Arrow Table de matières
8729593

CHAPITRE 3 : INTEGRATION DE L'APPROCHE (( AGRICULTURE CONTRACTUELLE » COMME STRATEGIE DE FINANCEMENT DU SECTEUR AGRICOLE AU SUD KIVU

3.1. L'Approche (( Agriculture contractuelle »

L'agriculture contractuelle, notent Charles Eaton et Andrew W (2002), est depuis des nombreuses années, un moyen d'organiser la production commerciale de la petite et de la grande agriculture. En effet, la production agricole sous contrat existe depuis la nuit de temps. Dans la Grèce antique, c'était une pratique très courante : des pourcentages établis sur certaines culture étaient un moyen pour payer la dîme, le loyer et les dettes. Au cours du premier siècle, la Chine a également connu diverses formes de production sous contrat. Aux USA, à une époque récente, à la fin du 19 ème siècle, les accords de métayage prévoyaient de prélever entre 1/3 et la moitié de la récolte pour payer le loyer au propriétaire. Ces pratiques étaient bien entendu une sorte de sevrage et conduisaient généralement les métayers à être endettés en permanence.

Durant les premières décennies du 20 ème , les accords formels entre les agriculteurs et les compagnies furent établis dans les colonies dirigées par les puissances européennes.

Martin Prowse (2007) définit l'agriculture contractuelle comme étant « un système dans lequel une entreprise du secteur privé fournit aux agriculteurs des intrants - crédits, engrais et semences, etc. - en échange de droits d'achat exclusifs sur les produits agricoles récoltés ».

Selon le Rapport sur le développement dans le monde 2008, cité par Martin Prowse (2007, op. cit), l'agriculture contractuelle permet aux petits exploitants agricoles de participer aux nouveaux marchés de produits de haute valeur, et améliore les normes de qualité, augmentant et stabilisant ainsi les revenus des agriculteurs. La plupart des exploitations agricoles dans les pays en développement faisant moins de deux hectares, l'intégration des petits exploitants agricoles dans les chaînes de valeur mondiales est un pas important vers la réduction de la pauvreté.

Cette approche, notent Charles Eaton et Andrew W (2002, op.cit), présente des avantages, des inconvénients aussi bien pour l'acheteur que pour l'agriculteur. C'est pourquoi l'observance des conditions préalables et une gestion soutenue doivent être de mise :

3.1.1. Les avantages de l'approche (( agriculture contractuelle »

L'agriculture contractuelle présente des avantages certains tant pour les agriculteurs que pour les promoteurs (investisseurs).

a). Avantages pour les agriculteurs

  • Le promoteur fournit fréquemment les intrants et les services de production
  • Cette fourniture se fait en général à crédit par le biais d'avances du promoteur
  • L'agriculture contractuelle introduit souvent une nouvelle technologie et permet aussi aux agriculteurs d'apprendre de nouvelles méthodes
  • Les agriculteurs courent souvent moins de risques relatifs aux prix, beaucoup de contrats les établissant d'avance
  • L'agriculture contractuelle peut ouvrir de nouveaux débouchés aux petits agriculteurs qui autrement leur auraient été inaccessibles

b). Avantages pour les promoteurs

  • L'agriculture contractuelle en partenariat avec de petits agriculteurs est politiquement plus acceptable que, par exemple, la production dans les plantations
  • Travailler avec de petits agriculteurs permet de surmonter les difficultés liées à la propriété foncière
  • La production est plus fiable que des achats effectués sur le marché libre et la

société prend moins de risques en n'étant pas responsable de la production

  • On peut obtenir une qualité plus suivie que si l'on achetait sur le marché libre

3.1.2. Conditions préalables de réussite en agriculture contractuelle

On ne doit rien entreprendre en agriculture contractuelle tant que certaines conditions préalables essentielles ne sont pas remplies. Il s'agit de :

a). Un marché rentable pour le promoteur et pour l'agriculteur

Le promoteur doit avoir identifié un marché pour la production envisagée et doit s'assurer que l'approvisionnement de ce marché peut être bénéficiaire sur le long terme.

