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1.1.6. Apports des théories modernes de la firme

La remise en cause des hypothèses de la théorie néoclassique de la firme est à la base de la quatrième vague de travaux théoriques ayant contribué au débat sur la structure financière des entreprises.

Ces travaux de recherche, connus sous l'appellation de théories modernes de la firme, sont nés du rejet du postulat néoclassique de gratuité et symétrie d'information entre les acteurs économiques. Dès lors, la problématique de la structure de financement est abordée en tenant compte des asymétries informationnelles entre les différents agents.

La première théorie ayant pris en compte ces asymétries d'information est la théorie du signal qui affirme l'existence d'une corrélation positive entre la valeur de la firme et son niveau d'endettement.

La levée d'une autre hypothèse de la théorie néoclassique de la firme, à savoir l'absence de coûts d'agence, a donné naissance à la théorie des mandats selon laquelle une structure financière optimale résulte d'un arbitrage entre les coûts d'agence de fonds propres et les coûts d'agence des dettes.

Deux autres théories, plus récentes en matière de structure de financement, se sont succédé pour appréhender les déterminants d'une structure financière. La première considère que, sous l'effet des asymétries d'information, il n'existe pas de structure financière optimale mais une structure de financement qui résulte de préférences hiérarchisées de financement. La deuxième, affirme que la structure du capital est la résultante des décisions financières antérieures qui dépendent du climat sur le marché financier.

a.      Apport de la théorie du signal à l'étude de la structure financière

Il nous parait essentiel de présenter, dans un premier temps, la théorie du signal avant d'analyser, dans un deuxième temps, l'apport de cette dernière au débat sur la structure financière des entreprises.

  1. Théorie du signal

Fondée sur l'asymétrie d'information entre les dirigeants et les partenaires externes à l'entreprise, la théorie du signal propose aux dirigeants, mieux informés sur la qualité de leurs entreprises, de communiquer ces informations aux actionnaires et aux créanciers, par le biais de signaux[1].

Néanmoins, l'émission d'un signal n'est pas sans poser des problèmes d'imitation. En effet, les dirigeants d'une entreprise de mauvaise qualité vont tenter de publier les mêmes informations émises par les dirigeants d'une entreprise de bonne qualité pour que leur entreprise soit reconnue performante. Pour éviter ce problème d'imitation, les dirigeants des entreprises performantes doivent émettre des signaux porteurs de conséquences néfastes pour ceux qui les imitent. Parmi ces signaux, nous pouvons citer l'émission de titres à caractéristiques optionnelles qui représentent pour les bailleurs de fonds un gage incitant les dirigeants de la firme à agir dans leur intérêt[2].

  1. Théorie du signal et structure financière

La première application de la théorie des signaux à l'analyse de la structure financière des entreprises est due à Ross (1977)[3] qui a développé un modèle fondée sur les hypothèses suivantes :

- les marchés de capitaux sont parfaits. Il n'y a ni coûts de transaction ni effets de taxation ;

- les coûts d'agence sont nuls mais l'information sur le marché est asymétrique. Les dirigeants détiennent des informations privilégiées sur la qualité de leur entreprise ;

- le modèle se situe dans un monde à deux périodes et il n'existe que deux types de firmes sur le marché. Les firmes performantes et les firmes non performantes ;

- les investisseurs sont neutres vis-à-vis du risque.

Sur la base de ces hypothèses, ROSS conclut que le niveau d'endettement des entreprises performantes est supérieur à celui des entreprises de qualité médiocre. Il en découle que la valeur d'une firme est positivement corrélée avec son degré d'endettement.

 Nous constatons alors, que le modèle de ROSS converge en termes de résultat avec la deuxième thèse de Modigliani et Miller (un endettement maximum signifie une valeur maximale de la firme).

Néanmoins ces deux apports divergents en termes de démarche ayant permis l'aboutissement à ce résultat. Alors que Modigliani et Miller justifient la corrélation positive entre la valeur de la firme et son niveau d'endettement par l'existence d'économies d'impôt liées à la déductibilité des charges financières, Ross aboutit à cette corrélation en fondant son modèle sur l'hypothèse d'asymétrie d'information entre dirigeants et investisseurs externes.

