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INTRODUCTION

  • Problématique

Le monde connaît aujourd’hui une nouvelle forme de criminalité qu’il n’a point connu, il y a de cela un siècle. Cette criminalité se traduit par des violences qui sont à la base de la rupture de l’harmonie et de  la communication sociale entre le réseau psycho-affectif dont les causes sont d’origines diverses (Bahati, 2013 p. 2).

Nous assistons actuellement, dans de nombreux pays, à une recrudescence (réelle et subjective) de la violence. Celle-ci a toujours existé mais devient plus évidente car non occultée ; de plus, de nouvelles formes de violence apparaissent, en particulier celle concernant les guerres, les tueries, les vols, …  Cette violence pourrait s’amplifier, compte tenu du nombre et de la rapidité des changements auxquels nous ne sommes pas préparés et qu'ainsi nous subissons, alors que nous sortons à peine des horreurs de la seconde guerre mondiale, des décolonisations, et que nous vivons des “ purifications ethniques ” et des autodestructions nationales (Nunez, 1996 pp.141-145). En présence d'un changement qui peut être considéré comme une agression, l’homme peut avoir deux attitudes : l’une, pacifique, adaptative et intégrative grâce à la mise au point d'une réponse atténuatrice ou neutralisante (acceptation ou combat) de l'agression, très souvent source de progrès; l’autre violente, source de souffrances immédiates pour l’agressé et souvent différée pour l’agresseur. Dans ce cas, l'agression peut engendrer un progrès réactionnel, tardif, le plus souvent différé. Ce progrès, post violence, a cependant un coût humain, habituellement trop élevé, inadmissible, qu'il serait nécessaire d'éviter (ibidem pp. 383-392). Comment expliquer que, devant l’agression, l’homme puisse répondre, soit positivement, soit d’une manière violente négative vis à vis de lui-même (pathologies psychosomatiques) ou de son environnement social (violence familiale, scolaire, urbaine...)? Cette réponse violente négative - opposée à celle, pacifique qui, dans certaines conditions comme celle de la  stratégie de la “ non-violence ” de Gandhi, peut être aussi violente, agissant sur la conscience de l’agresseur - peut mieux se comprendre dans ses origines, son mécanisme et son extension du biologique au social, en étudiant les stratégies de réponse à l’agression adoptées dans les divers domaines biologiques, psycho-cognitifs et sociaux humains. Il nous est, en effet, apparu que ces stratégies adoptées par l'homme dans ces divers domaines étaient similaires (Maalouf, 1998 p 219). Ainsi, en résumant ce propos, l'homme va gérer l'agression, avant d'agir, en trois étapes dont la temporisation, la consultation et la délibération. Les référents peuvent être comparés à une librairie ou à un logiciel couplé à une banque de données où il est possible de référencer les différentes solutions déjà envisagées, utilisées par l'espèce pour répondre à l'agression, s'adapter aux changements de l'environnement) et la décision et action (Cyrulnik, 1999 p. 23).

Notons que l'homme a à sa disposition, pour réaliser ces opérations, des procédures biologiques psycho-cognitives, dont  le fonctionnement nous échappe encore, mais aussi des techniques extracédées utilisant l'outil mathématique-statistique, expérimental et depuis peu, informatique. Cette décision débouchant sur une action qui se fait à l'extérieur de la personne agressée constitue ce qu’on qualifie d' "extracession". La décision de combattre l'agresseur ou le supposé tel, donc d'adopter la violence, apparaît toutes les fois que l'agresseur n'est pas connu des référents et que les référents n'ont pas changé, ils ne se sont pas adaptés à la situation nouvelle en se transformant en un référent nouveau à partir du précédent. La création d'un nouveau référent demande un certain temps.

C'est pourquoi il faut donner le temps au changement. Ainsi, la période que nous vivons, compte tenu de l'accélération du rythme des changements et de leur nombre, est une période à risque de violences de toute nature, ce qui crée un traumatisme d’ordre psycho-affectif (Donnadieu, 1999 p. 103).

Cette similitude dans les stratégies adoptées par les différents domaines d'expression du vivant devant l'agression permet d'émettre l'hypothèse que des interrelations existent entre ces divers domaines conduisant à la formation d’un réseau, où toute modification de l’un peut avoir des répercussions sur les autres éléments du réseau.