L'agriculteur quant à lui, doit être sûr que les revenus potentiels sont plus attractifs que ceux procurés par les autres activités et que le degré de risque est acceptable d'une part, et de l'autre, avoir la preuve que ces revenus potentiels sont basés sur des estimations de rendement réalistes.

  1. b) Les milieux physique et social

L'observance des principaux facteurs ci-dessous est de rigueur pour la réussite de l'agriculture contractuelle :

  • Le milieu physique doit convenir en général, et en particulier au produit envisagé.
  • Les services d'utilité publique et les communications doivent être adaptés à l'agriculture (par ex. les routes d'accès), et à l'agroalimentaire (par ex. l'eau et l'électricité).
  • La disponibilité des terres et leur régime d'occupation. Il faut que les agriculteurs contractuels aient accès sans restriction aux terres qu'ils cultivent.
  • La disponibilité des intrants. Il faut que les sources d'intrants soient assurées.
  • Les considérations sociales. Les attitudes et pratiques d'ordre culturel ne doivent pas être en contradiction avec les obligations des agriculteurs prévues par le contrat et la direction doit être à même de comprendre parfaitement les pratiques locales.
  1. c) Soutien des pouvoirs publics

Le rôle d'habilitation et de réglementation s'avère très important. Pour ce faire :

  • Un droit des contrats et des lois générales sont nécessaires ainsi qu'un système juridique efficace.
  • Il faut que les pouvoirs publics soient conscients des conséquences possibles et non intentionnelles des réglementations et n'aient pas tendance à trop réglementer.
  • Les pouvoirs publics devraient fournir des services tels que les services de recherche et, dans certains cas, de vulgarisation.

Il y a lieu aussi d'ajouter au précédent rôle, celui en faveur du développement notamment le fait que les pouvoirs publics peuvent prendre des mesures visant à mettre en contact le secteur de l'agro-alimentaire et les agriculteurs adéquats.

3.1.3. Difficultés et problèmes éventuels liés à l'agriculture contractuelle

Les difficultés et problèmes éventuels liés à l'agriculture contractuelle peuvent se poser aussi bien à l'agriculteur qu'au promoteur.

  1. a) Problèmes éventuels rencontrés par les agriculteurs
  • Les agriculteurs, en particulier lorsqu'il s'agit de nouvelles cultures, courent le

risque d'une défaillance du marché et d'avoir des problèmes de production.

  • Une gestion inefficace ou des problèmes de commercialisation peuvent entraîner une manipulation des quotas pour éviter d'acheter la totalité de la production sous contrat.
  • Les sociétés promotrices peuvent ne pas être fiables ou exploiter une situation de monopole.
  • Le personnel des organisations promotrices peut être corrompu, en particulier pour ce qui a trait à l'allocation des quotas.
  • Les agriculteurs peuvent être amenés à s'endetter à cause de problèmes de production et d'avances excessives.
  1. b) Problèmes éventuels rencontrés par les promoteurs
  • Les agriculteurs sous contrat peuvent se heurter à des difficultés liées à la propriété foncière, en l'absence d'une sécurité de tenure, compromettant ainsi des opérations durables à long terme.
  • Des obligations sociales ou culturelles peuvent influer sur la capacité des agriculteurs de produire selon les indications de la direction.
  • Une mauvaise gestion et l'absence de dialogue avec les agriculteurs peuvent provoquer un mécontentement chez ces derniers.
  • Les agriculteurs peuvent vendre hors contrat (commercialisation hors contrat) réduisant ainsi le flux de production de l'industrie de transformation.

3.1.4. Contrats et leurs spécifications en agriculture contractuelle

ou la façon dont il est présenté, et d'autres spécifications détaillées qui doivent y figurer.