Cependant, Ross n'intègre pas les coûts d'agence qui seront pris en compte dans le cadre de la théorie d'agence qui fait l'objet d'une présentation dans le paragraphe suivant.

  1. Apport de la théorie d'agence à l'étude de la structure financière

La théorie d'agence qui propose des explications aux comportements financiers observés des entreprises, apporte une contribution au débat sur la structure financière des firmes.

La présentation de cette théorie de même que l'analyse de son apport à l'étude de la structure financière fait l'objet des deux points suivants:

  1. La théorie d'agence

La théorie d'agence est fondée sur l'asymétrie de l'information entre les différents agents économiques et sur la divergence d'intérêts entre les dirigeants et les actionnaires (ainsi que les créanciers et actionnaires). Cette divergence d'intérêts trouve son origine dans le principe néoclassique selon lequel, chaque agent économique cherche à maximiser son intérêt particulier avant l'intérêt général. La théorie d'agence permet de caractériser les contrats optimaux qui peuvent être conclus entre deux personnes et d'expliquer les comportements de certaines entreprises du moment où il existe une relation d'agence.

Cette dernière se définit comme étant un contrat par lequel, une personne appelée principal ou mandat a recours aux services d'une autre personne, agent ou mandataire, pour réaliser en son nom et pour son compte une tâche déterminée qui implique la délégation de certaines décisions du mandat au mandataire.

Dans l'entreprise, il existe une relation d'agence entre les actionnaires et les dirigeants: les premiers délèguent une part de leurs pouvoirs aux seconds, et cette délégation peut être source de conflits potentiels. Les dirigeants s'engagent à agir dans l'intérêt des mandataires, mais peuvent être tentés de maximiser avant tout leur richesse.

Ce type de comportement peut s'expliquer par le fait que les dirigeants ne détiennent pas personnellement la totalité des droits de propriété de l'entreprise. Il résulte alors de la délégation du pouvoir dont bénéficient les dirigeants des coûts d'agence. En effet, vu que le mandataire ne bénéficie pas du profit total de son activité, il peut détourner les richesses non financières de l'entreprise[4]. Ce détournement est à la base de conflits entre actionnaires et dirigeants qui peuvent engendrer selon Jensen (1986)[5] des coûts d'agence qui peuvent être de trois types:

- les coûts de contrôle : il s'agit des dépenses résultant de la nécessité pour le principal de surveiller les actions de l'agent et de l'inciter à agir dans son intérêt ;

- les coûts de justification: qui comportent des dépenses engagées par le mandataire pour prouver la qualité des décisions prises et convaincre le mandat qu'il agit bien dans son intérêt.

- les coûts résiduels : les coûts de justification résultant de la volonté des deux parties contractantes de limiter la perte de valeur entrainée  par le caractère sous optimal des décisions prises par le mandataire.

Cette perte de valeur ne peut être réduite à néant, car à partir d'un certain seuil de contrôle, le coût marginal engendré dépasse le revenu marginal généré par l'activité de contrôle.

A ce niveau, il apparait important de signaler qu'il existe aussi des conflits d'intérêt entre actionnaires et créanciers dont les principales sources sont la substitution d'actifs, le sous-investissement, la dilution des créances et la politique de dividendes.

  1. Théorie d'agence et structure financière

Contrairement à la théorie de compromis qui stipule qu'une structure financière optimale résulte d'un arbitrage entre avantages fiscaux liés à l'endettement et coûts de détresse financière, la théorie d'agence affirme que l'arbitrage entre les coûts d'agence des fonds propres et les coûts d'agence relatifs aux relations avec les créanciers détermine une structure financière optimale pour la firme.

