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Chapitre IV : DISCUSSION DES RESULTATS

Dans notre étude, il a été question de quantifier les processus de la dynamique forestière. Les investigations ont porté sur deux hectares du dispositif permanent de Yoko. Dans l’aire d’étude, l’accroissement diamétrique, le recrutement et la mortalité des arbres ont été quantifiés et la partie qui suit en donne le détail.

4.1. Les espèces pionnières présentent des accroissements diamétriques élevés

L’accroissement moyen annuel de toutes les espèces du peuplement étudié a été de 0,51 ± 0,36 cm. Ces résultats ont présenté des différences avec ceux de Gazel (1983) qui a estimé qu’en forêt naturelle non perturbée, l’accroissement moyen sur le diamètre est de moins de

0,16 cm par an. Un rapprochement s’est plutôt observé entre nos résultats et ceux de GourletFleury (1997), de Favrichon et al. (1998) et de Finegran et al. (1999) qui ont montré respectivement qu’en Guyane française (dispositif de Paracou), en République Centrafricaine (dispositif de M’baiki) et Costa Rica (forêt humide), l’accroissement annuel moyen en diamètre varie de 0,1 à 0,5 cm avec la majorité d’arbres tendant vers la valeur la plus basse. 

Les résultats de notre étude ont montré que les accroissements diamétriques variaient en fonction des tempéraments. Ainsi, les espèces pionnières ont présenté des accroissements diamétriques moyens de 0,69 ± 0,53 cm. Les semi-tolérantes ont révélé une moyenne de 0,52

± 0,38 cm et les tolérantes à l’ombrage ont montré des accroissements moyens de 0,39 ± 0,17 cm par an. L’analyse des variances a fourni un p-value inférieur à 0,05, ce qui a permis de conclure à une différence significative. La comparaison multiple a indiqué que la différence était significative entre tous les tempéraments, mais cette différence était plus marquée entre les pionnières et les tolérantes à l’ombrage.

Ces observations ont rejoint celles de Kariuki et al. (2006) qui ont noté que les pionnières possédaient des valeurs élevées d’accroissement en lumière forte alors que les espèces semitolérantes et les tolérantes à l’ombre avaient des faibles accroissements diamétriques.

Le fort accroissement permet à ces plantes de participer précocement à la reconstitution des couverts végétaux. Vu qu’elles ne vont pas assumer la stabilité des forêts et qu’elles ont une courte durée de vie, elles accomplissent rapidement leur cycle de vie en l’emportant sur leurs voisines. Par contre, les semi-tolérantes ont des valeurs modérées d’accroissement. Enfin, les espèces tolérantes à l’ombre présentent des faibles accroissements.

Dans son étude sur les accroissements des arbres au Cameroun, Sonké (1997) a trouvé une valeur moyenne de l’accroissement courant annuel de 0,264 cm. A cet effet, il a constitué trois groupes d’espèces : les espèces ayant une vitesse d’accroissement rapide, c’est-à-dire celles ayant un accroissement courant annuel au moins égal à 0,4 cm. Ces espèces étaient des pionnières qui atteignaient des croissances maximales de 0,81 cm par an. Dans le deuxième groupe, il a placé les espèces à accroissement modéré, c’est-à-dire avec un accroissement courant annuel compris entre 0,3 et 0,4 cm. Les espèces de cet ensemble étaient des semitolérantes. Les espèces tolérantes à l’ombre étaient placées dans le dernier groupe (avec un accroissement lent), c’est-à-dire ayant un accroissement courant annuel inférieur à 0,3 cm.

La différence significative de l’accroissement diamétrique révélée par l’analyse des variances et confirmée par le test de comparaison multiple permet de confirmer l’hypothèse que les accroissements diffèrent selon les tempéraments, les pionnières ayant des accroissements élevés par rapport aux semi-tolérantes et aux tolérantes à l’ombre. Sonké (1997) a également trouvé la même chose au Cameroun, où il a observé des différences significatives des accroissements des espèces en fonction de leur tempérament.