  1. a) Le cadre juridique
  • Le contrat doit être conforme aux exigences minimales des lois du pays.
  • Les usages locaux doivent être pris en considération.
  • Les accords d'arbitrage doivent être abordés.
  1. b) La formule des contrats peut reposer sur :
  • Les spécifications relatives au marché, où seules les normes de qualité sont spécifiées et la disposition relative aux intrants est souvent minimale.
  • Les spécifications relatives aux ressources, où les détails de la production par ex. les variétés, sont spécifiés. La fourniture des intrants est souvent limitée et les garanties de revenus souvent minimales.
  • Les spécifications relatives à la gestion et aux revenus, qui sont les plus complètes et peuvent comprendre les structures prédéterminées des prix, les avances d'intrants agricoles, le soutien technique et le contrôle de la direction.
  • Les spécifications relatives à la propriété foncière et au mode d'exploitation, qui sont une variation du modèle pour la gestion et les revenus avec des clauses supplémentaires relatives au mode d'exploitation. Cette formule est en général employée lorsque le promoteur loue des terres aux agriculteurs.
  1. c) Le type d'accord
  • Les accords formels sont des contrats légaux qui détaillent les obligations de chaque partie.
  • Les enregistrements simples sont la forme de contrat la plus répandue que l`agriculteur ou l'agricultrice signe pour indiquer qu'il ou qu'elle comprend les termes de l'accord et désire bénéficier d'un contrat.
  • Les accords verbaux sont fréquemment utilisés dans le modèle informel et parfois par les promoteurs des sociétés.
  1. d) Les spécifications détaillées peuvent comprendre :
  • La durée du contrat.
  • Les normes de qualité requises par l'acheteur.
  • Le quota de production de l'agriculteur.
  • Les méthodes de culture exigées par le promoteur.
  • Les modalités de livraison de la récolte.
  • Les modalités de calcul du prix en employant ...
  • Les prix fixés au début de chaque saison.
  • Les prix flexibles basés sur les cours mondiaux ou locaux du marché.
  • Les prix du marché au comptant.
  • Les prix en consignation, lorsque le prix payé à l'agriculteur n'est pas connu avant la vente du produit brut ou transformé ; ou
  • Le fractionnement du prix, lorsque l'agriculteur reçoit un prix de base convenu et un prix définitif après la vente du produit par le promoteur
  • Les modalités de paiement des agriculteurs et de remboursement des avances de crédit.
  • Les accords traitant des assurances.

3.1.5. Modèles de contrat en agriculture contractuelle

L'agriculture contractuelle suit habituellement l'un des cinq grands modèles existant, selon le produit, les ressources du promoteur et l'intensité des relations nécessaires entre ce dernier et l'agriculteur. Il s'agit des modèles suivants

  1. a) Le modèle centralisé
  • S'applique à une entreprise de transformation et/ou de conditionnement

centralisée qui achète la production d'un grand nombre de petits agriculteurs.

  • Est utilisé pour les cultures arboricoles, les cultures annuelles, la volaille, les produits laitiers. Les produits tels que le thé, les légumes en conserve ou surgelés, demandent souvent un taux élevé de transformation.
  • Est coordonné verticalement, avec une allocation de quotas et un contrôle strict de la qualité.
  • Permet l'engagement du promoteur dans la production par un apport variable qui va d'un minimum, la fourniture d'intrants, à la prise en charge de la plupart des aspects de la production.
  1. b) Le modèle de la plantation-mère
  • Est une variante du modèle centralisé où le promoteur dirige également un domaine central ou une plantation.
  • Le domaine central est habituellement utilisé pour garantir un flux de production à l'usine de transformation mais n'est parfois utilisé qu'à des fins de recherche ou de sélection.
  • Est souvent utilisé en conjonction avec des projets de relocalisation ou d'émigration.
  • Implique une fourniture importante d'intrants matériels et administratifs.
  1. c) Le modèle multipartite
  • Peut impliquer divers organismes comprenant souvent des organes de droit public.
  • Peut être créé à partir des modèles centralisés ou de la plantation-mère, par exemple par le biais d'agriculteurs organisés en coopératives ou par le biais de la participation d'une institution financière.
  1. d) Le modèle informel
  • Se caractérise par la participation d'entrepreneurs individuels ou de petites sociétés.
  • Implique des contrats de production informels, habituellement saisonniers.
  • Nécessite souvent des services de soutien des pouvoirs publics tels que la recherche et la vulgarisation.
  • Implique plus de risque de vente de produits hors contrat.
  1. e) Le modèle intermédiaire
  • Implique le promoteur dans des rapports de sous-traitance avec les agriculteurs par le biais d'intermédiaires.
  • Entraîne les risques pour le promoteur de ne plus maîtriser la production, ni la qualité, ni les prix payés aux agriculteurs.