En effet, les conflits entre actionnaires et dirigeants peuvent être résolus par l'émission de dettes qui permet, de ce fait, de réduire les coûts d'agence des fonds propres et s'explique par le fait que l'augmentation de la part des dettes dans le passif de l'entreprise aura pour effet une augmentation du contrôle par la banque de la qualité de gestion des dirigeants. De surcroit, le paiement régulier des intérêts de la dette aura pour effet la diminution de la probabilité d'investissement sous optimal de la part du dirigeant puisque le cash-flow disponible se trouve réduit. Ainsi, l'augmentation de l'endettement accroit le risque de faillite, et de ce fait, le risque de perte de l'emploi du dirigeant, chose qui incitera ce dernier à fournir les efforts nécessaires pour maximiser la valeur de la firme et par conséquent la richesse des actionnaires.

Si l'endettement est un moyen efficace de résolution des conflits entre actionnaires et dirigeants, il est cependant, source de coûts d'agence entre actionnaires et créanciers.

En effet, le recours à l'endettement s'accompagne de coûts d'agence qui peuvent être classés en trois catégories:

- les coûts liés à la possibilité de détournement par les dirigeants des fonds prêtés par les créanciers à des fins plus risqués que prévu de sorte à maximiser la valeur de l'endettement au détriment du risque. Les créanciers n'accepteront alors de prêter à l'entreprise qu'à un prix intégrant le choix des projets d'investissement les plus rentables, prix qui sera, par définition, élevé.

- les coûts de contrôle engagés par les créanciers pour vérifier la qualité de gestion des dirigeants, ces coûts seront intégrés par les créanciers dans le coût d'endettement de l'entreprise et auront pour effet le renchérissement du coût de la dette.

- les coûts d'une éventuelle faillite qui seront à leur tour pris en compte par les créanciers dans la détermination de leur niveau de rémunération.

L'existence de tous ces coûts conduira les entreprises désireuses de maximiser leur valeur à s'endetter jusqu'au point où l'accroissement de leur valeur due aux investissements financés par endettement sera égal aux coûts d'agence marginaux générés par un surcroit d'endettement.

1.1.1.      Les autres apports théoriques en matière de structure financière

Le débat sur la structure financière est loin d'être clos, puisque deux nouvelles théories ont récemment fait leur apparition pour appréhender les déterminants de la structure financière des firmes. Il s'agit de la théorie des préférences hiérarchisées de financement (PékingOrder) et de la théorie de « Market Timing ». 

a.      Théorie des préférences hiérarchisées de financement

Fondée sur l'existence d'asymétries informationnelles entre les agents aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'entreprise, la théorie de « PekingOrder » nous enseigne que l'entreprise suit une hiérarchie des financements précise guidée par le besoin de fonds externes et non par la recherche d'un ratio d'endettement optimal.

Selon Myers (1984)[6], les investissements de l'entreprise sont, tout d'abord, financés par des fonds internes (autofinancement), puis par des émissions nouvelles de titres d'emprunt, et enfin, par des émissions nouvelles d'actions. Les augmentations de capital n'interviennent qu'en dernier ressort, quand l'entreprise a dépassé sa capacité d'endettement.

L'ordre de préférences que nous venons de présenter s'explique par le fait que l'autofinancement ne pose pas de problèmes d'asymétries informationnelles qui peuvent coûter cher à l'entreprise. En effet, en choisissant de se financer de manière interne, l'entreprise n'aura pas à justifier ses décisions d'investissement puisqu'elle financera ces derniers par les ressources générées de son activité. Ce problème de justification se pose lorsque l'entreprise manifeste un besoin de financement externe. Elle aura alors à choisir entre l'émission de titres d'emprunt et l'augmentation de capital pour combler son déficit.

Le financement par émission de nouvelles actions apparait plus coûteux pour l'entreprise que le financement par endettement. Ceci s'explique par le fait que les actionnaires exigent un plan détaillé des projets et des perspectives d'avenir de l'entreprise. La communication de ce plan revient chère à l'entreprise et donne une information précieuse à ses concurrents.