Le terme agression correspond à la pression exercée par l’environnement sur les êtres vivants. Il faut noter ici que la qualité et l'intensité de la réponse à une agression dépend des caractéristiques psycho-cognitives et affectives de la personne concernée (Ibidem p. 149). Cette pression peut être induite par des causes diverses qui exercent leur action à différents niveaux psychologique et affectif.

En fait, dans tous les cas, l’agression représente un changement qui intéresse l’environnement de l’homme. Ce changement peut avoir, selon les circonstances, des conséquences négatives dont les traumatismes, conduisant l’homme vers la pathologie corporelle, mentale, sociale, ou positives car source de progrès en favorisant, à l’intérieur ou à l’extérieur du système vivant, l’émergence de nouvelles organisations. Ces nouvelles structures et/ou fonctions permettent à l’homme, après sélection, de mieux s’adapter grâce à la mise en place d’un couple régulateur ago-antagoniste (Fukuyama, 1999 p. 17), combat/acceptation, dans un rapport compatible avec les conditions de maintien de la vie. Diverses valeurs de ce rapport, étant possibles, l'expression résultante est soit la violence, soit l'acceptation.

Dans ces deux cas l'intensité de la réponse dépendra de la valeur du rapport. Ces réponses d'acceptation ou de violence pourront se situer dans le domaine physique ou psychologique ou même affectif (Nunez, 1996 pp. 141-145). Cette situation peut s’expliquer par une carence de créativité due à de nombreuses causes dont la principale est que, face à la complexité des problèmes à résoudre, l'homme n’a pas la formation conceptuelle et surtout l'expérience nécessaire pour évoluer dans cette complexité.

Par ailleurs, l’occupation du champ philosophique et politique actuel par des idéologies archaïques ou “modernistes” comme la prédominance donnée aux spéculations financières virtuelles qui n’ont rien à voir avec la réalité productrice des hommes ou la prédominance donnée à la science lorsque Fukuyama envisage la "fin de l’histoire" ou le début de la "post humanité" sont des événements idéologiques bloquant la créativité psycho-cognitive et affective active naturelle productrice de procédures permettant de contrebalancer le traumatisme (Ibidem p. 29).

                           Cette situation est prédominante en Afrique, où ses terres sont devenues les véritables stades où chacun est libre d’y jouer son jeu sans pitié, ni médiation et dans lequel le plus fort fait la loi (Tombola, 2012 p. 7). Le jeu dont il est question ici, n’est rien d’autre que cette violence qui a élu domicile dans plusieurs coins de ce beau continent et que personne ne réussit jusque là à arrêter. Les idéologies archaïques dont les intégrismes et les nationalismes,  continuent à enfermer les africains de telle sorte que la délibération du rapport combat acceptation reste confuse et inopérationnelle suite à plusieurs raisons dont la sorcellerie, les parcelles ou champs ou patrimoines, la pauvreté, l’ignorance, le refoulement, la polygamie et la polyandrie, les vols avec armes, les tueries,… (Tourrilhes, 2008 p. 54;  Martinelli et al., 1980 pp. 251-262).

                           En République Démocratique du Congo, notre pays, globalement et dans sa partie Est plus particulièrement,  la récurrence des guerres a engendré une destruction massive provoquant ainsi plusieurs milliers des victimes frappées par des crimes de tout genre et surtout la violence qui est à la base d’une rupture de la communication sociale sur tous les plans en général, et entre le réseau psycho-affectif  des acteurs sociaux en particulier. Au cours des cinq années de conflit armé en République Démocratique du Congo, des dizaines de milliers de femmes et de filles ont été victimes de crimes de violence sexuelle dans la partie Est du pays. En Ituri par exemple, le rapport de Human Rights Watch établit qu'en deux années et demi; c’est-à-dire de juin 2003 à janvier 2005,  plus de 3500 femmes dont l'âge varie entre 8 mois et 88 ans ont été victimes des violences sexuelles (Kayiba et Muzumanga, 1985). Ces milliers des femmes et jeunes filles ont soit subi des viols collectifs; de fois en public en présence des époux, enfants et frères; soit ont été enlevées par des combattants pour servir d'esclaves sexuelles pendant de longues périodes. D'autres ont été mutilées ou grièvement blessées par des objets introduits dans leurs vagins. D'autres encore qui s'étaient défendues lors de l'agression ont été tuées. Toutes les forces et groupes armés qui ont opéré en Ituri se sont rendus coupables de ces violences sexuelles.