3.1.6. Gestion de projet « d'agriculture contractuelle »

Une mauvaise gestion peut faire échouer des projets d'agriculture contractuelle qui étaient potentiellement prometteurs. C'est pourquoi, il est important de :

  1. a) Coordonner la production. Ceci demande au préalable de :
  • Identifier les superficies qui conviennent à la production et permettent un accès facile au transport et autre support.
  • Sélectionner les agriculteurs. Les critères varieront selon la culture et l'intensité de la relation contractuelle.
  • Former des groupes de travail. Bien que n'étant pas essentiels, ces groupes peuvent être précieux pour la fourniture de conseils en vulgarisation, la livraison d'intrants et le ramassage des produits agricoles.
  • Passer des accords pour les commandes et les fournitures d'intrants et de crédits destinés aux agriculteurs.
  • Planifier l'appui logistique pour la livraison d'intrants et le transport de produits.
  • Passer des accords relatifs à l'achat de produits selon le contrat, en particulier pour que les agriculteurs puissent vérifier les poids et les qualités.
  1. b) La gestion de l'agronomie qui comprend :
  • Les services de vulgarisation. Les vulgarisateurs doivent parfaitement connaître le produit et, de préférence, les usages locaux.
  • Le transfert de technologie avec une sensibilisation aux problèmes d'adaptation que pourraient connaître les petits exploitants.
  • L'utilisation de calendriers de cultures pour assurer le respect des dates et du bon enchaînement de toutes les activités contractuelles.
  • La formation des vulgarisateurs et des agriculteurs ainsi que la recherche sur les variétés et les pratiques culturales.
  1. c) Les relations entre les agriculteurs et la direction doivent être entretenues et renforcées en prêtant attention à ce qui suit:
  • Les réunions des agriculteurs et la direction, qui sont un lien entre celle-ci et les agriculteurs, ou leurs représentants, permettant l'interaction et la négociation et qui évitent bien des problèmes causés par le manque de communication.
  • Les relations entre hommes et femmes sur lesquelles l'agriculture contractuelle peut avoir un impact négatif par le biais du paiement aux hommes du travail effectué en grande partie par les femmes.
  • des conflits entre les exigences du contrat et les priorités des femmes concernant l'agriculture de subsistance.
  • La participation aux affaires de la communauté, ce qui contribue à créer une atmosphère de partenariat positive. Pour ce faire, le promoteur peut participer aux événements sociaux et fournir une infrastructure locale à petite échelle.