 De plus, l'augmentation du capital pose des difficultés techniquesqui engendrent des coûts supplémentaires. On comprend alors pourquoi l'entreprise opte d'abord pour l'endettement en cas de déficit interne de financement.

En effet, l'émission des titres d'emprunt est une opération moins coûteuse que l'augmentation du capital dans le sens où les créanciers exigent moins d'information que les actionnaires sur les investissements projetés du fait qu'ils ont droit à une rémunération fixe.

Le constat à tirer de cette théorie, est que la structure financière d'une entreprise est le résultat cumulé des décisions de financement individuelles dans lesquelles les dirigeants suivent une hiérarchie.

b.      Théorie de « Market Timing »

La théorie de « Market Timing » se réfère au climat du marché financier pour expliquer en quoi résulte une structure financière. En effet, les modalités à choisir pour se financer dépendent des conditions du marché, il serait opportun pour une entreprise de procéder à des augmentations de capital si le climat boursier est favorable à ces opérations, c'est-à-dire lorsque les cours des titres évoluent à la hausse reflétant ainsi l'optimisme des investisseurs. L'entreprise aura intérêt à racheter ses titres ou à s'endetter lorsque le pessimisme règne sur le marché boursier.

Ainsi Baxter et Urger (2002)[7]  affirment que la structure du capital est la résultante de la volonté successive de « time » le marché. Dans cette condition, la structure du capital des firmes ne résulte plus du choix conscient d'un ratio cible d'endettement, ni de préférences hiérarchisées de financement, mais de l'accumulation des décisions prises dans le passé en fonction du contexte boursier du moment.

Tableau n°3: Synthèse des théories de financement des Entreprises

Théories concurrentes

Sources principales

Hypothèses centrales

Conclusion

Théorie de la neutralité

§  Modigliani et Miller (1958)

§  Modigliani et Miller (1963)

ü  Marché financier parfait

ü  Information parfait

La structure financière est neutre vis-à-vis de l’entreprise

Théorie de l’équilibre statique

ü Miller (1977)

ü Brennan et Schwartz (1978)

ü  Effet fiscaux

ü  Risque de faillite

ü  Information imparfaite

Le niveau d’endettement optimal résulte de l’arbitrage entre gains fiscaux et coûts de défaillance

Théorie de l’agence

ü Jensen et Mackling

ü Ross(1977)

ü  Conflits d’intérêts

ü  Information imparfaite

Le niveau d’endettement optimal résulte de la minimisation des couts d’agence totaux

Théorie du signal

ü Leland et Pyle (1977)

ü  Conflits d’intérêts

Le niveau d’endettement et l’implication du dirigent soulignent la qualité des projets d’investissement.

Théorie du financement hiérarchique

ü Myers (1984)

ü Myers et Majluf (1984)

ü  Information parfait

ü  Conflits d’intérêts.

Le financement internes sont préférés à l’endettement et en dernier ressort à l’augmentation du capital.

Source: cfr ouvrages consultés

            Toutefois dans leur quête du financement pour couvrir leurs besoins aux différentes phases de leur vie et de leur cycle d’exploitation, les PME rencontrent souvent de freins à leur libre accès. Un pareil système de freinage qui perdure et qui prend plus d’ampleurs que d’habitude contraint le développement ainsi que la croissance de cette cible d’entreprise. Nous évoquons certains aspects de rouage qui pourront servir dans la formulation des recommandations en vue d’une amélioration et d’une promotion du financement à l’égard des PME.