4.2. La croissance moyenne en diamètre varie en fonction des classes de diamètre 

Les accroissements moyens par classe de diamètre se sont présentés selon une courbe en cloche. La lecture de la figure 9 a montré que les accroissements moyens étaient croissants, atteignant le maximum à la classe 6 avant de décroître systématiquement. Cette observation nous a conduits au postulat selon lequel la croissance moyenne en diamètre varie en fonction des classes de diamètre selon une courbe en cloche dont le maximum est situé à la classe de 6.

Ce constat a aussi été celui de Frontier et Pichod-Viale (1993). A l’issu de leurs travaux sur le fonctionnement, l’évolution et la structure des écosystèmes, les auteurs ont noté que la croissance moyenne en diamètre variait en fonction des classes de diamètre selon une courbe généralement en cloche dont le maximum passait par les classes de 40 à 60 cm.

Par contre, Sonké (1997) a montré que l’accroissement courant annuel augmentait avec la classe de diamètre. Cette observation a résulté de ses études sur la croissance des espèces d’arbres dans la réserve du Dja au Cameroun.

4.3. Le taux de recrutement est fonction du potentiel de recrutement et de la vitesse de croissance des espèces 

44 individus ont été recrutés durant la période d’observation dans les deux carrés d’étude et ont représenté un recrutement annuel moyen de 4,4 individus par hectare.

Les espèces Aidia micrantha, Staudtia gabonensis et Pycnanthus angolense ont représenté chacune 9% du total d’individus recrutés. Elles ont été suivies de Panda oleosa et Cola griseiflora qui ont représenté chacune 7% du total recruté. Toutes les espèces qui ont recruté un grand nombre d’individus étaient des tolérantes à l’ombre à l’exception de Pycnanthus angolensis qui est semi-tolérante.

A Paracou, Gourlet-Fleury (1997) a indiqué que le recrutement ne compensait pas totalement la mortalité. Il représentait 0,8% du peuplement total vivant (5tiges/ha/an). L’auteur a noté cependant que les chiffres étaient très variables d’une année à l’autre et d’une parcelle à l’autre. A Yoko, nous avons enregistré un recrutement moyen de 4 tiges par hectare et par an.

Le taux de recrutement par espèce est expliqué par les différences du nombre d’individus appartenant à la classe de diamètre précédant le seuil de recrutement (10 cm de diamètre ici) et par la vitesse de croissance des individus.

4.4. La mortalité est un phénomène aléatoire dont le taux ne dépend pas de classes de diamètre considérées

Entre 2008 et 2013, 30 individus d’arbres sont morts dans le peuplement étudié, soit une mortalité moyenne annuelle de 3,5 individus par hectare. Les espèces Greenwayondendron suaveolens et Scorodophloeus zenkeri ont représenté chacune 13% des morts. Elles ont été suivies de Diogoa zenkeri avec 10%, et des espèces Aidia micrantha, Diospyros sp., Microdesmis yafungana et Musanga cecropioides qui ont représenté chacune 7% des individus morts. Toutes ces espèces étaient des tolérantes à l’ombre à l’exception de Microdesmis yafungana qui est semi-tolérante et de Musanga cecropioides qui est une espèce pionnière. Pendant que les espèces pionnières étaient faiblement représentées dans l’ensemble des espèces recrutées, elles ont représenté une proportion importante dans l’ensemble des morts. Ceci laisse penser que la forêt de Yoko est en train de passer vers un stade plus avancé de développement, caractérisé par moins d’individus pionniers. Mais les observations doivent s’étaler sur une période plus longue et les analyses doivent être raffinées pour confirmer cette hypothèse. 

Le tableau 4 a indiqué des légères variations entre les individus morts et les individus recrutés. En général, les espèces dont les individus sont morts n’ont pas été forcément les mêmes qui recrutaient. La composition floristique serait donc en train de changer, mais il nous semble encore prématuré de confirmer cette hypothèse.