                          Il s'agit notamment des milices hema, lendu et ngiti ; du Rassemblement Congolais pour la Démocratie - Kisangani - Mouvement de Libération (RCD-ML), du Mouvement pour la Libération du Congo (MLC), de l'Union des Patriotes Congolais (UPC) et du Front Nationaliste Intégrationniste (FNI) dans la région d'Ituri. Mêmes les éléments des forces gouvernementales aussi bien de l'ancienne armée, les Forces Armées Congolaises (FAC) que de la nouvelle armée nationale connue sous le nom de Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) se sont également rendus coupables d'abus sexuels.

                        L'accord de Sun City signé en 2002 en Afrique qui symbolisait la fin de la guerre en RDC n'a pas arrêté les violences sexuelles à l'endroit de la femme en Ituri. Dans certains coins de ce District, les femmes ont continué à payer le frais. Les combattants, et même certains civils ont persisté dans leur entreprise de séquestration sexuelle à l'endroit des femmes tendant à élever cette pratique rétrograde à une culture. Si les traumatismes psychiques endurés par les femmes violées sont durs et complexes, les conséquences sociales de viols sont encore à redouter. En effet, une fille ou une femme qui a subi un viol est l'objet de stigmatisation, de l'exclusion sociale et se trouve être mise au bas de la communauté. Elle représente le déshonneur pour sa famille, pour le clan et pour toute la communauté bien qu'elle ne soit en rien coupable. C'est pourquoi une femme célibataire violée aura des difficultés à trouver un époux si le crime est connu. Une femme mariée est susceptible d'être rejetée par son mari ou sa belle-famille et endure des humiliations quotidiennes si elle n'est pas tout simplement renvoyée du foyer.  Nous vivons aujourd’hui des situations en société, en famille, au lieu de service, à l’église, … où mêmes de membres d’une même famille ont pu rompre la communication sociale suite aux intérêts privées de chacun, ils peuvent même s’entretuer pour cette fin. En territoire de Kabare, une entité rurale à l’Est de la RDC, et dont Bugorhe est l’un des groupements de ce territoire,  le traumatisme psycho-affectif des acteurs sociaux, est devenue une monnaie courante au point que si nous estimons en terme de pourcentage, nous pouvons tomber même à plus de 80% de la population avec cette malaise dont les causes ne seraient autre que celles évoquées pour toute l’Afrique en général et à ceci s’ajoute la mutilation des jeunes filles et des injustices notoires qui caractérisent la population et la justice.

Cette malaise, c’est-a-dire cette rupture de la communication sociale s’observe entre hommes adultes eux-mêmes, entre hommes et femmes, entre femmes elles-mêmes, entre adultes et jeunes, entre garçons eux-mêmes, entre garçons et filles, entre filles elles-mêmes, entre parents et enfants, entre époux et épouses, … ; tous ces gens sont traumatisés. Ce climat déstabilise l’harmonie et la paix sociales dans la communauté et est à la base ou source de diverses conséquences à effets sociaux néfastes, surtout sur le plan psycho-affectif.

De ce qui précède, pour cerner notre problématique, nous attèlerons notre réflexion sur les préoccupations ci-dessous:

  • Quelles sont les raisons qui sont sous-jacentes au traumatisme psycho-affectif des acteurs sociaux dans notre groupement de Bugorhe?
  • Quelles stratégies pouvons-nous envisager pour éradiquer ce fléau?

Telles sont les questions auxquelles nous tenterons de trouver des réponses tout au long de ce travail.

  • Hypothèse

Pour cerner notre problématique, nous avons formulé l’hypothèse selon laquelle : « la violence sexuelle, la mutilation des petites filles, les violences conjugales, les tueries, les vols avec armes, la pauvreté seraient les facteurs qui favorisent le traumatisme dans le groupement de Bugorhe, ce qui engendrerait les phénomènes psychologiques suivants: la frustration, la méfiance, la non acceptation de soi et les phénomènes affectifs tels que l’anxiété, la déception, le fait de ne pas se soucier l’un de l’autre et combattre la violence, la fin de la corruption, La multiplication des mesures de sensibilisation sur la lutte contre la violence, punition des malfaiteurs violeurs seraient les stratégies que nous pouvons envisager pour éradiquer ce fléau au sein du groupement de Bugorhe».