1.1.2.      Contraintes de financement des PME

              Les PME rencontrèrent des grandes difficultés pour disposer de services financières appropriés et adéquates. En effet, les enquêtes menées (Mukadi. J. 2006) ont démontré que le rôle du système bancaire dans le financement de ce type d’entreprises est très faible. Elles recourent généralement à leurs fonds propres et aux secteurs financiers informels. Les modèles indiqués pour cette réalité sont notamment: le modèle de Stiglitz et Weiss (1981) : rationnement des crédits et asymétrie d’information ex post (quoique ne faisant pas l’objet de cette étude). Deux contraintes essentielles expliquant la répugnance des établissements de crédit financier:la première, essentiellement d’ordre externe, est liée à la nature et aux caractéristiques des banques. Les établissements de crédit évitent de prendre des risques excessifs en matière de distribution de fonds. Cette préoccupation s’accentue bien entendu quand il s’agit de la PME. Pour se prémunir contre ce risque supposé élever, les banques exigent des garanties réelles que la quasi-totalité de ces PME sont dans l’incapacité d’offrir, ce qui les exclut tout naturellement des financements bancaires.

Les établissements du crédit ont très peu d’expérience dans le domaine des prêts à la PME en général. Ils apparaissent souvent incapables et non outillés pour faire la distinction entre les bonnes et les mauvais emprunteurs (Fournier, C., 1991). Et pour contourner les difficultés qu’elles rencontrent pour évaluer les risques courus au niveau de ces PME, les banques leur alourdissent les procédures et les exigent d’importantes garanties, diverses assurances (incendies, vol, …) et même souvent une garantie hypothécaire. La méconnaissance du milieu de la PME par les banques ainsi que les frais élevés inhérents aux crédits à ce type d’entreprises (faibles montants, coûts de l’information …) font que le coût de traitement, de gestion et de suivi des dossiers de crédit pour ces entreprises soit énormément onéreux.

              La seconde, cependant d’ordre interne, est relative à la structure financière de ces entreprises et à leur organisation interne. En effet, une structure financière déséquilibrée, une organisation centralisée et personnalisée, un manque de transparence, un très faible encadrement ne font que renforcer les réticences des banques à financer cette population de PME. Celle-ci se caractérise tout d’abord par la grande faiblesse de leurs fonds propres, ce qui constitue une contrainte majeure de l’obtention de financement bancaires.

              Les dirigeantspropriétaires sont très réticents quant à l’ouverture de leur capital à d’autres personnes étrangères en raison du caractère familial de ces entreprises et du souci de préserver l’autonomie financière en matière de gestion et de décision. De plus, l’absence de transparence dans la gestion à travers notamment la manipulation des documents comptables et financiers, voire leur inexistence, ne fait qu’effriter leur crédibilité et altérer leur image de marque auprès des établissements du crédit, un déficit de confiance qui affecte sérieusement les relations banques-PME est une grande incompréhension mutuelle.

En vue de réduire au mieux le niveau de risque que s’uniraient les banques et bien offrir des services financiers aux PME, Damon (1984) différencie deux types de contrôle qu’exerce les préteurs sur les emprunteurs :

  • Le contrôle ex ante : est la procédure de sélection de l’emprunteur, dont le coût n’est supporté que par les entreprises éligibles à un financement. Ce modèle limite la prise de risque du prêteur, en excluant les entreprises faiblement dotées au capital-réputation sur le marché du crédit.
  • Le contrôle ex post : est une analyse de la réalisation de l’activité, dont le coût est, en principe supporté par l’emprunteur. L’intérêt de ce contrôle est d’inciter ce dernier à respecter ses engagements.

Néanmoins, ces entreprises sont généralement confrontées à des contraintes microéconomiques et macroéconomiques dans leur accès à la dette. De tels contrats conduisent à nous interroger naturellement sur place des PME dans l’offre de crédits bancaires à long terme.

Pour la PME, le canal strict du crédit justifie la sensibilité financière de leur endettement sous les trois hypothèses suivantes:

  • La dépendance des PME vis-à-vis du crédit bancaire
  • Le financement des PME par des petites banques
  • La dépendance des petites banques vis-à-vis des impulsions et des infections de l’autorité monétaire[8].