3.1.7. Le suivi des résultats

La mise en oeuvre des mécanismes de suivi adéquats constitue un gage pour l'atteinte des objectifs fixés par le contrat. Ainsi, une attention particulière sera axée sur les dimensions ci-dessous :

  1. a) Suivi de la qualité et des rendements
  • La détérioration de la qualité peut avoir d'importantes conséquences pour toute entreprise alors que les quantités insuffisantes peuvent réduire l'efficacité de la transformation et nuire aux marchés.
  • Les contrôles de la qualité devront être effectués avant, pendant et immédiatement après la récolte.
  • Des mesures de redressement devront éventuellement être prises avant la récolte si l'agriculteur n'applique pas les méthodes recommandées.
  • La vente de la production hors contrat provenant d'autres agriculteurs doit être évitée.
  • Les techniques d'estimation des rendements sont l'observation visuelle ou l'analyse statistique.
  • On peut alors utiliser des estimations en vue de préparer les indicateurs de

rendement calculés dans le but d'identifier les produits infiltrés de l'extérieur.

  • Les matrices de production sont une façon d'identifier les composantes clefs de la production et les résultats de l'après récolte.
  1. b) Suivi des ressources humaines
  • Les ressources humaines utilisées en agriculture contractuelle, à savoir la direction, les vulgarisateurs travaillant pour le promoteur et les agriculteurs, doivent être suivies.
  • Les vulgarisateurs devront être évalués par le biais de visites d'inspection des champs des agriculteurs, au moins deux fois par an, pour que la direction puisse constater par elle-même l'état des relations de l'agent de vulgarisation avec les agriculteurs et sa connaissance de la culture.
  • Le suivi formel de la culture à toutes les étapes peut conduire à l'identification de facteurs susceptibles de causer une mauvaise production.
  • Il est nécessaire que les vulgarisateurs fassent des visites de routine à toutes les exploitations; leur fréquence dépendra de la nature de la culture.
  • On devra documenter, avec les dates, toutes les activités sur le terrain. Lorsque ce sera possible, on devra encourager les agriculteurs à tenir leurs propres registres.
  1. c) Protection de l'environnement
  • Il est essentiel qu'une consultation ait lieu entre les agriculteurs, les vulgarisateurs et la direction pour le choix des terres appropriées afin d'éviter la dégradation de l'environnement.
  • La direction n'est en général intéressée que par une seule culture mais elle doit admettre que les agriculteurs se soucient de protéger l'ensemble de leur système agricole.
  • La direction doit être disposée à tirer parti des expériences locales.

3.2. Intégration de l'approche « Agriculture Contractuelle » au contexte du Sud Kivu

3.2.1. Opportunités offertes par le Sud Kivu

  1. P. Christen et Douglas P (août 2005) notent : c... à travers le monde, 1,2 milliard d'individus sont extrêmement pauvres (subsistent avec moins de 1 dollar par jour), et les trois quarts vivent en milieu rural. La pauvreté est un phénomène à prédominance rurale. Les personnes extrêmement pauvres dépensent plus de la moitié de leurs revenus pour se procurer (ou produire) des aliments de base, qui constituent plus des deux tiers de leur consommation en calories. La plupart de ces personnes souffrent de déficiences nutritionnelles et nombreuses sont celles qui souffrent de la faim à certaines périodes de l'année... ».

Cet état de choses traduit effectivement la réalité vivante de la province du Sud Kivu où le pari des Etats exprimé à travers les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) et dont la vision de réduire de moitié, d'ici à 2015, le nombre de personnes vivant avec moins d'un dollar par jour (et cela à partir de l'année 1990), est resté un voeux pieux.

Pourtant, le contexte particulier du Sud Kivu offre des opportunités dont la saisie permettrait la matérialisation progressive de ces objectifs notamment celui ayant trait à l'élimination de l'extrême pauvreté et de la faim.

Pour arriver à cette fin, l'Intégration de l'approche c Agriculture Contractuelle » au contexte du Sud Kivu qui du reste présente les caractéristiques ci-dessous, constituerait une piste importante à explorer.

3.2.1.1. Acteurs de financement

La présence des acteurs financiers au Sud Kivu constitue une opportunité de financement du secteur agricole à travers un régime contractuel.

