emmanuel Mashauri Kaboyi 

Activités : Commerce général

Siège social : Miti / Kabare

Succursales : Mululu, Kafurumaye

Tél : 0994000884

GREAT LAKE PLANTATIONS SPRL

Chef d’entreprise : Jaydeep H. Shah

Activités : Agriculture

MUKA KIVU FRUITS Ets.

Chef d’entreprise : Musege Kadahanwa Eleuthère 

Activités : Agroalimentaire, Elevage, production des semences, de jus des fruits et confitures.

Siège social : Mushuva route Birava 21 km / Kabare

Succursales : Bukavu, Goma

Tél : +243998665552 / +243853714646 E-mail : [email protected]

PLANTATION KAKONDO

Chef d’entreprise: Kachungunu Safari Aimé 

Activités : Exploitation agricole et exportation, Commerce général.

Siège social : Av. Hippodrome n°06 Ibanda – Bukavu

Succursales: Kakondo – Katana

Tél : 0823061548 / 0897253216

E-mail : [email protected]/[email protected]

Il faut noter ici que les services du territoire n’ont pas été capables de donner des informations claires concernant les opérateurs économiques œuvrant dans le territoire de Kabare. Seuls quelques opérateurs sont affiliés à la FEC; d’où, la difficulté de trouver un nombre réel des opérateurs.

Principales activités des opérateurs économiques: l’agriculture et l’élevage, le petit commerce, les dépôts des produits agricoles, la vente des matériaux de construction et les bars et restaurants.

Principales activités des PME/PMI: Fermes et plantations locales, dépôt relais Bralima et autres boissons, dépôt des produits agricoles tels que le manioc, l’huile de palme, etc., dépôt de ciment, dépôt de matériaux de construction (quincaillerie), menuiserie, tannerie, scierie et atelier de couture. Bien que les données ne soient pas bien affinées au niveau de différents services du territoire s’agissant des PME et PMI, il faut noter qu’en 2014, on pouvait dénombrer plus ou moins 842 PME et 399 PMI.

Les activités liées aux fermes et aux plantations sont les plus nombreuses. On peut citer par exemple la ferme MUDUMBI à KAVUMU, la Plantation Kanonzi, la plantation KIDUMBI de KASAZA à Mudaka, etc. Pour le dépôt relais, on peut citer TEMS et BABA AFRICA, tous à MUDAKA. Les activités liées à la tannerie permettent la fabrication de ceintures, des sacs, etc.

Les grandes entreprises locales sont: la Cimenterie de KATANA, Minéral HONGO, Usine de thé MBAYO, Usine de thé KAKONDO, Usine à Chaux ZIRANGA, Usine à Chaux MUDOGO, Savonnerie FOMULAC, Briqueterie CHIZENGA et Briqueterie de Kabamba. Ces entreprises peuvent être considérées comme les plus grandes du territoire. Malheureusement, il n’y a pas des données disponibles en rapport avec la production, le nombre d’employés pour chacune de ces unités de production. Il faut noter également que certaines de ces entreprises ne fonctionnent plus parce que tombées en faillite ou sont en manque des fonds d’investissements. C’est le cas de la savonnerie Fomulac et des briqueteries.

Principaux produits agricoles: le haricot, le manioc, la banane (à table et à bière), le maïs, la patate douce, etc.

Principaux produits non agricoles: la viande, le lait, le miel, le poisson, les champignons, etc. Les produits alimentaires les plus consommés dans le Territoire mais non agricoles sont ceux cités ci-haut. S’il faut ajouter les produits n’ayant pas le caractère alimentaire, on peut citer les briques, les pierres à moellon, la chaux, le ciment, le savon, etc.

Principales sources d’énergie: le bois de chauffage et la braise, le pétrole, l’électricité, les groupes électrogènes et le panneau solaire. A Kabare c’est plus le bois de chauffage et les braises qui sont utilisés comme source d’énergie. Principalement pour la cuisson des aliments mais également dans la fabrication de certains produits tels que les briques, le savon, etc.

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