              La première hypothèse s’applique aux PME. Le rôle d’appui bancaire est particulièrement apparent en phase de développement. Au stade du démarrage, d’autres sources de financement sont sollicitées par ces entreprises telles que le capital-risque. En revanche la phase de développement peut entrainer un recours plus intensif au financement bancaire. Le conseil National du Crédit et du Titre (1999) souligne, alors le rôle prépondérant à la fois de l’autofinancement et des dettes bancaires à moyen terme dans la pérennité des PME. De même, l’observatoire des PME européennes (2003) constate que 80% des entreprises ont au moins une ligne de crédit de 41% des lignes de crédits avec une seule banque. La dette bancaire est, donc primordiale dans le financement des PME plus que les grandes entreprises (Graham et Harvey, 2001).

I.2. REVUE EMPIRIQUE

Cette section essaye de présenter quelques études empiriques qui ont été menées dans différentes contrées et qui ont trait à ce sujet.

          Heret (1973) (cité par Buisson, H (2008)) a mené une étude en France sur les déterminants de la structure financière des PME. Cette étude a utilisé les données de panel sur un échantillon de 1250 PME françaises et avait pour but de déterminer les variables suscitant l’endettement d’une entreprise. Utilisant l’analyse factorielle en composantes principales et les méthodes économétriques, ses résultats indiquent que la rentabilité et la taille de l’entreprise influencent négativement et significativement son niveau d’endettement en accord avec la théorie de financement hiérarchique (Myers et Majluf, 1984). Toutefois, ces résultats apparaissent en contradiction avec une prédiction majeure de la théorie du signal (Leland et Pyle (1977), Ross (1977) et Harris et Raviv (1991)) selon laquelle, un degré élevé de rentabilité et de taille est un élément favorable à l’obtention des financements.

           Ziane (2004) a conduit une étude sur la structure d’endettement des PME françaises. Mobilisant un échantillon de 2880 PME cotées et non cotées de 1993 à 2000 et utilisant le modèle économétrique, l’estimation a été faite par les moments généralisés sur ces données de panel. Les résultats de son estimation semblent être similaires à ceux trouvés par Heret (1973). Ses résultats montrent également qu’il existerait une relation négative entre les charges d’intérêt, la rentabilité financière et la dette ; ce qui infirme la théorie du signal mais valide la théorie de POT. Par contre, la croissance et les garanties données par les PME ont un impact positif sur la dette ; cela valide à son tour la théorie de l’agence11. Schafer et al. (2004) ont mené une étude au Royaume Unis sur les déterminants de la structure financière des PME. Mobilisant un échantillon de 228 PME avec des données de panel de 1999 à 2003. Le modèle logit, a aboutit aux résultats selon lesquels les indicateurs de risque du projet et de l’entreprise avaient un impact important sur le choix du mode de financement. Le risque augmente le recours aux fonds internes et diminue la dette. Et pour cela, les banques à leurs tours réduisaient les risques en limitant les montants des crédits accordés aux PME les plus innovantes. Toutefois, en supposant qu’une activité de Recherche Développement est un indicateur de risque, le résultat postule que le financement par actions est favorisé sur le financement par dettes.

       Colombo (2001) à son tour a mené une étude en Hongrie sur les données de panel d’un échantillon de 1100 entreprises manufacturières et de service de 1992 à 1996. Cette étude cherchait à expliquer les dettes à court terme rapportés sur le total du bilan. Utilisant le modèle Tobit, les résultats de son estimation montrent que la taille de l’entreprise a un impact positif sur l’accès de l’entreprise à la dette bancaire et pour cela, les PME éprouvent beaucoup de difficultés d’accéder aux crédits bancaires que les grandes entreprises. Les garanties par contre ont un effet positif et significatif pour toutes les entreprises. Toutefois, pour les PME, il existe une relation négative entre les cash flows et la dette (ce qui confirme la théorie de financement hiérarchisé) et que les crédits commerciaux sont par contre positivement liés à la dette, ce qui infirme les effets de substitution et confirme la théorie du signal.