En effet, l'environnement financier du Sud Kivu est marqué par cinq types d'acteurs : - Les institutions bancaires

- Les Coopératives

- Les ONG locales et internationales ayant des projets avec un volet crédit - Les IMF (Institutions de Microfinance)

- Le pouvoir public

3.2.1.2. Potentialités agricoles

La province du Sud Kivu est dotée d'un potentiel agricole important qui se traduit à travers :

- Une production agricole diversifiée.

Le c tableau N° 6 : Production agricole au Sud Kivu par culture (en tonne) et superficie emblavée de 2001 à 2006 » présente les diversités de cultures produites au Sud Kivu. Chacune de ces cultures constituerait une opportunité pour le développement d'une filière de production agricole.

- Une agro-écologiques diversifiée.

Comme démontré à travers (( le tableau N°7 : Zones agro-écologiques du Sud Kivu )) ci-dessus, la province du Sud Kivu connaît six zones agro-écologiques constituant des opportunités de production agricole diversifiées variant en fonction de l'altitude.

- Un calendrier agricole assurant la production agricole durant toute l'année.

Le (( Tableau N° 8: Calendrier Agricole de la province du Sud Kivu )) dégage la possibilité de production agricole durant toute l'année.

- Un riche potentiel vivrier dans chaque entité administrative rurale.

Tel que dégagé à travers le (( Tableau N° 9: Potentialités vivrières des entités administratives rurales du Sud Kivu )), chaque entité rurale est doté d'un riche potentiel pour la production agricole.

- Une disponibilité des terres pour les cultures.

La province du Sud Kivu connaît une densité moyenne de 66,6 Habitants par Km 2 . Cependant il y a lieu de confirmer en lumière du (( Tableau N°3 : Densité de la population du Sud Kivu par territoire en 2007 )) que le Sud Kivu dispose suffisamment de terres pour l'agriculture. En effet, Les statistiques de la population de 2007 démontrent que 78,08 % de la superficie provinciale ne sont occupés que par 38,12% de sa population.

3.2.2. Choix du type « d'Agriculture Contractuelle » pour le Sud Kivu

La confrontation de différents types d'agriculture contractuelle au contexte particulier du Sud Kivu tel que décrit dans les précédents paragraphes, a motivé notre choix en faveurs du type d'agriculture contractuelle du (( Modèle multipartite )).

Ce modèle constitue une mise en synergie des efforts des différents acteurs (promoteurs) dans l'accompagnement des agriculteurs. Chacun apporte ce dont il est capable. Ainsi, en ce type d'agriculture contractuelle, il peut y avoir des organisations distinctes responsables : de la sélection des agriculteurs bénéficiaires, de la fourniture de crédits, de la production, de la gestion, de la technologie, de la transformation, de la commercialisation, etc.

Ici, organismes de droit public, institutions financières, agriculteurs organisés en coopérative ou en association de toute autre nature, etc, peuvent chacun apporter sa contribution pour la réussite du projet d'agriculture contractuelle.

3.2.2.1. Analyse de l'opportunité, faisabilité et durabilité de l'agriculture contractuelle du modèle multipartite au Sud Kivu

3.2.2.1.1. De l'opportunité

La nécessité de la mise en marche de projet d'agriculture contractuelle de modèle multipartite au Sud Kivu est plus qu'une opportunité. En effet, au vu de la production et potentialités agricoles de la province, la diversité des acteurs financiers au profit du secteur agricole, le faible accès des petits agriculteurs au crédit et à la subvention de l'Etat, la prédominance du secteur agricole par des petits agriculteurs pauvres, le faible appui financier accordé au secteur agricole en terme de crédit et de subvention de l'Etat, la faible organisation du marché agricole, la faible organisation du système

de conservation des produits agricole, la structuration déficitaire des agriculteurs à travers des organisations de base et leur accompagnement par des ONG Locales de développement. Il y a lieu d'affirmer que la mise en oeuvre des projets l'agriculture contractuelle du modèle multipartite est opportune au Sud Kivu,

3.2.2.1.1. De la faisabilité

La mise en marche de projet d'agriculture contractuelle de modèle multipartite au Sud Kivu est faisable. En effet, une conjugaison d'effort entre les acteurs financiers, les ONG Locales de développement du domaine de la sécurité alimentaire, les regroupements des agriculteurs en associations et/ou coopératives paysannes, le pouvoir public, et les opérateurs économiques du secteur agricole rendrait faisable l'agriculture contractuelle du modèle multipartite au Sud Kivu.