Les individus morts étaient classés dans les six premières classes de diamètre. Le pourcentage du total des vivants a indiqué une variation du taux de mortalité dans les différentes classes. Par classe de diamètre, le taux de mortalité a été de 2,2%. A Paracou, Durrieu de Madron (1994) a noté que le taux de mortalité par classe de diamètre concernait 0,7 à 2% du peuplement. Cet auteur a signalé cependant que ce taux augmentait de manière irrégulière avec le diamètre et qu’il pouvait varier du simple au double, d’une année à l’autre. 

Dans notre étude, le test chi2 a montré qu’il n’y avait pas de différence significative du taux de mortalité dans les classes de diamètre considérées au seuil de 5% tel qu’il a été illustré dans la figure 12. Cette observation nous a amené à rejeter l’hypothèse selon laquelle le taux de mortalité différait selon les classes de diamètre considérées. Elle a rencontré le point de vue de Manokaran et Kochummen (1987) cités par Sonké (1997) qui ont montré dans leur étude que la mortalité des arbres n’était pas fonction de la classe de diamètre. En effet, quelle que soit la classe d’un arbre, celui-ci était toujours susceptible de mourir. Cette affirmation a découlé d’une étude faite par ces auteurs dans une forêt à Dipterocarpaceae en Malaisie. 

Après l’étude des peuplements d’Okoumés au Gabon, Nasi (1997) a remarqué que le taux de mortalité était plus élevé parmi les arbres de petites classes de diamètre. Sonké (1997) a fait le même constat au Cameroun. Nos analyses ne nous ont pas autorisé les mêmes conclusions.

L’allure décroissante du taux de mortalité ne peut traduire qu’une certaine compétition entre les individus d’une même classe de diamètre. Sonké (1997) a souligné que cette compétition était plus forte dans les classes présentant un effectif élevé et expliquait la diminution observée du taux de mortalité en fonction du diamètre.

Le schéma de la mort des arbres dans le temps et dans l’espace est lié à la longévité des arbres, la distribution en classes de diamètre, l’abondance des espèces ainsi que le nombre et la taille des chablis (Franklin et al., 1987). Au Cameroun (réserve du Dja), Sonké (1997) a mentionné que le taux de mortalité annuelle variait généralement entre 1 et 2% quand on considérait les arbres à diamètre au moins égal à 10 cm. Dans notre étude, nous avons obtenu un taux de mortalité de 0,86%.

Un taux de mortalité de 1,09% a été observé par Durrieu de Madron (1994) dans le dispositif de Paracou en Guyane française. Ces résultats se sont accordés avec ceux de Gourlet-Fleury

(1997). L’auteur a expliqué qu’en forêt non perturbée, la mortalité touchait un peu plus de 1% du peuplement vivant. Dans les forêts du sud d’Ontario, Brent et al. (2003) ont noté des taux de mortalité variant entre 0,2 et 0,8%. Ce constat a été aussi celui de Vallauri et al. (2002) qui ont mentionné les taux de mortalité de 2 à 8,4 (moyenne 4,8) tiges/ha/an dans les forêts naturelles mixtes du Michigan et du Wisconsin. Dans le dispositif de Mopri, Durrieu de Madron et al. (1998) ont observé un taux de mortalité de 0,67%. Les mêmes auteurs ont rapporté un taux de mortalité de 0,53% dans le dispositif d’Irobo en Côte d’Ivoire. Ces valeurs sont inférieures à celles que nous avons obtenues dans le peuplement étudié à Yoko.

Somme toute, la valeur moyenne (0,51 cm par an) des accroissements diamétriques obtenue dans le peuplement étudié révèle une bonne croissance des individus d’arbres. Le taux de recrutement (1,26%) a été supérieur au taux de mortalité (0,86%). Ceci traduit un équilibre du peuplement étudié, car le recrutement compense la mortalité.

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