      Coleman et Carsky (1999) ont mené une étude aux Etats Unis d’Amérique sur un échantillon de 3774 PME familiales avec moins de 500 salariés de 1994 à 1995. Cette étude cherchait à expliquer les variables binaires traduisant différentes modalités de crédit : crédit-bail, crédit commercial, crédits à la consommation et crédits pour équipements. La régression logistique a été utilisée comme méthode d’estimation et les résultats ont montré que la taille, l’âge et la profitabilité qui influencent le recours des PME à l’endettement. Et pour cela, aucune différence significative n’a été révélée entre les PME familiales et non familiales et que les banques commerciales sont les premiers fournisseurs des capitaux pour les PME, après la famille, ce qui confirme la théorie de POT. Nathan (2006) a menée une étude à Makerere sur les déterminants de la demande de crédit dans un milieu urbain sur un échantillon de 146 ménages. Utilisant la méthode des moindres carrés ordinaires (MCO), les résultats de son étude montrent que, la taille du ménage, le sexe du demandeur de crédit, la garantie donnée au prêteur, les activités du demandeur, le niveau d’instruction et le taux d’intérêt qui expliquent la demande de crédit.

          L’UCL (2003) (cité par Bachiseze (2009)) a consacré une étude sur le financement des micros entreprises au Kivu. L’enquête portant sur 260 micro entreprises kivutiennes répertorie 4 catégories d’organisations que les micro entrepreneurs utilisent pour financer leurs activités : les coopératives d’épargne et de crédit (COOPEC), les ONG à volet crédit, les mutuelles de solidarité, les tontines. Les résultats statistiques de cette étude relèvent deux caractéristiques principales du financement de petit commerce au Kivu. D’une part, le micro crédit accordé dans le secteur du petit commerce n’était pas proportionnel au montant des capitaux propres pour 183 micro entreprises enquêtées et que le nombre total des micro entreprises qui affectaient à leurs activités un montant des capitaux propres identique à celui des capitaux empruntés étaient nettement très élevés soit 84,15% dans ce sous-échantillon de 154. Pour ce faire, il y avait une forte probabilité, soit 61, 7 % de fonds que le micro crédit accordé à ces micro entreprises soit largement inférieur au montant des capitaux propres. D’autre part, les micro entreprises du secteur du petit commerce avaient en moyenne besoin de 1060, 36 $US (dollars américains) pour financer le cycle d’exploitation alors que les institutions de micro finance locales leur accordaient un micro crédit largement inférieur à 500 $US pour 3 mois et remboursable mensuellement. Le problème d’inadéquation des montants de micro crédits consentis était résolu si l’emprunteur parvenait à les fructifier et si les institutions de micro finances rallongeaient par exemple l’échéance à 12 mois tout en maintenant le remboursement échelonné sur des périodes mensuelles. Mugangu (2006) a mené une étude à Bukavu sur le rationnement de crédit auquel font face les micro entreprises. Utilisant la démarche économétrique avec un modèle à équations simultanées par les méthodes Sureg (Seemingly unrelated regression) et les triples moindres carrés (3SLS) avec les données d’enquête collectées auprès de 197 micro-entreprises constituant son échantillon, il essaye d’analyser deux modèles : celui de l’offre et celui de la demande des crédits pour présenter ce rationnement. Se penchant sur la demande des crédits, les résultats de son étude montrent que la localisation de la micro entreprise, son capital et le sexe de micro entrepreneur qui expliquent la demande de crédit. Mweze (2008) a effectué une étude au Sud-Kivu sur les déterminants de la demande de crédit dans le milieu rural: cas de Kaziba. Faisant usage d’un modèle économétrique Produit sur un échantillon de 96 ménages, ses résultats montrent que ce sont les variables revenu, âge, échéance de remboursement, montant de crédit, personnes prises en charge et taux intérêt qui expliquent la demande de crédit par les ménages.

KASINDE (2006); Financement des PME à Bukavu.La question de recherche de l’auteur est: quelles sont les principales sources de financement des PME en général, seules de Bukavu en particulier. En guise d’hypothèse, il soutient que les PME en général recourent à l’autofinancement par emprunt (capitaux étrangers). Celles de Bukavu en particulier, leur grande part de financement est constituée par de fonds propres.