En plus de la disponibilité des acteurs travaillant en faveur du secteur agricole, il y a également lieu de noter que la province du sud Kivu remplit bon nombre des conditions préalables pour la réussite de projet en agriculture contractuelle. Il s'agit notamment de :

a). Un marché rentable pour le promoteur et pour l'agriculteur

La province du Sud Kivu forte de ses 4.451.663 habitants constitue en elle-même un important marché pour les produits agricoles. En effet, comme dit plus haut, la province du sud Kivu vit des importations agricoles soit des pays étrangers, soit des provinces voisines. A cela s'ajoute les opportunités d'écoulement des produits agricoles en faveurs soit des exportations ou de fabrication interne des biocarburants ou des biodiesel.

Notons également que départ sa position géographique, la province du sud Kivu partage ses frontières avec entre autres pays, le Rwanda et le Burundi qui connaissent une forte démographie et un problème d'exiguïté et de fertilité des sols. Ces pays, offrent donc des opportunités de marché en plus.

Fort de ce qui précède, nous estimons que le promoteur du projet d'agriculture contractuelle ne pourra pas avoir à s'inquiété pour le marché.

Les agriculteurs quant à eux, trouveront un ouf de soulagement à leurs multiples problèmes de rentabilisation des leurs exploitations à travers les projets d'agriculture contractuelle. En effet, grâce à ces derniers, ils auront : accès facile au financement (au crédit), accès à une technologies et un accompagnement technique adéquats pour la production et la conservation des produits, accès à un marché garanti pour l'écoulement de leurs produits et cela à un prix avantageux,

  1. b) Les milieux physique et social

La province du Sud Kivu offre des conditions physiques favorables pour la réussite des projets d'agriculture contractuelle :

  • Le milieu physique offre des conditions favorables à la production d'une gamme variée de produits agricoles, comme le démontre le « Tableau N° 6 :

Production agricole au Sud Kivu par culture (en tonne) », susceptible de faire objet de contrat.

  • Les services d'utilité publique et des communications ont toujours constitué de maillon faible pour le développement de l'agriculture au Sud Kivu. Cependant, nous restons convaincu que le Gouvernement provincial du sud Kivu n'aménagera aucun n'effort pour matérialiser ses ambitions de réhabiliter les routes de dessertes agricoles de la province comme cela ressort dans son programme d'action 2006 - 2011 et les prévisions budgétaires des exercice 2008 et 2009 de la province.
  • La province du Sud Kivu pourrait être divisée en deux grandes zones en ce qui concerne la disponibilité des terres et leur régime d'occupation. D'un côte une première zone avec un problème percutant de disponibilité de terre et une très forte concentration de la population (le Kivu montagneux ou du moins le Bushi) ; et de l'autre une zone à majorité forestière avec une forte disponibilité des terres couvrant plus de 80% de la superficie de la province (si on y ajoute le territoire d'Uvira) ; avec des facilités d'accès à la terre. Cependant, il sied de noter que cette zone connaît une faible occupation humaine du territoire.
  • L'ouverture de la province du Sud Kivu aux pays voisins de la RD Congo tel la Tanzanie, offre des possibilités d'accès à des sources d'intrants qui pourrait combler le vide créé par les pertes d'intrants suite à la guerre et à la vétusté.
  • Les considérations sociales notamment les attitudes et pratiques d'ordre culturel de la population du Sud Kivu sont de nature à favoriser le respect des engagements. La percée de la foi chrétienne et les moeurs favorisent la culture de la franchise.
  1. c) Soutien des pouvoirs publics
  • La législation congolaise réprime le non respect des engagements qu'elle qualifie d'abus de confiance. Ceci constituerait un soutien fort aux projets d'agriculture contractuelle. Aussi, les failles du système juridique pourraient être compensées par la mise en place des stratégies de pression sociale, surtout du côté des agriculteurs, à travers des groupes solidaires mais également des syndicats paysans pour contraindre les promoteurs à honorer leurs engagements.
  • La capitalisation par la diffusion à grande échelle des résultats du Centre de recherche de l'INERA - Mulungu constitue une piste importante dont le pouvoir public devra capitaliser dans le cadre de son appui aux projets d'agriculture contractuelle au Sud Kivu.