  • Objectifs

Notre travail vise un objectif global et des objectifs spécifiques.

a.     Objectif général

Notre travail vise à étudier les raisons qui sont sous-jacentes au traumatisme psycho-affectif des acteurs sociaux dans le groupement de Bugorhe et les stratégies à envisager pour éradiquer ce fléau au sein de ce groupement.

b.    Objectifs spécifiques

- Déceler les causes de traumatisme psycho-affectif des acteurs sociaux dans le groupement de Bugorhe,

- Inventorier les conséquences de traumatisme psycho-affectif des acteurs sociaux dans le groupement de Bugorhe,

- Justifier l’existence de traumatisme psycho-affectif chez les acteurs sociaux dans le groupement de Bugorhe,

-  Envisager des stratégies à utiliser pour éradiquer ce fléau au sein de la communauté du groupement de Bugorhe.

  • Choix et Intérêt du sujet

«L’intérêt naît du besoin et tout comportement est motivé par l’intérêt» (Sillamy, 2006 p. 54). Le choix de ce sujet n’est pas un fait du hasard; c’est compte tenu de la situation que nous vivons dans le groupement de Bugorhe, en matière de traumatisme psycho-affectif des acteurs sociaux. Le groupement de Bugorhe est une entité où toutes les formes de maux existent: les violences sexuelles, la mutilation de petites filles, les vols avec armes, les tueries, … ce qui conduit au traumatisme psycho-affectif de la population; mais aussi compte tenu  de l’ampleur et de l’actualité sur le traumatisme psycho-affectif tant au niveau national qu’international que nous avons constaté ; cela nous a poussée à traiter cette thématique. En outre, aucune étude sur le traumatisme psycho-affectif et les stratégies à envisager pour éradiquer ce fléau dans le groupement de Bugorhe n’a jamais été diligentée dans cette entité.

Ce travail tentera de donner des pistes des solutions pour remédier tant soit peu à cette situation, cause du sous-développement du groupement de Bugorhe.

  • Délimitation spatio-temporelle du travail

Il est important pour tout chercheur voulant aboutir à des résultats fiables et mesurables, d’orienter son sujet dans le temps et dans l’espace.

  • Sur le plan temporel

Ce travail s’effectue sur une durée allant de  2012 à 2017, car nous avons constaté que la situation de traumatisme psycho-affectif dans le groupement de Bugorhe est devenue une question majeure pour la population, alors que cette situation présente des effets négatifs sur le développement intellectuel, affectif et pragmatique de la population du groupement de Bugorhe.

  • Sur le plan spatial

Ce travail s’effectue dans le groupement de Bugorhe, Territoire de Kabare, Province du Sud-Kivu à l’Est de la République Démocratique du Congo. Le groupement de Bugorhe est à 32km de la ville de Bukavu, et délimité au Nord par le groupement de Irhambi /Katana, au Sud par le groupement de Miti, à l’Est par le groupement de Bushumba et Luhihi et à l’Ouest par le Parc National de Kahuzi-Biega (PNKB). Le choix du groupement de Bugorhe a été imposé par le fait que c’est notre milieu de vie et par rapport à la situation qui y prévaut concernant notre thématique.

  • Subdivision du travail

Hormis l’introduction et la conclusion, le présent travail s’articule sur trois chapitres à savoir :

- Le chapitre premier porte sur les considérations théoriques à travers lesquelles il sera question de définir les concepts clés, présenter le milieu d’étude ainsi que la revue de la littérature par rapport à notre thématique.

- Quant au deuxième chapitre, nous aborderons le cadre méthodologique où nous présentons la population d’étude, l’échantillon d’étude, les méthodes et techniques de récolte des données, le mode de dépouillement et de traitement des données et les difficultés rencontrées.          

- Le troisième chapitre s’articule sur la présentation, l’analyse et l’interprétation des résultats issus de notre recherche.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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