Dans ses études, il a fait comme échantillon de 74 PME et recourant à la statistique descriptive et au test du Khi-Deux, il a eu comme résultat en évaluant que 67 % des PME  enquêtées  font recours exclusif aux fonds propres contre 24 % de financement mixte et 9 % de dons et héritage. Les résultats de l’auteur, montrent aussi que les PME ne recourent pas au crédit pour quatre raisons principales: garanties exigées par les IMF (55%), crainte de perdre le capital emprunté et son propre capital (28%) taux d’intérêt défavorable et décourageant (11%) et enfin, l’ignorance de l’existence des structures financières pour les petits entrepreneurs de Bukavu (6%).

           BAGUMA MASHALI Romeo (2011), les déterminants de la structure financière des PME dans la ville de Bukavu. Dans son analyse, il est parti des questions suivantes: Existent-ils des facteurs expliquant la structure financière des PME?  La structure financière n’aurait-elle pas d’incidences sur la valeur des entreprises sous examen en termes de performances financières? En guise d’hypothèses, il a soutenu que : l’âge, la taille, le secteur d’activités, le types de PME, les garanties, le risque, la croissance, la rentabilité, le crédit inter entreprises, le coût financier et la durée de relation de la clientèleavec l’institution financière sont les facteurs principaux déterminants la structure financière des entreprises.

Il poursuit en disant que les ressources financières des PME de la ville de Bukavu seraient dominées par le fonds internes (capitaux propres et auto financement), jusqu’à un seuil d’au moins 50% et cela serait influencer par une diversité de ces facteurs cités ci-haut.

Pour aboutir aux résultats, il a fait recours aux méthodes de MCO et statistiques, et a abouti aux résultats selon lesquels, issus de l’estimation, plus ou moins  satisfaisant selon le cas, huit variables ont été jugées significatives au seuil d’au plus 10% parmi les onze citées. Seules les variables taille, garantie et type des PME n’ont pas jugées significatives. Dans l’un ou l’autre cas, les variables ont retrouvé pour la plupart, les signes prédéfinis.

        Ces travaux dégagent comme originalité d’abord sur la delimitation temporelle; ensuite, sur le fait que les PME des leur temps présentent d’autres caractéristiques, telles que l’intégration de l’inflation dans les négociations de la demende de credits… Cependant en penchant sur ce deuxième thème que nous nous écartons de l’approche de ces travaux empiriques.

[1] Prennent généralement la forme de décisions financières.

[2] L’émission d’obligations convertibles en actions incitera les dirigeants à fournir les efforts nécessaires  afin de maximiser la valeur des actions de la firme. Si les dirigeants s’abstiennent de déployer les efforts nécessaires, la valeur de la firme diminue, l’option de conversion des obligations en actions ne sera pas exercée et la carrière des dirigeants se trouvent en danger.

[3]S.A.  ROSS, Finance Corporate,  éd. Dunod, Paris, 2005, P.79.

[4]M. BAXTER, et J. WURGLER, Loc.cit., P.356.

[5]G. JENSEN, Agency costs of free cash flows, corporate finance and takeovers, In American Economic Review, n°76, P.32.

[6]S. MYERS, Loc.cit. P.98.

[7]M. BAXTER, et J. WURGLER, Loc.cit., P.234.

[8]Lire ce sujet pour le cas de la RD Congo, l’article 6, alinéa 4 de la loi 005/2002 du 07 Mai 2002 relative à l’organisation et au fonctionnement de la banque centrale du Congo reconnaissant à cette dernière la mission d’élaborer la réglementation et le contrôle des établissements de crédits ; des IMF et d’autres intermédiaires financiers. De cette prérogative, elle soumet la gestion financière des cooepc aux normes suivantes:10% de maximum de son épargne total affecté à l’encaisse, 40%  des prêts aux membres ; 45% aux placements et 5% aux participations (Belemba, E, 2011) en ce sens la source ne peut donner que ce qu’elle a et pas plus.

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