3.2.2.1.1. De la durabilité

La durabilité dans la mise en oeuvre des projets d'agriculture contractuelle du modèle multipartite au Sud Kivu sera fonction du niveau de prise de conscience et de maîtrise par différents acteurs aux projets des difficultés et problèmes auxquels ils pourraient éventuellement faire face. Il s'agit de :

  1. a) Problèmes éventuels auxquels les agriculteurs pourraient faire face au Sud Kivu
  • Une gestion inefficace ou des problèmes de commercialisation peuvent entraîner une manipulation des quotas pour éviter d'acheter la totalité de la production sous contrat.
  • Les sociétés promotrices chargées de la commercialisation peuvent ne pas être fiables ou exploiter une situation de monopole.
  • Le personnel des organisations promotrices peut être corrompu, en particulier pour ce qui a trait à l'allocation des quotas.
  • Les agriculteurs peuvent être amenés à s'endetter à cause de problèmes de production et d'avances excessives.
  • Une faible coordination d'appui de différents acteurs au projet d'agriculture contractuelle peut être préjudiciable pour l'agriculteur.
  • Une défaillance d'un des acteurs au projet peut avoir des conséquences sur le respect des engagements dans le chef des agriculteurs.
  1. b) Problèmes éventuels auxquels les promoteurs pourraient faire face au Sud Kivu
  • Une mauvaise gestion et l'absence de dialogue avec les agriculteurs peuvent provoquer un mécontentement chez ces derniers.
  • Les agriculteurs peuvent vendre hors contrat (commercialisation hors contrat) réduisant ainsi le flux de production de l'industrie de transformation.
  • Une faible coordination du projet ou la défaillance d'un des acteurs offrant des appuis aux agriculteurs peut conduire à une situation de perturbation de la qualité ou la quantité du produit final.
  • Les aléas climatiques, l'insécurité, les catastrophes naturelles peuvent perturber la production agricole.

Il est cependant important de noter que quelque soit le niveau de prise de conscience et de maîtrise des risques et difficultés probables au niveau des acteurs au projet d'agriculture contractuelle, nous osons croire qu'une bonne structuration des agriculteurs en organisation paysanne efficace et une bonne coordination des interventions des appuis aux agriculteurs contractuels de la part des acteurs promoteurs restent la clé de la durabilité du projets d'agriculture contractuelle du modèle multipartite au Sud Kivu.

CONCLUSION PARTIELLE

L'agriculture contractuelle notamment celle du modèle multipartite, qui en fait met ensemble différents acteurs offrant des services diversifiés aux agriculteurs pour l'aboutissement d'un projet contractuel, s'offre comme stratégie alternative pour le financement du secteur agricole au sud Kivu.

En effet, non seulement que cette approche s'intègre convenablement au contexte du Sud Kivu particulièrement marqué par une présence effective des acteurs financiers pour le secteur agricole, des potentialités agricoles énormes et une population agricultrice accédant faiblement et difficilement au crédit ; mais aussi elle répond aux conditions d'opportunité, de faisabilité et de durabilité pour sa mise en oeuvre au Sud Kivu.

Partager ce travail sur :